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CHAPITRE XXII

lVSO-1961.

Conversation de Saint-<sermain arec le roi. — La tache d'on diamant enlevée. — La chambre mystérieuse. — Il n'y a que cinq cents ans que je sers monsieur le comte. — Prodigalités de Saint-Germain. — Le contrôleur général Machanlt n'est pas un sorcier. — Traité d'Herrenhausen. — Commencement des refus de sacrements pour cause de jansénisme. — Eztréme-onction par arrêt du parlement. ^ Les bains de sang humain. ^ Emeute à Paris. — Justice prévôiale. " Fontenelle. — Soirées de madame Geoffrin ; début de M. Suard. — • Le ch&teau de Bellevue. — La noblesse devient une récompense militaire. -^ L'habit de tapisserie. — Les maréchaux de Brancas et d*Harcourt meurent à Paris. — Mort de l'illustre Maurice de Saxe. — Encore un mot sur ce grand homme. — Omtê , tragédie de Voltaire. — Origine du rentoilage des tableaux. — La peinture au milieu du dix-huitième siècle. *- Mort de d'Aguesseau. — Les louis tombés et les balayeurs. ^ Les poulardes données aux chevaux pour fourrage. — Monuments de galanterie consacrés par le prince de Gonti. — La Guirlande, opéra de Marmontel.

L'annëe 1750 s*est ouverte par une aventure singulière, dont la <our n'a pas osé rire tout haut , bien qu'elle soit essentiellement risible, et rien de plus. Madame première est une princesse pure comme la fleur naissante ; jamais regard de page ou de mousquetaire n'osa jusqu'ici s'égarer sur ce trésor de pudeur. Cependant, dans la nuit du 2 au 3 janvier, un jeune homme , trompant la surveillance des gardes , parvient jusqu'à la chambre à coucher de Son Altesse Royale , s'approche de son lit pendant qu'elle dort profondément, et, l'enlaçant de ses bras audacieux, lui ravit plusieurs baisers. La princesse se réveille, se débat, jette les hauts cris; ses femmes accourent et l'on trouve Madame tombée dans la ruelle du lit étroitement •embrassée par un homme en chemise. L'assaillant, qui va gagner beaucoup de terrain sur la pureté de Son Altesse , n'est pas disposé à lâcher prise malgré les efforts des assistants; enfin on parvient à dégager la fille de Louis XV, on la remet entre ses draps, tandis que les gardes conduisent en prison le jeune avenlurier, qui ne répond TL IT

pM un mot k tous les reprodies qa*oii loi adreate «t ne semble nvl- ]ement effnyé des menaces dont on l*àccable. Etonné de œtfe impasaibilhé , un ofteier de service «pprodie une lunûère de la àgarc du prisonnier et voit, à sa grande surprise, que le séducteur de Ma~ dame est endormi. Plusieurs domestiques du château reconnaissent bientôt cet individu . c'est un officier du i^eiet, et chacun déclare qu*il est somnambule. On lui jette alors un manteau sur les épaules : il termine son somme sur une banquette de la salle des gardes; el le roi 9 consulté À son lever, décide qu*il faut ae bonter à OBteiiiM désormais ce coureur d'aventures nocturnes , ajoutant avec bonté que nul ne peut èlre coupable en dormant» Cependant, à la demande de Madame , le roi envoya l'officier du gobelet dans un régiment d 'infanterie avec le grade de sous^lieuteuant. Son A liesse Bojale ne pouvait sans rougir jusqu'aux yeux rencontrer un homme qui bien qu'endormi s'était trouvé ai rapproché de ses charmes les plna secrets. Encore les survenants et la princesse elle-même n'«vaieBt*ils pas su bien précisément jusqu'à quel point la témérité du somnambule avait été poussée.

On a vu paraître cette année à ia cour un honune fort extiAordinaire nommé le comte de Saint-Germain. Ce gentilhomme , -qm se fit d'abord remarquer par son esprit et par la prodigieuse variété des talents qu'il possédait, ne Urda pas à provoquer la plus grande surprise aotts un autre rapport. Un jour la vieille comtesse de Gergjj dont le mari fut il y a cinquante ans ambassadeur à Venise, où «sfie l'avait suivi, se trouva chez madame de Pompadour avec M. de Snnt- Germain. Elle regarda longtemps cet étranger avec des uniques de grande surprise, auxquelles se «élèicnt bientôt des signes de frayvw. Enfin, ne pouvant plus dominer son émotion, mais plus curieuse, toutefois, qu'effrayée, elle s'i^procha du comte.

« De grâce, monsieur, lui dit-«Ue, veuillez me dire si monsîenr votre père n'a pas résidé à Venise vers l'année 1700.

«'Non, madame, répondit le comte sans s'émouvoir, il y a beaucoup plus longtemps que j'ai perdu mon fère ; mais je démettrais moi-même à Venise à la an du dernier siècle et au commenoement de celui-ci , j'avais l'honneur de vous y faire ma oonr, et vous aviez la bouté de trouver jolies quelques barcarolles de ma composition que nous «hmi^ii^nff finnfanhlf.

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•^•Pàfdeu de la "ïmicbise , mm cela n'est pas -possible : le comte •de Sûnt-Gerinaiii d^alors avait quarante-ohiq ans, et voas n'avez oertaineBMnrt qne cet âge an •moment où nous iMtrlons.

— ^^ Madame, répondît le comte en souriant, je .suis -fort vieux.

— liais il faudrait à ce compte que vous eussiez près de cent ans. «-—Cela n*est pas impossible. » Ici le comte se mit à raconter k

•mftdame de Gergy une foule de détails se rattacbant au séjour qu'Us ont fait oisemble dans l'Etat vénitien. 11 offrit à cette dame de lui rappeler, si eHe doutait encore, des circonstances^ des remarques... « Non, non, interrompit la vieille ambassadrice, me voilà bien convaincue,.. Mais vous 6tes un homme... un diable bien extraordinaire...

— Grâce, grâce de qualifications ! s'écria Saint-Germain d'une voix éclatante.. • » Et ses membres parurent saisis d'un tremblement con- ^vulsiC. n sortit sur-le-champ.

AciievoBS de faire connaître ce personnage singulier. Saint^Gerjnnin est d'une taille moyenne , d'une tournure élégante ; ses traits aont réguliers : il a le teint brun, les cheveux noirs, la physionomie «lobile et spirituelle ; sa démarche offre ce mélange de noblesse et de vivacité qui n'est propre qu'aux hommes supérieurs. Le comte se met assez simplement , mais avec goût. Tout son luxe consiste dans une surprenante quantité de diamants, dont il est toujours couvert : il en porte à tons les doigts; sa tabatière, sa montre en sont garnies. Un soir il vint à la cour avec des boucles de souliers que M. de Gontaut, grand connaisseur en pierreries, estima deux cent mille iivres.

Une chose digne de remarque et mâme d'étonnement, c*e8t que k comte parle avec une égale facilité le français, l'allemand, l'anus , l'Italien, l'espagnol et le portugais, sans qne les nationaux puissent reconnaître le moindre accent étranger lorsqu'il s'exprime dans cha- .cune de ces langues. Des érudits , des orientalistes ont sondé le savoir de Saini-Germain : les premiers l'ont trouvé plus habile qu'eux dans l'idiome d'Homère et dans celui de Virgile ; il a parlé le sanscrit, le chinois, l'arabe avec les derniers de manière à leur prouver qu'il a résidé en Asie et à leur démontrer qu'on s'instruit assez mal dans les dialectes de l'Orient aux collèges de Louis le Grand et de Montaigu.

M. de Saint-Germain accompagne de tète sur le darecin nen-seu*

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lement les morceaux de chant, mais encore les concerto les pins difficiles exécutes par d'autres instruments. J'ai vu Rameau profondément surpris du jeu parfait de cet amateur et surtout de ses préludes savants. Le comte peint à l'huile fort agréablement ; mais ce qui rend ses tableaux remarquables, c*est une espèce de couleurs dont il a trouvé le secret et qui prêtent à la peinture un éclat extraordinaire. Dans les sujets historiques qu'il reproduit, Saint-Germain ne manque jamais d'orner les ajustements de femmes de saphirs, d'émeraudes, de rubis, auxquels ses couleurs donnent absolument l'éclat et les reflets des pierres naturelles. Yanloo, qui ne peut se lasser d'admirer l'artifice de ces surprenantes couleurs, en a souvent demandé le secret au comte : il n'a point voulu le révéler.

Sans chercher à se rendre compte de l'universalité de connaissances d'un personnage qui , au moment oii j'écris , fait épuiser en conjectures et la ville et la cour, on peut, je crois, faire rapporter kU physique et h la chimie, qu'il possède à fond, une partie de ses prestiges. U est au moins évident que ces sciences lui ont procuré une santé robuste, une vie qui excédera ou qui peut-être a déjà excédé les bornes de l'existence commune , et le moyen , plus difficile à comprendre, d'arrêter sur la créature humaine les ravages du temps. Entre autres aveux sur les facultés surprenantes du comte de Saint- Germain faits à la favorite par madame de Gergy depuis sa première entrevue avec lui , elle a dit que durant leur séjour à Venise elle «vait re^u de lui un élixir qui , pendant un quart de siècle, avait conservé sans la moindre altération les charmes qu'elle possédait à J'ige de vingt-cinq ans : de vieux seigneurs, interrogés par madame de Pompadour sur cette étrange circonstance, ont affirmé qu'elle était de toute exactitude; que même la jeunesse stationnaire de la comtesse avait été longtemps pour la ville et la cour un sujet d'ctounement. Voici d'ailleurs un fait qui vient à l'appui de l'assertion de madame de Gcrgy, soutenue par les vieillards dont je viens de citer le rapport.

Un soir, M. de Saint-Germain avait accompagné dans un cercle plusieurs airs italiens chantés par la jeune comtesse de Lancy < âgée de dix ans.

« Dans cinq à six ans, lui dit-il quand elle eut cessé de chanter, vous aurez une fort belle voix, vous la conserverez longtemps; mais,

' Devenue célèbre depuis bous le nom de comtesse de Geolis.

pour que la séduction f&t complète, il faudrait conserver aussi la beauté éclatante qui sera votre Leureux partaj^e à seize ou dix-sept ans.

— Monsieur le comte , répondit la petite comtesse en promenant ses jolis doigts sur le clavecin, cela n'est au pouvoir de personne.

— Oh! que si, reprit le comte sans affectation... Dites-moi seulement si vous seriez bien aise d'être fixée à cet âge.

— Vraiment j'en serais charmée...

— ^Eh bien! je vous le promets. » Et Saint-Germain parla d'autre chose.

La mère de la comtesse , enhardie par l'affabilité de l'homme à la mode, osa lui demander s'il était vrai que l' Allemagne fût sa patrie, ff Madame, madame, répondit-il en poussant un profond soupir, il » est des choses que je ne puis dire. Contentez-vous de savoir qu'à i> rage de sept ans j'errais au fond des forêts, et que ma tète était » mise à prix. La veille de ma fête, ma mère, que je ne devais plus » revoir , attacha son portrait k mon bras ; je vais vous le montrer. » A ces mots, Saint-Germain releva sa manche, et montra en effet aux dames une miniature sur émail représentant une femme admirablement belle, mais vêtue singulièrement. « A quel temps, demanda la » jeune comtesse, appartient donc ce costume? » Le comte rabattit sa manche sans répondre et changea de nouveau la conversation.

On passe chaque jour d'une surprise à une autre dans la société du comte de Saint-Gerinain. Il y a quelque temps, il apporta chez madame de Pompadour une bonbonnière qui fit l'admiration générale. Cette boîte était d'écaillé noire fort belle; le dessus était orné d'une agate beaucoup moins grande que le couvercle. Le comte pria la marquise de poser cette bonbonnière devant le feu; un instant après il lui dit de la reprendre. Quel fut l'étonnement de tous les assistants ! l'agate avait disparu , et l'on voyait à sa place une jolie bergère au milieu de ses moutons. En faisant de nouveau chauffer la boîte, la miniature disparut et l'agate revint.

Cependant Louis XY, qui n'avait pas encore entretenu M. Saini- Grermain en particulier, pria le mois dernier sa favorite de le faire trouver chez elle avec cet homme, qu'il appelait un habile charlatan. Le comte fut exact au rendez-vous que Sa Majesté lui avait fait indiquer. Il s'éuit muni ce jour-là d'une tabatière magnifique. Il portait

9i4* CflROKIQUEa DB AXIIL-BE-BŒUF.

sm riche» biNMles àm Mmliert et affieetail am peu it montrer tiaft àm Bwaolieft em mbît d'one gro»qnr pfr«dl|p«vtti

« Est-il vrai , lai dit Louii XV après an salut obligeant , que vonr ma» ^îaîes âgpé d« plnafeari siècles?

— Sice, je m'amose quelquefeist non pM à ftàre onâBC:, anis à liiwmr epMre qne j*aè vénxr dans les piua andcaff ttmpa.

— Mais la vérité^ monmar W eomte?

— - La vérité, sire, peut être inoompréiienaiMe— .

— 11 parait ait moina démontré , d'après le npport' àm plnMears personnes qui vous ont connu sous le règne de mon bisaïeul, fne virai deves avoir pliis de cent ans»

— Ce eerait , en tirat' cas , une longévité peu surprenantr; j'at'vn dans le nord de l*Busopedes hommes de oe&t soixante ans ef plia;.

->- Je sais qu'il en a existé, mate eVst^mtre air de jeunesse qv vent tontes les spëculadons des savants.

-~ Par le* temps qui court, sire, on donne à bon* mudlé le docteur; je Tai plus- d'une ftûs prouvé k ces mesaewB»

•— Puisque vous vives depuis tant d'années^ reprit Louis SVd^un ten malicieux, donnex^moi donc* des noinwlles de ftt «mr d^ Ftmah' oois I^ , e^était vm rov dont j^ar toujours chéri la mémetie.

— Aussi était»fl très-aimable, répondit le eomte «■ pvenutt iv sérieux là demande de Sa ]liijcsté. Puis il semitli dépaindre, esa^ thto, en homme dNmprit, le m chevalier an plijiBiqua et os miMiE

— Je CFob en vérité le voir; s'écria Lonis XV ench«ntli&

—S'il eikr été moins ardent, poufeuivit Smnt^&mmi'n , je lia* xmnAs donné un bon conseil, propre à le garantir de toua- sas ma&enniç mais ii ne l'aurait pax suivi. Pranooi» i*^ était entraîné' par eettr fii^ tlditéqui' domine les princes, j'entends cerne assex maihevrenr pour ftrroer l'oreâle de leur esprit aux BmiUencr avis , surtout donr kv moments critiqua.

— La'cour de Fvaaifois était-elle brillante? demanda madame, che Pompadour, qui craignit que le comte n'allât trop loin.

— Très-brillante, reprit le comte, qui saisit l'intention de la marquise, mais: celle' &b sex petits- fis la surpassait de Beanoonp r du temps de Mhrie StUart et àt Mai^eriie de Talina la; oour étoir uw pays> dftachaBttments- oii lea plotsirv, Fesprit et la gaiantmir m jouaient sous- mille fermes efaarmanOB»'; ceadens lariaea étasmiOsovancip»; elles- IhiwtaBtdl» vera; C'était air plaisir d»las eartendte

-— En vérité , monsicary dit le roi en. rlint aux éeUts ^ ob eroiraif que vous avez vu tout cela*

— Sire, j'ai beaucoup de mémoire , mais j'ai ausù mea motes authentiques inr ces temps reculés. «

A ces mots , Saint-Germain tira de sa poche «n livret relié d'une manière gothique; U l'ouvrit, et montra au roi quelques lignes écrites de la propre main de Michel Afoutaîgne en 1680. Les voici telles qu'elles ont été transcrites après avoir été- reconnues authentique^ ment originales :

il n^est hammê de bien qui mette à Cexamm des lois foules ses aiH tUms et pensées , qui ne soit pendable six fois en sa vie; voire tel qu'il sevoit dommage et très^juete de punir*

he roi , ainsi cpie M* de Gontaot , madame de Brancas et l'ahbé de Bemis, qui assistaient à cet entretien , ne savaient plus que penser du comte de Saint-Germain ; mais sa conversation plut tant à Sa Majesté, que depuis elle Tiippela souvent à la cour, et resta même enfermée plusieurs fois avec lui dans son cabinet. Louis XV consultait un. matin ce personnage mystérieux, dont il avait reconnu l'expérience et le jugement, sur un seigneur que l'on cherchait à desservir dans soi^ esprit.

« SirOy répondit le comte avec chaleur, défies^vous des rapports qui vous sont ftits sur ce gentilhomme; pour bien apprécier les hommes, il ne faut être ni eonliesseur , ni courtisan^ ni ministre ,. ni lieutenant de police*

— Et roi?

— * Je n'osais m'expliquer à cet égard; mais, puisque Votre Majesté m'interpelle, je crois lui obéir en parlant. Vous vous rappelez, sire, le brouillard qu'il faisait il y a quelques jours , on ne voyait pas à quatce pas; eh bien! les rois (je parle en général) sont environnés de brouillards encore plus épais qjue font naître autour d'eux les iiw trigpinta, les prêtres et les ministres infidèles : tous s'accordent, en un mot, pour fkire voir aux tètes couronnées les objets sous un aspeot différent du véritable.

— Ah! j'y pense, dit Louis XV en changeant tout à coup d'entretien, on m'a dit, comte, que vous aviez trouvé le secret de faire dispanitre les taches des diamants.

— Cela m'est arrivé quelquefois, sire.

•^ En ce cas, voua êtes homme h me Ikire gygper quatre mille

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francs sur celui-ci ; et le roi montra à Saint-Germain un brillant de médiocre grosseur qu'il venait de tirer d'un secrétaire.

^- Cette tache est forte, dit le comte après avoir beaucoup examine le diamant , mais il n*cst pas impossible de l'enlever. Je rapporterai cette pierre à Votre Majesté dans qainse jours.

— Je le répète, vous me feres gagner quatre mille livres; car mon joaillier, en estimant ce diamant six mille livres, m'a dit que sans Im tache il en vaudrait dix. »

Au jour dit, M. de Gontaut et le joaillier de la couronne étaient dans le cabinet du roi, quand M. de Samt-Germain y vint. U tira le diamant de sa poche, 6ta une toile d'amiante qui l'enveloppait, et cette pierre fut produite aux yeux des assistants ébahis pure comme une goutte de rosée. Le poids du brillant, pesé au moment de sa remise au comte , se trouva exactement le même après i'opéradon, et le bijoutier déclara à Sa Majesté qu'il était prêt à donner les dix miUt livres de Testimation. Cet honnête marchand ajouta qu'il fallait que M. de Saint-Germain îdt sorcier, qualification à laquelle ce dernier ne répondit que par un sourire. « Vraiment, monsieur le comte, pour- )» suivit le commerçant, vous devez être riche à millions, surtout si » vous aves le secret de faire de gros diamants avec de petits. » L'adepte ne dit ni oui ni non ; mais il assura très-positivement qu'il savait faire grossir les perles et leur donner la plus belle eau.

Toujours est-il qu'on ne peut en aucune manière expliquer l'opulence que montre cet individu : il n'a point de propriétés» on ne lui connaît ni rentes, ni banquiers, ni revenus d'aucune nature, il ne touche jamais ni cartes ni des ; et cependant il a un grand état de maison, plusieurs domestiques, des chevaux, des voitures, une immense quantiié de pierreries de toutes couleurs... On s'y perd.

Du reste , il se passe des choses étranges dans la maison de Saint- Germain, qui commence à devenir pour le public presque aussi effrayant que curieux. Les esprits forts qui le fréquentent lui ont vu faire des choses excédant toutes les facultés humaines : il évoque, dit-on, les ombres à la demande des personnes assez hardies pour désirer ces terribles apparitions , qui sont toujours reconnues. Quelquefois il fait répondre à certaines questions sur l'avenir par des voix souterraines qu'on entend très-distinctement, pourvu qu'on applique l'oreille au parquet d'une chambre mystérieuse, oii Ton n'entre que pour recevoir ces oracles. Plusieurs de ces prédictions se sont déjà

réalistes, assure-t-on, et la correspondance de Saint-Germain avec l'autre monde est une vérité démontrée pour beaucoup de gens.

Dans l'abandon de la table, que le comte aime passablement, il con« vient avec ses amis qu'il est âgé de deux mille ans, et, suivant lui, ce n'est encore là qu'un à-compte de vie. Il lui arrive même de lancer de temps en temps de ces étranges assertions dans des sociétés moins intimes : l'un de ces jours, dinant chez le duc de Richelieu, le sor- . cier à la mode interpella son domestique, qui le servait à table, sur un fait remontant à une époque très-éloignée. « Je n'en ai pas con* » naissance, répondit le valet; M. le comte oublie qu'il n'y a que cinq » cents ans que j'ai l'honneur de le servir. »

Saint-Germain, dans une visite qu'il fît il y a quelques jours à madame de Pompadour, retenue sur sa chaise longue par une indisposition, lui montra pour la récréer une boîte remplie de topazes, d'émeraudes et de rubis. Il y en avait pour une somme considérable. Madame du Hausset, présente à ce riche inventaire, faisait des signes derrière le comte à la favorite pour lui faire comprendre que tout cela était faux.

n II est vrai, dit négligemment Saint-Germain, qu'on a vu quelquefois de plus belles pierres; mais celles-ci ont leur prix.

— Cet homme a donc des .yeux au dos! murmura madame du Hausset, qui crut avoir été comprise dans sa pantomime.

— Cette bagatelle peut servir d'échantillon, reprit le comte en jetant avec dédain sur la table une petite croix de pierres vertes et blanche*:.

— Eh! mais cela n'est point à dédaigner! dit la dame de compagnie, qui plaçait le bijou sur sa gorge pour l'essayer.

•^- Acceptez-le donc , madame.

— Vraiment , monsieur le comte , je m'en garderai bien , répondit niadame du Hausset.

— Pourquoi donc ? c'est une misère.

-—Acceptez, ma chère, dit la marquise, puisque M. le comte le veut. »

Madame du Hausset se résigna à prendre la croix, qui le lendemain fut estimée cent louis.

L'enchanteur dont je viens de raconter longuement les prouesses devrait bien, par un coup de baguette, remplir les coffres de l'Etat, qui se trouvent dans un état habituel de viduité; M. Machault n'est

SPi* CHRONIQUES DE LWIL-DE-BŒUF.

pm Mener, lui, et eftsc bien vatiienniit quHl m doime «Dorlev vementi ^aiblM pMir réthUir les fiiiMiceft. Gepmdam le» erigetag paMkpieseinitimiiéiienK»: d'une paît, ]VI.ReinllédeimBéeignHids cm dte' Tai^gent pour former une marine, car la Fmnee au moagmitak j'éma n^a paa beaucoup plus de vaiaseaux qu'elle n'en avmt smu leroi' Jen; d*UB autre odté, les pajeurs de rentes povrefaassenCdeiovlei pnfi le cont râleur général afin d'être remboursé» des avvnees qnlb^ oM fiUtes pendant la dernière guerre. « En' vérité, sire, disait ce M annifire dans l'uo des derniers conseils, je ne sais GonuenC m*f j» prendre pour fiiîre bonneur à vos engagements : tout le nronde me » demande, et personne ne veut me faire crédit. »

U n'y a que les subsides étrangers qui aident convenableraeitr iès Etats; ils ne ooùtent rien aux nations, et conséquemmenr ne les fimf point erier. Il y a bien quelque l«^cre humiliation pour les rois èi semettre ainsi ii la- solde de leurs voisins, et la- politique adoptée h pm d'at^nt n'est pas essentiellement honorable ; mais un peu de fiontr est bientôt passée, et l'avantage reste. C'est sans doute d'après ce solde raisonnement que vient d'être conclu, a Herrenhausen , dans l'électorat de Hanovre, un traité de subsides entre le roi d'Angleterre, les États Généraux et l'électeur de Bavière. Ce dernier s'engage, par cette convention, à entretenir un corps de six mille hommet prêt à marcher au premier ordre de la Grande-Bretagne et de Jr HnUande, moyennant une subvention annuelle de quarante mUt^ livre sterling, payable, les deux tiers par l'Angleterre, l'autre tiers par l'Etat hollandais. Toutefois ce corps ne pourra servir ni conttc l'empereur ni contre l'Empire; d'oii l'on peut conclure, sans travail d'esprit, qu'il ne sera employé que contre la Prusse ou la France. Or il est bon de considérer que I électeur-signataire de ce traité est le fils de ce- Clia ries-Albert' pour qui la France s'est épuisée d'or et de sang, lorsqu'il s'agissait de le faire empereur : c'est ainsi que les princes* de la terre entendent la reconnaissance; telles sont les enseignes auxquelles nous devons reconnaîtra leur justice.

n'était réservé à l'année 1 750 de voir naître un scandale non moins affligeant, non moins ridicule que celui des convulsions. On sait que le cardinal de Fleury souffrit les jésuites parce qu'il les craignait, et que l'archevêque Yintimille lés ftvorisa parce qu'il lès' aimaîL Après ce dernier prélat, advint au siège de Paris un sieur de Belles

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fond, qui, plut ardent que son prédécestenr, se dëdara le partisan 'aaatiqae des doctrines jésuitiques. Les enfants d*Ignace ne perdirent paa un instant • tout ce qui leur déplaisait fut peint comme janséinîate; les lettres de cachet furent expédiées' par rames; les prisons allaient s'ouvrir; les jésuites souriaient déjà aux tourments de leura- -viotimes, lorsque la mort frappa Bellefond, et suspendit un moment les rigueurs qu'il avait préparées. Mais elles ne tardèrent pas dereprendre leur cours : Christophe de Beaumont, homme de mœurs austères, prêtre ignorant, opiniâtre , et moliniste outré, fiut appelé à Tarehevèché de Paris. Le plan des jésuites reçut alors sa pleine et entière exécution* H fut pnescrit de n'accorder la communion ou le viatique qu'aux personnes munies de billets de confession, lesquds durent attester que le porteur s'était confessé à un prêtre partisan de la bulle, les sacrements administrés parles jésuites étant reconnus les seuls efficacesk Beaumont maintint avec sévérité cette règle ausd^ tyrannique qu'absurde , et les curés n'administrèrent aucun des secours spirituels à ceux qui n'exhibèrent point le billet exigé.

Les choses en étaient à ce point lorsque M. Coffin, conseiller au GhAteiet, étant asses dangereusement malade, appela (20 mars 1750) pour l'administrer M. Bouettin , curé de Saint-Etienne-du-Af ont, qui refusa son ministère à défaut de présentation d*un billet de confession. Le parlement, Inibrmé de cette affaire, embrassa chaudement la. cause du chancelier Coflin : il appela devant lui le curé; mais ce» lui-ci refusa de comparaître, ne devant compte, répondit-il, de l'exercice de son ministère qu'à Dieu et au prélat son supérieur* I>*après ce système d'indépendance civile, le clergé pourrait à son gré porter le trouble et le désordre dans la société sans qu*aucune juri-» diction temporale pût j apporter obstacle. Le parlement ne comprit pas ainsi l'autorité ecclésiastique; il décréta de prise de corps le prêtre Bouettin, et députa en même temps plusieurs de ses membres à Christophe de Beaumont pour l'engager à ûiire administrer les malades quand même ils ne seraient pas munis d'une attestation je* statique. L'archevêque persista, la magistrature insista, et dès lors une lutte violente s'engagea entre les prétendus exécuteurs des volontés eélestes et les défenseurs légitimes des lois humaines. Le roi ne donnait pas précisément raison aux jésuites ; mais il ne les désappiouvait pas avec assez de persévérance, se bornant à répéter quel-qoefois à son lever que <« la cour devrait bientêt se donner plus (^e*

9t0 CHROraQCES DE L'ŒOi^DE-BŒUF.

» moavement pour des billets de confession qu'elle n'en avait jamais » eu pour l'affaire la plus importante de l'Europe. » Quand le parlement gag^it du terrain sur ses adversaires il fallait forcer à main armée les prêtres molinistes à secourir spirituellement les malades du parti opposé, et ce n'était que sur l'autorité des baïonnettes que les croyants moribonds pouvaient conquérir leur salut. Un curé de Paris , ainsi contraint , disait dernièrement au lit de mort de son pa» rojssien : Je vous communie par ordre du parlement; un autre, portant le scandale plus loin encore , osait dire à un mourant : Cest êh conséquence d^un arrêt de la grand* chambre que je vous apporte k bon Dieu. Agenouillez-vous donc devant de tels ministres du Seigneur! Ces dissensions religieuses, qu'un pouvoir trop indécis ou Iroj» mou n'a pas su arrèler, ont aigri l'esprit public ; un rien l'excite et le porte k la révolte. On vit à Paris dans le courant de mai un mouvement populaire dont cette irritation inquiète fut la première cause. Au moment oii la police, conformément à un usage salutaire» faisait enlever sur le pavé de Paris une foule de mauvais sujets sans profession et dangereux, un exempt avide arrêta l'enfant d'nne femme du peuple, dans l'espérance de rançonner sa mère. Cette femme, informée de cet acte arbitraire, poussa des cris affreux, et sa douleur bruyante ameuta tout son quartier. Bientôt d'autres mères, dont la police avait avec plus de raison ramassé les fîls, déjà coupa* blés d'escroqueries, se joignirent à celles qui faisaient entendre de si lamentables réclamations. Ce groupe criard parcourut le fauboui^ Saint-Antoine, se grossissant à chaque pas de toutes les commères désœuvrées qu'il rencontrait. Le délit de l'exempt s'accroissait en proportion des masses qui le proclamaient : ce n'étaient plus trois ou quatre petits vauriens enlevés dans la rue, mais des millier» d'enfants arrachés du domicile de leurs parents. Et puis il ne s'agis» sait pas d'une simple mesure de sûreté prise arbitrairement : un malade illustre devait, par ordre des médecins, prendre chaque matin un bain de sang humain , et l'on faisait saisir et égoi^er des enfiints pour satisfaire à cette prescription, attendu qu'il fallait du sang de I» plus grande pureté. On conçoit avec quelle ardeur une populace déjà mal disposée dut accueillir cette fable ridicule et quel degré d'énergie elle dut imprimer à sa rage. Du faubourg Saint-^Antoine l'émeute gagna, de proche en proche, jusqu'au centre de la capiule» Malheur à qui porUit une figure d'exempt de police ! Les révoltés

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en saisirent un sur le boulevard , à Pinstant il fut massacré, dëcliirë, divisé en lambeaux, que ces misérables se partagèrent et qui couvrirent leurs habits de sang.

Cependant cette troupe de forcenés, forte de trente mille personnes au moins , s'avança vers Thôtel du lieutenant de police , dont elle brisa les vitres à coups de pierres. M. Berryer, qui exerce en ce moment cette charge, perd la tète et s'enfuit par les jardins, tandis qu'un de ses gens, plus intrépide, fiiit ouvrir toutes les portes de la maison. Ce coup hardi intimide les mutins ; ils croient qu'un piège est caché sous cet air d'abandon , ils n'entrent pas. Pendant que U foule délibère sur la direction ultérieure de ses démarches, les gardes françaises, les gardes suisses et deux compagnies de mousquetaires ont pris les armes; ces troupes courent au lieu du rassemblement et contiennent les séditieux, parmi lesquels il se trouve plus de femmes que d*hommes , plus de badauds que de combattants. On se saisit au hasard de quelques-uns des turbulents, le reste rentre dans le devoir et se disperse. Mais, comme on voulait faire un exemple, les malheureux qui étaient tombés au pouvoir de la troupe furent pendus sans autre forme de procès : voilà ce qu'on appelle de la justice prévôtale dans les monarchies absolues. Après avoir assassiné aveuglément huit ou dix Parisiens , qui peut-être n'étaient que des curieux , on crut devoir donner une manière de satisfaction au surplus de la population : le fugitif Berryer fut mandé par le parlement, qui l'admonesta doucement et lui prescrivit d'être plus circonspect à l'avenir dans l'exercice de ses fonctions. C'était une petite blessure faite à Tamour-propre de ce magistrat ; mais, comme notre bon roî lui a des obligations particulières, dont j'expliquerai bientôt le motif. Sa Majesté appliqua un baume salutaire sur cette plaie en nommant M. Berryer conseiller d'Etat.

On se réjouissait encore à la cour de la naissance de la princesse Marie-Joséphine, dont madame la Dauphine accoucha le 26 août, quand on reprit à l'Opéra l'opéra de Thétis et Pelée, reprise assez insignifiante et dont je ne fais mention que parce qu'on y vit Fonteuelle dans la même loge où soixante et un ans plus tôt il avait assisté à la première représentation de cette pièce.

Puisque me voilà sur le chapitre de ce bel esprit, âgé de quatrevingt-treize ans, je dois parler des soirées de madame Geoflfriu^ dour

3ii CHROmQUCS DB VaOIr-DE-BŒUF.

il fbir eneotie I» okanae et sarUMt rinslradioB. G*est duis ceoMde qai ott hoauM ottèbr« tnvailU à un traùi de la raison humaém, «spèce de cours dont Tabbë Trablet écrit à la dérobée des tn^MaùiL, Ceafr MMsi ebem nsdeiee GeoArm- qu'an jenne homme fort s^rilael, neimé Sitafd, a Uàl celle année son enlcée dans, le monde litténire. Fbmenelle Ta peemptement distingué parmi les disconrenrs qui lui eiqpliqaenl Iran opinions dans- Tembenehare de son cornet acoustîqnfey car ee vétéran de nos homme» de lettres est sourd à ne pu entendre le canon. Quoique très-j^une et trèa^tinûde, Sf. Suard émit l'anlve jonr son avis suc «giclqucs points du- traUé. de la nusen hnmnète; Fonlenelle le* goûta et m^ ses applaudissements à œnx de tout le salon» « Mon ami, lui dit41 , vous serex bientôt pour cette » iamme subtile de la métaphysique ce qu*est pour la flamme de fes» » pfit*de-vin le bois que oette flamme ne brûle paa^. » Gela peut être foet beau, métaphfsiquement parlant ; mats ces propositions subtimées sont à coup sAr ce qui foit que Fontenelle ne se» jamais ^'ua bommcr d'esprit

Le roi- a pris pesiestion de son appartement du château de Bellevnet, ^^11 a &tti bâtir pour madame de Pompadour* Cette maison de plaîsanen, élevée sur un coteau qui domine le village de Sèvi«s, est dans la plus heureuse situation : une foule de points de vue et d*a»* peeis variés, la Seîoe se repliant sur elle-même dans la plaine comme uft serpent aux. écailles argentées , Timmense ville de Paris offrant à t'Jtfriion 8n.fofét de olooheisv ^^a justifie le nom de BeUevue donné. à. celle riante hahiUtion« Ce petit palais a été élevé sur les dessins dn^RL lassucanee ; il est de bon goût, quoique simple et sans ordre d'architectuve» Bntre les croisées, qui sont au nombre de neuf à chaque fisce, on a placé des bustes de marbre. Les frontons servant de couronnement aux quatre faces sont remplis par autant de bas* rèlief^ dus au ciseau de Coustou. La position de Bellevne plaît tant à Louis • XV, que pendant les travaux il venait ton» les jours encourager les ouvriers et se Cûsait quelquefois apporter son diner au mi«lien d'emu Ce prince coucha pour la première fins dans ce château le 14 novembre ; madame de Pompadour, rhéroîne du lieu, j ooucbn aussi le même jour. Mais comme le quatrain attribué au comte de Maurepas et qui parlait de certaines fleurs autres que celles du parterre de Bellevue n'était que médisant , le roi et sa favorite rent U nuit aux deux extrémités de l'édifice.

Gflrfiit, dil^n-, k Miewe que Louî». XV sig&a, lè 1^ mweaAity de» aotts les plus bonevable» de bou règ^ : L'édk qui fiait de la Dolitesfle uae rëœe^^eiiK' BÛliiaiie. J^iqa'alorafoetle dÎBllaielioa nV Yait été aooofdée dcf drok ans serviteura fiétn» dv nom- de vUamê'^ q9L*avw le gprade de maréclml de eanp : aîneiClievert lui-mèmer était dei^enu le guenier le plus iUtastoe de Paraiiée fnmoaiae avant d'être gpntUhamme , pas coaipesMiUoik de ce que tant d'autras sent gentil»^ hoaunes toute leur vie sans pouveîp dcveniD le moins du* mende. ilkutres. Un militaire de naîssanee ebseora , vieiUi Mu& le harnais sans avoir atteint le dignité', presqae inaccessible pour Lui, d?offieier fSéiàénl, rentnit couvert de blessures et de. lauriers dans la foule roturière, tandis- qu'un, traitant, vil de caractère', jilaB vct parle» spécolatlons auxquelles il se livre, aeqiiéniit,.grftce au produit de ses rapÎBes, la noblesee. héréditaire au lieu de l'infomie (fu'il avait méritée. La moitié de ce double abus disparaît : Poe du financier cesse dfavoir plus de vertu que le sang du guerrier. La noblesse transmia» sible sera désormais acquise de* droit à loutoffioier ayant le grade de capitaine dans les> troupes du roi et dont le père et l'aïeul l'aneont servi* danst la même qualité. Indépendamment de la justice rendue à de bon» serviteurs, cet édit présente un avantage politique : celui' d'attacher les familles, au. lieu des hommes au servîee derTËtat; il j dans cette mesure de l'adresse et de l'équité.

Le roi,, pendant son séjour à Bellevue, s'est fait raconter une anecdote qui l'a beaucoup diverti. Le marquis de Seuvré, mécontent de la cour,, plus mécontent de Louis XV, s'est, tout à. coup éloigné de Versailles, où il ne paraît presque plus. Ce seigneur passe une partie, de la belle saison à son château de Louvols., partageant son temps entre la chasse,. la lecture et cette misanthropie chagrine à laquelle il est enclin. Le fils du marquis, jeune homme de dixrhuit à dix-neuf ans, portant le nom de Louvois, était cette année en garnison à Brest, n est rare qu'on trouve des sages parmi nos sous-lieutenants : Louvois menait joyeuse vie , foisait des dettes et demandait de l'argent à son père, qui ne lui en envoyait point. Il fkllait donc se co^riger ou se priver : notre étourdi ne fit l'un ni Pautre ; il aima mieua vendre ses* équipages, se& b^pnx, ses effets, pour continuer de s'amnser jusqu'à complet épuisement de ressources. Parvenu à son dernier double louis comme à son dernier habit, Louvois garda Pun et Pautre pour revenir chez son père, oit il arnva couvert d'un frac usé et dans

Se4 CHRONIQUES DE L*(EIL-DE-BŒCT.

une disette alMolue de finances. Le jeune disnpaleur se garda bien de dire au marquis qu'à Texeraple du Grec Bias , il portait sur lui tout ce qu'il possédait ; ce dënùment devait provoquer une explication orageuse, qu*il importait à Louvois de relarder autant que possible. Dans cette situation perplexe, Souvré dit un jour à son fils que la compagnie la plus distinguée du voisinage devait dûier le surlendemain au château. « Pespère, ajouta le marquis, que vous voudrez » bien quitter ce vilain habit de voyage et en prendre un plus oon- » venable. — Mon Dieu , répondit Louvois, je voudrais de tout mon » cœur vous obéir, mon père , mais je n'ai apporté que de vieux hai> bits; et si vous tenez à ce que je paraisse bien vêtu, je serai forcé M de me faire habiller à neuf. Veuillez donc, je vous prie, m'a^^ancer M quelque argent, car cette année les vivres ont été hors de prix à V Brest , et franchement je ne suis pas en fonds. » M. de Souvré fit à cette demande une réponse négative, qui ne permettait pas d'insUier. Aussi le demandeur ne répliqua-t-il point. Il se contenta de dire en se retirant qu'il mettrait un autre habit.

La chambre de Louvois était ornée d'une tapisserie à grands personnages, représentant les héros du Tasse : c'était une Jérusalem délivrée tout entière sortie de la navette. Le jeune homme détache un pan de la tenture, le sépare du reste avec un excellent canif, et envoie chercher le tailleur du village.

« Brave homme, lui dit-il quand il fut arrivé, vous voyez bien cette pièce de tapisserie.

— Oui , monsieur le chevalier, et , Dieu merci, il y a tantôt cinquante ans que je la connais... Feu votre grand-père...

— Mon grand-père , interrompit Louvois , se servait de cela pour

garnir une chambre, moi j'en veux tirer un meilleur parti Vous

ollcz m'eu faire un habillement.

— Un habillement avec la Jérusalem délivrée !,.. monsieur le che^ valier veut rire.

— Du tout, maître André, je parle très-sérieusement. Je préleiids que vous m'établissiez, avec celte tapisserie, habit, veste et culotte... Je suis fou des grands sujets, moi.

— Si vous l'ordonnez, monsieur, je tâcherai de vous obéir, en me servant d'une aiguille à matelas.

— Peu m'importe. Mais pour apporter un peu de régularité dans votre ouvrage il faudra diviser rétoffe avec réflexion : vous ferez.

LOÔIS XV. 305

par exemple, les manclies de Thabit des deux bras d*Armide ; la tête de Renaud , couverte de son casque , figurera sur le dos , et le bouclier du guerrier, coupé en deux morceaux, formera les pans. Pour la culotte, vous pourrez tailler en plein drap dans les cuisses d'Armide. Quant à la veste, vous en formerez le liaut avec la gorge volumineuse de Tenchanteresse, et ces deux petits visages d'amour feront le meilleur effet en basques.

— Très-bien , monsieur le chevalier ; je vais mettre la maiu à l'œuvre.

— Songez qu'il faut que le tout soit terminé après- demain de bonne heure : je ne tiens pas à la finesse du travail.

— Je vous réponds au moins qu'il sera solide, car je suis obligé de coudre avec de la ficelle.

— Va pour la ficelle, père André.

Au jour dit , Louvois , affublé de son habit de tapisserie en pleine canicule , attend chez lui l'arrivée de la compagnie. Aussitôt qu'il voit les voitures entrer dans la cour, il descend avec tout l'empressement que lui permet son lourd costume , et s'élance sur le perron pour donner la main aux dames. Notre fou , malgré l'explosion d'invincible hilarité dont il est l'objet, fait les honneiirs à la société du ton le plus sérieux. Grave et cérémonieux comme un introducteur d'ambassadeurs, il avait déjà conduit toutes les dames dans le salon, lorsque Souvré y entra lui-même et recula de deux pas en voyant son fils paré des dépouilles de sa chambre à coucher.

a Monsieur, s'écria le marquis d'un ton foudroyant, me direz-vous ce que signifie cette mascarade ?

«- A l'instant, mon père. Vous m'aviez ordonné de mettre un autre habit; et comme je n'avais à ma disposition que cette étoffe, je m'en suis servi pour vous obéir. »

L'expédient était une plaisanterie ingénieuse , Souvré a de l'esprit, il fit chorus avec les rieurs, et la garde-robe de son fils fut remontée.

L*année qui se termine enleva trois mari^chaux de France ; l'armée n'en regrettera peut-être qu'un seul. Les maréchaux de Brancas et d'Harcourt appartenaient à ces familles où Ton obtient nécessairement le bâton , pourvu qu'on vive ; ils avaient vécu. Mais l'illustre comte de Saxe, qui descend dans la tombe, était l'enfant adoptif de la France. Telle est la famille qui le pleure. Le roi a senti toute l'étendue de

SM CnRONlQUES D& L'ŒII«4>E-BŒUF.

cette perte. « Je n'ai plus de général, a-t-il dit tristement en appi»- » nani la mort de ce grand homme de guerre ; il ne me reste «gie » qpelqnitft capitaines. »

Cette opinion est conforme à eelle de Frédéric H. « Pai va le béros » de U France , écrivait-il à Voltaire après le voyage de Maurice à » Berlin, en 1749 ; j'ai vu le Turenne du siècle de Louis XV. Je me » suis instruit par ses discours dans l*art de la guerre : ce général » aérait le professeur de tous les généraux de l'Europe. »

Le maréchal général, accablé d'infirmités et de maladies déterminées par deux genres de guerre bien opposés, vivait, depuis la paix de 1748, dans le château deChamberd, que le roi lui avait dbnné. A peine parvenu à sa cinquante-quatrième année , ce gcaud homme, dont la constitution était très-robuste, eût pu facilement guérir; mais, dans sa retraite , il s'occupa plus de charmer ses maux que de les traiter, il ne parvint ainsi qu^à les rendra incurables. Maurice s'étût entouré , à Ghambord , d'artistes, de gens de lettres , de philosophes, dont le commerce et les talents, en occupant son esprit, lui faisaient oublier la- douleur physique. Si le vainqueur de Fmtenoy se fût borné à ee régime , il est probable qii'il e&t vécu, pins longtemps; mais par malheur madame Favart, actrice de la-Comédie- Italienne , dirigeait une section des plaisirs du comte de Saxe, qui n'occupait pas que son esprit. Cette dame le tenait constamment en* touré d'un sérail, qu'elle avait soin de renouveler d'autant plus sou^ vent qu'elle ambitionnait oioins d'en être U sultane favorite. Or Maurice ne se souciait nullement de posséder dans ce harem des femmes qui pussent le captiver par le charme de la conversation ;. il avait coutume de dire (pie l'amour, réduit à ces délicatesses^ nféthit plus que de la niaiserie. Les (pilanteries du maréchal descendaient jusqu'à la bassesse , disons plus , jusqu'à la crapule : il ne connaissait d'autre plaisir dans la société, deê femmes qpe la débauche. Ses maîtresses, ordinairement tirées des maisons de prostitution, n'acquéraient jamais plus de droits à ses préférences qu'en parvenant à enrichir le oode galant des corps.de ginsde de quelques locutions obcènes, deq^quee termes dfune grossièreté bien significative. La volupté 1» piua délicate de Maurice consistait à ftdxe enivier, le soir, dana s» chambre, et lorsqu'il était. couché, trois ouqjiatre des pensionneieca fnL'entfielenait à;GhamboiKl son humeur libertine: il jouissait déli- •ciensementdn déluge desales lauis, de blasfiièmes,, de gymlificationa

ordonàret que L'iTreiM arrachait ^ ee§ créatures; et qaaad il s^étail aiies amasé de eette dég»ùtaiile loquacité il flûsait entrer an nonbrc de laquais (désignés d'avance) égal à celui des prostituées y qui reee» Taient Foidre de se* livrer en sa présence *à ces valetsv Oserai^je ajouter que s'il arriTait que cette scène ex«tAt les sena éteints du manéfhal il admettait sur l'heure dans^son Ut une de ces hacchanlesy ayrès lui avoic ex^ressémenr défendu. dfaUérer' ea rien le» réaullati de la scène qui venait de se passer!

On a dit avec raison que le comte de Saie arvail deux Ames, l'une pour les oonceptions> martiales et les combats, l'autw pour la vie privée : les glorieuses campagnes de 1744>, 1745, l'746, 1747 et 174ft ont démontré combien la première de ces Ames avait de magnanimité; je viens de montrer jusqu'à quel degcé d'avilissement pouvait descendre la seconde. Mauidce de Saxe n'était donc grand qu'à la tète des armées ; partout ailleurs sespensées^conme ses goûts étaient vulgalnsa, quriquefois ignobles. Dès que le vaioicpieur de Fontenoy avait revêtu sa cuirasse, son cceur, naguère livré à de honteux désirs, bon disaait de noUns inspimtiona sous cet acier étincelant ; l'Ame de Maurice gvandiswit soudain ; la flamme du génie s'allumait dans ses y«nx ;. il embrassait è l'instant les plus- vastes combinaicom» Après le com** bat, PArae héroïque, l'aptitude dei grande» choses , le feu sublime, tout s'éteigmît ; il ne restsât de l'illostre guerrier que le brust dese» expioîtSr

Biadame de Pom^adour, désolée de voir dans le premier génénl de monde un tel mélange de bassesse ef de grandeur, essaya à di* verses reprises de le marier, espérant qu'une épouse aimable lui fennt appeéefter cote le sexe,, vu de son bon cAté; mais ces tentatives nm-> trioMiniales n'eurent aucun succès* « Non, non, madame, répondait? »le maréchal; comme le monde va de ne* jonrs^ il y a peu d'homoKa 9 dont je voulusse être le père et peu de femme» dont je vonlome «AlicPéponb »•

Le maréchal de Saxe laisw un ouvrage sur la tactique^ auquel il a domé, avee trop de modestie^ le nom de Mu Béveriês» Ce livre, qui, sens lerapport deaomseptioiis. prolbndes^ dea vuesbardics et nenvett peut être corapaié souveni aux CommeniaiBCs dse César, n'eM déCèo^ tnmu que par riocorreefUndn style, qut< tMÉefois ne manquent de chaleur ni de rapidité. Nos généraux feront bien de s'ëdairer des rA^ vericedhi comte Mburice. Le manweiitde Vaateur devatt être curieux,

SÛ8 CnRO?(IQUES DE L'ŒIL-DE-BŒUF.

8*il était conforme, quant à Tonbographc, à cette pbnse d'une de se^ lettres : « Ils veule me fere de la cademîe, sela miret corne une bage » à un clias. »

Depuis la mort de ce général , toutes les ambitions militaires , qui n'avaient osé se montrer pendant sa vie, prétendent à i'bonneur de posséder sa dépouille; on se la dispute à la cour comme on se dtspatait les armes d'Acbille au camp des Grecs , et certainement il ne vient point à F idée des concurrents que nul n'est digne de ce noble héritage : pas môme, dît-on, le marécbal de Lowendafal.On prétend que le génie de cet homme de guerre n'était que le satellite de celui de Maurice , et qu'il ne sera capable d'aucune grande action par luimême. « Lowendabl, disait l'un de ces jours un critique de VOEU-de- • bœuf, ne fera plus rien de bon à la guerre , son conseil est mort. » Je crois cette opinion beaucoup trop sévère; car le mérite de ce que ce général danois a fait de remarquable dans les dernières campagnes tenait plus , il faut en convenir , au talent d'exécution qu'à celui de direction.

Tous les bruits qu'on s'est plu à répandre sur le prétend» combat du maréchal de Saxe avec le prince de Conli, dans les bois de Chambord, et à la clarté des flambeaux, est purement romanesque ; Maurice n'est point mort d'un coup d'épée , mais des suites d'une fièvre chronique qui l'a tué dans un de ses redoublements. Cette version est moins curieuse, moins pittoresque que celle semée dans le public, mais c'est la véritable. Quelques heures avaut sa mort le héros disait à Sende, son médecin : « Docteur, la vie n'est qu'un rêve : le mien a été beau, mais il est court. »

Le fils naturel d'Auguste II avait été élevé dans la foi luthérienne*^ il y est mort ; et c'est sans doute ce qui fit dire à la reine : k D est » fâcheux qu'on ne puisse pas dire un De profundis pour un homme M qui a fait chanter tant de Te Deum, »

Au moment oii l'on regrette dans le monde un héros moderne, M. de Voltaire a voulu ressusciter à la scène un héros de l'antiquité et malheureusement il n'a fait que lui donner un nouveau trépas. VOresie de ce poète, imité de VEleclre de Grébillon , a été joaé sans succès. Il était difficile de déguiser l'emprunt du sujet ; mais l'emprunteur a voulu du moins couvrir son plagiat d'une versification supérieure à celle de l'original.

Pour faire ressortir, autant que possible, les fleurs dont il a cou-

vert la fable la plus noire qu'on ait mise au théâtre, Voltaire avait €ait imprimer , sur des biUets de parterre distribués gratis avant la première représentation , les initiales de ce vers d'Horace :

Omne ttUU fninctum, qui mUcuU utile dulci.

Un plaisant expliqua ainsi ces abréviations :

Oreste, tragédie pitoyable que M. Voltaire donne.

Les billets étaient changés à la seconde représentation , qui n'eut lieu que huit jours après la première. L'ouvrage avait été refondu entièrement, ce qui fit dire à l'abbé Desfontaines : « M. de Voltaire » est un auteur bien singulier, il apporte aux comédiens des pièces » à faire et les compose pendant leurs représentations. »

Oreste, sorti d'un nouveau creuset, n'a pas eu plus de succès que sous sa forme primitive : c'est décidément ce que les fondeurs ap- I>ellent une pièce de déchet.

Le marquis de Marigny, devenu surintendant des beaux-arta , a maintenu les expositions publiques, comme un moyen heureux d'émulation; mais, pour rendre plus sensibles les progrès des artistes lors de ces concours généraux, il a fait décider par le roi qu'ils n'auraient lieu que tous les deux ans. On a vu avec autant de surprise que de plaisir, à l'exposition de la présente année 1751, un vieux talileau transporté sur une nouvelle toile. Cette utile innovation est due h M. Picot , et la peinture ainsi déplacée sans la moindre altération est à* André de Sarte, L'inventeur, enhardi par ce premier succès, a tenté une entreprise plus difficile : le Saint Michel de Raphaël était peint sur bois; cette matière, si périssable , tombait de vétusté sous ce chef-d'œuvre : encore quelques années , et les arta allaient le perdre ; M. Picot, avec des précautions et des procédés inouïs, est parvenu à sauver ce trésor : le roi et toute la cour l'ont admiré sur une toile, oii il bravera de nouveau les siècles.

Par malheur, cette précieuse découverte est tout ce qu'on peut admirer à l'exposition : la peinture , détournée des beaux modèles par la funeste manie de briller , s'abandonne à une coquetterie , à une mollesse que les faux amateurs qualifient de touche fine et spirituelle, mais qui n'est qu'un style maniéré et dépourvu de naturel. Je n'ai vu réunis au Louvre que des portraits au teint fleuri, au sourire niai*

!!• CBROHIQUES W L^OOL-DE-BŒUF.

Mnent |»réleotîevx, qui fiettvflnt Wen

mais oti ne le trouve VeipreiMoii 4*mk«w ^/hjû^motaàit. fita J*ai remarqué des nynfhes, des aylvaiss, des dryades , des surtout, beaucoup d^asMus; «ah*rte AfUMdofiquc , eaubellie de toutes les séductions que prêtent le carmîa, l'ouAremer et la cérase ; privée de tout ce qui mangue de véritable graœ aux compositâflos fkites loin de la nature, et loin des chefs-d'œuvre que les f^mids maîtres ont laissés. Des teints de lis et de rose , des lèvres purpurines, des formes grasses et rondekttes, des dmperies «junëtaquement chiffonnées, des personnages toniours égarés au isad d«i Wsquets verdoyants, foulant des gazons émaâlés de fleura ; dass Iomb, rniHe petits génies allégoriques voltigeant aur un <âel bleu cMBOie la boutique d'un bai'bier : voilà ce qui se reproduit cent fois au Louvre. Quant à la correction et à la vigueur du dessin , ^les sent uigBgéu^ disons mieux , méprisées. Pour s'inspirer convensblemcnt , il Csilail que nos peintres étudiassent les plafonds de TersaSIes, du Lewfe, de Fontainebleau ; il fallait qa'ils imitassent, avant tout, cette antiquité si féconde en exemples sublimes , et cette nature qui ne refase jamais des modèles aux artistes , lotaqu'ils savent la eonsidter. Laia de là , les peintres de l'époque se sont appliqués à tntnsporter sur la toile ce bel esprit papillonnant et muiqué que des poêles coquets lepandcDt dans les lettres pour se -conformer aux goûts d'une socîélé frivole. Le pinceau, comme la lyre, est consacré aux bmqiÊetsé (M^^ ris; on ne voit sur les chevalets , ainsi que dans les reeudk puftî ques, que des bergers, des bergères menant en laisse de blancs mefutons attachés avec des rubans roses, on de galants jardùners bèt^hnnt la terre en souliers de chamois gris ornés de rosettes oouieur de feu... C'est charmant, c'est enchanteur! iJiffrntnn prlHcf niafffciscB, C'est pitoyable ! s'écrient les vrais connaisseurs, et je fais chorus avec ces derniers ; en ajoutant que le sieur Boucher, devenu le dtefée celte école à l'eau rose , conduit rapidement la peinture au dermer degré de la décadence.

D'Aguesseau, Tillustre d'Agnesseau, que je ne puis appeler le grand, parce que j'ai vu de près ses faiblesses, ses tergiversations, sous la régence et pendant les premières années du régne actad, d'Aguesseau, dont la carrière fut depuis aussi pure qu'honorable, vient de descendre dans la tombe à l'âge de quaUe-vingt-un ans. On

LOUB XV. Mt

a compare la vie ée oe ohaDcelierii celle deTH^pîtal : oe rapproche- JMnt me paraît naiiquer d'^aaethuile; il ai^y a peut-être «de commun «Btre oet deux hommes célèbres •que la disgrAoe qu'ils sttbîreot, mus quelle différence dans les causes ! L^Hopital ne se retira que briaé plr l'orage, d'Aguesseau s'empressa d'y souttraire aa tâle Joraqu'il grondait à peine an-dessos de lui. Supérieur peut-èlre à l'Hdpltal par le talent , d'Aguesseau lui fut certainement inférieur par la grandeur des vues et la fermeté du caractère.

Cependant k France doit à d'Aguesseau un vaste plan de législation, qu'il médita dans sa retraite de Fresne, et4ont on vit paraître plusieurs fragments dans les lois promulguées de 1729 à 1750. Le desseia de ce magistrat ét«K, «dit-on, d'^étaUir une «ntière conformité dans P'eiéciilMHi des lois eaistautes, sans en dianger le fond, «t seulement par l'addition de ce qui pouvait manquer à leur perfeolioB.

D'Aguesseau possédait un savoir immense; il n'eût été étranger dans aucun pays , dans aucan siècle. Ce magiftrat parlait avec une égale facilité le latin, le grec, l'hébreu, Tarabie» l'italien, l'anglais, l'eqiagnol, r«Uemaad ; aussi sa réputation 'était-^eUe niûverseUe : les Anglais le consultèrent l'année dernière sur lavéfonme de leur cxleudrier, et les réflexions qu'il leur adressa guidèsent leurs savants •dans ce changement indispensable.

Des infirmités avaient forcé le chaneelier è «se retirer des afiâves en 1750; mais les honneurs de sa charge lui furent conservés. On disait de ce magistrat, qui laisse des regvets^LUssi vifs que métitës, qu'il parlait en grand orateur et pensait en philosophe.

J'ai promis quelque part de donner des preuves de l'avarice naturelle de Louis XY, qui apparaît de temps en temps an milieu des prodigalités dont sa cour est le théâtre. Les passions ont des anomalies'qu'il faut se borner à produire, il serait souvent trop difieiie de les 4apUquer. On jouait samedi dans l'appartement du roi : {»a AkK jesté avait devant elle un monceau d'or, lorsque , sa manche ayant dit tomber un louis, ^e se baissa péniblement pour le ramasser. Le prince de Conti, placé vis-à-vis le monarque, et qui avait vu ce monvement, renverse avec affectation une vingtaine de pièces d'or sans paraître y faire la moindre attention.

ff Mon cousin, lui dit Louis XV, pourquoi ne ramassc^vous pas ce qui eat tombé ?

ai) CHRONIQUES DE L'ŒIL-DE-BŒUP.

— Bagi telle, sire^ c*ett pour les balayeurs, répondit le prinee.

— Vous aves tort, monsieur, répliqua Sa Bfajesié, de payer <;eax qui balayent mes appartements, car je ne me chai^rai plus de la réciprocité envers vos créanciers. »

A ces mots, qui prouvaient que Louis avait senti le trait de satire lancé contre lui par son parent, Sa Majesté quitta le jeu, et sortit même de la chambre. « Cependant, dit madame de Pompadoar » après cette sortie, et assez haut pour être entendue, M. de Gonti • sait mieux que personne que le roi n'est pas avare; il n'y a pas » quinze jours qu'il a payé les dettes de Son Altesse, montant à pliu « d'un million. •

Il est vrai qu'au moment oii Sa Majesté vint au secours du prince, •on intendant lui avait annoncé que tous ses fournisseurs , le rôtisseur excepté, refusaient de lui faire crédit, et qu'à cette occasion Son Altesse avait répondu : « Eh bien ! qu'on donne donc des poulardes » à mes chevaux. » Cette réponse seule pourrait donner une idée de l'insouciante philosophie de M. de Conti. Voici la preuve d'un autre genre de singularité. Son Altesse montre avec complaisance aux personnes admises dans son intimité huit cents tabatières et quatre mille bagues, répondant, dit-elle, au nombre de conquêtes qu'elle a ^ faites sur le beau sexe. Il est constant, eu effet, que ce prince a coutume d'exiger de la femme qu'il a subjuguée ou sa tabatière ou sou anneau, non pas, assure-t-il, comme gage de sa défaite, mais comme . témoignage d'amour. Tous ces présents de la faiblesse sont étiquetés du nom de l'ancienne propriétaire, ce qui, vu la publication des circonstances de la cession , ne laisse pas de constituer un répertoire édifiant. Il faut ajouter toutefois que M. de Conti avoue qu'il a payé une bonne partie de ces bijoux : cet aveu vient un peu au secours des réputations titrées; il e^i été par trop cruel qu'un seul gentilhomme montrât les trophées de quatre mille huit cents victoires «emportées sur des vertus nobles à huit, douze oh seiste quartiers. En calculant, d'après cette proportion, les avantages galants de cha- ^que seigneur, même déduction faite des chutes en double, triple ou ' quadruple emploi de la même beauté, on voit à quel chiffre effrayant s'élèveraient les abnégations de pudeur et à quel résidu minime se réduiraient les chastetés invulnérables. ) i

Ou n'a pas vu de nouveautés bien remarquables au théâtre dans le cours de l'année 175r, et je passerais sous silence le petit opéra in- '

titulé la Guirlande si je n*avais à citer une anecdote plaisante à Toccasion de cette pièce. Elle est d'un jeune poëte nommé Marmontel , qui, pour début dramatique, fît jouer en 17 48 une tragédie de Denys le Tyran; dont je n'ai pas parlé en son temps, parce que huit jours après sa mise en scène le public lui-même n'en parlait plus. Je reviens à la nouveauté lyrique. Un soir de cet été qu'on donnait la Guirlande k l'Opéra, Marmontel ayant pris une voiture de place pour se rendre dans une soirée, dit au cocher d'éviter le Palai»- Ropl, afin de n'être pas retardé par l'embarras des voitures. « Ne craignez rien , répondit le rustre, il n'y a pas de tumulte à l'Opéra, on donne la Guirlande. » Il est affligeant de donner vingt-quatre sous à un cocher de fiacre pour entendre une critique littéraire aussi crue.

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