‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 33 sur 68 · MORT DE MADAME DE MONTES PAN · texte numérisé non relu

MORT DE MADAME DE MONTES PAN

courtisan (4) devant lequel on rapportait ce que je viens de dire, « est-ce quelle en avait? »

Ainsi finit, à l'âge de soixante-six ans, cette femme qui passa seize années de sa vie à se faire une scandaleuse célébrité, et qui dévora pendant vingt-deux la honte de l'avoir acquise. Rien ne peut être comparé à l'indifférence avec laquelle Paris et Versailles apprirent la mort de Mme de Montespan, si ce n'est l'odieuse froideur que tous ses enfants montrèrent dans cette circonstance. D'Antin, après avoir paru inhumain, fut le seul qui, ayant méconnu les lois de la nature, écouta du moins les bienséances, il porta le deuil : ni le duc du Maine, ni le comte de Toulouse, ni Mme la duchesse, ni Mme d'Orléans ne l'imitèrent. Tous ces fruits de l'adultère eurent cependant, aux derniers bienfaits de la mourante, une part que d' Antin n'avait point obtenue, mais qu'il s'était faite lui même. Quant à Louis XIV, lorsqu'au moment de partir pour la chasse on lui annonça qu'Athénais n'était plus, il dit en faisant jouer négligemment les ressorts de son fusil : « Oh ! oh ! la « marquise est morte, je l'aurais crue plus ro- « buste!.. Êtes-vous prêt, monsieur de la Roche- « foucauld ? Je crois qu'après cette petite pluie « mes chiens rencontreront bien... Partons, »

Voilà quels sont à la cour les regrets et les souvenirs de tendresse.

Mme de Maintenon, moins indépendante et plus versée dans le bigotisme, assista au service que la communauté de Saint-Joseph fit célébrer pour le repos de sa protectrice. Au sortir de l'église, Mme la duchesse ne put se contenir ; elle dit à la demi-reine, en présence du duc d'Orléans et de M. le duc : « Vos regrets eussent été plus vifs « et plus sincères, Madame, si la marquise de « Montespan fût morte quand vous étiez encore « gouvernante de ses enfants, et la France « entière ne reprocherait pas à sa mémoire d'avoir « fait approcher du roi des gens qui ont flétri sa « gloire. »

NOTES

(1) « Mme de Montespan était encore belle et paraissait tout ce qu'elle avait été. Journal de Dangeau. » Est-ce vraiment exact, en ce qui concerne les dernières années? Sans doute tout le monde s'accordait à dire que Mme de Montespan était vraiment belle, mais, dès 1681 — elle mourut en 1707 — sa taille s'était fort épaissie. En 1701, Mme Palatine écrivait : « Celles que j'ai connues belles jadis, sont, à cette heure, plus laides que moi. Ame qui vive ne reconnaîtrait Mme de La Vallière. Mme de Montespan a la peau comme quand les enfants s'amusent à jouer avec du papier, à le plier et à le replier : tout son visage est recouvert de petites rides si rapprochées les unes des autres que c'en est étonnant. Ses beaux cheveux sont blancs comme la neige, et toute sa figure est rouge. » — Puis dans une autre lettre : « La Montespan' était plus blanche que La Vallière; elle avait une belle bouche, de belles dents, mais avait l'air effronté ; on voyait sur sa figure qu'elle avait quelque projet en vue. Elle avait de beaux

cheveux blonds, de belles mains ; ce que la Vallière n'avait pas ; mais celle-ci était fort propre, et la Montespan une sale personne. — Lettre d'avril 1719. » (2) C'est à Bourbon-l'Archambault, station thermale près Moulins, dans l'Allier, que mourut Mme de Montespan, le 27 mai 1707, à Bourbon-rArchambault où souvent elle allait; y allant chaque fois aux temps de sa puissance, avec un faste inouï. C'est Y Irène de La Bruyère : « Irène se transporte à grands frais en Épidaure... » — « Mme de Montespan se trouva tout à coup si mal une nuit que ses veilleuses envoyèrent éveiller ce qui était chez elle. La maréchale de Cœuvres accourut des premières qui, la trouvant prête à suffoquer et la tête fort embarrassée, lui fit à l'instant donner de Fémétique de sa propre autorité ; mais une dose si forte que l'opération leur en fit une telle peur, qu'on se résolut à l'arrêter ; ce qui peut-être lui coûta la vie, (Le Mercure dit : Lémétique opéra soixante-trois fois , et un bruit courut que la violence des efforts avait fait rompre une veine.) Elle profita d'une courte tranquillité pour se confesser et recevoir les sacrements. Elle fit auparavant rentrer ses domestiques jusqu'au plus bas, fit une confession publique de ses péchés publics, demanda pardon du scandale qu'elle avait si longtemps donné, même de ses humeurs, avec une humilité si sage, si profonde, si pénitente que rien ne put être plus édifiant. Elle reçut ensuite les derniers sacrements avec une piété ardente. Les frayeurs de la mort qui* toute sa vie, l'avaient

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