‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 18 sur 69 · LA MODE EN 169O · texte numérisé non relu

LA MODE EN 169O

néral, si le luxe continue de s'étendre aux classes du peuple, les personnes nobles sont bien décidées à y renoncer, afin de n'avoir rien de commun avec la canaille ; reste à savoir ce qui distinguera alors la noblesse de la roture. Si les galons tombent dans le domaine vulgaire, les rubans et les dentelles sont toujours du meilleur goût : hommes et femmes en sont couverts. Tout le monde porte l'épée; mais non pas cette épée courte et légère qui se perdait il y a dix ans sous les basques de l'habit; mais une épée lourde, tranchante comme l'estoc de nos pères ; on dirait presque un cimeterre. Il y a quelques aimées les perruques étaient blondes, elles sont brunes maintenant. Les femmes, dans lesquelles un autre sexe voudrait bien montrer des modèles d'inconstance, de goûts frivoles et de légèreté, donnent complètement tort, au moins pour le moment, à cette critique : elles portent toujours leurs cheveux, et changent peu la forme de leurs robes. Nous nous couvrons constamment avec les habits de notre sexe, tandis que les hommes, en se chamarrant de plus en plus de rubans, de dentelles, de bijoux, finiront par arriver au costume des dames, à la réserve du haut-dechausse, qu'ils seront toujours fiers de conserver pour l'honneur du corps. On ne portait encore l'an

passé que àa petites montit-s ; ce sont de giosses, et de très grosses, qu'il faut avoii' à présent. Les femmes attachent ces bijoux; par-dessus leurs habits et près de la hanche gauche. Cette mode épargnera plus d'un aveu délicat à la beauté : sa bouche pourra se dispenser de dire VJieure du berger; d'un doigt furtif elle se contentera de la montrer au cadran de sa montre. Les hommes pénétrés de belles manières se peignent publiquement dans les rues ; les peignes qu'ils portent sur eux leur servent encore à gratter aux portes dans les visites qu'ils font. Une femme qu'on trouverait dépourvue d'un petit miroir serait par ce seul motif déclarée de très mauvais goût.

Les petits chiens font fureur à la Cour et à la ville ; une dame qui se respecte un peu ne saurait en avoir moins de trois ou quatre sur sa toilette, dans son carrosse, à table près de son assiette, où ces animaux chéris mangent librement, et même au lit. Je fis avant-hier une visite à Mme de Ghaulnes, qui me reçut étant encore couchée... Je causais gravement avec elle, lorsque je vis tout à coup sortir des draps un petit museau de loup tenant à une tête dont les oreilles étaient coupées tout ras; tête en tout fort laide. Bientôt une seconde tête se produisit sur l'oreiller, puis une

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