LE SAGE
IBme de Maintenon vieillit,
Vainement Mme de Maintenon essaye-t-elle de ranimer la bonne humeur de Louis XIV en lui préparant tous les jours de nouvelles distractions : les concerts (1), les prologues d'opéra louangeurs, les scènes de comédie même se succèdent perpétuellement à Versailles ; soins superflus! L'ennui surnage. La marquise excite inutilement des fibres usées, où les sensations sont éteintes : l'étincelle à l'aide de laquelle cette femme, elle-même blasée, cherche à les ranimer est factice... Il faut toute l'ardeur de la jeunesse pour opérer un tel prodige... Marie- Adélaïde avait plus...; le feu des passions brûlait en elle, et celui-là seul est communicatif. « Ah! s'écrie a. 21
« quelquefois la vieille favorite dans toute l'amer- « tume de ses vaines tentatives (2), quel supplice « d'avoir à amuser un homme qui n'est plus amu- « sable! »
NOTES
(1) Les pamphlétaires, les chansonniers, les ennemis de Mme de Maintenon ne lui pardonnaient pas sa vieillesse.
Cest le destin de la gent prètenaire, Qu'âge augmentant n'augmente le profit. Et tel se vend, commençant sa carrière, Qui bien souvent achète le déduit.
Pourtant ne puis, de la prude Amarantef Assez louer les talents inouïs :
Jeune, elle était d'un écu trop contente. Aujourd'hui vieille, elle prend un Louis.
Ils vont même jusqu'à dire, pamphlétaires et chansonniers, que pour amuser ce Louis, pour empêcher qu'il ne se détache d'elle, Mme de Maintenon se fait son entremetteuse comme plus tard Mme de Pompadour sera l'entremetteuse de Louis XV. Alors est incriminée son œuvre la plus belle, Saint- Cyr.
« Le génie ordinaire de la marquise de Maintenon
est de favoriser tous les amours de ce prince : elle lui donne même des personnes aimables pour l'entretenir dans ses plaisirs, étant assuré que c'est l'unique moyen propre à posséder toujours son cœur; mais elle ne peut soufTrir que Sa Majesté fasse un choix d'elle-même... Je ne m'étudierai pas à rapporter tout ce qui se passe en particulier dans cette belle maison (Saint-Cyr) où tout le monde n'a pas permission d'entrer, mais je sais très bien, sur de très bons rapports, que dès aussitôt que le roi a jeté les yeux sur quelque nymphe, que Mme de Maintenon prend un grand soin de la catéchiser et de l'instruire de la manière qu'elle doit recevoir l'honneur que Te roi lui fait... C'est une commodité pour le roi qui peut se satisfaire et se divertir sans grand'peine... » Histoire amoureuse des Gaules, l. III, pp. 65- 157. Les derniers dérèglements de la cour.
N'est-ce point déjà l'Histoire — parfois légende — de ce fameux Parc aux Cerfs qu'aurait imaginé Mme de Pompadour, pour les « amusements » de Louis XV, qu'elle ne pouvait plus amuser : Voir Meyrac: Louis XV et ses maîtresses. — Paris, Albin Michel.
(2) Née dans la médiocrité, élevée dans l'aventure, une première fois mariée indécemment, rejetée dans l'aventure, sauvée par sa beauté, son esprit, sa raison, son commandement d'elle-même, par des amitiés qui s'offrirent à elle et dont elle sut se bien servir, amenée par un hasard à la portée du roi, convoitée par lui qui se laissa prendre par elle, deve-