‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 42 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

placer une bouteille de vin au milieu de ce cercle, sur la table.

Il y a toute apparence que la bouteille de vin n'était pas ce qu'il regardait le moins, car il en buvait assez souvent ou pour se délasser, ou pour rappeler ses esprits qui se dissipaient à force de travail. C'était d'ailleurs l'usage à cette époque, et surtout chez les savants du Nord.

Mézeray ne cachait même pas cette passion, et ij répétait parfois que la goutte dont il souffrait lui venait autant « de la feuillette que de la fillette ».

« — Ne soyez pas surpris, disait-il à ceux qui s'étonnaient de cette habitude, la vue de ces montres discordantes me fatigue, et il y a longtemps que je veux les mettre d'accord. Je n'ai encore pu y réussir. Je leur ai proposé pour dernière ressource et pour les réconcilier, la bouteille qui est au centre. Si cela ne produit aucun résultat, je m'en lave les mains, d'autres ne feront pas mieux i »

C'était là s'excuser à bon compte.

Négligé de sa personne, malpropre jusqu'au dégoût dans ses habits, on l'aurait volontiers pris pour un mendiant. Il lui arriva même un jour d'être arrêté par des archers chargés de conduire les vagabonds dans des maisons de force. Ils le rencontrèrent, au grand matin, à la porte d'un charron, ayant sur sa tête un sale bonnet rouge surmonté d'un méchant chapeau, et pour tout vêtement une peau de mouton si crasseuse que l'on ne savait plus que par tradition de quel animal elle venait. Ils don-

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