‹ Chroniques de l'oeil-de-boeufChapitre 33 sur 34 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Foodation de f Ecole militaire. — Mort do M. le dac d'Orléans, dit 8ainte-6eneviëve. — Caractère de oe prince. — La rupture de la ceinture de culotte. ^ Incrédalité du même prince sur les décès et les naissances. — Mort de madame Henriette de France. — Pacification de la Corse. — Encore les refus de sacrements. — Ambition de madame de Pompadonr. — A politique, politique et demi.<— Le poète Desforges mis littéralement eo cage. — Hostilités dans rinde. — M. Dupleix. — Un marquis français souverain dans Tlnde. — Désastres qui suiyeot de près l'apogée de sa gloire. — Ce prince de l'Asie se morfond dans les antiohambres de Paris. — Nos affaires dans l'Amérique. — Les Iroquois. — Suite des querelles du clergé et du parlement. — Expédition nocturne. ^~ Les mousquetaires et les dames de la robe. — Réfleiion sur les rois et les parlements. — Les rapports de police. — Egouts de la société. — Morts dans la famille de la favorite. — Indigestion nocturne du roi. — Les Grâces sans jupons. —Le peuple paye encore cela.— L'inoculation; ouvrage de Gatti. — Bonne intelligence rétablie dans l'Inde. — Camps de plaisance «nz front.ères. — Mot heureun de Fontenelle. — Parlement du bon plaisir. <— Le favori et la favorite. — Exil de Richelieu. — La Dtvin du village de J.-J. Rousseau. — Origine de ce philosophe. — Ses premiers ouvrages. — Le Dûsi» patewr de Destoucbes. — La cabriole.

Je ne dois pas omettre de mentionner une fondation qui honorera

la mémoire de Louis XV : un édit, rendu l'année dernière, ordonne

rétablissement d'une école royale militaire destinée à élever de

jeunes gentilshommes qui seront instruits dans toutes les sciences

vu 18

a^ofliiiircft k mi oftciar Xe aombce dc§ ëlfeyg* yatattCMant nos à rScole niUtoire eect 4e cing wnli; miis an j «dmetln de» pumlmiMiffe aalMaattz cm étm^ieB, mofouiftiil une peosîoD de tauL nille Impbm. Taus Jm jeuBM-flens saçiv dms cet éUUisaeao&t dgyi.— I être flhnlîytru et aoUci à qoMXrt degrés «a moins : catk»- Uquoi , «B dépit du sMfcvcBir 4b Torenne et de Manricr de Sue; qoIiIm, au fliëfrift de U senemnée de Fabert, de Jeu Bsit et de Gkevert. Le hètysent deitiné à eette beUe institution sea aitoé entae Vbèieï des invalides et la jilaine de Grenelle; il a été OMameané cette année sur les dessins de M. Gabriel, ochitecte dn roL On pourvoira aux frais de rétablissement an mojen d'une loterie dite de l'fioole militaire , auxquels seront joints les revenus de Vabimjit de Saint-Jean de Laon. On doit à M. Paris Duvemey l'idée première de cette fondation. D est juste d'ajouter, à k louange de madame de Pompadour, qu'elle en a favorisé de tout son pouvoir l'antorisalxon.

Tandis qu'on élève une école militaire avec les revenus d'une abbaye, M. le duc d'Orléans dit de Sainte-Geneviève vient de finir sa vie dans ce couvent. Cétait un prince honnête homme; a piété sincère , bien qu'elle n'alllt pas jusqu^à la chasteté absolue : Atance qui du reste doit y faire croire, parce qu'on doit ajouter foi aux choses possibles et non à celles qui ne le sont pas. Le curé de Saint-Sulpice, faisant «llasion à la sagesse du duo-d'Orléans» disais de lui : « Si j'étais p»pe je le eanaiiiseinis sentewent pour avoir sé- » sisté à l'exempie du Palais-Royal au temps de la régence. » On peut craindre d'après ce mot que M. le curé n'ait pas mérité la canonisation au même prix.

Jugé sur ses vertus intrinsèques, c'est-à-dire sur celles qui profitaient à la société, Philippe d'Orléans étais humain et charitable; la bonté de son caractère se rév^ît dans i^a^runf de ses aclMs. Mais, il faut bien le dire, toutes ses qualités tenaient à l'abandon; son naturel le rendait incapable de tout acte de fermeté, de toute opposition à un entraînement quelconque. Son Altesse devait donc pécher de temps en temps par faiblesse, et elle péchait d'autant plus irrésistiblement qu'elle avait le coeur tendre. Les flatteurs de M. d'Orléans assurent que ses inclinations n'allaient jamais jusqu'à transgresser les lois de la pudeur et qu'il ne se laissait aller à ses attachements qu'avec une réserve qui laissait toujours intacU ^es principes de continence*

Une jeune personne dont je ne* pub èenre le nom qne par une ini^ ^le , mademoiselle d'A***, inspira au prince reclus une passion qtd 'ÉtoM doute Alt contenue dans ces Ihnttes; Cependant, soit que l'es* •time de M. d'Orléans fAt aussi ft>rte que*son amour, soit que le malin «commençât à dominer sa réserve pudibonde, ii se décida tout à coup à épouser sa maîtresse. Mais comme en définitive ce mariage ne se «conclut point, je dois rapporter ioi l'incident singulier qui le fit échouer. Le prince se* rendit un- malin ches mademoiselle d*A*^, Me» décidé à- hà proposer sa mam : elle- était dans sa chambre à cou- -cher quand il se fit annoncer ; il l'attendit un momentau salom Mais voilà que pendant cette courte attente les liens qui' fermaient parderrière la'ceinturc de la culotte de Son Altesse vinrent à casser. Je ne puis pas dire précisément par quelle cause cette rupture eut lieu; mais le prince prit cet accident pour un avertissement du ciel qui n'approuvait pas l'union projetée, et- quand mademoiselle d*A**^ arriva il avait renoncé à lui faire part de ses projets.

Il faut malheureusement conclure de cette anecdote que Tesprit du prince était altéré, soit par les austérités de la* vie claustrale, soit à fa suite d'une faiblesse originaire. On va- voir d'ailleurs cette conclusion justifiée- par les fiiid» Mademoiselle d' A^' étant morte peu de temps après- son mariage manqué, dont elle n'avait jamais en* connmsiance, M. d'Orléans refusa obstinément d'ajouter foi à son décès, soutenant que le roi avait ftiit enlever cette demoiselle pour qu'il ne ptti .l'épouser.

Telle fut dès l^nrs la direction de la folie do ce prince , qu'il' ne voulut plus croire qu'on mourût. H* oonvint cependant que sa sxur, morte aux Carmélites, après avoir régné* quelques» instants en* Espagne, avait passé de cette vie dans l'antle ; mais ce ne fut qu'après .avoir vu-, touché et retourné plusieurs fois le cadavre d^ cette prin-

Après la mort de madame deGonUmf, qui avmtr succédé- à maile* nraiseOe d'A'^** dans les* affeotfons ècrW. dfOriéans, son- incrédidité se reproduiait, et cette ft^ia elllr fut invincible. H. tFArgenson, qui était encore alors chancelier de Son Altesse , dut continuer die por^ ■ter cette- dame dans set comptes pour la pension que le prince lui ttisait; autrement il ffitr entré diras de» aecè» d^ coifere- qu'il était •prudent de lui éviter. Vainement U maréchale de Grammont projK>sa-l-eile à l'illustre incrédule de le mener sur le tombeau de ma-

dame de Gontaut, sa fille : il persista à dire qu'elle ne pouvait ètrr morte et qu'on le trompait.

Un jour M. Silhouette, successeur de M. d'Argenson dans la cbaige de chancelier du prince, ayant oublie sa manie d'immortalité, lui parla de feu le roi d'Espagne.

A Qu'est-ce à dire , monsieur ! s'écria Son Altesse en fronçant le sourcil , de quoi venez-^vous me parier là ?

— Je disais, monseigneur, que le Roi Catholique défunt...

^ J'entends bien , morbleu ! Mais apprenei que le roi d'Espagne n'est pas mort

— Cependant, monseigneur...

— Qu'il ne peut pas l'être.

—J'avais pourtant cru...

*- Qu'il ne le sera jamais.

— Monsieur le chancelier le sait bien , dit le valet de chambre du prince en tirant M. de Silhouette par le pan de son habit, mais il avait oublié...

— Certainement, interrompit le chancelier, qui se rappela seulement alors la folie de M. d'Orléans, j'avais eu effet oublié que le mot feu est un titre que prennent maintenant les rois d'Espagne.

— A la bonne heure, » dit Son Altesse en se calmant.

Si le fils du régent ne voulait pas croire qu'on mourût, en revanche il niait les naissances avec la même obstination. A la première couche de la duchesse de Chartres , sa belle-fille, il fut impossible de le persuader qu'elle venait.de lui donner un petit-fils. Son Altesse apnt ensuite mis au monde une fille, M. le duc de Chartres, pour éviter les graves conséquences que pouvait avoir l'incrédulité de son père, supplia le roi d'ordonner que M. Joly de Fleury, procureur générai, assistât à l'accouchement de la princesse. Ce magistrat, mandé par Sa Majesté, remplit en effet cette formalité et dressa procès-verbal de la naissance de mademoiselle d'Orléans ^

L'obstination de M. d'Orléans ne se démentit pas même au moment de sa mort, à laquelle il ne croyait pas plus qu'à celle des autres individus. Ce fut en vain que le confesseur de ce prince lui refusa le viatique à moins qu'il ne reconnût ses petits-enfants, malgré la piété de Son Altesse on ne put obtenir d'elle cet acte de condescen-

* Mariée par la suite au due de Bourbon.

dance. Après avoir longtemps Tëcu comme un véritable religieux Philippe d'Orléans mourut sans avoir été administré.

La cour a fait une perte plus sensible encore que celle de AL le duc d'Orléans, car on ne peut se dissimuler que la jeunesse unie à la beauté est plus regrettable que la maturité, même embaumée de dévotion. Le règne des dévots est au ciel , celui des belles est sur la terre. Madame Henriette, fille du roi, vient de descendre dans la tombe à cet âge ou, éclose pour le bonheur, une jeune fille commence à vivre de cette autre vie dont elle n'a connu jusqu'alors que le prélude languissant. Louis XY pleure cette princesse, qu'il aimait tendrement, et le deuil est général à Versailles. Henriette de France était douce, affable, compatissante, exempte de fierté ; elle se faisait adorer de tous ceux qui l'approchaient.. • Et que de soupirs poussés par nos jeunes seigneurs pour cette rose inaccessible !... Maintenant ce trésor si désiré fournit aux caveaux de Saint-Denis son contingent de putridité...

Louis XV est parvenu à terminer cette année le différend qui existait depuis si longtemps entre les Corses et les Génois. M. de Ghauvelin, envoyé dans l'ile en qiuilité de plénipotentiaire, et M. de Corsai, commandant des troupes françaises, sont parvenus à conclure la paix en réconciliant, au moins en apparence, les deux partis. Nous verrons combien cet accord durera. H ne sera pas moins difficile de mettre fin aux dissensions religieuses qui désolent la France : toujours des refus de sacrements aux antioonstitutionnaires , toujours des arrêts du parlement en pure perte. Ce corps en a rendu un le 1 8 avril qui est demeuré sans exécution. Les évéques partisans des jésuites persistent dans l'opinion que le parlement n'a pas le droit de s'immiscer dans les affaires de l'Eglise, et ces prélats réitèrent chaque jour aux curés l'ordre de n'administrer les sacrements qu'au vu des billets de confession prescrits. De là grands débats, vives discussions entre les prêtres et les robins; de là un déluge d'écrits à dormir debout sur le jansénisme, le molinisme, la bulle Unigeni'tuê, etc. , etc. , et le roi se contente de dire entre la poire et le fromage : « Ces grandes robes et le clergé sont toujours à couteaux » tirés, je les envoie de bon cœur à tous les diables... » Le marquis de Lngeac répondit un jour à ce propos : « Peut-être Votre Majesté 9 ferait-elle mieux de les envoyer tous à la Bastille, le trajet serait

MA CHRONIQUES BC MHI«-DE-BŒIIP.

» fhw CMWU » Le BDL se aît àir rive f ne» «BMae a» fond le ciaoee n'ëuit pes risible, atlcnda (ftm ben. nooibM é» ecaf^nU hors de le iraBB;dM< sebit^ Se M^eelé élekljl dennèreMcni DÙeâeB poor. emninT le point de doc±EÎae Utigîei»: eUe cet cei peeée dee cecdiiievs de Souiiiee eC de le aecheCencattiâs de Vi véq^ de Rouen, de i'évèque de Léon, de MMu de Tredùne,. de GraaidUe, d'Année,, coneeillem d'Etat^ et An BL. Jolgr de Flene; eeen^enl Tofiee de prooncees gi^draè de. le eonieiiMÎom. Mois aiLlee raimM secree^nU ni lee pMcédnre» dn periemeni ne se sent téa^'p lee- pertle eontinoeat de eoaibettie.ei^ prétOM» de lean^< lieleufs : je ende qee M».de.Lugeac avait inàMpié le bon meyii

Pendent ces dlflenaeien»- snn des meliète» eeelésieBtiqnes , le» inl goes pio&ne»' fonmieeent leun oarnàee à. U ooar. Medeme de Pen^ pedour en poursuit une qui., depuis q9ie]qiiefr.nioîey abaodie. toute soi aDllîeitade, et le erat est iei tfèt-ooayenehtp> eae ii s^ptde renient de cette favorite. La marquise a de M. d'£tloles uoe fiUe qn^'eUc a: lait élever avec un soin extrême : Alexaudrine est un petit prodige d!inetfnctsen,. d'c^uit,. de gidnes; qnenli à. le.beesicé de cetleiinténessenlQvorëeture , il y eundt bien qnelqnsoipetiifr maté à> introdhioe dans son éloge : ee qni n'innpèche pee que le. tout ne finane un.eBi*semble fort séduisant» Or. la chère enfant est en âgs d^ètee-maeiée; besmeoup de geniilelienunes.oot jeté les yenn sur œtte beauté, qui i^^rterait en mariage une beUe pimeotion^ Meie le. mae^eise, qui veut choiair , a porté , comme on va. voir ,. ses vues un peu beat:: e'eetM. de Fronaac,. fils dn duc de. Richelieu, qnfeUe prétend. avei£ peur gcndffc, et madame de Pompadour ne se fiait pee la pkielég^e idée d'une difficulté. M. de Richelieu luii fait une. oouc aseiiiue, afrn. de Qorroborer par la Csyeur de cette maîtresse celle dont il jouit auprès du. roi : le duc sait mieur que personne eomlueu une femme, peut par intervalle» exeraer d'inAucuee sur un pécheur. D'ailleurs la. noblesse dea Vignerod ^ n'e8C< paa> trilementinéBueeble qu'ils- puissent en être ûees, surtout aux dépens de leum intérêts. M oeLégeid^.ier marquise s'est rappelé un motpiquanC dit pan nucsetgnear à AL.de, Bichelien lomqu'il oempla^ le duc de Roeheohottart da«a la cherté:: de peemicB gentilhomme: de leehambne : « Je vousielieite, monsieui; » ie dno , luLdit ce: osiiiqne melin , enAn. vouai vetU^ ^utiibamme. »

' N«mi2rnaiti£ des Bldulieu.

UNnB XY.- sm

*Le BoaTeau digflitdi«*ttp«pçiir bîm PinteiHlon maligne à ttWBiwIr CDmplimeiit, maivil prît le jen-dte^motii du beaw eôlé.

DélenaiBée* par ees divers motife , la marqniBe abordk<aiv matiipUp •qmfttion. da* mariage f. dén» un tête-à*-tèto avec le galanr saranné,» auquel, par une habile politique^ àtt boudoir, elle laissa entrevoir pitu de oha nues qu'elle ne lui enr moutnnl ,. au moins depuiaquei-' q«ts- années. Néanmoin» le due fût peu flatté de la proposition; mais, nm moios- adroit pelbique que la- maîtresse- du roi , et eraignant les* snitea d'un refus brusqué , il éluda avee adresse. <c IMkm fils , oépon— ««difr-ii, a. l'ikomieur d*appartenip par sa mère' aux princes dé* la ••maison» de Lorraine y je ne puis: done em disposer sana- leur agré- » nssnt : je vais«le demander*»vee empressement; et je conelnrai vréc •'joie le mariage projeté,, si vous daignez, madame, perais ter dans »j votre résolution* » Je ne sais, si la marquise a été dupe de cette. I, mais les choses en* sont là.

On a joué cette année à la Comédie-Française, ilome sommée , tm.»^ gt^die de M. de Voltaire : c'est encore- uni sujpt trahé par CrébilU», une. imitation fleurie de Catilina ; et , comme tous les ouvrages der l'auteur, c'est une épitre en cinq a£te», admirablement rimée. Avanti la représentation publique de cette pièce, elle avait été jouée hf- Sceaux devant la duchesse du Maine ; Yoltaire s'y était chargé du r4le de Cicéron^ et avait prouvé qu'un bon poète peut ètreun^acteop pitefable. Rome, sauvée obtient du suceès.

On parle beaucoup eu ce moment d'uu jeune- auteur moins, hen^reux mais aussi moins flatteur que Yoltaire. Cet écrivain, uommé Desforges, connu seulement par quelque» opuscules ,. se trouvait à l'Opéra lorsque Tinfortuné et brave Charles^Edouard fut arrêté par ordre de Louis XV , qui l'avait appelé précédemment son cher frère*. Le poète , indigné de cet acte de violence, crut peut-être avec raison* qp'il compromettait l'honneur de la nation. Le leudemaîn il exhala ses plaintes dans une pièce de vers oii se trouvaient ceux-ci t

Paatia Jadia si- fier,, anjferd'hui ai.sarvile^ Des priooas malheureux. vous n'êtes plus Tasile.

Basforgea avak raison v mai» quand- on s'attaque aux grands^ il est dangereux df avoir raieen trop haut. Le.ciilique courageux. fut aeeèté, oasMfaiit au ment Sainif-Michei et renfermé dans U co^e imitée; de celle du cardinal de la Balue. CesUunrcaveaacieusédauS'le roc„oà

atO CHRONIQUES DE LHEIL-DE-BŒUF.

le jour ne parvient que par quelques ouvertures longues et étroites; ce qui donne aux intervalles de ces ouvertures Tappareace de bar-> reuui de pierre. Cependant M, de BrogUe, abbé de Saint-Blicbel, eut pitié de cet infortuné, il obtint avec beaucoup de peine qu*il eiU Fabbaye pour prison. Enfin , après buit ans de captivité , Desforges, qui , par d*e&cellentes qualités , avait mérité l'estime de son protecteur, a recouvré sa liberté , grâce aux pressantes sollieitations de l'abbé de Saint-Micbel et du marécbal de Broglie son frère. Notre jeune poêle , rentré dans la société , pâle et maigre de ses longues souffrances, éprouvées pour un motif généreux, inspire le plus grand intérêt ; mais la cour ne lui a pas encore pardonné d'avoir eu raison : je crains bien que ce garçon-là ne fasse jamais son chemin.

Il est mort deux maréchaux de France pendant les deux années qui viennent de s*écouler : ce sont MM. de Montmorency et de la Farci ces noms sont célèbres dans l'histoire: le premier, par de& exploits guerriers qui remontent presque au berceau de la monarchie ; le second , par une renommée établie sur des prouesses moins meurtrières. Les hommes de guerre assurent que le maréchal de Montmorency ne vivait absolument que de la réputation de sesaîeux; les dames jurent que le maréchal de la Fare avait laissé périr celle du favori de feu le régent.

La paix d'Aix-la-Chapelle ne faisait point encore sentir ses eSels dans l'Inde au milieu de Tannée 1752; peut-être, au moment où j'écris , les Français et les Anglais se battent-ils encore dans ces contrées sous prétexte de seconder les différents souverains asiatiques qu'ils soutiennent respectivement. Les Anglais furent les premiers qui après le traité de 1748 travaillèrent à rompre la bonne intelligence qui régnait entre les troupes de leur compagnie des Indes et celles de la nôtre. La présidence de Madras écoula avec faveur la demande que lui fit un prince indien, nommé Sanjohi, d'un secours d'hommes pour l'aider à rentrer dans le royaume de Tanjour, d'otiil avait été chassé; ce souverain, qui promettait d'abandonner à la compagnie le territoire de Divicoté et de .payer tous les frais de la guerre, obtint d'abord du président anglais quatre cent cinquante Européens, mille cipayc^ et quelques pièces de campagne, auxquels se joignit plus tard un nouveau renfort Cette petite armée, conduite par le major Laurence, s'empara du fort de Divicoté, mais «près un combat si opiniâtre et de telles pertes , que la compagnie

LOUIS XV. S2t

ordonna k ses troupes d'abandonner cette conquête , ainsi que San* johi , au profit de qui eUe avait été faite.

Pendant que ces événements se passaient, deux nababs'i , Ânaverdican et Mouza-Fersingue , se disputaient le pays d'Arcate; M. Dupleiz, gouverneur des établissements français en Asie, se déclara le protecteur du dernier, an prix de grands avantages promis à la compagnie française et à lui. Un corps de quatre cents Français, commandés par le marquis d*Auteuil; combattit pour Mouza-Fersingne ; il triompha , et son compétiteur figé de cent sept ans resta sur le champ de bataille. La révolution opérée dans l'Arcate par suite de cet événement donna d'autant plus d'inquiétude aux Anglais que les Français y avaient participé ; mais la part qu'ils prenaient eux-mèxnes dans le même temps aux affaires de Sanjohi , ne leur permettait pas de désapprouver la conduite de la compagnie française.

Mouza-Fersingue, vainqueur par les armes des Français, conféra le titre de nabab de Gamate à Ghandazael, leur ami; celui-ci, dans sa reconnaissance , distribua aux troupes de Pondichéri, qui avaient concouru à l'expédition , une somme de deux cent mille livres , combla leurs officiers de présents et donna quatre-vingts villages à la compagnie des Indes orientales.

Mouza-Fersingue et Ghandazael ne jouirent pas en paix du pouvoir ; au momcAt où ils ne semblaient plus avoir d'ennemis à redouter, Nazerzingue, nommé sonba d'Arcate par l'empereur mogol, se présenta pour déposer ces deux princes alliés des Français. Il est k présumer que le président de la compagnie anglaise, jaloux du succès de la nôtre, avait sollicité secrètement cette difficulté; on en fut du moins persuadé quand on vit un corps anglais prendre parti dans la cause du nouveau prétendant. M. Dupleix ne pouvait hésiter à soutenir le souba qu'il avait investi : il lui donna des troupes, et ce fut ainsi qu'en pleine paix les Anglais et les Français en vinrent aux mains.

Des combats acharnés , oii la valeur européenne se signala de part et d'autre, furent livrés k cette époque (17603 ^'^^^ ^^ ^^^ apparent de soutenir des princes de l'Asie, mais plus particulièrement peutêtre pour obéir à une rivalité devenue naturelle entre les peuples de la Seine et ceux de la Tamise. Mais l'héroïsme anglais n'eut rien à

' GouTemears des proTîaoes, qui relèvent des soubas ou rois tributairei du Grand Mogol.

Iff' CHRONIQUES K L*(Stt-DE*1IŒ0F.

opiMser «« tMit de M-. <e 1» T«udie : môvi de INhI ceofti Fi seulement, ce brave officier péttètre Amnrl» muff m mifien fc qur» tre-^Bgt mille taaemw «ftii me— eut Pl»dSeMn , fcur tne Amze ceaU bemmct, et disperse* celle «rmée san^qnir far en eeàte pl«i de dMi bommea. LéeniAiv eff se» ^mrtûrtes éteient* morts ^ibiieuigment; de le Teueie et ses Fravçeis TëcmieiiC ^mar Irionp&er r le trûr nedemef emporte ser randeo*

Au miliee des réjotiissances de cette victeire , Hlviue-Feesingae, trop eonAsiit «m trop peo réservé, toralM' au pouvoir de Nazeisbçiie. JV peut-être négligé de dire que ce dernier était Ponde du premjer, qui, nonobslmt les liens du sang, chargea de fers son nervo. ZFse disposait, dit-on, à I^e* mettre à mort, lorsque ST. DupleÎT, qn étnt parvenu k se faire des intelligences dans lé camp de IfazeRÎqgoe, trouva des assassins parmi ses officiers. Le prétendant tuidla frappé* par les siens au commencement d*un combat qu'il» Kvraît aux troupes de son jl^isonnier. Ce meurfire changea soudain la face des choses r de captif qu'il était, Mbuta-Fersingue redevint roi; et, pour-prix de rherriblc service qu'il venait de rendre à son aifié , Dupleix reçut doute cent mille livres-, qu'il distribua à ses soldats. Cette somme avait été prélevée sur dix- sept millions de notre monnaie qui composaient le trésor de Nazerzingue : le coup de poignard d*utt truiire soedofé par le gouverneur français donnant cet or à Mouza Fersingu e, il était juste que les troupes fhinçaises eussent part i eette captaie;

Dttpleir re^ Mbuaa-Fersingue dans Péndicfaéri en suzerain qui reçoit son vassal , c'est-è-dire evec une hauteur protectrice un peu comique de la part d'un simple marquis ; mais il' prit un air tout à fait afihbleen acceptant du souba une pension ék deux centqnannie mille livres pour lui, une de pareille somme pour sa ftmme, enfii une troisième pour une fille de madame Dupleix. Pendant cet échange d'honneurs et de pvofit&, Chandasael reprenait possession de la nabe» bie de l'Arcate.

Hbuza-Fersingue croyait jouir enfin en paix de Ik souveraine pni»sance. Vainqueur de ses ennemis asiatiques ou européens, asniré par une ample profhsibn de bienfiiits de la protteti'on des Fïmçais, il se voyait fort contre TadVersité, Ibrsqu'il'fUt assassiné dans une se* (fltnm de ses troupes. En possession die nommer fts soubas de Defcan, I^pMx se hâia de remplacer le défhnr, et reçut de so» mcmcmui quatre nouvelles provinces.

LOIflS XV. 823

A|»rès ayoir fait des lois, il prit un beau matiii fantaisie à Dapltîx •dt le devenir lui-même. Maïquk et simple cordon rouge, c'était bien pev pour un homme qui remuait à son gré une partie de l'Inde plus grande que la Fxance« Dans ce temps de décadence de l'empire mo* gol, l'empereur faisait marchandise des couronnes d'Asie comme la Hollande de §ei harengs; il vendit au gouverneur français la royauté de Camate moyennant deux cent quarante mille livres : on ne peut pas régner à meilleur marehé. J'ai vu partir de Pans des lettres où la maïquise Dup)eix était qualifiée de reine. Tant de grandeur, tant d'opulence concédées à la compagnie des Indes et à son chef, ne cuvaient manquer d'exalter l'orgueil de tous deux; bientôt l'en^ tlMuaiasme de oet établissement alla jusqu'au délire. Il fut partagé par le ministère quand celui-ci fut informé de nos prospérités dans Plnde. jy'oublions jpas que la compagnie est fille du système extravagant de Law, et que le délire est son essence; mais un gouvernement >déjà abusé devrait mieux se garantir des rêveries qui l'ont jadis ruiné. On ne s'attendait k rien moins, dans nos cercles discoiireujss et peut-être dans le conseil, qu'à la possession prochaine de l'empire mogol. Dupleix avait fait concevoir cette folle espérance, du. sein de la pompe orientale où les Anglais le laissaient dormir momentanément; il prenait pour de l'omnipotence son faste, ses palanquins ornés de diamants, ses cinq cents gardes, et les musiques guerrières au son desquelles il marchait toujours.

U y avait cependant quelque chose de substantiel dans tout ceci : les terres concédées récemment à la compagnie donnaient un revenu de trente-Jieuf millions, qui, joints à ce qu^elle avait d'ailleurs, portaient ses bénéfices annuels^ toutes charges déCslquées, à plus de cinquante millions. Quelle puissanœ eurc)péenne possède un tel avantage ?

Mais cet apogée brillant de gloire et de prospérité n'eut que la durée de l'éclair x Dupkix , en monarque d'Asie plutôt qu'en sage gouverneur, assiégea la capitale de Madure, malgré les représenta^ lions que loi firent tous ses elficiers sur les difficultés de cette entreprise. La plaee renfermait une nombreuse garnison, presque tcmte anglaise, et dirigée pMr d'habiles offieîers •européens. Les Français et leurs alliés furent vainous : la moitié de l'année périt dans ce funeste sî^; Fantre moitié tomba au pouvoir des ennemis. -Chandaiari luimême devint le captif des vainqueurs, qui lui firent trancher la tête»

tS4 CHfiONIQUES DE LYEIL-DE-BŒUF.

Toutes les conquêtes ftiles par Mouxa-Feningae, toutes les possessions dont il avait payé l'alliance des Français furent promptemcnt perdues : la défaite que je viens de retracer eut lieu en mars 175S; et, deux mois après, lord Clivê était aussi puissant dans l'Inde qoe Dupleix l'avait été précédemment. La compagnie courait de désastres en désastres, son crédit était perdu, et le gouverneur fuyait à travers l'Océan la vengeance de ses ennemis, peut-être celle de ses amis.

Il vient d'arriver en France , ce fier Dupleix qui rêva un moment la possession de l'empire mogol ; je l'ai vu disputer les débris de sa fortune à la compagnie, ruinée par sa faute; et cet homme, qui donnait l'année dernière des audiences de souverain^ se morfond chaque matin dans l'antichambre de ses juges. Ainsi s'évanouisscnC les grandeurs du monde !

Nos affaires étaient moins malheureuses en Amérique dans Je courant de l'année 1762 : les Français, sous les ordres de M. de Vaudreuil, avaient remporté quelques avantages dans le Canada, ce qui leur avait procuré l'alliance des Iroqwns. Voici une lettre qu'ils écrivirent à cette occasion au général commandant les troupes du roi :

ff Notre nation, qui compte plus de dix mille lunes, vient de s'unir » à tes forces pour t'assister, afin de régaler nos femmes et nos en- » fants des corps morts de tes ennemis. Reçois le calumet ' de pùx , M et en signe de joie pousse trois cris vers le soleil, qui s'est levé a pour éclairer notre nation. » On lut il y a quelques jours cette lettre iroquoise au lever du roi. « Morbleu! sire , dit un courtisan » qui l'avait entendue , il faut nous allier étroitement avec cette na-

• tion-là , elle mangera autant d'Anglais qu*il s'en trouvera sur son » passage. Les Iroquois sont si affamés de gloire, qu'ils dévorent leurs

• conquêtes. »

La querelle entre la magistrature et le clergé continue : messiewrs persistent dans leurs procédures; mais les prélats n'en ordonnent que plus obstinément le refus des sacrements aux adversaires de la bulle , et malheureusement le roi penche en faveur des jésuites. Sa Majesté par lettres patentes du 22 janvier a enjoint au parlement, sous peine de désobéissancef de surseoir k toutes poursuites contre le sacerdoce jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. Le parlement ,

successeur de ce vieux corps institué pour donner au besoin un frein au despotisme, ne pensa pas qu'il fût question ni d'oWtr ni de déférer à un Qfdrt* Menteurs ^ qui commençaient à s'aviser sérieusement de leur dignité , voulaient bien être polis envers le souverain , mais ils prétendaient défendre leur droit ; ils décidèrent qu'il serait adressé des remontrances à Sa Majesté sur ses lettres patentes. Louis XY, in» formé de cet arrêt , demanda à connaître préalablement sur quels points devaient porter particulièrement les représentations. Metsiewn poussèrent la déférence jusqu'à donner à Sa Majesté cette commun»* cation préalable. Examen fait de^e document, le roi répondit au parlement qu'il ne voulait point entendre les remontrances. Sur ce, les chambres assemblées déclarent qu'elles suspendent toute espèce de service, excepté celui qui concernerait le maintien de la tranquillité publique, même contre les entreprises du clergé. Le roi réplique à cet arrêt par des lettres de jussion ordonnant au parlement de continuer ses fonctions ordinaires, hormis précisément les affaires ecclésiastiques. Messiewn refusent d'obtempérer. Louis, offensé, assemble un conseil extraordinaire , des lettres de cachet sont expédiées pour tous les membres du parlement : sauf ceux de la grand'chambre, qui ont ordre de rendre la justice aux sujets de Sa Majesté.

Des mousquetaires font irruption dans la nuit au domicile des présidents des enquêtes et requêtes, qu'ils arrachent des bras de leurs tendres moitiés ; vainement plusieurs de ces dames emploient-elles le crédit qu'elles ont obtenu sur ces beaux et sévères officiers, ils exécutent lenrs ordres rigoureusement, et disent tout bas aux suppliantes : A demain le pouvoir de vos charmes. De lourdes voitures de voyage sortent des bétels silencieux de la place Royale et de l'île Saint-Louis. Les habitants de ces quartiers lointains , qui se croient revenus aux temps orageux de la Fronde , entr'ouvrent en tremblaifl lenrs croisées pour voir ces voitures entourées de cavaliers, et dont l'œil suit le mouvement dans l'obscurité à la fiiveur des torches qui les éclairent. Le lendemain on apprend que le président Frémont de Masi est conduit au château de Ham en Picardie, le président Moreau de Besigny aux îles Sainte-Marguerite, le conseiller Bèse de Lys à Pierre- £ncise,et l'abbé Qiauvelin au mont Saint-Michel. La Gozstts de France^ pour laquelle il est toujours Vhewre q^ki plait àSaMajeêU^ appelle cette expédition un exil; moi je la qualifie, avec plus de raison , je crois , d'emprisonnement. La grand'chambre exemptée de cette mesure , se Vk 19

tu CHKomQues de lieil-de-bœuf.

fëttnltattt premiers rtyoni du Joiir, et décrète de prise de corps pl«sieurs carés de Psris, par forme de réciprocité. Alors transfert de cette chambre à Pontoise ; elle obéît: mais elle ne s'occupe qne des refus de sacrements , ne Tonlant coonaitre d'aucune cause purticulière à moins fue ce ne soient celles dés demoiselles d'Opéra... et celleo-cî M Jugent I buts clos.

Pendant ce déplacement général de la magistrature , les observateurs du quartier, dont rinvestigation curieuse se conçoit an mms de mai , s'aper^ivent bien de quelque mouTcment nocturne k la place Royale et dans l'ile Saint-Lquis; mais cela se pésse sans bruit, sans voitures et sans flambeaux. MM. les mousquetaires sont de trop braves chevaliers pour ne pas offrir quelque compensation an cruel veuvage des dames de la haute magistrature.

Demièremeiit le roi diuit dans une lettre sur les aibdres du temps: « le veux qu'on rende k Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est » à Céttr. Or César ne tient que de Dieu ce qui est k César, et certes > il ne le lâchera à personne sur la terre française; » Admettant la figure dans toute son intégrité, c'est-à-dire, prenant les jésuites pour les seuls ministres avoués de Dieu , et Louis XY pour un César, je ne puis me montrer aussi condescendante quant au raisonnement même de Sa Majesté. Il est assurément très-chrétien , de la part du roi, de reconnaître tenir son (louvoir de Dieu; mais les parlements n'ont Jamais été d'accord avec lui sur cette origine céleste, et je suis de leur avis. Ces corps sont là pour rappeler à nos princes qu'ils tiennent ^ussi quelque chose de la nation ; d'oil il résulte nécessairement, selon leur opinion et la mienne, que Leurs Majestés, indépendamment des comptes, asses faciles à liquider, qu'elles rendent à Dieu, en doivent de plus réels aux peuples qui les payent, qui font leur force, et qui sont, plus ostensiblement que les prêtres, les intermédiaires de la Divinité, quand il s'agit d'investir ces maîtres d« monde. Ceux-ci agiront donc très-sagement , même dans leurs propres intérêts, en tâchant de s'entendre un peu avec les parlements; car derrière les parlements sont les états généraux, et , dans le cas d'insuffittnce de ces dentiers, les peuples se mêlent directement de leurs affaires. Cette dernière intervention est rarement pacifique : les masses ne procèdent guère qu'en tumulte ; c'est alors que la véritaUe origine du pouvoir se révèle clairement, au grand préjudice du droit divin. On ne peut donner aux rois un conseil plus salutaire que celui

d'épftigner aiu nations, qu'ili nomment leurs sujets , la peine de monter jusque-là.

Depuis que les querelles religieuses ont repris leur déplorable cours, la violation du secret de^ lettres , qui ne tai souvent qu'une récréation royale 9 sert les haines des partis, et particulièrement la Alreur des jésuites^ Mais cette indigne manoeuvre fSût partie d'un système d'investigation scandaleuse sur lequel je dois rapporter ici quelques détails.

L'imagination libertine de Louis XV , non contente de» propres débauches de ce prince , recherche encore des jouissances dans le récit circonstancié dç tout ce que le vice se permet d'ébats impurs à la ville et à la cour. Le roi est tellement avide de ces honteux secrets, que, pour satisfaire sa curiosité, aucune bassesse, aucune perfidie, aucun attentat ne sont épargnés. Une troupe , j'ai presque dit une armée , d'agents de tous grades , se partage chaque nuit la capitale pour s'initier aux mystères que voilent les ténèbres : le jour, ils s'introduisent sous mille prétextes dans les maisons afin d'y recueillir ]Mir trahison , supercherie ou séduction , le bulletin ordurier du boudoir, de l'alcôve, voire même des mansardes.

Les rapports de cette vile cohorte , qui sont journaliers ou hebdomadaires, se divisent en cinq classes : la première classe se compose des extraits piquants tirés des lettres décachetées à la poste ; la seconde comprend tout ce qui concerne la conduite des princes et grands seigneurs, y compris leurs débauches avec les courtisanes de tous les étages; la troisième signale , avec un scrupule particulièrement recommandé, la débauche des cardinaux, archevêques, évêques et abbés crosses; la quatrième se rapporte aux ecclésiastiques tonsurés ou tondus, à soutane ou à froc, surpris dans les maisons de prostitution , ces derniers bulletins sont communiqués k l'archevêque de Paris ; enfin la cinquième classe est une copie des rapports que les femmes appelées ironiquement abbesses font parvenir au lieutenant de police.

Ce service est organisé avec un soin qi^on n'a jamais apporté dans la direction des affaires publiques; il serait à désirer que nos ministres , intendants , agents diplomatiques , déployassent la moitié de rhabileté de conception et d'exercice des individus occupés à recueillir ces notes pour les menus plaisirs du Roi Très-Chrétien. Il est expressément enjoint aux rédacteurs des raj^rts de n'atténuer en rien

t28 CHRONlQUeS DE L*ŒIL-DE-B(£UF.

la vivacité des scènes qu'ils ont remarquées : les eqiressîons pittoresques, les dénominations techniques, les épitbètes crapuleuses, les exclamations passionnées ; en un mot, tout le mouvement du style de la débauche doit être conservé minutieusement.

Quant à la violation du secret des lettres , Tintendant des postes vient tous les dimanches offrir à Sa Majesté le total de ses infidélités hebdomadaires : la tète haute, la démarche fière, le jarret tendu, rinfâme portefeuille sous le bras, il entre k son tour dans le cabinet du monarque : Jb traivaiUe ce matin avec le wi, diu41 en se rengorgeant... Et le travail de M. l'intendant des postes, c'est la divulgatioii du secret des familles ; c'est un abus de confiance qui enverrait un Savoyard aux galères. J'entendais l'autre soir le fameux médecin Quesnay se déchaîner contre ce hideux attentat ; il en parlait avec une telle indignation que l'écume lui en venait à la bouche : « Je ne » dînerais pas plus volontiers avec l'intendant des postes qu'avec le » bourreau, s'écria-t-41 ; cet exécuteur se déshonore au moins pour • obéir à la justice , l'autre se déshonore en transgressant les lois de » l'honneur. »

Quand le roi a repu son avidité de scandales sur les rapports qui lui sont remis soit par l'intendant des postes, soit par les brigades honteuses dont j'ai dit les travaux, il les transmet à ceux de ses ministres ou de ses courtisans qu'il affectionne le plus pour qu'ils s'en amusent à leur tour.' Alors ces personnages se donnent le plaisir de conter dans les cercles les aventures galantes, les intrigues morales ou politiques des dames, des seigneurs, des financiers, des robins, des ambassadeurs, des étrangers de distinction ; c'est une mine féconde de surprises» de querelles conjugales, de duels, de lettres de cachet... rien de plus piquant ... On m'a montré un de ces recueils composés par le concours de tous les abus de confiance , je n'ai jamais vu macédoine de scandales plus variée. Les anecdotes sur les filles entre» tenues, actrices, danseuses, bouigeoises se livrant au vice en amateurs ; leurs infidélités, leur passage rapide de la misère à l'opulence •u de la richesse au dénùment; le transport de la propriété de leurs charmes d'un entreteneur à un autre ; le prix courant de leurs faveurs, le lieu et l'heure où elles les livrent; la façon de procéder de ces beautés dans les combats amoureux qu'elles soutiennent ; l'intonation même de leurs cris erotiques ou de leurs soupirs, tout est relaté, décrit , imité dans ces répertoires périodiques de la débauche. Le

cbapitre des turpitudes nocturnes est intitulé Nuits de Paris. Si les étrangers jugent de nos mœurs par cette suite de tableaux, ils doivent avoir une haute idée de i'eiqnise politesse dont nous sommes si prompts k nous vanter et surtout de la moralité du prince qui s'amuse à remuer la boue de ces égouts impurs.

Madame de Pompadour ne laisse pas de s'en amuser aussi ; mais depuis trois semaines elle est dans la douleur : Alexandrine, sa chère Alexandrine , cette fille dont elle s'était plu à faire un petit prodige de talent et d'instruction, est morte des suites d'une maladie de poi* trine. Ainsi s'évanouissent les projet^ ambitieux que la marquise avait formés pour l'établissement de son enfant chéri : le duc de Richelieu a fait un grand oufî ce décès lui sauve un refus qui sans doute eût compromis son crédit, car il a dit souvent à ses amis qu'il n*eùt jamais consenti au mariage de son fils avec la petite-fille d'un boucher repris de justice. Il y a aussi des compensations pour le chagrin : madame de Pompadour a eu le bonheur de perdre le sieur Poisson, son père ; il est probable que dans le secret de son boudoir elle a poussé on ouf! non moins robuste que celui de M. de Richelieu.

Au milieu de son deuil, la favorite eut Tune de ces nuits une terrible alerte : tout à coup madame du Hausset, première femme de chambre de la marquise, entend retentir violemment sa sonnette ; alarmée au dernier point, elle court entièrement nue à la chambre de sa maîtresse, qu'elle trouve levée, également en chemise, et tenant une bougie déjà allumée qui tremble dans sa main.... « Venez , j» venez, ma chère, s'écrie madame de Pompadour, le roi se meurt ! » 11 restait sous-entendu que le roi ne pouvait se mourir que dans le lit de sa maîtresse, puisqu'elle était si vite informée. En effet Louis XV gisait sous les riches rideaux, ayant les yeux tournés, les bras tors, la respiration bruyante. Madame du Hausset reconnut à ces signes la plus intense des indigestions. On fait avaler à Sa Majesté quelques gouttes d'Hoffman, on lui jette de Teau au visage ; le Prince Très- Chrétien revient k lui... «r Ne faisons pas de bruit, dit-il à la femme > de chambre ; allez avertir QueAiay : dite»-lui que c'est votre mai- » tresse qui se trouve mal , et engagez ses gens à garder le silence. »

Cependant Louis XV était déjà beaucoup mieux , ce dont madame du Hausset put s'apercevoir au coup d'œil étincelant que Sa Majesté Jetait à la dérobée sur le costume négatif de cette dame. Ce regard lui rappelant le désordre auquel son empressement l'avait jusqu'alors

330 CHRONIQUES DE fŒlL-DB-BŒUF.

rendue inattentive, elle devint trèi-rougc lorsqa'eUe reconnat dam une glace tout ce que sa gorge, assex renommée par le pioiide , perdait à te produire dans cet eut d'abandon. L'humiliée suivanle se bâta de te rendre à l'appartement de Queanay, aprèa avoir jeté mr elle une robe de nuit en traversant sa chambre.

Le docteur logeait à cAté, il accourut aussitôt. « La crise était torte, » dit-il en fâUnt le pouls de Sa Majesté; elle eÀt été dangereuse ai » le roi avait soixante ans : mais la voilà presque passée. » Le médedn alla prendre chei lui certain médicament dont il ât avaler use dose au malade; Undis qu'une fille de garde-robe préparait dn thé, destiné , lui avait-on dit, pour la marquise. Le remède administré fit merveille, ce q»it nécessita une copieuse libation d'eaux 4« senteur, dont Quesnay inonda Sa Majesté et la couche de la favorite , ak l'irriution inopportune de l'estomac royal avait été déterminée apparemment par un autr^e genre de tension.

Louis, en passant sa robe de chambre et ses bas avec l'aide des dames et du médecin, prit trois Usses de thé; puis, ^appuyant sur le bras de son premier médecin , il regagna doucement sa chambre à travers l'obscurité, après avoir remercié les dames avec beaucoup de sensibilité des soins qu'elles lui avaient prodigués.

Le lendemain de bonne heure le roi fit remettre à la marquise par son médecin le bulletin suivant tracé de sa propre main : « Ma chère » amie doit avoir eu grand' peur , mais qu'elle se tranquillise; je me » porte bien, et le docteur le lui certifiera. » Le messager trouva madame de Pompadour causant avec sa confidente de l'événement de la nuit : « Que! embarras, quel scandale , si le roi fÙt mort! disait la » favorite; du reste, nous nous étions mises en règle en prévenant » le premier médecin. » Le public e&t trouvé la chose plus naturelle que la marquise ne le pensait : 11 est mort , aurait-on dit, dans la lice de ses exploits ordinaires.

Après les services vinrent les récompenses : Quesnay obtint une pension de mille éeus ; madame du Hausset en obtint une de quatre mille livres , et le roi fit pour une"* vingtaine de mille livres de nouveaux présents k sa maîtresse. Au toUl , l'indigestion de Sa Majesté ne coûtera au bon peuple de France qu'un petit sacrifice de cent soixante mille francs : c'est bien peu pour la conservation d'un César.

A propos de maladie , il faut que je dise un mot d'une découverte qui depuis quelques années absorbe toute l'attention du monde sa-

LOUIS XV. Btt

vant, et qai pourtant rencontre bien des contradicteurs. VinûcukUum se propage lentement en France; le vulgaire, malgré les plus beaux raisonnements de la Faculté, ne veut pas croire à la nécessité de donner une maladie pour se préserver de ses effets. Toutefois le livre que Gatti vient de publier sur cette matière augmentera le nombre des inoculateurs : cet ouvrage est ce qu'on a jusqu'à ce jour écrit de plus clair et de plus convainquant. Les développements 4« l'auteur sur les diverses actions des virus et des épi4émie8 en général, relativement à l'organisation si variée des individus, répandent un jour éclatant dans la question ; on croit lire l'exposé des expériences de Sydenbam méditées et écrites par Bacon. Il y a cependant du doute dans la discussion de Gatti : ses présomptions se produisent lumineuses comme des vérités, et l'on voit néanmoins que le que sais-J€? de Montaigne est toujours près de lui échapper. Le scepticisme de cet écrivain perce particulièrement dans ses réflexions sur la classification des maladies , trop étendue , selon lui > par Sauvage et sou école, a 11 y aurait, dit-il quelque part avec une teinte d'ironie, une » classification plus simple , plus courte, et cependant plus complète; 9 ce serait de diviser les affections morbifiques en deux divisions : » celles dont on guérit et celles dont on meurt* » Pour un méieem^ G*est traiter un peu trop son sujet à la façon de Molière.

On a reçu la semaine dernière des nouvelles de M. Godenben, successeur du marquis Dupleix au gouvernement de Pondichéri. C^ fonctionnaire, choisi parmi les directeurs de la compagnie, voit nos affaires des Indes sous un rapport purement commercial, et je crois qu'il n'a pas tort. 11 a conclu avec M. Saunders, nouveau gouverneur anglais k Madras, un traité par lequel les deux comptoirs promettent de renoncer aux dignités indiennes. Le surplus de cette convention contient des règlements pour les garanties réciproques des compagnies française et anglaise , le tout est empreint d'un caractère pacifique qui qe laisse aucune prise aux discussions. Il est donc à présumer que nos troupes ne se battront plus en Asie avec celles de l' Angleterre, au moins tant que les cabinets de Versailles et de Saint-James vivront en bonne intelligence.

Mais la paix européenne sera-t-elle de longue durée? Il est permfs d'en douter. Le roi a décidé cette année qu'il voulait exercer ses troupes, et qu'en conséquence six corps d'armée camperaient dans

tSI CHRONIQUES DE L'ŒfL»1>E*1KE0F.

autant de proTinces frontièret. Tovt t'ébranle déjà pour resécntion de cet ordre : le priiiee de Soubise prend le conunandeaicnt da corps formé dam le Hainaat; le marquis de Brësé va commander sur les frontières de la Champagne ; M. de Ghevert est mis à la tète du camp de Sarrelonis; celui qui se forme en Alsace sera sons les ordres du marquis ^e Saint-^em; on en confie un en Boui|pogne an marquis de Randan ; enfin M. de Gremille prend la direction de celui déjà rassemblé en Languedoc

Les souverains ne croient plus guère aux camps d'exercice on de plaisance; aussi plusieurs puissances ont-elles fSût demander des explications sur ces rassemblements. Je suis bien sûre qu*on leur a fait des réponses perfides, mais je ne suis pas informée de leur contenu. On raisonnait l'autre soir cbes madame de Geoffrin sur la probabilité d'une guerre prochaine; Fontenelle était présent, et prenait part à la discussion autant que la fidélité de son cornet accoustîque y pouvait suAre* La maîtresse de la maison allait plus loin que personne dans la carrière des prévisions; et cette dame suivait en cela l'impulsion de son esprit, ordiiuiremenl droit mais prompt, vif, impétnaix. Dans les matières oh l'on ne doit juger que de près et lentement, madame de Xreotrrin prononce de loin et vite ; ce qui ne lui permet de rencontrer juste qu'autant que la vérité se laisse apercevoir de très-bonne grâce. La thèse politique de notre raisonneuse était fort sensée dans le cercle dont il sagit; aussi se hâta-t-elle de l'expliquer à Toreille de Fontenelle : « N'est-il pas vrai, mon ami, dit-elle » en terminant, qu'il m'arrive souvent d'avoir raison?— «Oui, répon- » dit le vétéran de nos beaux esprits, mais vous l'aves trop xàL » Et, regardant h sa montre, il ajouta : « Votre raison est comme ma montre, » elle avance. >

Louis XY, selon les vues héréditaires de sa famille, veut faire à l'aise de l'arbitraire; les parlements, selon le vceu de leurs devoirs, prétendent tempérer le pouvoir de la monarchie. Sa Majesté entend gouverner à sa guise le troupeau que dans ses opinions il reçut de ses pères à titre de propriété. Messieur» soutiennent, au contraire, que le monarque doit consulter un peu les chartes du royaume, dont ils sont les conservateurs , attendu qu'il s'y trouve plus d'une fois écrit que le troupeau, mécontent de son berg^ff peut lui rappeler certaines obligations, et finir par briser sa houlette s'il s'avise d'en frapper le béuil. Mê9$ieun ijoutent même que si l'hérédité de la puissance pas-

tonle est une ganntie contre les rnooTements tamnltaenx qui peuvent survenir dans la beiigerie, cette considération ne saurait empêcher les moutons humains d'interdire, de changer le berger lorsque, non content de tondre le troupeau, il veut en disposer au gré de ses caprices. Or nous courons, ce me semble, fort vite vers cette extrémité : les membres du parlement sont des béliers, je ne dis pas à fortes tètes, mais à tètes fort dures, qui ne céderont pas un pouce de terrain, et la lutte est décidément commencée entre eux et le pasteur de Versailles.

J'ai dit ailleura que la grand'chambre siégeant à Pontoîse ite s'oc» eape qa*k rendre justice aux charmes des filles d'Opéra et à faire justice des refus de sacrements, fonctions essentiellement opposées qui ne peuvent suffire au culte de Thémis. Autorisé par ce repos illégal de la balance, le roi établit le 18 septembre en dehors du parlement une chambre des vacations composée de conseillers d'Etat et de maîtres des requêtes ; elle siégea aux Grands-Augustins. Cet acte d'autorité sapait profondément les bases de la monarchie; il remettait en question notre système de gouvernement, dans lequel les parlements sont une partie constitutive tout aussi nécessaire que le prince lui-même. Si la compagnie exilée, qui avait pour elle le public, outré des empiétements de l'Eglise, eût calculé en ce moment sa puissance, celle du roi se trouvait gravement compromise ; car il y avaitt sujet de réunion des états généraux, qui certes n'eussent pas ménagé les prérogatives de la couronne. Mais les affaires ne prirent pas cette direction. Metsieun redoutaient plus que leun femmes délaissées au Marais les moustaches des mousquetaires; ils se contentèrent d'intimer au Châtelet le refus d'enregistrement des lettres patentes d'éreo» tion de la chambre des vacations.

Quand on prend da galon , on n*en sanrsit trop prendre.

Un arrêt du conseil casse la sentence du Châtelet; le même jour une députation de la nouvelle chambre se transporte au Châtelet, oh d'autorité elle fait rayer des registres la sentence cassée, et enr^ gistre les lettres de son établissement. Sans doute ces actes violents d'une juridiction illégale firent froncer les sourcils à présidents, conseillers, greffiers et huissiers; mais que faire? Des bonnets carrés et des écritoires sont de tristes projectiles pour soutenir un combat; se les envoyer mutuellement à la tête eût été une burlesque réalisation

S34 CHRONIQUES DE LXEIL-DE-KEUP.

du ItOrm 4e BoUcfta. Le Châtelet te rcnfenu du» le oefde èo hettUitée ordinaires da pelais en pretestanl oantre la pcocédure inposée.

Pendant cette campagnev en courrier da cabinet, solidement boUé et doré comme un calice, galope, en faisant claquer son fouet, sur h route de Pontoise ; il y porte à la grand'cbambre Tordre de se retirer à Sotssons : ce qu'elle Csit, en échelonnant sur sa loate deux ou trais nouvelles proteststions pour soutenir dignement sa retraite. Alon Louis Xy , victorieux dans les domaines de la justice suprême, $*j conduit décidément comme en pays conquis : une diambrê royole, composée, ainsi que celle des vacations, de conseillers d'Etat et de maîtres des requêtes, est investie de toutes les attributions du ptriement; Sa Majesté tût l'ouverture de cette chambre le 9 novembre dans l'une des salles du Louvre, oh elle doit siéger. Cette fSûs, ee fut par lettres de cachet qu'il fût enjoint au Châtelet de faire écritare de cette institution bâtarde; aussi le lieutenant civil fit-il enregistrer p0r 1$ tfé$-eQCpré$ oommandamenl du rot .* ce qpi signifiait, en d'antres termes , ayant le couteau sur la gorge.

Ou je me trompe fort, ou ce coup d'Etat rompt pour jamais k bonne intelligence entre la couronne et les parlements; la guerre sera longue peut-être , mais il ^est fticile de prévoir le résultat : les rois ne combattent que pour eux; les parlements combattent pour le peuple, et c'est une terrible féserve... Qui vivra verra.

U existe aussi de petites hostilités à la cour; deux personnes j jouissent d'un crédit à peu près égal : on devine déjà que je parle de madame de Pompadour et de M. de Richelieu. Longtemps la 1^ vorite eut sur son concurrent l'avantage des séductions du sexe, mais c'est maintenant une puissance évanouie. Le duc et la maïqaise luttent de crédit avec une chance tout à fait égale : le soin de pourvoir aux plaisirs du roi. Or, il faut le dire, la maîtresse en titre, malgré tout le tact que l'expérience lui a donné dans cette matière, ne combat pas toujours heureusement l'adresse du pourvoyeur soa rival. Si madame de Pompadour sait examiner avec habileté, par l'interrogation, les jeunes néophytes qu'elle envoie dans la couche ée Sa Majesté , le premier gentilhomme de la chambre , encore fort bel homme en dépit de ses cinquante-sept ans, procède d'une nunière beaucoup plus convaincante, et ses rapports au roi sont beauconp plus circonstanciés. Cependant la marquise possède un auxiliairs

qu'elle sait employer gavamment : c'est Pempir^ lia souvenir, cft heureux enchanteur qui peint avec des couleurs si vives la volupté passée , qu'elle renaît souvent de ce tableau , comnne )a beauté sen-r sible naquit de la statue de Pygraalioo. Qu^nd madame de Pompsr dour parvient à produire cet effet sur Louis XY, tout l'ascendant de Richelieu échoue : on conçoit qu'il ne peut avoir 4'*fBHinep( à op- * poser à celui-là.

Néanmoins la ftivorite, qui ne réussit p^s toujours également dans de telles exhumations, a profité hier d'un de ces retours n^omeiftai^és de faveur sans égale pour éloigner Richelieu. « Monsieur le duc , lui 9 dit-elle en présence du roi , qui assistait à sa toilette, j'ai reçu des » lettres du Languedoc par lesquelles j'apprends que votre présence » 7 est nécessaire; je vous conseille de partir pour Montpellier, qui » est de votre département : car Sa Majesté pe veut k Paris ni évéi» ques ni gouverneurs de province... » Le duc, qui savait que Sa Majesté était la veille ches la marquise, vit que son injonction reposait sur un grand fonds de satisfaction du roi; il ne répliqua point et ce matin il est parti pour BoVdeaux , d^oh il se rendra dans son gouvernement.

A propos d'un petit acte lyrique intitulé k Devin du village, qui obtint cette année beaucoup de succès à l'Opéra , je doi« entrer ({ans quelques détails sur M. J.-J. Rousseau, qui en a composé le poème et la musique. C'est le fils d'un horloger de Genève, né avec ui|e imagination ardente, et doué 4'une aptitude de perception et de jrgement à la portée des plus hautes discussions de morale et de pb'«losophje. Cette faculté puissante se révèle dans plusieurs écrits 4e cet auteur, et particulièrement dans un discours couronné par l'Ac demie de Dijon , sur le question de savoir si k rétMissemeni des 9cience$ et des arts a eontrihué à épurer ks mœurs • M. J.-J. Rousseau a soutenu la négative en penseur, sinon toujours équitable, du moii s toujours profond , et en écrivain aussi pur qu'élégant. Ce discours c t plusieurs autres de ce Genevois démontrent asses heureusement que les hommes, nés égaux et pour vivre isolément, ont contrarié le vmu de la nature en se rassemblant; mais cette vérité, dès longtemps reconnue , dégénère, sous la plume de Rousseau, en paradoxe intol^ rable, lorsque, déprimant l'homme social au point de blimer sans restriction tous les efforts qu'il fait pour se poUcer» il le renvoie à

/"«temple det bnitet pour reuaitir le bonheur que la eîrSUntioii loi a feit perdre. Il ett à craindre que le caractère de ce philosophe ne soit une orgueilleuse misanthropie, une certaine aigreur contre les riches et les heureux de la terre plutôt qu'un amour désintéressé de la simplicité primitive.

Je reviendrai plus d'une fois sans doute sur les ouvnges de cet écrivain encore peu connu, mais qui, malgré ses préjugés, aura, j'en suis sûre, une grande renommée qu'il recherche, même en paraissant s'y soustraire. J.-J. Rousseau serait peut-être resté inconnu sans la protection de M. de Montaigu, qui , se rendant en ambassade à Venise , a recueilli ce Genevois en Italie et l'a fait son secrétaire en 1743. Il avait alors trente-mn ans.

Lé Devin du viUage, que vient de faire jouer M. Rousseau, est un petit opéra rempli de grâce, de délicatesse et de goût. La musique est légère, gaie et pleine d'harmonie, quoique simple et on peu maigre d'accompagnements. On dit que le compositeur de cette pièce d'harmonie n'a jamais étudié la musique , au moins d'après les principes reçus, et que sa composition , combinée d'après les lois du calcul , n'a été soumise à aucune des règles ordinaires. Quoi qu'il en soit, les musiciens admirent cette partition, et le téhioignage ftvorable de la jalousie n'est pas suspect.

Le DisBipatêwr de Destouches a aussi obtenu du succès à la Comédie-Française dans le courant de cette année, après avoir été imprimé dès 1736. C'est une comédie d'intrigue, comme toutes celles de Tanteur. Le rôle du principal personnage est bien tracé , mais la pièce tire particulièrement son mérite du contraste hardi de la conduite du dissipateur avec celle d'un valet rangé et vertueux. Il fallait toute l'adresse de Destouches pour faire réussir ce moyen, qui, produit habilement au dernier acte, termine l'ouvrage d'une manière aussi frappante qu'ingénieuse.

L'Opéra, orgueilleux suzerain des théâtres de Paris, voit avec dépit la fortune leur sourire. Depuis longtemps déjà cett^ haute puissance tentait par ambassadeur d'interdire les danses à la Comédie-Française, lorsque, désespérant de réussir par ce moyen diplomatique, l'Opéra déclara enfin la guerre à sa rivale et lui fit interdire par huissier l'exécution des ballets. Le Théâtre-Français ramassa le gant: la mousqueterie des cédules, des sommations, des requêtes, obscurcit rhorizon dramatique; les hostilités pouvaient se prolonger et les

plaisirs de la cour en souffrir. Madame de Pompadour ouvrit ail mois d'octobre dernier un congrès dans son boudoir, les parties belligérantesy comparurent. La cause de l'Opéra était celle d'un conquérant orgueilleux qui veut tout soumettre à son pouvoir ; mais ses prétentions n'eussent été soutenues avec avantage qu'autant qu'il eût pu, en réunissant tous les droits, satisfaire tous les goûts, et l'expérience journalière des mâchoires bâillantes attestait éloquemment le contraire. La marquise se sentait déjà disposée à donner raison aux comédiens français, quand l'orateur de la troupe, ayant pris à son tour la parole, posa cet argument ingénu et qui sentait passablement le terroir comique : « Madame, les pièces modernes sont si mau- » vaises, que sans les ballets la plupart tomberaient. La ca6rtole aide » beaucoup à la déclamation. Je vous préviens que si on nous 6te la » danse, on nous coupe la parole. »

La marquise promit aux comédiens de leur conserver la caMoUy dont ils venaient d'établir si péremptoirement la nécessité. On pense bien que les danseurs se montrèrent fiers du jugement, déclaré sans appel, qui confirmait la haute opinion qu'ils ont toujours eue de l'esprit de leurs jambes. Pour les poètes , ils durent se montrer un peu moins satisfaits du discrédit dans lequel était tombé l'esprit siégeant dans leurs têtes.

riM DU TOME SIXIBBJI.

Chip. XIII. — Les payillons à l'orientate. — Tentatiyes galantes sur le cœor dn roi. — Madame de Gontaut ; son portrait, see vues. — Jalousie de la reine. — U. de Gesvree est une yieille coquette. ^ Le lieuteoaot général fardé. — La cbasteré de Louis XY est snuvée. — Le roi préfère sa santé aux amours.

— Second mariage du duc de Bourlwn. — Naissance du Dauphin père de LoaÎB XYI , etc. — Lepage du d^c de Gesvres. — Bau claire du congrès de SoiBsons. —Traité de Sévîlle. — Mort du cardinal de Noailles. — M. de Vintimille le remplace. — Frédéric^Gnillaume, roi de Prusse» et Charles- Frédéric» depuis Frédéric le Grand. — Horrible catastrophe de Gatt. — Abdication de Victor- Amédée roi de Savoie. — CtUlùthine, tragédie àe Piron, et Brutuij tragédie de Voltaire. — Le parterre et la calotte. — If ort de la comtesse de B***, auteur des TablttUê. — Révolte des Corses contre les Génois. — Les oonvulsionnaires; le nouveau prophète EHe. — Le parlement et les NouvêUet ecelétia^ êiiquet, — Edit sur les donations. — Victor-Amédée emprisonné par son fils.

— Conduite de la cour, de Versailles dans cette ciroonstance. — Grossesse simulée de la duchesse de Parme. — Louis XV fait le monppole du commerce des grains. -^ Le cimetière de 8aint*llédard est fermé. — Troubles à ce sujet.

— Pragmatique •onction ; ce que c'est. — Richelieu et l'écuyer complimenteur. — Le confesseur* courtisan. — Guerre entre U cour et Je parlement. — - Mort de Victor-Amédée. — Zafr«, tragédie de Voltaire. «^ Le pAté tragique.

— l4 Glorituœ, comédie de Destoucheis. 4

Cbaf. XIV. — Mesi)re prise d'tth degré du méridien au pOlé, et d'un autre k Téquateur . — taïïenriadë de Voltaire. — Stanislas Leczinski est réélu roi de Pologne.

— Siège de Dantzick. — Le monarque aventurier. — Guerre en Allemagne et en Italie. — Guttane Vaia de t^iron. — Le Dauphlti et le reut. — Les convulsionnaires; étrange fanatisme. — Proscriptions. — Hostilités en Allemagne et

^ en Italie. — llort deh înairéchaux de Berwick et de Villars. — Révolution en Corse ; le roi Théodore l**. — Aiflaidê du 0ue9clin de Voltaire. — Continuation de la guerre. — Wélimihaires de t>aix Signés à Vienne. — Rixe à Paris entre des gardes françaises et des gardes suisses. — M. Turgot. — Vtrt^Vert de Gresset , anecdotç. — llori du grand Eugène. — La rose apostolique. -^ Alxirt de Voltaire. — V Enfant prodigue du même auteur. — ÉariVaux ; son genre; le Lege, tee Fauuee Confidmcei. t9

Gbaf. XV.— u. d'Aguesseau et le pantin. —Stanislas Leczinski prend possession de la Lorraine. — > Mort de Jean-Gaston de Médicis. — Le duc de Lorraine prend possession de la Toscane. — Canonisation de Vincent de Paul. — Incendie à r Hôtel-Dieu. '—Mort des ducs du Maine et de Toulouse. — Mort du maréchal d'£strées. — Apparition de Rameau: Bippolgte et Aride y paroles de Tabbé Pellegrin. — > CoMtoret Pollua ^ paroles de Gentil-Bernard , musique de Rameau. — 'Les ramiêtei et les aniiramitite, — Suppression des charges de présidents

340 TABLE DES CHAPITEES.

du grtad ommîI. ^ Inccodie du palaii . -^ Oétaoet U<|iiidéei par le léa. — Paii définitive. ^ Trtité rmc la Suède. — Nouvelle révolntioii en Cotm. — Gombeta de prooeuiout. -^ Le rot eo priaoa. — Aneodolei. ^^La Métrommmû de Pirou ; anecdote à oe ««jet. -» Le roi touneur. — Manège de la fiOe aloée de Louia XV avec Tiaftot don Philippe. — Suite de la rérolutioo en Corae.

— Mort de Samuel Bernard. — Particnlaritéa aur œ Cuneui juif. — Stanialaa es Lorraine. — Apparition du oMrelîate Dudoa. — L*abbé de Saint-Coaae Grand ScltU dea Natchei. — » Gomoieacement dea trouMea en Europe pour la auooeaeion autriohienne. — Ouverturo d*UB oongrèa à Prancftirt. — Marie-Tbérèae la Grande. — Elle a*empan de la oouronne d'Aotnche. — Apparition de Firédéric le Grand. — > Son début militaire. — L'aigle romaine en Pruoae. — Bmbarraa de Marie-lliérèse. — Encore lea Goiaea. — Philippe Y, roi d*B»pagne; siugularitéa étrangea de ce prince, aea maniea. -^ Mort du pape dément XII. — Pranière ezpoaiiion au Louvre.^ Bâomard III de Greaaei. 53

Gba». XVI. — Mort de Marioa Delorme âgée de oent tmte-einq aaa. — Détaib

aur wtte oourtiaane. — AUianoe du roi de Sardaigne avec la reine de Hongn^. ^Victoire de Molwiti, premier exploit de Frédéric le Grand. — Guerre oontrs la reine de Hongrie; le maréchal de BelMale. ~ Gonquétea en Allemagne. — Alarme à Vienne. ^ Georgea 11 menacé dana le BanoTre.— > Il aigne un trmtéde neutralité. «— Serment dcé Hongroia à Marie-Thérèae. — Lea damea enpaiiifa oflkeot cent mille liyrea ateriing è la reine de Hongrie. — Elle lea refuse. — Examen de la pragmatique sanction. — Le doc d'Orléana, fila du régent, ae démet de aea chargea. — Dévotion et galanterie. — Jfon ekametiitr «ona dira la raila. — Le marquia de Souvré ; aon caractère ; repartie hardie. — Prague; le comte de Saxe; aaaaut; le brave Chevert. — Couronnement de Gharlea VU à Prague. — Coup d'oeil militaire. — Singulière neutralité do grand-duc de Toscane. — Avantagea remportée par nos vaiaaeaux aur ceux de l'Angleterre. '^La Chtnheuiê d'êiprii^ opéra de Rtvart.— Le poète flagellé par dea damea. «» L'ambassadeur turc Zald-Bfiendi. — •> Son entrée à Paria; aa réception à la cour. — Hoapitalité expanaive dea bellea Pariaiennea. — GooronneoMnt de l'empereur Gharlea VU à Francfort.— Indifférence de Louia XV aur le aort de aea année. — Déaastrea de l'armée franoo-bavaroiae en Autriche et en RaTière.

— Le partiaan Montsel ; aao de Munich. — Moe chancea favorablea baiaaeat en Bohème. — La prinœaae de Garignan maltreaae du cardinal de Fleory. — Intriguée pour rendre Louis XV Infidèle à la reine. — Marie Lecxinaka et aon confesseur. '— La chasteté absolue. — La tendresse bachique. — Eupturedes intimités coi^ugalea du roi et de la reine. — Richelieu adopte le rèle de fiaa l'abbé Dubois. ^ La comtesse de Mailly ; aon portrait. — Échec des charmea de cette dame. — Elle revient à la charge et triomphe. — Jalousie du comte de Mailly ; on le calme. — Sorupulea paternels du marquis de Neale ; on le paye. —Jésuitisme de Pleury. — Défection du roi de Prusse. — Politique poé» rile de Fleury. — Retraite dea maréchaux de Belle-lsle et de Broglie. — Ls Duréchal de MaiUebois regoit Tordre de marcher en Bohème. — L'armée française est aaaiégée dans Prague. •— Le aiége eat levé. — > La guerre en Italie.

— L'évéque de Beauvais; ï'eacroc mitre.. — La philosophie et la botte d'aapergea. — Voilà ce que c'est que d'avoir dea soaure. ^ Avarice de Louia XV.— Madame de Mailly se fait dévote. — Madame de Vintimille seconde maîtresse du roi. — Réponse maligne de Lapeyronie à mademoiselle de Gharolaia. ^ Les Anglais échouent aux Indes devant Carthagène. — Vivea remontraooea dans le parlement anglaia. — Retraite de Mailieboia sur le Danube. — Le

réchal de Belle-Isle évacue la Bohême aa milieu de ThiTer. — Goodoitehérotqae de Gberert resté daos Prague. — Mahùtntty tragédie de Voltaire. 89

Cbap. XVII. — Mort du cardioal de Fleury; un dernier mot sur ce ministre. — Portrait de Louis XV. — Madame de Lauraguais troisième maltresse du roi. — Les deux soeurs ensemble. — Les petitt appartementi de Versailles. — Les petilu fitei consacrées à Bacchus. — Louis XV cuisinier. — Orandei fiiêi ou fêtes de Vénus.— Le suisse de mademoiselle de Charolais. — La morale d'Eiope déplaît à Louis XV. — Le vin du roi. — Conseil de la Meute sur la guerre- •^ Le maréchal de Noailles passe le Rhin avec une armée considérable. — 11 prend position sur le Mein. — Dangereuse situation de l'armée anglaise prèe de cette rivière. — La guerre en Allemagne et en Italie. — Intrigues politiques de l'Europe. — Bataille de Dettingue, — Bombardement et soumission de Tunis. — Entrevue à Francfort de M. de Noailles et de lord Stair. — Misère de Gharlea VII et de sa femille. — 11 traite honteusement avec Marie-Thérèse.

— Humble conduite de Louis XV. — Cession de territoire faite au roi de Sardaigne par Marie-Thérèse. — Tontes les conquêtes de la France en Allemagne sont reperdues. — Des partis autrichiens pénètrent en France. — Insolente proclamation de Montxel. — Réponse vigoureuse des habitants. — Mort de T»»»^^'»** de Vintimille. ^ Éclair de renaissante faveur de madame de Mailly. -^ Madame de Chêteauroux quatrième maltresse du roi. — Elle liidt des conditions à ce prince. — La Mort de Céior, tragédie de Voltaire. -» Méropt, tragédie du même auteur. — Précédents ^ anecdotes; mademoiselle Dumesnil. — Origine de la haine de Voltaire pour Desfontaines. 490

€hap. XVIII. — Madame de Toumelle et le duc d*Agéoois. — Propositions secrètes de Frédéric H à Louis XV. — Motifs de cette politique. — Le conseil diplomatique du canapé. — Bonne intelligence à coups de canon. — Combat dans les eaux de Toulon. — Tentative de Charles-Edouard Stnart. — Elle échoue.

— Première campagne de Louis XV. — Succès en Flandre. — Mort héroïque du marquis de Beauvau. — Charles de Lorraine passe le Rhin. — Manifeste de Frédéric H.— > L'amiral Anson; réflexions. — Triomphe en espèces sonnantes. •^ Louis XV se met en route pour l'Alsace. — Maladie du roi à Metx. <— Retentissement du désespoir.- Belles paroles de Louis XV. — Intrigues pour chasser madame de Cbêteauroux. — Le battant de porte brisé. — Le respect trop bruyant.

— Exil des amours. — Origine du hienHàimé dt Faimanach, — La modestie du roi a raison. -> La cour et le peuple; où se trouve la canaille? — Le maréchal de Noailles est décidément un général inhabile. — Conduite bien différente du maréchal de Saxe. — Campagne héroïque dans les Alpes. — Le mot d'Annibal. — Surprise de l'antique Velletri. — Bataille de Goni. — Retraite dans la victoire. — Les cuirasses percées et les chevaux tués. ^ Quelques avantages en Allemagne. — La fortune se dément. — Maurice de Saxe au rang de Turenne et Condé. — Mariage du Dauphin; réjouiasances. ^ Foi punique des Anglais. — Le naturel revient au galop. — Rappel de madame de Chêteauroux.

— Sa mort. — Injustes soupçons. — Essai de Richelieu pour livrer au roi la marquise de Flavaconrt. — Le marquis est intraitable. 4 43

Chaf. XIX. — Mort de l'empereur Charles VII. — Un mot sur ce prince. — La guerre continue. — Intrigues des dames de la cour pour s'emparer du coeur de Louis XV. — Mariage du Dauphin. — Portrait de ce prince et de l'infante sa femme. — La présidente de *** et Tif galant. — Bal de l'hêtel de ville. — Les masques.— Le mouchoir est jeté. — Le lieutenant général duc de Richelieu dans ses fonctions de boudoir. — Madame d'Etiolés. — L'infusion de tilleul. — La

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