‹ Chroniques de l'Oeil-de-Boeuf, des petits appartements de la cour et des salons de Paris sous Louis XIV, la Régence, Louis XV, et Louis XVIChapitre 12 sur 44 · Mme de Bouillon fut exilée à Nevers · texte numérisé non relu

Mme de Bouillon fut exilée à Nevers

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([in1 la débauche, la haine et l'ambition avaient inspirés,

La prêtre I . plus criminel encore que ses complices,

fut convaincu d'avoir joint le sacrilège a ses autres attentats ; lui-même fit la révélation suivante:* Une demoiselle € jeune et jolie était devenue éperdument amoureuse d'un

* officier nommé Rabautel. Ce militaire, apparemment « peu touché des charmes de la belle, ne répondit point « aux avances assez claires qu'elle lui fit. Désespérée d'une

* telle indifférence, la jeune personne alla confier sescha- « grins à Lesage, et lui demanda des secrets pour se faire « aimer de l'ingrat qu'elle adorait. L'indigne ecclésiastique que lui répondit qu'un moyen infaillible était qu'il lui « dît la messe sur le ventre, elle dépouillée de tout vête- « ment. La pauvre fille y consentit, et l'auguste sacrifice « fut pollué par cette horrible pratique. Cependant, dès « le lendemain, la demoiselle retourna chezLesage; Rabau- « tel ne s'était pas, dit-elle, montré plus empressé. Le « prêtre proposa alors de répéter la cérémonie de la veille, « avec cette addition que lui, officiant, coucherait avec la « réclamante au dernier évangile, ce à quoi elle se prêta. » La cour n'a pas jugé à propos de s'informer si la jeune fille réussit mieux depuis auprès de M. de Rabautel.

Lesage, Vigoureux et sa sœur ont été brûlés en place de Grève aux acclamations d'une affluence prodigieuse qui depuis quinze jours demandait à grands cris leur supplice retardé par la question qu'on leur a appliquée.

La duchesse de Foix avait été arrêtée sur la déposition d'un simple billet d'elle trouvé chez la Voisin, et dont le sens était plus obscur que propre à baser une accusation. Louis XIV, ne voulant pas que sur un indice si léger une dame de haute distinction fût emprisonnée, se réserva de l'interroger lui-même dans ses cabinets, où elle fut conduite avec son propre carrosse par le capitaine des gardes en quartier.

— Reconnaissez-vous ce billet, madame la duchesse ? lui dit Sa Majesté d'un ton sévère mais doux.

— Sire, il est de ma main ; je ne puis ni ne veux le nier.

— A merveille 1 Maintenant dites-moi, je vous prie, avec la même franchise ce que signifient ces mots : Plus je frotte, moins ils poussent.

— Ah ! sire, s'écria la duchesse en se jetant aux pieds du roi, daignez m'épargner un tel aveu.

— Je ne le puis, madame, songez que je vous appelle devant moi pour vous sauver un affront public ; ce motif me donne tous les droits à votre confiance, et dans l'intérêt de votre honneur je vous ordonne de parler.

— J'obéirai, sire ! reprit en tremblant Mme de Foix rouge jusqu'aux yeux... Depuis deux ou trois ans je m'aperçois que mon mari me néglige après m'avoir souvent reproché un défaut... non, jamais je n'oserai achever...

— Continuez, duchesse...

— Il est des charmes, reprit l'accusée, dont la nature se montre prodigue envers des femmes, avare envers d'autres...

— Poursuivez, je vous prie.

— Eh bien 1 sire, mon mari n'aime que les dames auxquelles la nature a prodigué.,.

— Prodigué quoi ?

— Ce qui excède les belles proportions dans Mma de Montespan et manque à Mme de la Vallière... comme à moi, sire...

— Ah 1 m'y voici, s'écria Louis XIV en s'excusantd'un défaut trop prolongé de pénétration... Et je vois, poursuivit le monarque interrogateur, que vous aviez demandé à la Voisin...

— Une pommade dont elle disait des merveilles, ajouta Mme de Foix en baissant les yeux.

— Cependant plus vous frottiez, moins ils poussaient.

— Hélas ! oui.

— C'était un malheur ; mais ce n'était pas un crime, et je suis enchanté, duchesse, de vous avoir épargné la honte d'un tel aveu devant la chambre ardente. Je vous rends le malheureux billet qui vous causa deux heures d'inquiétude; retournez tranquillement à votre hôtel. Je ne vois de coupable ici que l'époux qui délaisse une femme

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aussi jolia que vous; je rem en toucher quelqu

au duc Il est un moyeu plus heureux que oelui dont vous

ave/ t'ait l'essai pour obtenir de la nature elle-même ce que vous reoherchiej par sxtifloe; nous en causerons avec votre mari, et j'espère qu'il l'emploiera.

On lisait dernièrement dans un salon une lettre de M1"9 do Coulange,dont le mari est attaché à notre ambassade en Espagne. Elle écrit que la reine Marie-Louise embellit tous les jours; mais que plus Sa Majesté acquiert de charmes, plus le roi devient jaloux, sans savoir pourquoi ni de qui. Mm» de Coulange parle ensuite des combats de taureaux : les grands seigneurs qui s'exposent, les chevaux andalous éventrés, les jeunes bacheliers dont le sang rougit l'arène, tout cela paraît fort amusant aux belles Espagnoles, que je croyais moins amies de la destruction. « Voyez, s'écriait Mm9 de Sévigné en entendant « cette lecture, voilà les amusements du royaume très « chrétien; les nôtres sont plus opposés à ce qui tue, « plus faciles à comprendre...» Toujours un petit trait de naturel dans les mots spirituels de la bonne marquise.

Ce pauvre M. de Pomponne obtint hier une audience du roi au moment du coucher; il pleura, dit-on, dans le cabinet de Sa Majesté; mais la disgrâce de l'ancien ministre n'a point été révoquée. Les ministres ne sont pas comme les noyés; ils reviennent rarement sur l'eau.

Les archevêques se lassent aussi de leurs favorites; MmB de Bretonvilliers n'excite plus l'ardeur, en dehors de l'église, qu'elle inspira longtemps à M . de Paris. Mais, ainsi que Mm0 de Montespan, voulant dominer encore quand elle a cessé de plaire, cette beauté délaissée choisit les maîtresses de Sa Grandeur, et les prend toujours telles que le cœur du prélat ne puisse entrer pour rien dans ces amours passagers. Dernièrement la complaisante pourvoyeuse avait conduit secrètement M11' Varenne à la terre de monseigneur ; il eut l'agréable surprise de trouver cette fille en robe légère couchée sur un lit de repos de son cabinet. Je ne sais pas ce que dit M. l'archevêque; mais il est plus que présumable que ce ne fut pas son bré-

viaire. Le soir, d'autres disent le lendemain matin, Varenne revenait tranquillement de Conflans à Paris dans le carrosse du métropolitain, lorsque M. de Pierrepont, lieutenant des gardes et amant en titre de la belle, se trouva sur sa route pour lui reprocher ses fredaines, dont il avait eu vent. Les gardes du corps ont une manière à eux de venger les infidélités; celui-ci se plaça à côté de l'infidèle dans le carrosse épiscopal, et força le cocher de les conduire à Versailles. Pierrepont fit entrer la voiture, ornée des armes de l'archevêque, dans la cour de l'hôtel des gardes, pendant un appel général des quatre compagnies; et présentant froidement la main à la Varenne, le malin militaire la conduisit à son appartement, après avoir ordonné au cocher d'attendre mac/amepourla reconduire à Paris. Pierrepont prolongea autant qu'il put le séjour de sa maîtresse, afin que toute la maison du roi eût le temps d'admirer l'équipage de l'archevêque; puis, ayant aperçu une grande affluence dans la cour, il reconduisit galamment la demoiselle en traversant les groupes de curieux, l'aida à remonter en carrosse, et la pria très haut de faire agréer ses compliments à Mgr de Harlay, archevêque de Paris... La recommandation ne pouvait pas être plus circonstanciée.

L'aventure fit tous ces jours derniers un bruit prodigieux ; le roi, à qui elle est revenue par deux mille trompettes, a fait ordonner au malin Pierrepont quelques jours d'arrêts; mais il a, dit-on, demandé à Sa Sainteté la suspension de M. de Harlay. En attendant, on assure que les offices sont interdits à Sa Grandeur; elle n'en abusait pourtant pas.

M. Colbert de Croissy a gagné le ministère que M. de Pomponne n'avait pas mérité de perdre, il a terminé le mariage de Monseigneur avec la princesse Marie-Anne- Christine-Victoire de Bavière; Son Altesse fit, il y a dix jours, son entrée à Versailles dans un carrosse magnifique, ayant à sa droite le roi, et à sa gauche le Dauphin son époux. La princesse n'est point belle; mais elle a de

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la fraicliPiir, et Mfl manières sont rc- tu pi i • ■-> <1<- gr&Cdl. esprit est. igrétble et orné ; sa conversation plait par la douceur inaltérable qui en est l'essence; on n'admire point ses discours, mais on voudrait toujours les entendre; ils ne captivent pas le cœur, ils s'y insinuent. La Dauphinc est musicienne comme Lulli ; elle sait trois ou quatre langues, et l'on dit qu'elle peint les fleurs presque aussi jolies que la nature les produit.

Son Altesse Royale a trouvé sa maison toute formée. Le roi avait désiré que Mme de Maintenon fût dame d'honneur de la Dauphine; mais, soit modestie, soit que la marquise ait d'autres vues, elle a refusé cette haute dignité, l'a fait donner à Mma de Richelieu, qui l'avait déjà chez la reine, et s'est contentée de la charge de dame d'atour de Son Altesse Royale, qu'elle partage même avec Mme la maréchale de Rochefort. Cette dernière circonstance prouve que Mme de Maintenon prévoit qu'elle peut être trop occupée ailleurs pour donner des soins assidus à la toilette de la Dauphine : il y a dans ceci un dessous de cartes évident. Ajoutons que le roi a donné à Mme de Maintenon un nouvel appartement au-dessus du sien et y communiquant.Sa Majesté a dit au duc de Saint-Aignan qu'il avait fait cette disposition c pour être à portée des « entretiens de la marquise, qui le délassaient des flatteries «c de ses courtisans et des verbiages de ses ministres. » Personne ne sait encore au juste ce que Louis XIV entend par les entretiens de M" de Maintenon; il fut un temps, qui n'est pas loin encore, où Sa Majesté ne voulait d'autres bornes dans sa conversation avec les dames que celles qu'il posait lui-même : je serais bien curieuse de savoir s'il en est ainsi avec la dévote marquise.

Nonobstant les entretiens, la dame d'atour de Marie- Anne-Christine-Victoire est fort assidue à son service : elle assiste toujours à la toilette de la princesse ; quelquefois elle la fait en entier. Elle seule a pu jusqu'à ce moment peigner la Dauphine, dont l'épaisse chevelure met en défaut l'adresse de toutes ses femmes. M"' de Maintenon passe si légèrement le peigne dans les cheveux de

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Son Altesse Royale, qu'elle en est charmée; si le roi est informé de cette nouvelle perfection de la marquise, cela peut encore ajouter au charme de ses entreliens.

Sept filles d'honneur ont été données à la Dauphine, sous le gouvernement de Mm* de Montchevreuil : ce sont M11" de Biron, de Laval, de Tonnerre, de Rambure, Dupuis, Hamilton et de Leuwestein. Le roi, qui ce jourlà tenait au nombre huit, a nommé en même temps huit gentilshommes pour accompagner Monseigneur, sous le titre nouveau de menins ; heureusement pour l'infaillibilité des huit dames d'honneur, ces messieurs ne sont pas tenus de résider dans la maison du Dauphin... L'occasion est si dangereuse et le démon si fin l

Dans les actes passés pour le mariage de Monseigneur, Louis XIV a été pour la première fois qualifié de Grand ; ce beau renom lui a été donné aussi dans les chartes relatives à l'établissement des Français aux Indes orientales, où notre commerce a fondé cette année ses premiers comptoirs après la confirmation de l'achat de Pondichéry, fait en 167 i. Ce titre de Grand est décerné à Louis XIV par les étrangers eux-mêmes; mais le roi l'eût encore mieux mérité en ne l'acceptant pas de son vivant.

Mœ* Deshoulières est connue par de charmantes poésies, et surtout par l'idylle des Moutons dont elle aurait eu la première idée si Théocrite n'y eût pas songé il y a deux mille ans. Cette bergère du Parnasse, changeant tout à coup d'allure et de ton, a voulu sacrifier à la muse tragique, sa tentative n'a pas été heureuse : le poignard de Melpomène ressemblait dans ses mains à une houlette; après avoir vu Genseric, le public a prié Mm9 Deshoulières de retourner à ses moutons. Chapelle, en sortant de la première représentation, voulait absolument m'expliquer ce qui manque aux dames pour faire des tragédies, j'ai refusé de l'entendre; il avait dîné au cabaret.

Dans son intrigue avec M110 de Fontanges, comme dans les précédentes, le roi joue au mystère et conduit l'amour

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5 petit bruit ; mais cette fois encore c'est lo suent de la comédie. La cour devant partir pour Villers-Golterels, Sa Majesté envoya la veille du départ ù sa maîtresse dix mille louis et un service de campagne en vermeil... Dix mille louis 1 avec cela on peut faire un bagage fort propre pour un voyage de vingt lieues. Le bonheur embellit les femmes: au premier bal donné à Villers-Gotterets, la nouvelle favorite a paru d'une beauté éblouissante. On dit que rien n'égale son orgueil, si ce n'est pourtant sa sottise ; en arrivant dans les salons, elle traversa l'assemblée sans s'incliner une seule fois et passa devant la reine sans la regarder. Après la fête, le roi reconduisit M"8 de Fontanges dans son appartement ; elle souffrait beaucoup de la tête, en même temps qu'un mal de cœur très significatif annonçait la formation d'une nouvelle tige de la lignée royale. « Que je suis désolé de vous voir dans cet état 1 « dit Louis XIV avec attendrissement. — Ah 1 mon cher « prince, répondit la romanesque beauté, faut-il que les « douleurs suivent de si près des plaisirs si purs... Mais « il m'importe, je chéris la cause de mon mal et l'aimerai « éternellement... » Où êtes-vous, chantres d'Amadis de Gaule et de Glélie ? Mais continuons le roman. Le lendemain Louis XIV, dans une chasse au sanglier, eut un cheval blessé par la bète ; Sa Majesté courut même quelque danger. Informée de cet accident, Mlle de Fontanges écrivit à son amant cette tendre missive qu'elle fit porter en toute hâte par un exprès :

« Je ne puis, mon cher prince, vous exprimer l'inquié- « tude où je suis ; puis-je apprendre le peu de soin que « vous apportez, à votre conservation sans trembler 1 Au « nom de Dieu 1 ménagez mieux une vie qui m'est plus « chère que la mienne, si vous voulez me retrouver vi- « vante à votre retour. Eh quoi 1 votre courage n'est-il c pas assez connu, aussi bien que votre adresse, sans vous « exposer ainsi à de nouveaux dangers 1 Pouvez-vous « trouver le délassement de la guerre dans un exercice si « pénible et si périlleux 1... Ah 1 j'en tremble de peur. < Pardonnez, mon cher prince, ces reproches à l'ardeur

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« de ma passion, et revenez si vous aimez, et si vous vou- « lez retirer de sa crainte celle qui vous chérit si tendre- « ment. »

Le roi au comble de la félicité en lisant ce billet, le baisa mille fois ; et s'étant assis sur le tronc d'un arbre renversé il traça au crayon la réponse suivante, que remporta l'exprès de la favorite :

« Non, ma chère enfant, ne craignez pas ; le péril est « passé, et je ne veux plus me conserver que pour vous « seule. Je vous l'avoue, je ne suis pas excusable d'avoir « cherché du plaisir dans des exercices que vous n'avez < pas partagés avec moi ; mais pardonnez ce moment que « j'ai donné au désir de la gloire l, et je pars pour pas- « ser mes jours entiers à vous dire que je vous aime... « Ah ! qu'il est doux seulement d'y penser, lorsqu'on « aime une enfant si aimable et qu'on est certain d'être « aimé ! »

Un grammairien pourrait trouver que le verbe aimer revient un peu souvent dans ce billet, mais les amants appellent cela des répétitions obligées. M"6 de Fontanges pensa mourir de joie en recevant ce brûlant écrit. La satisfaction qu'elle éprouva fut telle, qu'en ce moment, et pour la première fois, l'émotion excita dans son sein ce mouvement de vie qui suivant la position de celle qui le ressent lui cause tant de plaisir ou tant de désespoir. M"9 de Fontanges fut enivrée du premier da ces sentiments, et son heureuse maternité apprise au roi, dès qu'il parut, mit le comble à la félicité de ce prince... Le lendemain la favorite était duchesse de Fontanges ; on lui formait une maison, et son traitement fut fixé à cent mille écus par année.

Mm0 de Montespan ne tarda pas à être instruite des immenses avantages faits à sa rivale ; elle en témoigna violemment son dépit. Il est vrai que, durant sa faveur, elle n'avait point obtenu le titre de duchesse ; cette circonstance avait pour elle quelque chose d'humiliant: Louis XIV le sentit, et voulut annoncer personnellement à la mar-

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