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CHAPITRE XIL

La reine; sa tendresse conjugale, ses manières, ses habitudes intérieures. — La duchesse de Boufllers. — SinguKère condition Taite à un amant. — Petite maison de la rue Cadet. — Le comte de Charolais ; son cynisme, ses cruautés. — - Ce prince est dissolu et cruel comme Néron. — Disgr&ce de JT. le dmc et de madame de Prie. — Fleury gouverne la France. — Portrait de ce ministre. '—Économie de bouts de chandelles à la cour. —Suppression du cinquantième.

— Les mirmidoru ; oe que c'est. — Nouveau bail des fermes. — Création des milices et de six compagnies de cadets. — Fleury est fait cardinal. — Maurice, comte de Saxe, élu duc de Courlande. — Aperçu historique sur ce jeûna seigneur. — Adrienne Leoouvreur. — Aurore boréale ; terreur qu'elle produit.

— Pyrrhui^ tragédie de Crébillon. — Lettre posthume de Louis XIV. — C'était le fruit d'une intrigue. — Fin contre fin. — Commencement de réconciliation entre Louis XV et Philippe V. — • La bacchante de la rue Cadet. — Newton; ses œuvres, sa mort, honneurs qui lui furent rendus. — Mort de Catherine l**, czarine de Russie. — Le diacre Paris; sa vie, sa mort, son tombeau.— Les convuisionnaires , V œuvre ^ lesiau/etuM, les aboyeuue, les miaulantee. — Concile d'Embrun. — Guerre entre l'Angleterre et l'Espagne.

— Médiation de Fleury. — Mort de Georges 1*', roi de la Grande-Bretagne.

— Robert Walpole. *- Réconciliation de Louis XV et de Philippe V.^^ Mort du prince de Conti. — Le Philotophe marié y comédie de Destouches. — Le comte de Saxe et Adrienne découvreur. — Richelieu à Vienne. — Superstition de ce seigneur. — L'alchimiste Damis ; la pierre philosophale. — Congrès de Soissons. ^~ Les nouvelles ecclésiastiques. — Le barbet contrebandier. — Bombardement de Tripoli. — Une puissance comme la France doit laisser la république de Saint^Marin se prévaloir d'une victoire sur Tripoli ou Alger. •*-Le canal de Picardie. — Louis XV a la petite vérole. — Coup d'épée dans l'eau. -* La jeune duchesse d'Orléans. — Défection du cardinal de Noailles.

— Mort horrible de la marquise de Prie.

La reine est toujours chérie du roi ; ce n'est pas de l'amour qu'il éprouve pour elle, mais une sorte de culte fervent. Marie Leczinska reçoit cet hommage avec un air qui ressemble plus à de la comptai*

nnce qa'à on tendre retour : cette princeMe est avec son mari, en public du moins, d'une réserve poussée jusqu'à la froideur. Quand Louis XV l'embrasse, on dirait une maman un peu sévère recevant les caresses de son fils. La reine , dont Thumeur est d'ailleurs charmante et l'affabilité infinie, laisse remarquer en elle un petit rldicole : on dirait qu'elle a complété son éducation avec les femmes savantes de Molière; tranchons le mot, Marie a dans l'esprit, non dans le caractère, une légère nuance de pédantisme. Je crains réellement que Stanislas n'ai fait apprendre à sa fille un peu trop de latin, d'hi^ toire, de théologie et qu'il ne lui ait pas laissé enseigner assez de poésie, de musique et de danse pour une reine de France. Cependant Sa Majesté , qui , durant le premier mois de son séjour à Verailles, se renfermait toutes les après-dinées dans son cabinet, où elle se livrait le reste de la soirée aux exercices pieux , a modifié eette habitude : elle passe maintenant ce temps avec ses dames, qui travaillent à des ouvrages d'aiguille tandis que l'iue d'elles fait la lecture de quelque sujet de piété... Il me semble voir d'Ici madame de Nesle lisant les Actes des apôtres avec une rotondité de taille dont la cause fut il y a quelques mois le sujet de tous les entretiens. Racontons.

n y a par le monde une duchesse de Boufflers qui semble avoir prit k tAche d'effacer toutes les réputations galantes que les dames se ■ont acquises à la cour de France depuis les beaux jours de la comtesse de -Soissons. Les bonnes grâces de cette beauté sont une monnaie tellement courante, que le comte de Riom assurait un jour au duc de Luxembourg qu'il était honteux pour un homme du bel air comme lui de ne les avoir pas eues. Riom ajouta qu'il y avait presque autant de honte k rester enchaîné au char de madame de Nesle plus de huit jours , et que tout ce qu'il y avait de gens comme il iaut jetait la pierre au duc d'être encore fidèle à la marquise après deux mois d'assiduités. « Le moment est favorable, dit enfin le comte ; » madame de Boufflers est sans amant en titre depuis environ qua- » rante*huit heures, remplissez cette lacune ; c'est une occasion qui * ne se retrouvera plus. » M. de Luxembourg profita du conseil: madame de Boufflers parut disposée k ne pas le laisser languir ; mais eUe mît une condition k sa défaite : ce fut qu'avant de quitter madame de Nesle le duc lui ferait un enfant « Je ne puis souffrir cette M femme, poursuivit la duchesse; on ne peut se tourner d'aucun cdté

ëO) CHRONlQUEd DÉ LtEIL-DE-BŒUF.

» sans la rencontrer éulant sa belto taille... Eh bien ! fnif^ct'eHe ett » si fiëre de cette perfection-là , je ne sais pas ttchée de trouver l'oc- » casion de la déperfectionner an moins ponr quelque temps. Aîml, » voilà qui est entendu , monsieur te duc , je vous attends aux pre- » miers maux de cœur de la marquise de Nesle. » Le nouveau tmtpirant de madame de Boufflers ne tarda pas à remplir la conditioii exigée; il faut croire même qu'il était alors en grande veine, ear on sut en même temps à Versailles la grossesse de madame de Htàie et celle plus légitime de la duchesse de Luxembouig.

Du reste, cette pauvre dame de Boufflers est réellement digne de pitié : la nature Ta formée de telle manière que de son propre aveu il lui est impossible de résister un instant à Toccasion de faillir. Elle racontait dernièrement à madame de Rochechouart, qui me Ta redit, qu'étant chez la reine on lui annonça l'arrivée imprévue de M. de Luxembourg , qui l'attendait dans son appartement.* Incapable de commander à son impatience, la duchesse sortit aussitôt pour rejoindre son amant; mais elle fut obligée de s'arrêter deux fois en chemin... J'avoue que je ne puis me faire l'idée du motif de ecs pauses-là.

M. de Luxembourg, malgré six à sept mois de possession, est tonjours amoureux de madame de Boufflers; vainement le comté de Riom , son professeur en galanterie, lui a-t-il représenté plusieurs fois qu'une telle constance pour une telle maîtresse était d'un ridicule scandaleux; le duc est soumis à un talisman dont 11 ne peut vaincre le charme. Il faut tout dire , ce seigneur n'est pas seulement d'une constance à toute épreuve , il a le malheur d'être aussi d'une simplicité approchant de la bêtise. La duchesse, enchantée d'avoir un amant tout à la fois sot et opulent, deux conditkms précieuses pour une femme qui ne veut pas se gêner, la duchesse a fiùt tout au monde pour fixer un homme de si bonne composition , et y a réussi. Elle s'est formé une société de tout ce que Paris offre de gens du bel air, qu'elle reçoit sans façon , sans scrupule , dans la petite maison de M. de Luxembourg , rue Cadet. Madame de Boufflers est intimement liée avec madame de Luxembourg, femme de son amant, qui vient prendre part gaiement aux soupers ou plutôt aux orgies de la rue Cadet. Quand les fumées du vin commencent à échauffer les têtes , et particulièrement celle de la duchesse de Boufflers , qui ne sort jamais de table le soir sans être grise, on se met à parler anglais.

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c'esl-è-dire qu'on se livre aux propos les plus libres , dans le cours desquels on ne déguise nullement les désignations. Des libertés verbales on passe aux licences effectives , et rarement ce sont des chapitres sans conclusion. Dans ces parties madame de Boufflers l'emporte sur toutes ses compagnes ; mais le duc , maigre le témoigoage de sa vue , il est vrai un peu obscurcie , ne croit des dérèglements de sa maltresse que ce qu'elle veut bien lui laisser croire , et se montre tout à fait impassible à ceux dont sa propre femme le rend témoin... Il est aiOigeant d'avoir à signaler de telles horreurs; mais, pour éloigner de la société les vices qui la dégradent , il faut quelquefds les loi laisser entrevoir dans toute leur dégoûtante nudité.

Ces mœurs sont d'autant plus horribles , que , placées plus haut dans l'échelle sociale , on les aperçoit inévitablement. Il est impossible, par eiemple , que personne ignore la conduite infâme d'un prince de la maison de Condé, le comte de Charolais, qui joint le cynisme le plus révoltant à une férocité dont on se fait à peine l'idée. L'hôtel de ce prince , situé rue des Francs-Bourgeois , au Marais, avait il y a quelques mois une vue sur le couvent des sœurs hospitalières de Saint-Athanase. Alors Son Altesse ne trouvait rien de plus récréatif que de se mettre à ses fenêtres dans un état complet de nudité , et de se livrer à mille indécences devant ces religieuses. Scandalisées au dernier point d'un tel spectacle , mais ne pouvant rien contre un homme de ce rang, les bonnes sœurs ont du moins tàït élever entre l'hôtel de Charolais et leur maison un mur trcs^haut qui rend désormais impossible la communication des regards entre l'un et l'autre lieu. Dissolu comme Néron , le comte de Charolais n'est pas moins cruel que ce monstre couronné ; on peut dire qu'à l'imitation de Fempereur romain le prince français se délecte dans le meurtre. Rien ne lui parait plus agréable dans ses orgies avec ses mai tresses que d'abattre à coufis de fusil ou des couvreurs sur les toits ou des passants ; et lorsqu'il va demander sa grice au»roi pour ces assassinats de sang-froid, ils ont toujours été l'effet d'tm malheureux hasard ou de la nécessité. Le mois dernier, M. de Charolais ayant tué d'un coup de pistolet un malheureux postillon père de famille, sous prétexte qu'il ne le menait pas asseï 'vite, Flenry fut informé de ce meurtre avant que Son Altesse vint, comme de coutume, s'en faire absoudre par Sa Majesté, et l'ancien évèque de Fréjus dicta la réponse que le roi devait faire dans

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cette circonstance à fon féroce parent : « Mon conûn, loi dit le '«jeune monarque , voici votre grâce , mais je vous déclare en même » temps que celle de celui qui vous tuera est toute prête. » Il est probable que cette déclaration tempérera un peuTardeur meurtrière de Charolais.

Cependant le ministère de M. U duc était devenu teUemenI onéreux y tellement vexatoire , qu'on regrettait hautement le régime du régent et même celui du cardinal Dubois. Les murmures éclataient de toutes parts; les épigrammes, les couplets malins et même les satires sanglantes pleuvaient sur le premier ministre, sur la favorite et sur Paris Duvemey, qui gouvernait ou plutôt rançonnait la France au nom de cette femme. A la cour même , les esprits commençaient à s'aigrir ; le joug de madame de Prie devenait intolérable pour les courtisans, qui pourtant savent se plier à tout« Dans cette effervescence des esprits, l'ancien évêque de Fréjus déclara un matin, au lever, à Jf . U duCy que le seul moyen de rétablir l'ordre était de ren» voyer la marquise ; mais celle-ci avait un emploi auprès de la reine. Cette princesse , croyant lui devoir sa fortune , paraissait disposée à la soutenir ; disi)Osition dont l'intrigante maîtresse du duc songea à profiter pour chasser de la cour le vieux prélat , occupé de l'en bannir elle-même. C'était dans les règles de la guerre. Jusqu'alors M. de Bourbon avait toujours eu à subir une déconvenue qui lui te» naît au coeur : lorsqu'il travaillait avec le roi aux affaires de l'Etat, l'abbé de Fleury assistait toujours à l'audience; tandis que, quand le précepteur s'entretenait avec Sa Majesté des affaires ecclésiastiques, qu'il ^'était réservées, le prince ministre n'avait point accès dans le cabinet. Un jour il en fut différemment : à l'instigation de madame de Prie , Jf . k dwi fit consentir la reine à ce que le roi vint travailler chez elle ; et lorsque l'ancien évêque de Fréjus se présenta à la porte de l'appartement, l'entrée lui en fut interdite.

Le bonhomme, incertain si son royal élève était du complot, résolut, dans tous les cas, de bouder ; il monta incontinent en voiture et se retira au village d'Issy. Louis XV, qui n'avait attaché aucune importance au travail du matin chez la reine, et qui s'était laissé entraîner dans le piège sans l'apercevoir, fût très-«uTpris de l'absence de son vieux directeur. Pendant qu'il s'en alarmait, madame de Prie, le premier ministre, Marie elle-même, qu'on travaillait à prévenir

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contre le prélat bondear, cherchèrent à insinaer au roi que son ëloignement était un manque d'égards. Louis XY montra un moment de i'htuneur; le parti de la favorite crut son triomphe assuré. Mais bieatdt l'attachement du roi pour Fleury prit le dessus sur son mécontentement ; Sa Majesté, toute jeune qu'elle était, commença à soupçonner quelque perfidie. Peu à peu la tète de ce prince se monta ; il reprocha à M. U duc d'avoir causé la retraite de son bon ami; la reine eut aussi sa part de reproches... Elle pleura, et le roi ne parut pas sensible à ses larmes. Enfin , prenant une intonation souveraine que personne ne croyait encore dans sa voix de seize ans, Louis XV ordonna au premier ministre d'écrire de sa main à l'évèqne de Fréjus et de le priety au nom du roi, de revehir à Versailles.

Fleurj revint en effet le lendemain : il était dévot et même un peu jésuite dans le fond ; ce bon prêtre reparut à la cour le sourire sur les lèvres ; pas la moindre plainte , i>as le plus léger témoignage de mécontentement... Mais ce calme était trompeur. Tout à coup, et tu moment oii le jwrti de madame de Prie croyait le calme rétabli, le roi déclara, dans le conseil du U juin, qu'il voulait désormais gouverner par lui-même. Louis XV n'ajouta rien à cette déclaration qui pût faire soupçonner la disgrâce de Jf. le duc; Sa Majesté eut recours, pour la consommer, à une ruse qui ferait honneur à un disciple de saint Ignace. Elle invita Jf . le duc à venir coucher au château de Rambouillet, oii elle allait l'attendre. A peine le monarque était-il parti, que le duc de Charost, capitaine des gardes en service, entra dans l'appartement du prince premier ministre, et, l'ayant arrêté jwr ordre du roi, le remit entre les mains d'un exempt chargé de le con» dttire à Chantilly, oii Son Altesse était exilée. Pour madame de Prie, elle fut envoyée au fond de la Normandie, avec injonction expresse de s'y tenir.

Ainsi finit le ministère de M. le duc de Bourbon, durant lequel, indépendamment d'une foule de déprédations , on a vu un prince de la maison régnante à la solde de l'Angleterre ; car Jf. le duc se faisait continuer la pension de quarante mille livres sterling que l'immoral Dubois avait reçue avant lui. Le roi a supprimé le premier ministère, et, se chargeant de l'administration de son royaume. Sa Majesté a ordonné au cardinal de JNoailles , archevêque de Paris, d'adresser à Dieu des prières afin d'obtenir les grâces dont eUe a besoin pour goo* vemer dignement ses Etats*

Cependant Pinelcn évèqne de Fréjng, avec le simple titre de mlniatre d'Etat que Louis XV venait de lui conférer, succéda par le fait à Jf . h duc ; les fonctions de premier ministre subsistèrent , et la suppression du titre ne ftat que le préteite flu renvoi de Son Altesse. Fleury, qui est Agé de soixante et treize ans , pourrait paraitfê bien vieux pour se charger d'un tel fardeau; mais c'est un vielHirA robuste et bien conservé. Ce ministre a la figure encore belle; il a le teint frais, les yeux vifs, la physionomie mobile; son front est élevé, son nez bien fait, sa bouche vermeille. Ce prélat tire tout le parti possible d'une taille médiocre, pour montrer une démarche noble et assurée ; il laisse voir avec quelque coquetterie une jatnbe fort heureusement tournée. Fleury a l'esprit délié ; sous une modestie habilement simulée il cache beaucoup d'ambition ; et cette ambition sera heureuse , car le précepteur du roi possède mieux que le plus fin des courtisans cette subtilité, cet art de se plier aux circonstances pour en profiter, cette habileté insinuante qui sait s'emparer de la confiance afin d'en tirer parti ; enfin le nouveau ministre sait jeter mieux que personne cet hameçon des grâces et des faveurs qui manque rarement son effet.

L'ancien évèque de Fréjus passe pour avoir sacrifié avec la puissance d'Hercule sur les autels de la beauté ; aujourd'hui encore, un observateur exercé peut reconnaître que cet ecclésiastique est voluptueux par goût; mais, plus maître de lui-même que la plupart des débauchés, il est sobre et réglé par raison. Fleury a de l'instruction, mais point de génie ; son Ame manque de ressort , son imagination a peu d'élan. D'ailleurs, lent et indécis, facile à embarrasser, quoique difficile à tromper, cet homme est privé des qualités propres à tklrt un ministre habile , sans être doué de celles qui font un ministre estimable. En ciTet, Fleury ne sait ni récompenser les services qu'on lui a rendus, ni oublier les injures qu'il a reçues : c'est un ennemi d'autant plus dangereux qu'il est plus dissimulé , et un ami d'autant plus ingrat que son ingratitude est toujours assaisonnée de protestations amicales. Achevons ce portrait en disant que Fleury l'emporte en avarice sur le juif le plus cupide ; voici un trait qui manqua a Molière pour peindre son Harpagon. Le précepteur, entrant un soir chez le roi, fut emporté h tel point par son naturel, qu'il éteignit dèuï ou trois bougies dont la consommation lui parut inutile.

Le premier acte de l'administration dite directe de Louis XY a

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été de supprimer le cinquantième^ qui deTtit être perça pendant doote ans. Cette mesure, prise le 15 juin, valut au roi autant de bénëdictions que l'établissement de l'Impôt avait attiré de malédictions k M. le due, La cbute de cet édifice audadeusement élevé par M. Paris Du vemey fut le signal de sa disgrâce ; on le mit à la Bastille, et ses trois frères furent exilés. Ces proscriptions ont ameuté eootre Fleury on parti de jeunes seigneurs qui se montrent fort Mécontenta da ministère actuel parce qu'il les a privés des faveurs dont ils jouissaient sous le régime précédent. Ces dissidents , qu'on appelle lea mirmid(m$, n'empêchent point le prélat-ministre d'aller son train ; et comme leurs armes ne consistent que dans des chansons, le vieux gouvernant se moque d'une artillerie si légère.

Pendant que les mirmidons crient, quelques dispositions favorables sortent du cabinet de Versailles, dirigé par Fleury ; et l'on doit citer le nouveau bail des fermes générales, passé avec une compagnie, moyennant quatre-vingts millions au lieu de cinquante-cinq que le gouvernement recevait annuellement, d'après le bail de 1728. Yoilk de quoi remplacer une partie du cinquantième.

Une ordonnance dn roi fonde en France des corps dits de milices, qai ne seront appelés sons les drapeaux que dans certaines circonstances graves, comme l'était jadis l'arrière-ban. Sa Majesté a créé en même temps six compagnies de cadets gentilshommes, dont chacune sera composée de cent maîtres, indépendamment des officiers; elles tiendront garnison dans les villes de Caen, Mets, Cambrai, Strasbourg, Perpignan et Bayonne.

La cour de Rome ne se méprend pas sur la prétendue administration directe d'un roi de seise ans ; et sentant qu'il est de son Intérêt de vivre en bonne intelligence avec un précepteur qui a toutes les allures d'un premier ministre, elle vient d'envoyer le chapeau de cardinal à M. de Flenry» Le bret d'investiture est dn 11 septembre*

Une autre élection a eu lien dans le même temps : c'est celle du comte de Saxe, choisi par les états de Courlande pour succéder à leur souverain Ferdinand. Maurice , comte de Saxe , que la France doit regretter de voir s'éloigner, parce que, jeune encore, il lui prometuit un homme distingué, est fils naturel de Frédéric^Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, et de la comtesse de Konismark. Dès l'âge le plus tendre Maurice eut des inclinatldns guerrières ;

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comme Achille, il n'aimtit à joaer qu'avec des armet. Ennemi de l'étude, le jeune comte de Saie ne consenUit à s*y livrer quelques instants qu'en faveur de la permission qu'on lui donnait de monter à cheval et de faire des armes. Il apprit néanmoins la langue française avec facilité. « C'est celle de du Guesclin , Bayard et Turenne, dij» sait-il, je veux la savoir. » Malgré son goût prononcé pour la France, ce brave Saxon fit pourtant ses premières armes contre cette puissance, dans l'armée du grand Marlborough. Après avoir combattu Charles XII à côté de Frédéric-Auguste , au siège de Stralsund et à la sanglante bataille de Quedeisburch, Maurice de Saxe, déjà célèbre par sa valeur, servit sous les bannières d'Eugène, en 1717 , dans la guerre de l'empereur contre les Ottomans. Il vint ensuite en France, oii le régent, à l'oreille de qui la renommée de ce jeune guerrier était parvenue, lui donna un brevet de maréchal de camp.

Pendant la i>aix qui régnait alors en Europe et qui depuis n*a été troublée qu'un moment, le comte de Saxe se livra à un genre d'hos^ tilités auxquelles il ne paraissait pas moins propre qu'à celles du champ d'honneur : les combats de l'amour occupèrent une grande partie de ses loisirs, et pour continuer la figure, je dois dire que les adversaires ne pouvaient manquer à un homme qui au courage d'Aïcide unit sa force et ses formes athlétiques. La fameuse tragédienne Lecouvreur, dont l'âme est aussi belle que son talent , fut une des premières à proclamer que le fils d'Auguste II était un héros dans toutes les acceptions du mot ; et, soit qu' Adrienne ait également paru une héroïne à l'Hercule saxon , soit que les belles qualités de cette actrice l'aient captivé, elle n'a pas cessé de l'emporter dans son cœur sur les nombreuses rivales qu'il lui a données. Mais le comte de Saxe va régner en Courlande, et les amours le pleurent à Paris.

Un phénomène assez rare dans nos contrées presque méridionales nous est apparu le 19 octobre, à sept heures du soir : c'était une au^ rore boréale^ qui a duré jusqu'à une heure du matin. Au moment de l'apparition la nuit était extrêmement sombre ; tout à coup le jour a semblé renaître après une obscurité de deux heures , et la lumière était telle qu'on pouvait lire l'impression et même l'écriture les plus fines. •L'instruction du grand siècle n'a pas encore pénétré dans toutes les classes : une foule éplorée jwrcourait les rues en psalmodiant des ^t^e et des Confiteor qu'interrompaient mille cris de désespoir, a Cest

» la fin du monde , disaient ces bonnes gens ; Dieu a permis que le •jour revînt pour éclairer les morts, qui vont sortir de leUrs tom- f » beaux ; nous touchons au jugement dernier... » Quelques vieillards F saperstitieux croyaient même entendre déjà la fatale trompette ; et b les med culpà de retentir de toutes parts. Vainement M. le lieutenant f de police faisait-il parcourir la ville jwr des savants qui s'efforçaient d'expliquer le phénomène ; ces messieurs perdaient leur physique, et la crainte subsistait. Enfin, à une heure et quelques minutes, la lumière s'étant évanouie , les esprits se sont calmés , et chacun a gagné son lit avec l'espoir de se. lever encore le lendemain. Les gazettes ont appris depuis que cette aurore boréale a été vue en Espagne et en Italie ; mais il paraît qu'elle s'est montrée plus brillante en France ^e dans ces deux autres parties de l'Europe.

Ce n'est point un phénomène lumineux que la tragédie de Pyr» fhus^ jouée cette année à la Comédie-Française ; cependant Grébillon t mis cinq ans à la composer, ce qui prouve que le temps ne fait décidément rien à l'affaire. L'auteur de Rhadamiste et d*Atrée , touché du reproche qu'on lui faisait depuis longtemps de tuer tons ses personnages, a voulu prouver qu'il pouvait réussir sans avoir recours à ces meurtres poétiques. Personne ne meurt dans la tragédie de Pyr^ fhus ; mais, voyez la bizarrerie du public , il a tué sans pitié la pièce où contre son habitude Crébillon s'était montré clément. Nouveau témoignage en faveur de cet excellent conseil du plus naturel , du plus sensé de nos poètes :

Ne forcez poiot votre talent, Vous ne feriez rien avec grAce.

I)ans les premiers jours de la présente année 1727, Louis XV trouva sur la cheminée de sa chambre une lettre qui, d'après son contenu, semblerait avoir été confiée par Louis XTV mourant au duc du Maine , pour être remise à Sa Majesté au moment oîi elle pren- <lrait les rênes de l'Etat. Je copie cet écrit , tout apocryphe qu'il est, car il a produit une grande sensation à la cour.

« Mon fils , si la divine Providence à laquelle je me confie daigne

* conserver vos jours jusqu'au temps oU la raison puisse vous faire

* •gir par vous-même , recevez avec respect celte lettre des mains

* (le M. le duc du Maine , ce fidèle sujet à qui j'ai fait jurer de vous

* It rendre en main propre. Vous y trouverez les dernières volontés

910 CHRONIQUES DE L'CElL-DE-BŒtTF.

» de voire père, de votre roi, qui, ai| moniept de quitter U vie, sent » redoubler sa tendresse ppur vous, en qui il voit tous ses entants » réunis, et dans un $ge si tendre, qu'il prévoit sous votre minorité » des maux qui lui donnent plus d'inquiétude que les horreurs du » trépas qu'il va subir ne lui causent d*effroi.

tt Si quelque chose peut adoucir ma peine dans cet état, c'est, mon » cher fils, la promesse de tant de bons sujets qui ont fait serment » dans mon sein de veiller sur vos jours, et de verser leur sang pour » votre conservation. Récompenses leur zèle lorsque vous en aurex » l'ige, et n'oubliez jamais les soins que mon fils le duc di^ Maine, » que j'ai jugé capable de mettre auprès de votre personne, en pren- » dra après ma mort. Cette distinction, que j'ai crue nécessaire pour » l'amour de vous, lui suscitera sans doute pour ennemis tous ceux » qui se verront par cette prévoyance trompés dans le désir qu'ils » ont de régner; et si, par les troubles qui pourront survenir dans » votre royaume, il arrivait quelque malhçur à ce prince, ou quel- » que changement à ce que j'ai établi, je désire, mon fils, si Dieu » vous conserve, que vous rétablissiez les choses dans l'état où elles I» se trouvaient à ma mort, tant pour la religion et l'Etat que pour u ce qui touche {e duc du Maine. Ayez confiance en lui , suivez ses • avis et ses conseils; il est très -capable de vous bien conduire. Si » la mort vous privait d'un si fidèle sujet, rendez à ses enfants, en » leur conservant leur rang, toute l'amitié que vous devez à leur » père, qui m'a promis et juré de ne vous abandonner qu'à la mort.

» Que le sang et l'amitié vous unissent avec le roi d'£spagne, sans » aucune raison d'intérêt ni de politique mal entendue ; ne vous en 1» séparez jamais, c'est le seul moyen de conserver la paix, l'union et » la balance de l'Europe.

» Ayez toujours un attachement inviolable pour le père des fidèles, » et ne vous séparez jamais, pour quelque motif que ce soit, du sein » et du centre de l'Eglise. Mettez en Dieu toute votre confiance; » vivez en chrétien plus qu'en roi... Gardez-vous d'attirer sur vous » la colère de Dieu qui protège si visiblement ce royaume.

» Donnez à vos sujets le même exemple qu'un père chrétien donne » à sa famille; regardez- les comme vos enfants; rendez-les heureux i> si vous voulez l'être* Soulagez-les le plus tôt qu'il vous sera possible » de tout l'impôt violent dont la nécessité d'une longue guerre lésa » surchargés, et que leur fidélité leur a fait supporter avec zèle.

tODIS XV. SU

» Faitef*Ies jouir d*uoe longue paix, qui seule peut rétablir les * affaires de votre royaume; préférez- la toujours aux événements » douteux, et souvenez-vous, mon fils, que la plus éclatante victoire » coAte toujours trop cher quand il laut la payer du sang de ses su-

> jets. Ne le versez jamais , s'il est possible , que pour la gloire de » Dieu; cette conduite vous attirera la bénédiction du ciel pendant

> le cours de votre règne. Recevez la mieiiDe , mon fils , avec mes

> derniers embrassements.

» Louis. »

)| faudrait avoir bien peu de pénétration pour ne pas reconnaître que cette lettre sort des ateliers de bel esprit de madame la duchesse du Maine , oii sans doute on la 'fabriqua entre une énigme et une pièce de bouts-rimés, afin de se conformer au précepte de Boileau :

Passez du grave au doux , da plaisant au sévère.

C'est une petite tentative de l'ambitieuse princesse , au moment où le roi commence à se diriger quelquefois d'après des idées qui lui appartiennent. Mais, outre que l'amorce est jetée maladroitement par le dépôt clandestin du papier sur la cheminée du roi , les éloges im- Biodérés donnés au duc du Maine trahissent trop clairement l'origine de la prétendue homélie royale, pour que les gens sensés aient pu s'y méprendre.'Mais comme les choses extraordinaires ne manquent jamais d'apologistes, celle-ci en a trouvé beaucoup, et bon nombre de courtisans ont déclaré, tout bas néanmoins, que le roi ne ferait pas mal de se conduire conformément aux conseils qu'on lui donnait* Quant au public, qui, dans ses interprétations, excède toujours les lois de la raison , il se persuade que la lettre de Louis XIY arrive de l'autre monde; qu'elle a été déposée sur la cheminée du roi par un *i>ge, et que Dieu a permis ce message pour mettre le jeune roi dans la bonne voie.

Le cardinal de Fleury a pris la chose comme il la devait prendre, ttk accueillant avec un sourire moqueur toutes les observations sérieuses qu'on lui adressait journellement sur le message posthume du feu roi» Cependant les niais puissants de la cour étant revenus auprès de lui sur cette affaire jusqu'à la plus assommante ténacité, ce ministre voulut mettre fin à ces fades et oiseux discours.

Il y avait cercle chez la reine; la compagnie était nombreuse; le

su CHRORIQUES DE L'ŒtL-DE-BŒUF,

roi s'y trouvait, et madime la duchesse du Maine aussi. Le cardinal , jugeant la circonstance favorable à Texécution de son projet , s'approche de la dame de Sceaux :

« Recevez, madame la duchesse, lui dit*il, mon bien sincère compliment.

*— De quoi, monsieur?

— De la lettre écrite à Sa Majesté par le feu roi.

— Si M. le duc du Maine eût remis cet écrit au roi avec la décence convenable, peut-être y aurait-il eu à cela quelque mérite; mais lé déposer clandestinement...

<-^ La façon dont a été remise la lettre ne fait rien à PaUûre, madame... Et puis, continua Son Eminence en souriant, la modestie, l'humilité pieuse de M. le duc ne lui permettaient pas d'entendre lire un écrit renfermant son éloge... Mais c'est pour la lettre elle-même que je félicite Votre Altesse.

— Je ne comprends pas Votre Eminence , répondit madame du Maine en rougissant.

— Les sentiments généreux exprimés dans cette lettre , les nobles pensées qu'elles renferme, et les beautés académiques qui assaisonnent le tout...

— Eh bien, monsieur le cardinal...

— Font le plus grand honneur à la cour de Sceaux.

— J'ignore absolument ce que vous voulez dire.

— Je m'attendais à cette réponse ; le vrai talent est modeste. Mais Votre Altesse s'en défend vainement; c'est à elle que le roi doit ce superbe morceau d'éloquence modèle, composée sans doute pour donner à Sa Majesté une idée des beaux mouvements épistolaires, et qui ne peut manquer de produire cet effet.

— Monsieur le cardinal oublie que ses plaisanteries s'adressent à une princesse du sang !

— Je ne plaisante nullement ; ce sont de sérieuses félicitations que je fais à madame la duchesse.

-— Finissons, monsieur! dit la princesse avec une colère difficilement comprimée.

— Voici mon dernier mot, reprit le cardinal : on ne gouverne point un Etat avec des phrases. Le panégyrique des gens illustres et les fleurs de rhétorique sont bons pour charmer l'amour-propre et l'oreille; mais, dans l'administration publique , il faut de l'aptitude, du

tnYail et la conniissance des hommes; il faut enfin marcher avec le lenps actuel, et non avec des souvenirs. »

A ces mots le ministre fit une profonde révérence à madame la dachesse du Maine , et se mêla à la foule qui s'était réunie autour des interlocuteurs.

Depuis ce jour la prétendue lettre de Louis XIY a perdu tout son crédit ; on n'en parle plus qu'avec ironie.

Le renvoi peu civil de l'infante d'Espagne et l'alliance conclue par Philippe y avec l'empereur avait rompu la bonne intelligence entre les court de Versailles et de Madrid ; la guerre eût même éclaté , si l'une et l'autre puissance eussent été plus en état de la soutenir. Mais le premier soin de Fleury après son avènement au ministère fut de récondlier deux souverains que le sang et la politique semblent devoir tenir sans cesse unis. Louis XV écrivit le premier à son oncle , au commencement de cette année , à l'occasion de la grossesse de la reine Elisabeth ; Philippe Y se hAta de répondre par une lettre polie, nais dans laquelle perçait encore un peu de froideur. La correspondance n'a pas continué.

Décidément madame de Boufflers l'emporte sur toutes les femmes qui , depuis cent ans, ont inscrit leur nom dans les fostes de la galanterie. Il est impossible de suivre le cours de ses bonnes fortunes; Tâttention la plus soutenue n'y pourrait suffire. Si le roi voulait un beau matin passer la revue des amants de cette dame, la cour du château de Versailles ne serait pas assez vaste pour les contenir. Voici un petit épisode des prodigieuses aventures de la duchesse, qui ^ye singulièrement la ville et la cour : M. de Durfort eut dernièrement la fantaisie de soupirer quelques instants pour madame de Bouflers : « Quel jour? » répondit-elle à la première déclaration de ce nouvel amant. On convint d'un rendez-vous rue Cadet, pendant Tabsence déjà connue que M. de Luiembourg devait faire. Durfort, pour rendre le souper plus agréable, y conduisit Chassé, acteur de l'Opéra , très-aimé du public , et dont quelques dames de la cour font le plus grand cas sous un autre rideau que celui de l'Opéra. Lorsque le vin eut excité madame de Boufflers, elle se mit à comparer les traits, les formes , la tournure de M. de Durfort , sa conquête du jour, avec ceux du chanteur amené pour égayer la soirée , et la duchesse jugea qu'il y avait une source de gaieté plus féconde dans le dernier V. 18

que dans le preinier. La dachetse se mît à faire des agaceries très-eipressives au comédien ; celni-ci pensa qu'il était de son honneur d'y léu pondre , quoi qu'il pftt arriver. Mais M. de Diurfort , qui n'avait pas arrangé la partie pour les plaisirs d'un comédien, fit sortir Ckasaé de table, et le renvoya. A cette vue madame de Boufflers entrant dans la plus violente colère, se précipite sur les traces du chanteur; on essaye de la retenir, mais elle s*arrache des bras de ceux qai l'avaient suivie. Echevelée, l'œil ardent, et dans le plus grand désordre, elle court après Chassé jusqu'au bout de la rue, en criant de tonte sa force : « Je le veux! je le veux! » M. de Durfort, après avoir, avec beaucoup de peine, ramené cette bacchante à la petite maison, parvint à calmer un peu ce transport... « A la bonne heure, dit-eUe; niais je vous assure que je l'aurai. » En effet, le lendemain an soir, on vit le beau chanteur entrer chez madame de Boufflers, et prendre rang dans la onsième ou dousième centaine de ses amants.

La mort frappa le 30 mars le grand Newton , l'un des rares génies à qui l'Etemel ait permis de reconnaître et d'expliquer quelques-uns des ressorts mystérieux de la nature. Dans ses Principes maihématiqua de Ut pkilûiophie naturelle, en démontrant l'affinité des corps, ou, si l'on veut, l'attraction, cet illustre Anglais fit comprendre par quelles causes secondaires, à la voix du Tout-Puissant, le chaos se débrouiMa; comment le feu jaillit de la matière, attiré par le feu; comment l'eau se réunit à l'eau pour couler en torrents, et comment les métaux, obéissant aux lois qui attiraient leurs molécules les unes vers les autres, percèrent les entrailles de la terre pour former des masses homogènes. Quel champ ouvert à la raison que cette explication des sympathies physiques , dont on a sans doute outré le pouvoir, en les supposant le principe des affections ou des antipathies humaines! VOptique de Newton est une autre création presque divine à laquelle nous devons en grande partie la révélation des mystères de cette lumière qui nous étonnait par tant de pbénomènes\inexpliqués. GrAce au philosophe de Wolstrop, nous connaissons enfin l'origine des couleurs, que son intelligence sublime a décomposées. Ajoutons que les immortels ouvrages de Newton ont prouvé , mieux que tous les livres d^ théologie, la puissance infinie du Créateur : le grand homme l'a démontrée par les œuvres mêmes de la création; il marque du doigt, dans le système de l'univers ^ le point ok finit la cause physique , et

LOUIS XT. 3f5

oh commence la cause indispensable d'ane volonté sapérieure aux lois de la natare. Si j'avais un enfant athée , je lui ferais lire Newton. Ce mortel d'un ordre supérieur mourut à Kinsington à Tâge de quatre-yingt-cinq ans. Les plus grands bonneurs lui ont été rendus, non comme président de la Société royale de Londres, ni comme directeur général des monnaies du royaume , mais parce qu'il a marqué en Angleterre la plus baute région où le savoir de l'homme soit parvenu. Six pairs portaient les coins du poêle au convoi funèbre. Dans la Grande-Bretagne, on ne songe pas à donner des lettres de noblesse *u génie; c'est au contraire par lui que la nation cherche à s'enno- Uir. Les six gentilshommes dont je viens de parler compteront parmi leurs plus beaux titres d'illustration le choit qu'on avait fait d'eux pour accompagner les restes de Newton. Il repose à Westminster, sous quelques pieds de marbre; mais sa grande âme remplit Puni* ▼ers, et son nom retentira dans tods les siècles.

Combien il faut baisser de ton pour parler d'un mortel qui n*est que souverain, quand on s'est élevé jusqu'à Newton! mais la tâche que je me suis imposée exige de fréquentes transitions : la variété doit mitre sous ma plume comme elle naît autour de mtfi. La czarine Catherine Alex! na, qui, d'un cabaret de la Livonte, monta au trdne des Russes , et qui les gouverna quinze mois après la mort de Pierre le Grand, vient, en le rejoignant dans la tombe, de laisser le sceptre au ctarowits son fils, proclamé sons le nom de Pierre II. Catherine suivit les plans de gouvernement de son illustre époux; elle acheva plusieurs des fondations qu'il avait commencées, créa même des établistenents, et se fit aimer de ses sujets. La conduite de cette souveraine ne fut pas exempte de blflme : elle eut pour amant le comte de Lewenvolden, et ensuite le comte de Sapieha ; ce qui fait concevoir l'indul- Sence avec laquelle Catherine. oublia l'attentat du Breton Yillebols *ur sa personne.

L'esprit de secte s'appuie de tout, s'accroche h tout, et rarement •es principes ne vont pas jusqu'à l'exaltation. Le jansénisme, que des hommes tels que Nicole, Amauld et Sacy ne purent empêcher de délirer en fanatisme , devait s'affrabchir tout h Oilt des lois de la raison, lorsqu'il était abandonné h des sectateurs vulgaires, et les persécutions ne pouvaient manquer dé le convenir en délire. C'est te qui se voit maintenant.

lie CHRONIQUES DE L*<EIIi-DE*BŒUF.

II y avait par le monde un janséniste nommé Paris, fils d'un conseiller au parlement , et qui , ayant pris les ordres mineurs , abandonna à son frère ce qu'il avait à prétendre dans la succession paternelle. Mais, par une humilité sincère, Paris se borna au diaconat, et, renonçant au monde , se retira , faubourg Saint-Marcel , dans une espèce d'ermitage au fond d'un jardin, qu'il cultiva de ses mains pour aider ;à la subsistance du pauvre. Vincent de Paul en miniature, l'honnête diacre fournissait des carottes, des choux, des oignons aux ftimilles nécessiteuses du quartier ; il instruisait leurs enfants , et le soir, après tous ses exercices de pénitence et de charité, se procurait une innocente récréation en tricotant des bas pour ses protégés. Paris vécut ainsi plusieurs années sans que sa réputation s*étendit au delà du faubourg dont il secourait les habitants ; car il faisait le bien sans ostentation, ce qui devait nécessairement le laisser dans l'obscurité. Ce diacre mourut il y a quelque^ mois ; son convoi ne fut escorté que par les infortunés dont il avait été le bienfaiteur , et sa dépouille mortelle fut déposée sous une simple pierre dans le cimetière de l'église Saint-Médard. La reconnaissance réunit d'abord sur la tombe de Paris un certain nombre de pauvres du quartier , qu'on entendait prier k haute voix pour lui ; bientôt quelques jansénistes , qui avaient honoré ses vertus modestes, grossirent ce cortège pieux; enfin on fit du tombeau le rendes^vous des disciples de Jansénius , et l'on vint s'y fortifier , s'y roidir contre les renaissantes persécutions des jésuites..... Peu à peu les têtes s'échauffèrent près des restes de Paris; on se crut inspiré par le sépulcre de cet homme vertueux; les prières redoublèrent, le fanatisme s'accrut, les cervelles se détraquèrent* Le délire fut surtout porté à son comble chez une multitude déjeunes filles, qui, parvenues k cet âge oii une nature impérieuse exalte les passions du sexe, éprouvèrent sur la tombe de Pftris des convulsions moitié ferventes, moitié hystériques. Rien de communicalif comme l'exaltation; de ce que ces jeunes filles avaient été saisies d'une irritation nerveuse , toutes les femmes jansénistes habituées du cimetière de Saint-Médard crurent en sentir le principe, et ce qu'on croit fermement a sur l'âme toute la puissance de la vérité» Ces dévotes ne tardèrent pas de se tordre les bras, de faire craquer leurs jarrets , de décomposer leurs traits par d'horribles grimaces; puis, s'étendant sur la tombe pour ressentir plus immédiatement ce qu'elles appelaient VcBUvre, on les vit s'agiter convulsivement de manière que,

iwr un Tëritable saut de carpe, elles se retournaienfavec une Inconeevable soaplesse de reins, sans s'occuper du désordre, quelquefois complet , que ces brusques mouvements causaient dans leurs vêtements. A l'origine de ces actes d'un étrange fanatisme, peut-être la conviction seule y présida-t-elle ; mais il me paraît démontré aujourd'hui que les jansénistes, spéculant sur les convulsions, songent à s'en ftire une ressource pour rendre , s'il se peut , leur parti redoutable à ses adversaires , sous l'invocation du diacre Paris , qui n'en peut mais.

Toujours est-il qu'il eiiste depuis quelque temps une société organisée de convulsionnaires : elle a ses chefs, ses règlements, ses employés. Déjà le charlatanisme s'ingénie; les miracles ne peuvent tarder, et les martyrs suivront de près. En attendant, les convulsionnaires ont leurs spectateurs : tout ce qu'il y a de curieux à Paris, et surtout de curieux libertins, vient, des fenêtres du voisinage, qu'on loue à cet effet, assister aux tours de force, aux sauts périlleux des jansénistes femmes du cimetière de Saint-Médard. Les fanatiques qui se livrent à cette gymnastique dévote ont reçu dans le monde le nom de douteuses; d'autres , qui poussent des cris semblables à l'aboiement d'un chien, sont appelées aboyeiises; enfin une troisième subdivision de convulsionnaires femelles , dont la manie est de miauler comme les chats, a reçu la qualification de miaulantes... On voit que la variété ne manque pas à ce spectacle, qu'il faudrait déplorer plutôt que d'y courir comme à un amusement.

Les convulsionnaires, on, si l'on veut, les jansénistes, ne se bornent pas aux sauts de carpe , aux aboiements et aux miaulements du rimetière de Saint-Médard ; c'est la parade dont on amuse les ba- . dauds arrêtés k la porte. Ces sectaires, qui savent très-bien que le cardinal de Noailles , en accédant à la bulle Unigenitus^ n'en est pas moins resté attaché au parti des anti-constitutionnaires, cherchent à l'appuyer de la secrète adhésion de ce prélat à leurs mystères, et cet jansénistes ne désespèrent pas de réussir. Mais les jésuites ont prévu le cas; n'ayant pu vaincre l'opposition du cardinal par la persuasion, '!> se sont déterminés à l'effrayer par un exemple de sévérité. Allé- Quant auprès de Fleury la prétendue nécessité de discuter des matières intéressant le dogme et la discipline de l'Eglise , ces pères ont prié ce niinistrc d'obtenir l'agrément du roi pour la réunion d'un concile à Embrun, Son Eminence, peut-être séduite, peut-être trompée, a solli-

3tS CHRONIQUES DE Ii'(ElL4>E-BŒUF.

cité et obtenu de Sa Majesté une déclaration qui autoriaait eetle a«seni« blée ecclésiastM|ae. En conséquence, l'archevêque d'Embrun a convoqué dans sa métropole les évéques de Scnez, de Gap, de Bellai, de Fréjus, de Yence, de Sisleron, de Glandèves, d'Autun, de Viviers, ii'Apt, de Valence, de Grenoble, de Grasse et de Marseille. Presque tous ces prélats s'étaient rendus à Embrun avec la persuasion qu*il s'agissait de traiter quelque point important de doctrine religieuse; leur surprise fut grande quand le promoteur du concile dénonça Tun des évéques présents, M. de Scnez, pour une instruction pastorale contenant des termes injurieui à la bulle Unigenitus, et recommandant la lecture des Réflexions morales du père Quesncl. L'évèque ayant reconnu l'ouvrage inculpé comme sien , et s'étant refusé à le rétracter, fut déclaré suspendu de ses fonctions épiscopales, et relégué, par ordre du roi, à l'abbaye de la Chaise*Dieu. Cet ecclésiastique est âgé de quatre-vingts ans.

Cet exemple ne produisit point l'efTet que les jésuites en attendaient : M. de Noailles, qui avait reconnu leur intention, déclara qu'il n'avait rien k se reprocher et ne craignait personne.

Pendant le cours de ces discussions reli}>ieuses , des événements politiques plus sérieux encore se passaient en Europe. L'empereur Charles VI fonda en 1722, dans les Pays-Bas, une compagnie des Indes sous le nom de compagnie d'Ostende. Cet établissement ne paraissait pas appelé à de hautes destinées chez une puissance aussi peu maritime que l'Autriche; cependant il excita la jalousie des nations commerçantes, et particulièrement de l'Angleterre, qui motiva du moins sur cette cause des hostilités contre Philippe V, prolecteur de la compagnie d'Ostende. A peine la guerre eut-elle éclaté que le comte de Torres, général espagnol, fit ouvrir follement la tranchée devant le rocher de Gibraltar. Déjà pourvue de tout ce qui pouvait la mettre à même de soutenir un long siège, cette place, en présence inème des assiégeants, reçut un renfort de trois régiments que le viceamiral Wayer y débarqua sans que les Espagnols pussent s'y opposer; et dès ce moment le siège fut changé en simple blocus.

Cependant le cardinal de Flcury, qui s'était entremis entre les puissances belligérantes, parvint à arrêter cette guerre; des préliminaires de paix furent signés à Paris le 31 mai. L'empereur consentit k ce que la compagnie d'Ostende demeurât suspendue pendant sept années, à condition que les puissttnccs maritimes laisseraient ren-

L0U1S XYé .li»

trer |toltiblemêiit les Yaittetux àt cette compagnie; ee qui fut accorde.

Pea de temps après ce traité Georges !•% roi d'Angleterre, nioibrat, et Georges-Auguste II lui succéda le 16 juin. Le prince défunt, qu'on Tlt commander arec distinction dans les guerres de la succession d'Espagne, n'étant alors que duc de Brunswick, a régné sur l'Angleterre avec habileté, sagesse et fermeté; mais il faut, pour être juste, attribuer en grande partie la prospérité dont la Grande-Èretagne a joui sous son règne au célèbre Robert Walpole, son premier ninistre, homme d'Etat dont le nom mérite d'être associé à celui de Golbert.

L'entremise dit cabinet* de Versailles entre l'Angleterre et l'Espagne a consommé la réconciliation de Philippe Y et de Louis XY. Celui-ci, à l'occasion de l'accouchement de la reine Elisabeth, a écrit une nouvelle lettre de félicitation à Sa Majesté Catholique; le comte de Rosemboorg, qui était chargé de la porter , avait en môme temps la mission de remettre au roi castillan le cordon bleu pour Fiofant nouveau-né, don Louis-Antoine-Jacques. Après avoir lu le message Philippe déclara, le 11 août, eu présence de toute sa cour, « qu'il était entièrement et sincèrement réconcilié avec le roi dé

> France, son bien-almé neveu* »

Un membre de la famille royale, le prince de Gonti, succomba cette année, dans un âge peu avancé, aux suites de ses débauches effrénées, qui, l'ayant conduit à un épuisement absolu, ne lui laissaient plus que l'ennui d'ciister. A ses derniers moments, il voulaif l'enivrer pour passer, disait-il, de la vie à la mort sans y penser. Son confesseur s'opposa à ce qu'il fit cette ftn épicurienne, u Yous avez

> beau faire, répolidit-il, je n'&i plus le temps de me repentir. » En cfTct il expira presque aussitôt. Si ce prince ne rechercha que la réputation d'être l'homme le plus immoral de la France après le régent, il l'a obtenue; mais il n'a pas , comme Philippe d'Orléans , racheté ses vices par de belles qualités : M. de Gonti n'eut que des défauts.

On a donné cette année, à la Comédie-Française, une bonne comédie de Destouches , intitulée le Philosophe marié , ou le Mari hon- Uux de l'être. « Je ne sais pas, disait un spectateur en prenant son » billet, comment l'auteur l'entend , mais un homme qui se marie se

• montre , par cela même , très-philosophe , c'est-à-dire qu'il s'est

• d'avance résigné à tout ce qui peut lui arriver ; son caractère se

» dément donc si, devenu mari, il est honteux de Vêtre,.. Qtn le ess, » ou jamais, d'avoir de la philosophie. » Quoi qu'il en soit de l'exactitade de ce bon mot, la pièce de Destouches a été vivement applaudie. Une action bien conduite , des caractères vrais et un dialogue spirituel couvrent avec bonheur ce que le fond du sujet offre d'invraisemblable. Un philosophe , autrement dit un sage , ne pourrait rongir de s'être marié que si le mariage blessait les lois de la sagesse; et c'est précisément le contraire, puisque cette alliance est le moyen légitime d'accomplir un des grands desseins de la nature, auxquels la philosophie veut que nous soyons fidèles avant tout. La honte du héros de Destouches n'est donc qu'un témoignage d'orgueil de la part d'un homme qui croit avoir perdu de sa dignité en se soumettant k l'empire d'une femme, et l'on va voir que la donnée du poète repose en effet sur un tel sentiment. Destouches, ministre de France en Angleterre , ne put, à travers les grands intérêts dont il était chargé, se défendre d'une vive passion pour Dorothée Johnston, demoiselle d'une naissance distinguée, dont la main ne pouvait qu'honorer un ambassadeur jadis comédien. Le mariage se fit; mais Destouches crut devoir se faire donner la bénédiction nuptiale très-secrètement , et tenir quelque temps son hymen caché. Le motif de ce mystère, qui a fourni le sujet de la comédie nouvelle , n'était-il pas évidemment celui que j'ai attribué au principal personnage mis en scène ? Or il n'y a pas la moindre philosophie dans tout ceci ; je n'y vois que la petitesse d'un diplomate gourmé, qui craint de paraître distrait des hauts intérêts de la politique par le vulgaire plaisir de coucher avec sa femme. Il faut pourtant pardonner à Destouches, en faveur d'un bon ouvrage, de nous avoir offert une faiblesse pour le scrupule d'un sage, et un courtisan pour un philosophe ; ce qui ne laisse pas de faire deux contre-sens incontestables.

Le brave comte de Saxe n'a pu se maintenir en Gourlande ; accablé par les armes de la Russie , il s'est vu forcé d'abandonner à cette puissance un Etat trop voisin d'un si grand empire, et qui lui agréait trop pour que Maurice réussit à le lui disputer longtemps. Mais ce n'est pas sans avoir défendu ses possessions que le fils d'Auguste les a laissées échapper : il a combattu comme jadis Léonidas combattit avec sa poignée de Spartiates contre les innombrables légions de Xerxès. Je dois, à cet égard, citer un trait qui prouve que le comte

de Saxe avait troavé dans notre célèbre tragédienne mademoiselle Lecoavreifr une âme digne de la sienne. Vers le milieu de l'année dernière , ce prince écrivit en France pour obtenir des seeours d'hommes et d'argent. Ses lettres furent à peine lues au ministère; maison lui répondit de la façon la plus affectueuse qu'on ne pouvait lui envoyer ni écus ni soldats. Adrienne Lecouvreur avait bien quelques amants ; mais , en supposant qu'ils eussent voulu faire le voyage de Courlande, cela n'aurait offert au comte Maurice qu'un faible corps auiiliaire : c'eût été autre chose , si la duchesse de BoufDers se fût décidée à enrégimenter ses favoris. L'excellente actrice ne possédait pas non plus de gros trésors , mais elle voulait à toute force secourir celai qu'elle appelait son dieu Mars, Elle mit donc en gage sa vaisselle, ses bijoux, et, joignant leur produit au peu d'argent qu'elle possédait , elle fit passer au souverain de la Gourlande une somme de quarante mille livres qui lui servit du moins à revenir commodément en France après avoir défendu' pied à pied son Etat envahi. Maurice arriva à Paris dans les premiers jours de ce mois (janvier 1798); je n'ai pas besoin de dire que sa reconnaissance envers mademoiselle Lecouvreur s'est montrée fort expansive... « Adrienne, je » vous rendrai votre argent, lui dit-il souvent dans les intervalles de » ses témoignages de gratitude... — Bon, bon, se hâte toujours de • répondre la célèbre actrice, cela ne presse pas... Je suis contente » de la manière dont vous servez l'intérêt. »

Les grandes réputations produisent sur nous l'effet de ces corps lumineux qui nous éblouissent d'abord , et dont l'éclat décroît à nos yeux par l'habitude de les voir. On ne parle plus à la cour de France des prouesses amoureuses de Richelieu; peut-être s'en occupe-t-on davantage à celle de Vienne , auprès de laquelle il est depuis trois •ns ambassadeur. Cependant on dit que ce seigneur est devenu difficile en fait de galanterie, à la manière de ces gourmands qui, las de bonne chère, ne veulent plus que des mets exquis. S'il en est ainsi, je doute qu'il se plaise aux banquets galants de l'Allemagne, car il lui faudra /evenir à la grosse nourriture. Dans ce pays, ou l'amour est une rêverie qui plane au-dessus des nuages, ou c'est le simple mot d'ordre d'un plaisir épais. Une Allemande écoute un amant juste le temps nécessaire pour savoir comment elle le possédera ; la chose étant convenue, les fleurettes, les compliments, les billets doux, les

madrigaux aéraient en pure perte , il ne s'agît plua de débiti^r de l'esprit.

On voit donc que le duc de Richelieu ne peut se complaire au sein de ces tendresses tout effectives, qui, par leur nature, doivent offrir trop peu de variété pour séduire son âme inconstante et légère; auss' se livre-t-il presque exclusivement, m'écrivait-on dernièrement de Vienne, à certaines pratiques superstitieuses auxquelles il fut enclin dès sa tendre jeunesse. On aura peine à croire qu'un gentilhomme spirituel, un membre de l'Académie française, croie, au temps où nous vivons, à l'astrologie judiciaire, et cherche de bonne foi la pierre philosophale. Rien n'est cependant plus vrai : Richelieu a la plus robuste confiance aux prédictions ; il accueille avec bonté tous les charlatans qui font métier de lire dans l'avenir, et surpasse en crédulité ces bonnes vieilles qu'on voit toujours occupées à tirer les cartes. Cette ridicule manie , que les ennemis de Richelieu brodent à loisir loin de lui , a failli l'empêcher d'obtenir le cordon bleu. On dit que le duc a fait un pacte avec le diable; que souvent il.se rend , accompagné de bohémiens possédés comme lui, dans les vieux châteaux de la Bohême pour s'y livrer, au sein des nuits, à des mystères infernaux. Alors, ajoutent les traditions populdires , on aperçoit à travers les vitres de ces gothiques édifices, qui jamais, de mémoire d'homme, ne furent habités , on aperçoit des flammes bleuâtres éclairant des figures étranges, tandis que des légions de démons aux ailes de chauve-souris volent au-dessus des tours noircies dans lesquelles se passent ces terribles choses. On va même jusqu'à dire qu'un soir, dans une forêt voisine de Vienne, Tambassadeur de Franct, assisté de quelques seigneurs allemands, renouvela les mystères d'Hécate, et sacrifia un homme à la lune. Ces bruits sont aussi trop puérils; on n'y a point cru «i la cour de France, et, le 24 février, les Insignes de l'ordre du roi ont été envoyés à ce ministre.

Les plus grandes absurdités sont quelquefois fondées sur une vérité, l'on n'eiit pas fait Richelieu sorcier s'il ne se fût pas montré superstitieux à l'excès. Entre autres charlatans que le duc rechercha et admit k sa table, je citerai un nommé Damis, qui se dkait tout à la fois astrologue , mathématicien , alchimiste et médecin. L'ambassadeur le consulta un jour sur sa santé , dont il avait sujet d'être inquiet parce qu'il crachait l^sang depuis cinq à six mois. « Soyez sans » crainte sur les suites de cette indisposition , s'écria Damis avec un

MUïS' XV. 323

> toR d'inspiré; votre vie, monseigneur, sera aussi longue que glo* • rieuse... Vous plierez sous le poids des lauriers, des honneurs et »des ans. Rien ne vous manquera, si ce n'esl quelquefois l'argent; » vais je veux corriger cette partie de l'arrêt du destin... Monsei- 9 gnear, je vous donnerai de l'or.

— De l'or, dites-vous, Damis, et comment? vous n'en avez pas pour vous-même.

— Votre Seigneurie a raison ; mais cela ne m'empêchera pas de lai en donner , et beaucoup.

-— J'avoue que je ne comprends pas oh vous prendrez ce précieux BéUi.

« Eh! parbleu! je le ferai.

— Vous le ferez!... Vous raillez : la pierre philosophale est une ehimère.

— Dites que sa dénomination est une sottise, car rien n'est moins philosophique que l'or qui sert à corrompre tous les philosophes; mais c'est de la chose qu'il s'agit , et j'ai l'honneur de vous répéter que je vous donnerai k foison cette matière tant recherchée... Quelques instants me suffisent pour la créer.

' — Quoi! lorsque la nature ne la produit, dit-on, qu'après des centaines de siècles...

— La nature! monseigneur, elle obéit., et moi je commande.

— Oh çà, Damis, pourquoi donc n^ètes-vous pas aussi opulent que vous me semblez pauvre?...

— Ma réponse sera simple , monsieur le duc ! il faut semer pour iccueillir... et je ne puis créer les causes premières... cela dépasse non pouvoir*

— Je voua entends. Eh bien ! nous sèmerons ensemble.

— Et vous moissonnerez seul ?

— Non , certes ! nous partagerons.

— * Sachez donc, monseigneur, le reste de mon secret... Je puis enriehir les antres, mais il m'est ordonné de rester pauvre... Ehimis ne peut, à l'exemple de Saturne, dévorer ses propres enfants.

— Vous êtes un homme bien singulier...

<— > Attendez, pour en juger, que mes oeuvres aient justifié mes paroles, m

Richelieu aime l'argent, non par avarice, mais parce que sa magnificcBce, ses dépenses inconsidérées et le gros jeu qu'il aiFectionne

nécessilent de grandes ressources. Le duc ne prit pas de repos qu'il n'eût mis son alchimiste à même de lui faire de Tor. Damis commença Topération x on brûla du charbon , beaucoup de charbon ; le duc, garçon de fourneau du grand opérateur, souffla avec une patience merveilleuse, tandis que son maître observait le creuset d'an air sombre et méditatif. Enfin Topera tion étant achevée, Damis produisit à l'ambassadeur un lingot d'or d'un excellent titre, qui fut estimé sept cent vingt-deux livres dix sous, et dans la composition duquel il n'était entré qu'un double louis. Richelieu sautait dans son laboratoire comme un enfant : 11 embrassait Damis, le nommait son meilleur ami, son dieu tutclaire... Rien de respectable comme les gens qui nous enrichissent. Un assez grand nombre d'expériences furent faites en présence de l'enchanté seigneur, et toutes eurent le même succès... Richelieu croyait avoir trouvé enftn une mine de richesses telle qu'il la lui fallait, c'est-à-dire inépuisable, lorsqu'un beau matin Damis disparut. Le duc espéra quelque temps que son cher ami, comme il l'appelait, ne ferait qu'une courte absence; il se flattait de le voir reparaître d'un moment à l'autre... Vain espoir! Richelieu fit chercher ralchiroistc de tous c6tés, il pria tous ses colliTgues les ambassadeurs de tâcher de le découvrir, personne ne put ressaisir la trace de cet homme extraordinaire... Le duc vit donc évanouir sans retour la belle chimère qu'il s'était créée... 11 dut se consoler de la perte d'une fortune infinie comme le pouvoir de celui qui devait en être l'artisan.

Ce qui devait le plus surprendre dans cette aventure , c'est que Damis n'avait jamais demandé d'argent à Richelieu; il ne s'était montré exigeant en aucune manière, et avait toujours remis au duc le produit des opérations faites dans son laboratoire et devant lui. Qu'était-ce donc que ce Damis ? Cest ce qu'on n'a jamais su.

Les souverains qui n'ont rien à faire s'amusent k jouer au congrès, comme des enfants jouent aux osselets entre deux classes. Voici de nouvelles conférences ouvertes k Soissons le 14 juin. Le cardinal de Flcury, le marquis de Fénelon et le comte de Brancas, plénipotentiaires de la France, otit reçu à la porte de l'hôtel de ville les envoyés des autres puissances; puis, sans autre cérémonial, chacun est allé s'asseoir près d'une table ronde, dont la forme a sauvé l'embarras de toute discussion de préséance. La première séance du congrès a

été consacrée à entendre un discours de M. de Fleury, et la réponse du GOLite de Sintzendorf , ministre de l'empereur... Il y avait longtemps qu'on n'avait vu une journée diplomatique aussi bien remplie.

Les jansénistes y dans un pamphlet hebdomadaire qu'ils font paraître depuis quelque mois, sous le titre de Nouvelles ecclésiastiques, ont pris la liberté grande de ridiculiser un peu le congrès de Soistons, dont l'utilité ne leur paraît pas bien démontrée. Ce petit recueil, qu'on lit avec plaisir chez les gens du bel air, est écrit avec autant d'esprit et de délicatesse que d'amertume et d'ironie; ce qui fait que M. Héraut , lieutenant de police , se consume en recherches pour en découvrir les auteurs. Peine perdue ! on ne sait ni qui compose, ni qui imprime, ni qui distribue cette gazette ; elle tombe des nues chaque semaine, et en tombe avec une régularité ponctuelle. Les .dispositions sont si bien prises à cet égard, qu'un jour certain personnage en crédit paria avec M. le lieutenant de police que tel autre jour, à telle heure, un grand nombre d'exemplaires des Nouvelles ecdésiMtù' ques entrerait par une barrière indiquée et échapperait à la vigilance des commis. En effet, au jour et à l'heure convenus, plusieurs personnes se présentent à la barrière choisie ; on les fouille jusque sous 1« chemise , mais inutilement : ces braves gens étaient étrangers à l'introduction du pamphleL En ce moment le parieur montra à M. Héraut un barbet qui se glissait le long des maisons : c'était le fnndeur... On s'en saisit, et l'on trouva que sa peau de barbet était ^usue par-dessus le poil ras de l'animal , et qu'entre-deux était recelée une centaine des feuilles clandestines. Le magistrat se déclara vaincu; et comme il serait extrêmement difficile de visiter tous les contrebandiers quadrupèdes qui peuvent colporter l'écrit dont if s'agit, il continue de circuler à Paris.

Tandis que la critique s'attache aux œuvres du gouvernement , et fronde avec raison le retour du régime des jésuites, une escadre, ^iBposée de onze vaisseaux ou frégates et de quelques galères, sous les ordres du chef d'escadre de Grandpré, châtie, par un bombardevient de Tripoli , la régence barbaresque de ce nom , pour le refus qu'elle a fait de donner satisfaction au roi sur certains griefs. Cette ^pédition, qui n'est, pour une puissance comme la France, qu'une P^te distraction guerrière, vaudra k M. de Grandpré le grade de Sçnéral de la marine ; du reste le succès déjà presque réalisé ne méitcra pas d'occuper une place dans nos annales... U faut laisser à la ▼. 19

Sae CHRONIQUES DE L*(£1L-DE-BŒUF.

république de Sftint-lMhrin , dont Tëteodue est de deux lieues carrées, le plaisir de célébrer une victoire sur les pirates de Tripoli ou d'Alger.

Si Ton se récrée dans la Méditerranée en jeUnt quelques villien de bombes sur une ville infidèle, le régiment de Picardie trouve qii0 c'est pour lui une récréation un peu dure que de travailler an canal de Saint-Quentin. M. le marquis de MauJevrier, colonel de ce ré||^ ment, a bravement donné le premier coup de pîocbe; mais il n'en a pas donné deux. Pendant que les soldats fournissent à l'ardeur du soleil le sèle que cet officier a promis , il ptsse son temps à courtiser les jolies Picardes ; ce qui fait dire aux travailleurs que c'est entrer pour trop peu dans l'accomplissement de sa promesse.

Le 1 6" octobre Louis XY fut attaqué de la petite vérole, qui, cette fois, se montra bénigne. Le roi se rétablit en peu de jours, sans que la maladie laissât sur le visage de Sa Majesté la moindre de ces petites traces qui signalent souvent son passage. Cet événement a contribué encore à augmenter l'attacbement du roi pour la reine aa vei^ tueuse épouse ; elle n'a pas voulu s'éloigner un instant de lui jusqu'à son entière convalescence : jamais on ne vit un uceud conjugal plai étroit... Mais, hélas! ce sont les liens les plus serrés qui sont les plus sujets à rompre.

Dans le même temps oil Louis XV n'était plus atteint que d'un appétit démesuré, que ses médecins l'empêchaient de satisfaire, il se passait à cause de lui, en Espagne, des événements étranges. On ne pense pas à tout : au moment de l'invasion variolique , les ministres avaient laissé partir un courrier sans écrira à la eour d'£spagne; Philippe y en conclut, sans autre examen, que le roi son neveu était mort. Tout aussitôt Sa Majesté Catholique convoque une junte extraordinaire ; il lui déclaro qu'il va se rondre à Versailles avec le second de ses fils pour recueillir l'héritage de la couronne de France, et qu'il laisse celle d'Espagne au prince des Asturies. Celui-ci prononça, et signa le jour même, dans la chapelle du palais, unereno»* dation formelle au trône de Fragce en faveur de l'inlknt son frère.

Immédiatement après ces dispositions , on se mit à préparer les équipages de Sa Majesté; on fit partir des rolais pour les carrosses de la cour. Les rôtisseurs, les pâtissiers, les chefs d'office passèrent la nuit à préparer des provisions de route. Le lendemain , de bonne

henre. Leurs Majestés entendireot la messe tandis qu'on mettait les cheraiu aux voitures, et pendant que les officiers et les valets faisaient retentir les corridors de leurs baisers d'adieu. Enfin, la reine était déjà dans le carrosse de voyage , le roi avait la jambe levée pour y monter, on apporte le courrier de France.. • : il annonçait que Louis XY jouissait de la meilleure santé.

La nouvelle du coup d'épée dans l'eau que je viehs de citer ègàj^ les courtisans de Versailles, le roi lui-même en rit beaucoup ; moins cependant que le diic d'Orléans, qui pourtant n'est pas rieur de sa ■atore. 1] fallut même, pour que ce prince eût ce mouvement d'hilarité, que l'équipée de Philippe Y excitât dans Son Altesse ce petit Mnttment de malice que Ton a toujours en réserve pour les gens ftt'on n'aime pas. Indépendamment de son humeur mélancolique le &]> du régent regrette encore vivement sa femme morte en couches le 8 août t126. Cette princesse, dix mois après son mariage, avait donné le jour heureusement à un fils ; mais la naissance de sa fille lai a coûté la vie : ajoutons cependant que la duchesse douairière d'Orléans doit, selon tous les rapports, se reprocher la mort de sa Imv. Cette fille naturelle de Louis XIY, qui, de son propre aveu, ne •^occupa jamais ni de l'éducation ni de la conduite de ses enfants, l'est occupée minutieusement de tout ce qui se rapportait à sa belleftlle, et cela pour la tyranniser parce qu'elle en était jalouse. Or, à l'époque de sa seconde couche, la jeune duchesse (ùt atteinte il Yerttilles des premières douleurs de l'enfantement; mais sa belle-mère Ae voulut pas qu'elle accouchât dans cette ville, et malgré ses souffrances elle la fit monter tn carrosse pour venir à Paris. A Sèvres in douleurs de la princesse augmentèrent: elle voulait se faire transporter à Saint-Cloud et y rester ; mais les officiers de la suite déclarèrent qu'ils avaient ordre de conduire Son Altesse au Palais-Boyal, <iansums les cas... Le malaise de la duchesse fut extrême pendant le Kste du chemin ; elle arriva fort malade , accoucha le même jour, et mourut quarante-huit heures après. Cette princesse , remplie de douceur et d'affabilité , fut regrettée de tout le monde excepté sa ^lle-mère, qui ne lui donna pas une larme... Madame la douai- 'î^ d'Orléans est cependant très-dévote.

— J'aime de tout mon cœur le cardinal de Noailles, et cependant je déclare, dans toute la sincérité de mon âme, que, pour sa gloire, ^ a trop vécu. Douze évêqoes, sous la direction de ce prélat, avaient

828 CHRONIQUES DE L'ŒÎL-DE-BŒCF.

protesté dans les mains du roi contre Tarrèt du concile d'Embrun et la déposition du respectable évoque de Senec. Un grand nombre d'avocats au parlement de Paris avaient en même temps dressé une consultation contre ce jugement ecclésiastique : la pièce est convaincante, sans réplique; aussi les jésuites ne s'avisèrent-îls pas d'j répondre, ils aimèrent mieux la faire supprimer comme renfermant des propositions injurieuses à l'autorité de l'Eglise... Ce sont toujours des injures que les raisons auxquelles on ne saurait rien répliquer. La vieillesse est souvent timide jusqu'à la lâcheté : moins il nous reste de jours, plus nous faisons de sacrifices pour en jouir, et l'honneur est peu de chose aux yeux de celui qui ne songe plus qu'à vivre. Le cardinal de Noailles, après avoir fait admirer pendant vingt ans sa noble fermeté, a vu dans un seul instant crouler l'édifice entier de SA réputation. Par un mandement du 1 1 octobre , ce prince de l'Eglise accepte purement et simplement la constitution Unigenitus^ condamne les Réflexions morales de son ami Quesnel , ainsi que les cent et une propositions qui en furent extraites jadis; révoque ses instructions pastorales contraires à la bulle , et déclare hérérîqne tout ce qu'il a publié en faveur du quesneliime. L'homme qui ne songe plas qu'à vivre peut faire par crainte une telle profession contre sa conscience ; mais c'est un acte bien coupable de la )Mirt d'un ministre des autels, qui , pendant toute sa vie terrestre, doit songer à la vie immortelle.

Depuis l'exil de M> le duc, la marquise de Prie vivait ou plutôt languissait dans sa terre de Cour-l'Epine, près de Bernay, en Normandie. On l'avait surveillée pendant la première année du ministère de Fleury; mais , après ce temps, le cardinal ne craignant pins cette intrigante , lui fit permettre d'aller aux eaux de Forges : ce qu'elle avait demandé. La marquise trouva à ces bains un grand nombre de courtisans avec lesquels elle essaya de négocier le rappel de M. de Bourbon ; mais le talisman de cette enchanteresse était détruit : enlaidie par le chagrin et la colère, elle ne savait plus persuader, parce qu'elle ne pouvait plus séduire... Tous les efforts de madame de Prie furent vains; cette femme autrefois si puissante ne recueillit à Foiiges, auprès de ceux qui l'ont encensée durant sa faveur, que dédains et mépris : tel est le sort des puissances tombées d'un rang usurpé. De retour dans ses terres, la marquise se laissa aimer d'un conseiller nommé M. de Brévcdent , qu'elle ne paya point

de retour; elle avait épnisc la coupe des voluptés, et ne fut sensible qu'au cruel plaisir de faire soud'rir cet amant... Un soir pourtant, excitée apparemment par les transports de désespoir du conseiller, les sens refroidis de cette courtisane titrée se réveillèrent un moment* elle lui abandonna ses cliarmes, jadis pollués par des myriades d'hommages impurs... Il fut heureux. Mais la marquise s'était trompée en croyant pouvoir è(re encore heureuse... « Que fais-je de la vie? » s'écria- t-el le quand Brévedent l'eut quittée; j'ai perdu même le » vulgaire plaisir que l'amour procure à la dernière de mes filles de » basse-cour... Il faut sortir d'esclavage... Mon ami , dit madame de » Prie au conseiller, qui la trouva au lit deux jours après celui oii elle > avait comblé ses vœux , j'ai passé une bien mauvaise nuit; donnez- » moi cette fiole. » Le tendre Normand , qui crut offrir à sa maîtresse un breuvage salutaire, se hâta d'obéir; mais quelle fut la douleur du pauvre robin loi^ue la marquise, après avoir bu, ajouta : « Je vais » être affranchie des chagrins de ce monde ! » Trop éclairé par ces mots, Brévedent se jette aux genoux de celle qu'il chérit; il la supplie d'arrêter les progrès du poison. « Impossible, répond-elle avec » un sourire affreux; gardez-moi le secret, et faites venir le curé... • Je dois me confesser et recevoir les sacrements... » La marquise remplit les devoirs des chrétiens, mais sa conscience y fut étrangère : elle était athée... Le ciel la punit en même temps et de son suicide et de sa piété menteuse : cette femme coupable souffrit trois jours entiers les plus horribles douleurs. Ses cris, ou plutôt ses hurlements, ^entendaient, dit-on, à trois cents toises de son château... Enfin Dieu en eut pitié , elle rendit le dernier soupir au milieu d'une convulsion* L'effet du venin avait été tel , que tous les membres de cette pécheresse expirée étaient recourbés sur eux-mêmes : il fut impossible de les étendre ; on dut la mettre par morceaux dans sa bière.

Fl?l DU TOMB CINQUISMK.

CÊàt. XLIV. — Vhmsae rentre dent la Koe calante.— La gageure. — tea loope daoa la bergerie. — L*aide de camp de VlUara dana le méoage dn marédiat. — logèoe et Villara à Rastadt. — La médaille. — L*amoar tenant nne pfîime. -~ QoeatioD fioaDcière. — Mort du doc de Berrf. — Le flacon reoomrert de maroquin. — Noovellea calomniée contre le duc d^Orléans. — B. de Cfaalaia areber. — Le moine priaonnier. — Lea princea légitiméa appelés à la couronne. ~ Inductiona tirées de cette disposition. — Pontcbartrain refbse de aceller Védit. — Lea sceaux sont remis à Yoisin. — Le comte de Toulouse ; son portrait. — Testameot du roi. — Harangue de Sa Majesté. — Le testament dn roi placé dans la muraille d'une tour du palais. — M. dn Maine et la ré^ gsnce; le ébat et l'oiseau. — Conféreneea nocturnes d*Anne et de Jacqoea III.

— Mort de la reine Anne. — Georges I" lui succède. — Lea promenades da cours à minuit. — La cbasse aux bellea. — Fiérea paroles et soumission effe»tlTe. — Trsité de Bsden. — Siège de Barcelone; tableau. — Fronsae et la blonde miroitière. — Madame Renaod. — La nuit coupée. — Scène matinale.

— Coup de théâtre pittoresque. -^ La petite maiaon. — Trio. ^ Le lÎTre et Pépingle. — Le point de tue du cabinet. — Tardif amour de Louis XI? pour saa sujets. ^ Le peuple grùà ti grû», — La bulle CTfii^Mjiiif. — Xtrœèê de Crébillon. -^ Lea morts et lei blessés. -^ La Tengeanoe ignorée du Tengeur.

— Mort de Marie-Louise, reine d'Espagne. — Le due de Beeurilliers. — Rénilntscence sur le msrécbal ferrant de Salon. I

Gba». XLV. — Mort de Pénelon. -^ fincore un mot du tMmaqm. — Madame dea Orsins est près de régner en Espagne. — Le fanatisme fait changer de résolution à Philippe y. — L'abbé Alberoni. — Ambansade de ce prêtre à Parme. — Le courrier. — Calcul d'un ambitieux. — Êlifabelh de Parme, reine d'Espagne.

— Disgrâce de la princesse des Crsins. — La robe de cour et de la paille ponr lit. — La princesM des Ursins et son écujer. — L'smbassadeur de Perse. — Longues et sir gulières difficultés pour rentrée à Paris de cet envoyé. — Diplomatie à coups de crosse. — Les dames courent cbei Mébémet Rlxabeg. — Examen qu'il fait de leurs charmes. — Elles dansent dersnt Tambassadeur.

— Repas persan. — Folies orgueilleuses à la cour, — Cérémonie de la réception. — Réciprocité galante de la duchesse de Richelieu. — Le donneur d^atia officieux. — Caprice de madame de Berry pour Richelieu. — Senrice d'un écoyer dans un boudoir. — Tendre» adieux de Louis XIY et de I'électeu# de Bavière. — Le régiraient de la calotte. — Départ de l'ambassadeur de Perse.

— Son ambassade était une mystification. — Le coin de nappe, lee Jambee enflées. — Variation dans les modes. — Les hauts talons , les mouches. — Philippe V reprend Majorque. — Pin des guerres de la succession. — L'almaaach du diable. — Reau trait du chancelier Voisin. — Maladie de Louis XIY.

— Sa mort. — Effet public de cet éTénement. — Résumé du règne de Louis la Grand. 10

13) TABLE DES CIIAPITReS.

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