‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 75 sur 165 · CHAPITRE CCCXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXXVIII

Comment le duc Charles envoya Jehan d^Arson en France, cl lui venu en la présence du roi, recommanda le bastard Baudewyn.

Est vrai que en l'ostel de ce grand bastard de Bourgogne , conte de là Roche en Ardenne et premier chambrelent du duc Charles, avoit unescuyer natif de Bourbonnois, et se nommoit Jehan d'Arson , homme très-adroit et vaillant en armes, mes en autres endroits non pas de si grand pris; et lui mist-on sus qu'il estoit broulleur et séditieux en son repaire. Icestui Jehan d'Arson estoit fort acointé et privé avec ung assez jeusne, un autre bastard de Bourgogne, nommé messire Baudewin de Lille, soi tenant avecques son frère le grant bastard. Et

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ainsi comme jeunes gens en longue hantise se devisent de moult de choses aucunefoîs, et non toutes utiles, enlre ces deux icy en avoit de couvertes et estranges dont on ce se doubtoit point ; mes longuement les tindrent closes, comme il parut.

Or estoit ce messire Baudewîn de Lille , fier durement et de grand cuer, quoi et couvert de corrage, mes poignant et aspre en parolle. Avoit eu bon temps et de grant espoir, du temps du bon duc Philippe son père, bon et grand entretenement sans servitute et sans nuls apparans dangiers. Dont maintenant; quant il vit ce bon duc trespassé, qui estoit père de noblesse et de toute bénignité et solas, et véoit le temps du présent estre tout autre, tout dur et estrange envers l'autre passé, et que nouvelles gens estoient en cours , et le maistre , de novelle dure mode, tenant ses gens serfs et soubz verge et cremeur, avecques autres couvertes do-^ léauces peut-estre qu'il avoit en cuer, se tanna ^ fait à arguer, de la maison, et voyant que au monde n'avoit lieu là où mieux se pooit retraire qu^en France devers le roy, condescendit bien d'y quérir entrée céléement , et par moyen d'icellui d'Arson qui lui sembloit homme tout propre à ce faire ^ parce qu'il mesmes estoit de France, et congneu en court , et du roi et de tout; et qui plus est, et qui bien y siet estre dit, cestui Jehan d'Arson mesmes quéroit Teslongne de ce duc Charles et de soi retraire en France , sa propre marche , ne sai à quel tiltre ou juste ou non ; mais tant en avoie-je

Chrostiques. t. XI Ail. — G. Chastcllaiit. ///, 1 2

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bien ouy dire que brouUeurestoit et périlleux homme ; aussi lé monstra-il bien. Or advint que pendant toutes ces devises et secrès progets entre ces deux, le duc (Charles envoya cestui Jehan d'Arson devers le duc de Bourbon, son beau-frère, qui se tenoit en la court du roi ; et en cependant ce Jehan d'Arson poursievoit en court les affaires de son maistre, qui estoient grans et touchoient à messire Philippe de Savoie, que le roy n*amoit point , et aussi peu le duc de Bourbon , car estoient en pointe ensemble. Le toy accueilly fort devers ly ce Jehan d'Arson, et longuement par avant l'avoit assez cogneu , et savoit bien comment il estoit assez fraile. Eux deux donques entre accouplez ensemble en devises, et le roiinterrogant de Testât du duc Charles, son maistre , et parfondement l'interinantsur une chose et sur autre , fait à ymaginer que leurs de-, vises estoient du mesmes aux personnages^ dont l'un héoit de tout son cœur le duc Charles, et l'autre quéroit avoir maistre à poste, dont il se poroit i^efaire et retourner en son bien.

* Or estoit-il heure maintenant, ce sambloit à ce Jehan d'Arson , de mettre en compte ce messire Baudewin, et de l'avancier devers le roy , laquelle chose il s'y fit ; et le prononça un gentil chevalier, homme de grant estoffe et de qui grant service se poroit traire , ce disoit. Si le print le roi bien en gré , et dist qu'il cognoissoit bien le chevalier , et que voirment, s'il voloit venir devers ly , il lui feroit de grans Hens et beaucop plus que là où il estoit, et de ce il peust estre tout asseur ; prioit

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pourtant à ce Jehan d'Arson que laborer voulsist tant envers ledit Baudewyin que la chose en venist à effect , ains tost que tard. Or, ai- je dit que le roy héoit couvertement ce ducCharles, et quelque traitié de paix qu'il y eut entre eux deux, ne cessa pourtant de machiner tousjours en son grief et de voloir sa ruine , tant par peur qu'il avoit de ly d'en rechevoir plaie en son royaume aveucques le roy Eduard, comme parce que sa nature ne se pooit accorder à ce que de le pooir amer. Si s'en descouvry assez avant audit d'Arson, et lui donna assez à cognoistre comment il désiroit bien d'en pooir estre quite par ung bout ou par un autre , ne lui challoit comment ; mes désiroit bien à trouver personne et moyen comment on le peust expédier , et que de ce il en peust faire la récompense aux facteurs, à la grandesse de la cause^ et là où il pooit cheoir un grand inestimable butin , et le plus grand du monde , parce que ce duc Charles n'avoit nuls enfans, fors une seule fille. Parquoi, quant il seroit failli par mort, ses pays iroient tous estrangement, et se dessevroient par pièces et par mor* ceaux en diverses mains , et desquels il voloit satisfaire et rétribuer en condigne porcion ceux qui en ce l'aroient servi. Si pleut moult la parole duroj audit d'Arson, et par les approches que ledit roy lui avoit fait , lui sambloit bien aussi que le cas estoit conduisable , et souverainement par le moven de messire Baudewin, dont il cognoissoit le

corrage , et s'en faisoit fort.

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