CHAPITRE CCCXXIX
Comment Tauctenr traite ceste matère bien à dur et enuis , qui fait mention du roi de France, qui tacitement marchandoit de faire morir le duc.
Je entre ici en matière de grant charge , et qui fait à doloir et à plaindre durement, en si haut homme que d'un roy , soi consentir en si laide œuvre que de voloir faire tacitement morir un sien prochain parent, frère jadis par mariage, son pacifié solennellement par veu , par serment , par contract et accord des princes de France et de tout le parlement, et par scellez et instrumens si estrois et si authentiques comme pour tout le monde y estre compris dedens et sauvé. Mes quant je regarde et considère la condicion des princes de la terre , comment en ce dont ung povre noble homme feroit grand pois et grand refus de le commettre, eux plus encore font ; grans mains encore en font estime et dangier, et leur est aussi peu horreur de grand vice, comme il leur est amour ne honneur à vertu , certes je me rappaise moimesme , et par le naturel et commun usage de leur vie , je retire mon ammiracion de leur abus, et conforme a uques près comme par une maxime: que tous grans princes coustumièrement sont à mal donnez aujourd'hui; n'accoutent à reproce de mal-
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vaise opéracion , et ne font feste de loenge qui est acquise en vertu ; retirent leurs ieux de arière de Dieu^ et en vanité temporelle tant seulement posent leur corrage ; vivent plus à eux-mesmeset pour eux, en leur privé appétit désordonné, qu'en soing ne en veille en commune salut , qui est cause de leur seigneurie; sont plus grans que autres hommes , et plus dignes en leur estât, et tels veulent estre maintenus, mes sont moindres et plus obscurs eu bonnes meurs et vertus; et ne reçoivent pourtant nulle vergogne^ car ne cognoissent nulle correction sur eux ; sont hors de toute répréhension , ce leur samble , et non serfs à nulle loi d'hommes; et se Dieu recognoissoient à desseure de eux pour les jugier , si différe-il ceste vengeance jusqu'au grand jour, dont l'entre-deux pora porter avis. Ainsi, hélas! se contiennent-ils et se desvoient en la grasce de leurs biens, et en la vanité de leurs hon-^ neurs , enivrés en péchiés et desriglemens , et tous taris et séchiés en bons exemples et en loables conversations ; couchent encortinez du feu d'envie, l'ung sur l'autre , et dorment en lit de machinacion perverse ; veillent en ruyne et en effusion de sang par fraude, et songent en turbacion du povre innocent peuple, sans pité et sans miséricorde; n'accoutentà irriter Dieu ne de le traire à ire , mes que leur appétit puist estre accomply ; préfèrent leur affection devant l'onneur de Dieu, et privé plaisir devant salut universe ; font feste des mal vais, malicieux, engigneux, vicieux, corrom-
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pus 9 gens reprochables et damageables^ et en font trésor et ester , et les tirent emprès eux ; et les sages et preud'hommes bien doez et bien morigénez, clercs et luisans , et de grant parement , et de fruit , et de salut , ils boutent en arrière , et ne lesaccoutent; et aux samblables à leurs doloreuses meurs vicieuses et natures ils s'adonnent et ajoingnent, et làs'arestent et adhèrent. Dont certes, ce poise moi , et m'est grant doleur de tant d'exemples que j'en donrois bien, et dont la vérité se preuve à l'œil: et en est la dignité des princes laidement obscurcie, et l'intégrité de la chose publique durement blessée et mal mise.