‹ Chroniques de l'oeil de boeuf aux temps de Louis XIVChapitre 63 sur 69 · MADAME DE VENTADOUR · texte numérisé non relu

MADAME DE VENTADOUR

« un jour l'abbé de la Victoire à] celle qui venait « d'épouser ce magot, il n'y a pas d'apparence que « vous refusiez à d'autres ce que vous accordez à « votre mari. » Mme de Ventadour n'en convint pas sur-le-champ, mais elle prouva bientôt à l'abbé qu'il avait eu raison, et elle le prouva ensuite à tout venant... Telle est la (3) gouvernante du duc d'Anjou (1). Le coupleVentadour avait été du reste admirablement assorti : le duc n'était pas seulement débauché ; il excellait encore dans cette espèce de subtilités que j'appellerais escroqueries, si je ne parlais ici d'un grand seigneur. Un soir que, dans une maison de débauche, le duc avait gagné mille écus à un provincial avec des cartes préparées, le perdant, ou plutôt la victime, porta plainte et obtint décret de prise de corps contre la maîtresse du logis... Cette femme pressa alors M. de Ventadour de rendre l'argent, lui faisant la menace de tout déclarer... Il s'exécuta, mais avec un insigne regret d'être obligé de restituer ce qu'il avait gagné si loyalement.

(1) Le duc d'Anjou, troisième fils du duc de Bourgogne et de Marie-Adélaïde de Savoie, fut Louis XV.

NOTES

(1) Charlotte-Éléonore-Madelaine de !a Motte- Houdancourt, duchesse de VentàdoUr, dame d'horineiH" des deux Madames. « Mme de Ventadour est devenue ma dame d'honneur, il y a au moins seize ans, et elle m'a quitté il y a deux ans, après la mort de Monsieur. C'était un tour que me jouait la vieille guenipe {Mme de Maintenon) pour me faire enrager, parce qu'elle savait que j'aimais cette dame; elle est bonne et agréable, mais ce n'est pas la femme la plus adroite du monde. La vieille l'avait tracassée comme un diable... Lettre de la Princesse patatine, juin 17 il. »

(2) Le duc de Ventadour était horriblement laid, et même très contrefait; par contre, il avait beaucoup d'esprit. Séparé de sa femme depuis nombre d'années, il mena toujours la vie la plus débauchée, la plus obscure. Les chansons du temps ne l'ont point épargné.

De l'objet le plus bizarre, Du corps le plus contrefait,

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j'entreprendtal le porfrait Si mon pinceau ne s'égare ; Je n'en dirai pas le nom ; Sa bosse nous le déclare ; Je n'en dirai pas le iiom.

Or, écoutez ma chansou.

l)e la bouche de ce faune, D'iin gnome le rejeton, Il cotilc sur son menton Une bave épaisse et jaune ; Je n'eu dirai pas le nom ; Sa maison est à Charoune ; Je n'en dirai pas le nom.

Il est parent d'un grand prince; Son père, jusqu'à la fin.

Quoique d'un esprit fort miuce.

Gouverna le Limousin.

Je n'en dirai pas le nom.

Son titre est dans la province; Je n'en dirai pas le nom.

Sa femme par sa prudence L'a quitté depuis vingt ans ; N'a souffert que trop longtempt Soii importune préseroe.

Te n'en dirai pââ le nom. Elle a soin des fils de France ; Je n'en dirai pas le nom.

(3) Mlle de la Motte-Houdancourt fut parmi les plus « belles galantes » de son temps. Lorscju'elle

fut nommée « gouvernante des enfants de France », à la naissance de celui qui devait être Louis XV, elle avait « remisé ». Alors, son ancien ami, le maréchal de Villeroy {elle eut bien d'autres amis si Von en croit la chronique scandaleuse), « était parvenu à la mettre bien dans l'esprit de Mme de Maintenon auprès de laquelle elle avait les grâces de la ressemblance qui la touchaient le plus, c'est-à-dire celle des aventures galantes, plâtrées après de dévotion... » — Et plus loin : « Mme de Maintenon aimait bien mieux les repenties que celles qui n'avaient pas fait de quoi se repentir. Mme de Ventadour dont l'âge avait de beaucoup dépassé celui de la galanterie, s'était faite dévote depuis quelque temps, et quoiqu'elle alliât ses anciens plus qu'amis, un gros jeu et continuel et bien d'autres choses avec sa dévotion, la paroisse, la chapelle, l'assiduité aux offices et des jargons de dévotion à propos l'avaient lavée de toute tache; et les maux que ces taches lui avaient causés ne parurent même pas un obstacle à la place de gouvernante. » Saint- Simon, XI, loo; XII, 42. Au nombre de ses amants, l'Histoire amoureuse des Gaules compte Louis XIV. « Il semblait que le grand Alcandre ayant renoncé à l'amour, chacun y dût renoncer de même et que les dames, à l'exemple de Mme de Montespan, qui fait maintenant la prude, dussent être prudes aussi ; mais leur tempérament et leur inclination l'emportant par-dessus toutes sortes de raisons, elles continuent toujours la même vie. La duchesse de La

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