‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 62 sur 69 · UNE GALANTE ABBESSE · texte numérisé non relu

UNE GALANTE ABBESSE

seront bien hauts, les tourières bien sévères, et, pour plus de sûreté, je ferai consigner M. de Ségur à son régiment.

— M. de Ségur! s'écria le duc avec colère. C'est donc le coupable !... Ah ! je le forcerai bien...

— A quoi voulez-vous le forcer ? Mme de Saint-Aignan est religieuse, il ne peut pas l'épouser. Le mieux est d'assoupir cette affaire.

— Hélas ! Votre Majesté a raison... C'est qu'il est si scandaleux...

— Que les abbesses fassent des enfants, sans doute ; j'en demeure d'accord... Mais nous y mettrons ordre à l'avenir, ou du moins nous tâcherons (1). »

(1) Paul de Beauvillier, comte de Saint-Aignan, fut le gouverneur du duc de Bourgogne, père de Louis XV et chef du Conseil des Finances.

Une Marie Saint-Aignan de Beauvilliei", abbesse du couvent de Montmartre, avait été l'une des « passades » de Henri IV.

Madame de Ventadour.

Louis XIV a disgracié un prédicateur illustre, pour quelques distractions destinées à fleurir son éloquence, lorsque ce monarque vient d'attacher étroitement à la cour une dame qui eut bien plus de distractions encore et n'en est pas plus éloquente. En effet, à peine le canon avait-il annoncé à la capitale l'heureuse naissance du duc d'Anjou, dont la duchesse de Bourgogne accoucha le 15 février, que Mme de Ventadour était nommée gouvernante du jeune prince. Elle fut dame d'honneur des (1) deux femmes de feu Monsieur^ et jamais ce titre ne fut plus violemment détourné de son acception que lorsqu'on le lui donna. M. de Ventadour était, il faut en convenir, d'une « laideur repoussante : (2) « Ah ! madame, disait

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