La gloire de tuer un sanglier
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quise qu'il lui conférait ce môme titre qui excitait avec raison sa jalousie. « Non, sire, répondit Athénalfl avec « hauteur, je n'ai nullement besoin de cette nouvelle dis- « tinction... File était nécessaire aux la Yallière, aux c Fontangcs, pour approcher de Votre Majesté ; mais, « moi, je suis née d'un sang qui me mettait dans le cas « d'aspirer aux plus grands honneurs, quand bien même « je n'aurais pas eu le bonheur de vous plaire. »
Le duc de la Rochefoucauld est mort, universellement regretté : c'était un homme de génie, un homme aimable, un homme brave et un honnête homme ; je ne connais pas en France un cœur généreux, qui ne doive par la sympathie d'une bjlle qualité donner des regrets à ce digne gentilhomme. Jeune, M. de la Rochefoucauld paya à l'amour le tribut d'effervescence que tout être sensible lui doit; alors les beaux yeux de la duchesse de Longueville le firent sortir des bornes de la prudence, surtout lorsque, sans autre motif que sa condescendance pour les inimitiés d'une maîtresse, il s'engagea dans les guerres civiles et s'arma contre son souverain. 11 se repentit toute sa vie de cette folie chevaleresque, dont Mm9 de Longueville ne le paya qu'en monnaie courante d'infidélités. Ces anciens pécheurs, devenus elle dévote et janséniste, lui philosophe seulement, se virent peu dans leur vieillesse. La sœur du grand Gondé finit par se jeter dans la réforme absolue ; M. de la Rochefoucauld donna à Mm6 de la Fayette les soins épurés d'un vieil amoureux platonicien, la dame lui rendit ceux d'un épicurisme de souvenirs : c'était, comme dit Mme de Sévigné, une passion d'infirmes fort touchante.
Mme de Soissons est arrivée à Bruxelles, et si bien arrivée qu'elle y produit du scandale ! Il faut qu'il y en ait partout à son approche. Elle s'était rendue, il y eut dimanche huit jours, dans l'église de Sainte-Gudule : étaitce la dévotion qui la conduisait en ce lieu saintje n'oserais l'affirmer ; peut-être y venait-elle plutôt afin de prouver par sa présence au pied des autels qu'elle n'avait
pas signé de pacte avec l'ennemi de Dieu. Mais à peine la comtesse eut-elle pris un siège, qu'un miaulement épouvantable de chats liés ensemble se fit entendre dans le temple même, et que cent voix crièrent que c'étaient des diables et des sorciers qui la suivaient... Mme de Soissons voulut essayer de faire tête à l'orage; mais le sabbat des matous et les criailleries de la populace ayant redoublé, la pauvre exilée se vit contrainte de quitter la place.
Tandis que me voilà revenue aux suites de l'affaire des poisons, je dois consigner un événement plus grave que lamésaventure del'ancienne surintendante. Mme de Dreux, comme tant d'autres accusés, avait été emprisonnée sur de vagues soupçons ; elle a langui plusieurs mois dans un cachot, où le jour ne parvenait que par un trou pratiqué à la voûte. Nulle déposition ne s'étant élevée contre cette infortunée, il a bien fallu que la chambre ardente se décidât à la relâcher; mais comme la justice veut toujours avoir un peu raison, même quand elle a complèlementtort, l'un des présidents s'est mis à admonester Mme de Dreux, et par forme de conclusion l'a condamnée à cinq cents livres d'amende.
Libre enfin, elle passe, à l'Arsenal même ', dans les bras de son mari, de ses frères, de ses sœurs, de toute sa famille... Mais sa mère, elle ne la voit point... Hélas 1 elle n'est plus, la honte d'unefille l'a tuée... Mme deDreux, qui l'ignore, appelle cette bonne, cette tendre mère... La tombe n'a point de voix, c'est le mensonge, un mensonge maladroitement officieux, qui répond... « La vieille dame < est retenue au logis par ses infirmités, ce seront tou- « jours, se disent entre eux les parents, quelques instants « de gagnés; on va voir, on va réfléchir... » Mais la réflexion est lente, et l'inquiétude vole. Mm8 de Dreux s'élance, court, arrive à la place Royale ; légère comme une sylphide.elle franchit l'escalier, l'antichambre, une longue file d'appartements en criant: «Mamèrel mamèrelPour-
1. La chambre ardente siégeait |à l'Arsenal ; les accusés étaient détenus soit à la Bastille, soit au donjon de Vincennes.
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tait-elle avea un cri déchirant, lorsqu'un père eéiestui, son confesseur, parut tout à coup. € Calmez-vous, ma fille, lui dit le moina d'un • voix grave, votre mère est au ciel... Coiù'-I « i h I l'i qu'il vous sera permis de la revoir. — Ah! c'est moi qui l'ai tuée», répondit la pauvre dame d'un accent éteint... Bt alla t>mba sans connaissance sur le parquet... Le surlendemain, ceux qui passèrent à la place Royale, au moment où sonnait V Angélus du soir, virent sortir un convoi funèbre d'une porte cochère... C'était Mm9 de Dreuv qui rejoignait sa mère dans le ciel.
Mm8 la duchesse de Fontanges a reçu, tous ces jours derniers, dans son lit, les]compliments de la cour sur son titre et sur le tabouret qu'elle prendra demain. Les médecins ont ordonné de l'exercice, beaucoup d'exercice à la belle qui, depuis une quinzaine, s'est mise à suivre le roi dans ses chasses, auxquelles il n'avait renoncé que par métaphore amoureuse. Jeudi dernier, un grand ventsurvint pendantque la nouvelle Diane accompagnait son Endymion dans les forêts. Nos frisures de cour ne sont pas à l'épreuve de l'haleine des aquilons; un, désordre, plus sauvage que touchant, hérissa bientôt les beaux cheveux de la favorite, qui chercha quelque expédient pour retenir ces charmes voltigeants. Un ruban, emprunté de je ne sais quelle partie de toilette, ceignit d'un double tour le front de la duchesse et, noué sur le devant de sa tête, prêta à ses traits une séduction de plus. Le roi trouva sa maîtresse si jolie avec ce bandeau, qu'il la pria de le garder toute la journée... Les courtisans, peuple de singes imitateurs, ne laissèrent pas tomber cette occasion de flatter un des caprices de leur maître; le lendemain cent dames parurent à la cour le front ceint avec grâce d'un ruban de la même couleur que celui de la duchesse. Maintenant ces .coiffures font fureur à Paris, sous le nom de fontanges l ;