‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVI (volume 2)Chapitre 91 sur 91 · lii >.> I< M i.> Ht: I, I N.II.-iiiC-iiii · texte numérisé non relu

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li^iiro; ils font rossorlir la fraîchour du tcinl, aiiimonllcH trail», lour doimonl qtielquo chose do mulin, et prôlent un pou de juuncsso aux fomnics qui u'on ont plus, On peut môlor (pjolqucs n<ruds do ruhan h cette coiiruro ; i|uaiid la longueur des cheveux lo permet, une so^de boucle, une boucle légère, s'échappe d'un côté de la frisure ol tombe jusque sur la gorge. Je vis hier à l'hôtel de Bourgogne la duchesse do Sully et M""» de Créqui coiiïées ainsi; elles étaient jolies à ravir. Ce matin la reine a fait abattre sa belle chevelure pour adopter la modo nouvelle ; ce soir les ciseaux de La Vienne ne peuvent sufflre aux sacrifices ; il a dû s'adjoindre M'"» de la Borde ; jamais les Parques n'ont plus coupé.

Lacomédiedes Fourberies de Scapin que Molière vient de donner sur son thôAtre est une farce composée pour égayer le peuple ; mais j'ai vu bon nombre de personnages de la cour qui s'en amusaient beaucoup, et cela ne vient guère à l'appui de la double nature que M"»" de Thiangos voit dans l'espèce humaine. En fait de goût, nous sommes tous les jours obligés de reconnaître qu'il y a bien du peuple parmi les gens comme il faut.

Notre pauvre ministre des affaires étrangères mourut la semaine dernière ; il n'a jamais pu prendre son parti sur l'aventure scandaleuse dont M. de Laon l'a forcé d'être témoin. Cette partie tierce du duc de Sceaux, de sa femme et de sa fille, ne lui sortait pas de l'idée : en public, au conseil, dans la solitude de son cabinet, il voyait ces trois tètes pécheresses sur son oreiller... C'était une hydre qui le suivait partout... Enfin il a succombé; on enterra jeudi cette victime des injures de l'hymen. Si les maris allaient se mettre à mourir de cela, quelle dépopulation, bon Dieu ! Mais il y a par bonheur dans le monde trop de sagesse résignée pour qu'on puisse craindre une telle mortalité. Je ne sais pas si xM™» de Lionne est guérie de la rage dont je la soupçonnais atteinte ; mais elle continue d'être au régime du comte de Fiesque.son amant en titre. Pour la marquise de Cœuvres, délaissée par un mari aussi indilTérent à ses charmes qu'à l'usage qu'elle en fait, elle

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est presque toujours à la campagne avec son oncle, auquel la jeune dame ne fait plus difficulté d'avouer qu'un évoque a bien son prix.

La Bretagne est une province inquiète, turbulente, et parmi les Bretons M. de Pomenars sera tant qu'il vivra l'un des plus mutins ; il n'a jamais sur le corps moins de deux ou trois appréhensions pour crimes de lèse-majesté | chacun ici-bas s'habille comme il peut. Quelqu'un alla voir il y a huit ou dix jours ce gentilhomme dans sa prison à Rennes, et lui témoigna sa surprise de lui voir une barbe descendant jusque sur sa poitrine. « A quoi bon, répon- < dit-il, prendre soin de ma tête, sais-je à qui elle doit « appartenir ? Je tiendrais assez à la garder ; mais le roi « me la dispute. Si c'est à moi qu'elle demeure, je m'oc- « cuperaidela soigner; jusque-là ce serait peine perdue. » Il y a dans ce laisser aller de la vie quelque chose qui navre ; je me hâte de jeter par-dessus une petite anecdote d'un genre plus gai.

M. de Villarceaux sollicitait hier, dans le cabinetdu roi, une charge pour son fils ; il avait en parlant un ton confidentiel auquel le roi ne concevait rien, Sa Majesté le pria de s'en expliquer.

— Il me semble, Villarceaux, que vous ne m'avez pas tout dit?

— Non, sire, mais...

— Ne me poussez donc pas dans l'embrasure de cette croisée...

— C'est que je voudrais pouvoir dire librement à Votre Majesté...

— Ah 1 vous avez donc une communication secrète à me faire ?...

— Oui, sire, répondit Villarceaux avec un air mystérieux à mourir de rire.

— En ce cas, entrons dans ce cabinet.

— Sire, continua le gentilhomme quand il fut seul avec le roi, il y a des gens qui prétendent que Votre Majesté a quelques vues sur ma nièce...

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Comment, des vues ?

^ Oui, (lo ces rcf^ards charmants que Votre Majesté laisse quolqucfoia tomber sur ses jolies sujettes...

— Ah ! jo comprends.

— S'il cil est ainsi, jo supplie Votre Majesté de se servir do moi; l'alFairo sera mieux traitée que par toutaulrc,

— Ah ? c'est délicieux l s'écria If roi en comprimant une impérieuse envie de rire.

— Que Votre Majesté daigne y songer... .le coiuiais lo caractère de ma nièce, et la négociation ira bon train.

— Villarceaux, mon ami, nous sommestrop vieux, vous et moi, pour attaquer les demoiselles de quinze ans.

Le soir même Louis XIV amusa toute la cour des offres de l'oncle complaisant. Madame mena l'année dernière une maîtresse au roi d'Angleterre, mais cette dame n'était pas la nièce de Son Altesse Royale.

A propos de cette malheureuse princesse, elle est non seulement oubliée, mais remplacée. Monsieur épousa le mois dernier à Ghâlons, Charlotte-Isabelle, fdle de Charles-Louis, électeur palatin. La princesse palatine a dû, pour épouser le duc d'Orléans, renoncer à la religion de ses pères et se fairecatholique romaine, de calviniste qu'elle était. On dit qu'elle conserve un respect secret pour sa foi primitive ; il doit en être de même après toutes les conversions intéressées. La seconde Madame ne possède aucune beauté, mais c'est une assez belle femme dans le sens vulgaire, c'est-à-dire qu'elle est fortement constituée. Par le volume de la gorge, la grosseur des bras et des jambes, mais surtout par l'imposante rotondité d'une partie qu'on ne nomme point, Charlotte-Isabelle formerait deux Henriette d'Angleterre. Cette volumineuse .Allemande, dont la tète est forte en proportion du reste de sa personne, a des yeux grands, impérieux et saillants, une forêt de cheveux, des lèvres épaisses, des joues pleines et hautes en couleur. Tout, en un mot, dans Madame trahit une complexion robuste, exigeante. Cette princesse a beaucoup d'esprit, mais de cet esprit tranchant, exclusif, hardi, qui semble plutôt intimer des ordres qu'émettre des opi-

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nions. Du reste, Son Altesse Royale est imbue de cette fierté germanique qui ne rêve que grandeur, aïeux et blason. La maison palatine, au dire de Madame, est la plus irréprochablement illustre de toutes les familles de la chrétienté ; je ne sais si elle n'y a pas découvert quelque point de parenté avec Dieu le père ; mais elle ne fait point mystère de direqu'elle adérogé en s'alliant au petitfils d'Henri IV et à la race de saint Louis.

Imaybnne, imprimerie ch. coun

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