IJN MOT HEUREUX DE LOUIS XIV
prît le parti d'envoyer Chamillart en Flandres pour avoir par lui, au moins sûrement, des nouvelles... » Saint-Simon, XIII, p. 38o, édition Boislisle.
(2) «... Le roi le plaignit, le défendit, lui écrivit de sa main, qu'il était trop malheureux à la ' guerre ; qu'il lui conseillait et lui demandait, comme son ami, de lui mander sa démisssion du commandement de l'armée; qu'il voulait qu'il parût que ce n'était que sur ses instances qu'il l'en déchargeait; qu'il le verrait auprès de lui avec plus d'amitié que jamais..., qu'il lui tiendrait compte d'un sacrifice qui lui coûtait autant ou plus qu'à lui-même, mais que la situation présente rendait nécessaire..., qu'il n'y aurait personne qui ne demeurât persuadé à la manière dont tout cela se passerait et dont il le traiterait que c'était lui le maréchal qui l'avait forcé de lui mander la permission de quitter le commandement de l'armée et de revenir à la cour ... Villeroy répondit au roi qu'il n'était ni blessé, ni malade, mais qu'il était malheureux; qu'il croyait n'avoir point failli ; qu'il ne pouvait demander sa démission sous aucun prétexte véritable ni se déshonorer en se déclarant soi-même, par cette démarche, incapable et indigne du commandement de ses armées... Cette première réponse fâcha le roi, sans l'irriter. Il condescendit, avec sa première amitié à l'état ordinaire d'un homme à qui on demande sa démission d'un si grand emploi dans les circonstances fâcheuses où il se trouvait. Il redoubla, tripla, quadrupla, toujours en même style et ne reçut que les u. 18
mêmes réponses. Par la dernière, toujours comptant sur ce qui l'avait séduit d'abord, il manda arrogamment au roi qu'il était maître de lui ôterle commandement de l'armée et de faire tout ce qu'il lui plairait; qu'il obéirait avec soumission et sans se plaindre, mais qu'il n'attendît pas de lui qu'il en fût jamais de moitié... A cette dernière le roi se piqua et perdit patience et espérance de ramener un homme si fort égaré... Le soir, le roi à son coucher, où depuis sa longue goutte, il n'y avait plus que les entrées grandes et secondes, tout piqué qu'il était contre l'inflexibilité du maréchal de Villeroy, eut la bonté de dire qu'il lui avait si instamment demandé son retour qu'il n'avait pu lui refuser. C'était une dernière planche que le reste de son amitié lui tendait encore après le naufrage : il eut la folie de la repousser. C'est ce qui fit enfin sa disgrâce. Il eut ordre de revenir sur-le-champ ; puis le roi changea sa lettre et il eut ordre d'attendre M. de Vendôme en Flandre... » Saint-Simon, XIÏÏ, 390-94.
(3) Il en est de ce mot historique très ingénieux, très délicat, comme il en est de presque tous les autres : évidemment c'est après coup qu'il fut fabriqué. Est-ce une réminiscence du mot de Charles- Quint après le siège, désastreux pour lui, de Metz, ou encore du mot de Louis XIV, à Philippe V d'Espagne : « Nous n'avons pas été heureux en Flandre » ? S'est-on rappelé, en le forgeant, ce que Louis XIV disait à La Feuillade revenant vaincu de Turin : « Monsieur, nous sommes tous deux bien malheu-