‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 97 sur 165 · CHAPITRE CCCXLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXLV

Comment le duc Charles coidoit tenir assidgë le conte de Warwyc par son armde sur la mer on par terre esparse ou quartier de Normandie.

Mes avant que je plus avant procède en ceste déclaration, loist (convient) bien narrer ung peu et faire conte aussi de la disposition du temps d'allors et de son importance. Car estoit le duc Charles alors durement enaigri à l'encontre du roy , pour cause de Warwyc, lequel il soustenoit et en son despit, ce lui sambloit, machinans ensemble la ruine du roy Eduard et de ly. Et combien touttesfois que le duc Charles par effect cecy veist et parceust bien, avoit merveilleusement le cuer fier, et

gros et petit, en soing et en peur de leur machinance; ains s'asseuroit et quasi présumoit pooir contresterà tous ses mesveillans, et mesmes pooir leur donner des affaires beaucop ; car avoit bien son armée vaucrant en la mer très puissamment ^ et par laquelle il enlendoit tenir assiégié Warvyc en Normandie^ sans en oser saillir ; et par terre avoit son armée preste et pratiquiée , la plus puissante qui oneques avoit esté veue en ces terres par deçà jusqu'à ce jour, et laquelle , estimée en nombre de quatre ou cinq mUle lances, sans, les arcbiers , et desquels il estoit asseuré au jour de semonce ensemble, et des capitaines aveucques ses divers pays. Si se confioit fort en sa puissance par mer et par terre , et ne redoubtoit riens; moins encorre pour ce que le roy Edouard , son serourge (beau-frère), estôit encore en règne et en throne , et non en apparence de décliner, comme il fit depuis. Et pourtant ce duc Charles ici, qui se confioit en sa haute fortune et en son pooir d'alors , non craignant nul vent de France , et là où on lui machinoit grief, ce savoit bien ^ fit lant moins d'estime et de réputation de l'ambassade du roy et de son rapport ; car ne maintenoit nulle teneur de vérité en icely , ains abus et menées de paroles vuides et sans fruit ; car lui imputoit pleinement faute et rompture en son serment solempnellement fait à Péronne entre ly et ly , sur les articles de leur traitié fait entre eux deux, et parquoi, après Wlle rompture et telle faute commise en un si jçranti

(4^) DE GEORGES GHASTELLAIlf . 221

cas, pooit arguer justement, ce disoit, icely estre moins créable et recevable en ung moindre novel survenant affaire ; et pourtant, moitié par defiiance qu'il mettôit en ses paroles , et en partie par mal talent qu'il avoit conceu contre 1 j , par le port qu'il bailloit au conte de Warwj'c , et en son contraire en tous endrois et en tous affaires qui touchoient le roy, se montra aigre et dur, et peu amiable, et révérend en ses paroles envers ly; car estoit devenu de toute au ire nature que franchoise , et tout à sa cause; et ainsi doncques eux deux, en ung royaume terribles et périlleuses pestes , et ensievans leur propre appétit plus que d'autrui , tindrent en ce temps cy les hommes de ça et de là en soing et en peur de meschief , et en attente de guerre et de mal avenir. Dont , et se cestui duc Charles ici peu amoit le roy son souverain , toutefois , tous Franchois en pareil héoient de mort, et le despitèrent , pour cause que si fort s'estoit déclairé Anglois encontre le salut du royaume.

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