BREST
Qui voit Brest aujourd'hui dans sa régularité un peu froide, son élégance d'habitudes^ sa douceur de mœurs et son amoindrissement maritime, ne peut se faire une juste idée de ce qu'il a été autrefois. Quelque changement que le temps apporte à ce grand port, nul ne le verra tel que Tout vu nos pères. Ce vaisseau à l'ancre sur la plus belle rade du monde pourra regréer ses mâts , reprendre son air marin et guerrier, mais il ne retrouvera plus les anciens équipages qui garnissaient ses gaillards ; le vieux Brest royaliste et Je vieux Brest républicain ont péri sans retour. La
212 CUHONIQCES DE LA UER.
physionomie morale du grand port a changé avec les hommes et les idées ; c'est seulement par les récits que Ton peut désormais connaître ce qu'il était.
Je me rappelle encore ceux que nous faisait mon père pendant les veillées d'hiver, quand la marée remplissait notre petit port et que les vieux navires» lourdement' agités par la houle, gémissaient sur leurs amarres. Us sont toujours restés dans ma mémoire comme un enseignement^ et si je donne ici ces souvenirs du passé, c'est surtout afin de faire mieux aimer le présent.
Je laisserai parler mon père comme il le faisait alors, mais sans pouvoir conserver à son récit l'accent qui colore Texpression, le geste et le regard qui sculptent pour ainsi dire l'image ; toute cette physionomie enfin du témoin authentique avec laquelle nous vient un reflet du temps qui n'est plus.
J'étais encore jeune lorsque Je fis mon premier voyagea Brest, en 89. Quoique je n'eusse point vu jusque-là de port militaire , je fus peu frappé de celui que j'avais sous les yeux. Je le trouvai petit, étroit, mesquin. Mais si la vue du port de Brest n'éveilla point chez moi l'admiration qu'il méritait, en revanche , respect de sa population me causa une singulière surprise. Je trouvais la un peuple sans nom , chez lequel je cherchais en vain un type national, et qui ne ressemblmt à rien de ce que j'avais connu jusqu'alors. Ce n'étalent ni des Européens^ ni dÇ9 Asiatiques, ni des Afri*
2i& GDBONIQUES DE LA MER.
cains ; c'élait quelque chose de tout cela à la fois. Bresl avait tant reçu dans son port de ces grandes escadres sur lesquelles naviguaient des renégats de toutes les nations, que le libertinage y avait confondu tous les sangs de la terre. Son peuple présentait je ne sais quel indéfinissable mélange de toutes les couleurs et de toutes les natures, depuis le Lapon huileux jusqu'au nègre de la terre de Feu, depuis le Chinois vernissé jusqu'au Mohican des grands lacs.
Les classes supérieures elles-mêmes , quoique restées à l'abri de cette promiscuité brutale, en avaient ressenti le contre-coup. L'Inde, dont nos navires couvraient alors les merS; avait habitué noire marine à ses sensualités orientales , et tous , officiers et ma^ telots , en avaient rapporté je ne sais quel soU de volupté, quelle fièvre licencieuse qui 8*ëtait communiquée de proche en proche, et avait bientôt envahi tous les rangs.
La noblesse^ qui occupait exclusivement les portions élevées, donnait l'exemple ô cet égard. On trouvait encore ch^ elle le débordement licemdeux du siëcte précédent : c'était la régence avec des passions plus sauvages, plus sincères \ la régence avec d'ardents
marins calcinés par les tropiques, au lieu de pâles roués en Jabots de dentelles , la cabine de six pieds et le hamac africain , au lieu de ia petite maison et du 8(qîha à frange de soie.
Du reste, ce n'était pas seulement par son libertinage que Brest rappelait une époque passée. Il n'existait point, en 89, dans toute la France» une aulrc ville qui eût conservé aussi intactes les traditions de la monarcbie féodale et les préjugés nobiliaires. Les idées révolutionnaires avaient commencé à y germer vigoureusement comme partout, mais sans pouvoir détruire raristocratique despotisme de la marine.
Ce corps se partageait alors en deux catégories bien distinctes : l'une, nombreuse , riche, influente, recrutée dans la noblesse , formait ce que l'on appelait le ^r«W(î (?orp^ ; l'autre, presque imperceptible, pauvre et méprisée, était composée des officiers de fortune que le hasard ou un mérite supérieur avait tirés de la classe des pilotes et que Ton désignait sous le nom ^'officiers bleus.
Avant de faire partie du grand corps, les cadets des familles titrées passaient par l'école des gardes de pavillon^ qui, à de très-rares ex<5eptions près, leur était
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exclusivement réservée. Cette école, soumise à une discipline fort relâchée, était pour Brest une cause perpétuelle de désordres. Rien n'arrêtait cette jeunesse gâtée et vaine, accoutumée dans le manoir paternel & la servilité complaisante de vassaux tremblants, et qu'on lançait tout-à-coup sans frein, avec un uniforme et une épée , au milieu des licences de la vie de mer. Chez les vieux officiers, du moins, l'expérience et le bon sens assouplissaient Torguell hériditaire \ le fret* tement du monde en émoussait le tranchant ; Tâge, en assoupissant la turbulence des passions, les rendait moins effrénées; mais^ chez ces enfants, rien n'en adoucissait la grossière manifestation. Leur vanité 8*exerçait dans toute sa ncaveté ^ ils se fiiisaient un point d'honneur de leur insolence; ils mettaient leur amours propre à se rendre insurportables, et ne se trouvaient jamais assez aifronteurs, assez odieux. Aussi avaientils pris possession de la ville et s'y conduisaienMls en conquérants, tout ce qui ne portait pas, comme eu^ la culotte et les bas rouges, leur était ennemi.
Ce n'était, pas seulement l'expression d'un orgueil insolent que le bourgeors avait à supporter, c'étaient les taquineries traca&itières d'écoliers effrontés ; c'é-
BREST A DEUX ÉPOQUES. 2l7
taieni des impertinences assez adroites^ assez multipliées pour trouver les joints de la patience la plus solide. Et nul moyen de se préserver de ces attaques» car elles venaient vous chercher partout, sur les promenades, au spectacle, dans votre maison.
La nuit surtout nul ne pouvait s'en croire à Tabri. Souvent, au milieu de votre sommeil, vous étiez réveillé par une voix lamentable qui vous appelait par votre nom: vous couriez ouvrir votre fenêtre, et à peine aviez-vous passé la tête dehors, qu'une brosse insolente vous peignait la figure à Thuile, aux grands éclats de rire des gardes de marine qui tenaient Técbelle du barbouilleur. Un autre jour, en vous levant, vous ne trouviez plus ni portes ni fenêtres à votre rezde-chaussée, tout avait été muré pendant la nuit. Ici c'étaient des enseignes dont on avait changé la place, de telle sorte que TafSche d'une sage-femme se trouvait sous le balcon d'un pensionnat de jeunes filles ; là le réverbère que l'on s'était amusé à descendre dans le puits banal, tandis que le seau avait été
hissé à la potence du réverbère.
Et qu'on ne croie pas que l'insolence des gardes de
pavillon se bornât à ces insultes anonymes et indivi-
il'}
918 CBROHIQOBB DB LA MEt.
dQelIes. Parfois elle s*ddressait à la population entière. Un jour, par exemple, ils se disaient : — R n'y aura pas de spectacle ce soir ; et quand vous arriviez avec votre fille ou votre femme pour voir la pièce nouvelle, vous trouviez deux de ces messieurs à la porte du théâtre, le chapeau sur l'oreille, l'épëe ft la main, qui vous disaient tranquillement :
— On n'entre pas, — en vous mettant ta pointe an visage, et il vous fallait rebrousser chemin.
Un autre jour, c'était une promenade qui était ainsi mise en interdit. A ceux qui se présentaient, on criatt de loin :
— Les gardes de marine se promènent; monsieur / Et il fallait se retirer.
Anciennement cette audacieuse licence était ûll^ plus loin, et les officiers supérieurs en avaient donné Texemple. On tendait des filets dans les carrefours; on prenait au piège les jeunes servantes qui sortaient, te fanal à la main, pour aller chercher leurs maltresses, cl on ne les relâchait que le lendemain. Les t)ourgeoises elles -mêmes ne pouvaient se montrer dans les rues, une fois la nuit close, sans s'exposer à être insul* tces. La Qile i*m martbané d!e la rue des Sept-S^inU
1IRB9T A DKUX fiPOQGES. S19
(ékfs fort différente de ce qu'elle est aujourd'hui) fut enlevée, en sortant des prières du soir, et quand, huit jours après , on la rendit ft son père , elle était folle ! Cette fois*raffaire fit du bruit ; le peuple murmura : on trouva l'espièglerie trop forte^ et les chefs voulurent faire un exemple sur les quatre ofQciers coupables de Tenlèvement. Ils furent mis aux arrêts et condamnés à placer à leurs frais la fille du marchand à fhôpi^ tall
Ce ftit A la même époque qu'un capitaine de frégate, partant pour rinde réunit ses créanciers à bord^ fit lever Tancre, et ne consentit à les débarquer qu'a vingt lieues de Brest, et après avoir exigé quittance de cha» cun d'eux. Cette esctoqoerie ne lui attira aucun eh&timenl.
Si ia conduite des otficiera était telle, on conçoit quelle devait être celle des matelots. La licence des chefii servait de modèle et d'excuse A la licence de leurs inférieurs. Quand des équipages arrivaient de mer, ils s'emparaient de la ville comme du pont d'un
tiavire pris A l'abordage. Alors il (Ulail faire rentrer ke enfants et les femmes, fermer les fenêtres et bais* ier les rideaux ; car le regard ne pouvait tomber dann
220 CUU0N1QCB8 DB LA MER. «
la rue sans rencontrer une image sanglante ou obscène. Mais, la nuit venue, c'était bien autre chose : on n'entendait plus que clameurs furieuses, cris de meurtre et hurlements d'ivrogne y la ville, qui avait été tout le jour un lupanar, devenait alors un coupe-^orge. Les matelots et les soldats s'assassinaient dans chaque carrefour, sans que personne songeât à s*y opposer^ et sans que le paisible habitant prit garde à une chose aussi vulgaire. Le lendemain seulement les laitières delà campagne, en parcourant les rues encore solitaires, s'arrêtaient un instant autour des cadavres que Vorgie avait laissés après elle^ puis passaient en disant tranquillement :
— U paraît qu'il y a des navires du roi en rade.
Tandis que le bourgeois devant la porte duquel l'homme était tombé, faisait débarrasser le seuilf laver le pavé, et rentrait pour déjeuner.
Comme je Tai d^à dit, cet état de choses s'était modifié en 89. Sans avoir perdu son orgueilleuse suffisance, le corps de la marine était forcément plus circonspect à l'égard des habitants, qui se montraient moins patients que par le passé. Cependant des rixes fréquentes avaient encore lieu, et je me rappelle avoir
BBKST A DEUX ÉPOQUES. 221
été forcé deux fois de meltre Tépée à la main, en pleine promenade, pour faire respecter des dames que je conduisais. Ces faits d'ailleurs étaient journaliers.
Quant au dédain que le grand corps avait toiqours témoigné aux officiers sans naissance,, il restait le même qu'autrefois. C'étaient toujours les officiers bleus ou les intrus^ comme ils les appelaient ! Hommes de fer qui, malgré les mépris^ étaient allés droit devant eux, dont le courage et le talent avaient grandi au bruit des risées, et qui étaient entrés dans le corps aristocra* tique comme sur le gaillard d*an vaisseau anglais, te pistolet au poing et la hache à la main !
Du reste, la hauteur injurieuse que les privilégiés affectaient à leur égard avait une autre source que la cause avouée. L'orgueil couvrait de son pavillon les sentiments de jalousie que Ton n'aurait osé étaler au grand jour. Les nobles sentaient que la seule présence de ces hommes dans leurs rangs était une violation de leurs droits héréditaires. C'était une protestation vi* vante du talent contre la naissance, un cri sourd d*cgaUté jeté par la nature au milieu des inégalités consacrées !
Puis, les officiers bleus avaient VimpardonnaWe tort
S3S CHROlflQUSS DB LA MER.
d'être habites. On pouvait les humilier, mais non s'en passer. Il fallait donc faire payer le plus chèrement possible leurs indispensables services. Aussi rien n'étaiMI épargné à cet égard. L'insolence envers un intrus n*était non-seulement permise, c'était un devoir sacré qu'on ne pouvait oublier sans s'exposer soi-même an mépris de ses camarades. Lorsque je visitai Brest, on me montra un vieux capitaine qui, dans sa vie, avait fut amener pavillon à soixante navires anglais de touto force, qui comptait trente-deux blessures reçues dans quarante combats ; ses deux fils, sortis depuis peu des gardes de marine, avaient toute coup cessé de le voir : surpris et affligé de cet abandon, le vieillard leur en avait fait un tendre reproche ; les Jeunes gens avaient baissé les yeux aveo embarras ; enfin , pressés par les questions du vieux marin ;
— Que voulez-vous, mon père, avait répondu l'un d'eux, on nous a fait sentir que nous ne pouvions plus vous voir!... vous êtes un officier bleu !
' Pt ne croyez pas que la haine des (^iens du grand corps contre les intrus s'arrêtât à ces cruelles insultes ; parfois elle descendait jusqu'eux plus Uebee guets-
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apens. Le capitaine Charles Cornic en fournit un exemple.
Ce nom est trop peu connu, et, puisqu'il est tombé sous notre plume, nous dirons quelque chose de celui qui le portait. Ce sera pour nous le moyen le plus infaillible de faire connaître ce qu'était la marine d'alors, et, en même temps, l'occasion de ramassera terre une de ces gloires ignorées, pièces d'or perdues dans la poussière, et sur lesquelles un siècle marche sans les \oir»
ni.
Charles Cornic était né à Uorlaix. Tout jeune, il commanda ies-corsaires de son père, et parcourut les mers de llnde, battant les Anglais et ruinant le commerce de la Compagnie. C'était ainsi que commençaient alors tous ces vaillants hommes de mer qui, comme Jean Bart, Dugay-Trouin et Desessarts, n'avaient à faire graver dans leur écusson roturier qu'une boussole et une crosse de pistolet.
Chaires Cornic se rendit si redoutable dans ses croisières, que le ministre de la marine, qui entendait sans cesse répéter ce nom, consentit à l'essayer. Mais
le faire ainsi de prime abord officier de la marine royale» sans autre titre que sa gloire, eût été une énormité capable de soulever toute la noblesse. Le ministère n osa se permettre un tel abus de pouvoir. Il donna à Cornic le commandement de la frégate la Félicité , avec une simple commission de lieutenant de frégate, qui le laissait en dehors du corps de la marine.
Cornic s'en inquiéta peu. U avait un navire sous ses pieds et le pavillon de France à sa drise ; il n'en dc^ mandait pas davantage. Il part pour escorter le Robuste -qui se rendait à la Martinique , rencontre le corsaire anglais l'Aigle, fort de vingt-huit canons, l'attaque, f aborde, et le prend après une demi-heure de combat. De retour en France, et prêt à rentrer à Brest, il trouva tiroise bloquée par une escadrille anglaise. Comte assemble son équipage , composé Uml entier de Bre« tons.
— Garçons, leur dit-il dans leur Icmgue, nous avons li sous notre vent un vaisseau ^ une frégate et une
corvette qui ne veulent pas nous fiadre place ; mais la mer et te soleil sont à tout le moivle. Vous devez être
prteiéft d'embrassier vos mères et fie faire danser yù$ %êiiaett «aies aux Pardons : nous 9ikm passer droit
91BST A DEUX ÉPOQUES. 337
mtre ûbemin, eotnme de vaillants gars et sans regarder derrière. Derrière e*est la mer, et devant c'est le pays. Au ptes Mble d'abord : mettez la barre sur la eorvette, et Boos allons voir.
Un Joyeux hourra s'éleva de tons les points du nairire, et chacun prit son poste. La Félicité rencontra d'abord la frégate la Tamise^ qui lui envoya ses deux bordées auxquelles elle riposta ; puis, passant outre^ elle essuya le feu du vaisseau rAlciàe^ y répondit el tomba , toutes voiles dehors , sur la corvette le Bimbler.
Surpris ainsi et coupé de ses deux compagnons, le Mmnbkr envoya ses bordées, puis voulut manœuvrer pour se mettre derrière les feux des navires anglais ; mais avant qu*il eât pu les rallier, la Félicité laissa anriver sur lui, presque bord & bord, et lui envoya ses deux volées à bout portant !
Un horrible fracas, suivi d'un grand cri, se fit entendre, et quand la frégate française , emportée un instant par son aire, vira sur elle-même, le nuage de fumée qui avait entouré la corvette se dégageait, el la laissa voir démâtée de ses trois mils et s*enronçant lentement dans les flots !
228 CORONfOlîES DE LA MfiR.
Cependant l'Alcide arrivait au secours du Btmbler qui sombrait ; Cornic profita du moment de trouble et de retard qu'entraînait cette manœuvre pour tomber sur la frégate ennemie qu'il couvrit de son feu. H l'aurait coulée comme la corvette, si l'Alcide^ qui avait mis ses embarcations à la mer pour sauver Téquipage du Rumbler^ virant de bord subitement, n'était venu longer à bâbord la Félicité^ qui se trouva ainsi prise entre deux feux. Alors ce ne fut plus un combat, mais un massacre. Le vaisseau anglais, dominant la frégate française de toute la hauteur de ses batteries, semblait un volcan en éruption, et l'inondait d'une pluie de mitraille. On respirait dans une atmosphère de souffre^ de feu, de fer et de plomb. La fumée et le fracas de rarlillerie ne permettaient ni dé voir ni d'entendre. Le vent^ abattu par tant d'explosions, ne se faisait plus sen* tir ; les voiles fasseyaient le long des mâts ; la mer^ comme épouvantée, avait laissé retomber ses vagues, elle navire n'obéissait plus au gouvernail. Tout à coup le feu se ralentit, puis s'arrête. Cornic étonné regarde autour de lui ; un maître accourt :
— Capitaine, on ne reçv/ii plus d^ordre; tous les oiTiciers sont tués.
BBSST A D£UX ÉPOOUBS. 329
Le capitaine s^élance de son banc de quart. En ce moment, un boulet coupe la drise du pavillon français, qui disparait.
— Nous avons amené! cne un matelot.
Ce cri se répète dans la batterie, et les canonniers français jettent leurs mèches à la mer. De leur côté, les Anglais qui n'entendent plus le canon de la Félicité et ne voient plus flotter son pavillon, croient qu'elle 8*est rendue et cessent de tirer. Mais Cornic a tout vu : il court à la chambre^ reparaît avec un nouveau drapeau, monte lui-même sur la dunette pour le bisser, et tirant ses deux coups de pistolet sur les canons qui sont près de lui :
— Feu, garçons! s'écrie-t-il ; votre capitaine et votre pavillon sont a leur poste : à vos pièces, et feu tant qu*il y aura un homme à bord !
Les marins obéissent avec un hourra^ et le combat
recommence plus acharné et plus terrible ; mais il dura
peu de temps. Las d'une lutte si longue, écrasés,
vaincus, les Anglais cédèrent. Les deux navires qui
restaient regagnèrent Plymoulb, coulant bas d'eau, et
sous leurs voiles de fortune, tandis que la Félicité
entrait a Brest , noire de poudre, ses épares brisés
tBO CBiOmQOH DE LA MER.
mais tontes voiles déployées, fendant légèrement les flots , et avec le pavillon blanc fièrement doué à sot^ mAt.
En récompense de ce mcrvdllenx combat , Comir fiit nommé lieutenant de vaisseau^ malgré les réetamations des officiers de marine, qui, pour se venger de ses succès» le mirent en quarantaine (1).
Vers celte époque, l'amiral Rodney bloqua le Hflvre* de-GrAce avec une escadre considérable. Ce port man*» qua bientôt de munitions. Pour lui en apporter, U fiallÉit traverser la flotte anglaise avec deux navires ; c'était une entreprise qui offrait miile chances de mort contre une de réussite. Cornic fut désigné pour la tes* ter, et cette fois les officiers du grand corps se turent : ils espéraient être enfin délivrés de cet aventurier aa^ dacieux dont les triomphes les empêchaient de dormir. Ifeis Cornic devait encore (ri^mper leur attente* 11 partit de Brest après avoir pris toutes tes mesures, arriva avant te point du jour au milien de l'eséadre ennemie, portant le pavillon d* Angleterre et poursui*
(1) Illettré un ofûcier en quarantaine, dans le langage maritime, c^est refuser de communiquer avec ïm, de te «aluer et de lui puier*
BREST A DBUX BPOQOBS. 231
vant l'Agathe^ qui fuyaii devant lui sous pavillon fraa* çais ; il passa ainsi librement au milieu dea AnglaiSf qui le prirent pour un dea leurs, et lorsqu'il fut ft la hauteur de leur dernière ligne, il hissa son drapeau blanc, lâcha ses deux bordées et e^tra au Havre.
Ce nouveau succès devait faire espérer & Corstic quelque récompense ; elle ne se fit pas attendre. Il apprit, huit jours après, que le commandement do sa frégate lui était retiré I
Âi^ri et indigné^ il revint dans son pays en jurant de ne plus mettre le pied sur un vaisseau du roi.
Cependant il était trop jeune pour interrompre uue carrière si brillamment commencée. Les négociants de la Bretagne voulurent le dédommager des injustices du gouvernement ^ ils firent construire et armer à leurs frais le vaisseau le Prométhée^ dont ils lui donnèrent le commandement.
Cornic part pour Tlnde, rencontre le vaisseau l'Ajw^ iiort de fioi&ante-quatrecanonsi et s'en empare. Douze officiers de marine, parmi lesquels se trouvait H. de Bussy, étaient prisonniers à bord du navire anglais. On juge de leur surprise ai da leur dépit quand ils seren* centrèrent faea à ftea avaa rtafrin qui venait de les
rA«bis4nOT ttcBrateedetnre
— TtMftn fie ce> ■!■ iihim %mt\t ajoulft-t-a, el il ieretin.
Cette fierté amève indigna les eonvagnoBi 4e M. de Sosqr, et ils en gaidirenl no lessentimeitt piotad.
Leur arrivée i Bresl prodnisit une grande sensation. Le people, si bon atiprédateiir des actîoos d'éclat, portait aux nues le capitaine dn Prom&Ue. D ne parlait pas seolemeni de son courage et de son habileté, il vantait aussi sa loyauté, sa bienfiiisanee, sabrasqnme même; car le peuple aime autant les défauts qui rapprochent de lui rhomme supérieur, que les vertus qui font sa gloire. Les bourgeois, de leur côté, vaniaôent son désintéressement^ et répétaient qu'il avait laissé aux armateurs du Protnéthée^ sans vouloir en prendre sa part, tous les diamans trouvés à bord de FÂjax^ dont la valeur s'élevait à dnq millions !
Ces éloges blessaient au vif l'orgueil du grand corps.
BBEST A DEI}1 ÉPOQUES. 233
Les plaintes des prisonniers délivrés par Comic accrarent rirritation contre lui ^ les privilégiés s'indignèrent d'entendre sans cesse ce nom les poursuivre comme un remords. Us avaient eu trop de torts envers cet homme pour ne pas le ba!r mortellement; ils résolurent de s'en débarrasser.
Cependant le capitaine du Promilhée n'avait entendu parler que vaguement du complot qui se formait contre lut, lorsqu'un jour, en descendant à terre, il trouva, au haut de la cale, un groupe d'ofOciers de marine qui l'attendaient. A leur attitude, à leurs regards, Comic comprend aussitôt ce dont il s'agit. Il s'avance vers eux.
— Est-ce à moi que vous voulez parler, messieurs? dit-il; je suis à vos ordres.
Encore plus irrités de cette audace, les officiers déclarent au jeune marin qu'ils ont juré d'avoir sa vie, et qu'il faudra qu'il leur donne satisfaction à tous, l'un après l'autre.
— Soit ! répond Comic, et il les conduit lui-même dans une des carrières voisines du cours d'Ajot.
Les fers se croisent, et le capitaine du PramiiMe renverse son adversaire.
S3i CHBONIQUBft DK LA MBR.
— Â un autrot mestleQrs, diMl firoideroefil.
On autre se présente, et tombe également ; un tnà*^ sième, un quatrième, un cinquième, ne aont pas plus heureux. Il n'en restait plus que deux, qui hésitent* lis veulent objecter Tabsenoe de témoins, dont ils a*a« perçoivent alors pour la première fois.
**- Ces messieurs nous en serviront, dit Gornio en montrant les blessés.
Et il attaque les deux derniers ofOeiers, qu'il biesat comme les autres.
Cette affaire mit le comble à sa popularité ; maia elle porta l'exaspération du grand corps à un tel poini, que Tintendant delà marine, pour éviter de nouveliea rencontres, et peut être un assassinat, fut obligé de donner au capitaine du Prométhé$ une gaub tour sa
SOtBIÉ f BBSORRELLB !
La carrière militaire de Charles Cornic se termina * àoette époque. Un amour partagé, son mariage avec la femme qu*il aimait, la perte de celte femme, (pill trouva morte à ses côtés dix jours après l'avoir épousée, le long désespoir qui suivit cette mort, tout se réunit peur le retenir à terre et amortir chez toi raventureuse ardeur qui Pavait jusqu'alors poussé A tant d*
vaillantes témérités. En 1770 seulemenl, à Tépoque do terrible débordement de la Garonne, alors que les IM^oiationa épouvantées prirent la fuite, abandonnant ceux que les eaux avaient surpris, les gaxettes racon* tèrent qu'un anden msrin, après avoir proposé les plus grandes récompenses a ceux qui voudraient le suivre» n'avait pu décider personne à le foire ; qu'alors il avait forcé, le pistolet sur la gorge, quatre matelots à entrer avec lui dans un canot, et que, malgré la violence du fleuve, il avait ftdt le tour de File Saint- George, recueillant les habitants qui s'étaient sauvés dans les arbres et sur les toits. Le journal i^outail qu*il avait continué ce périlleux sauvetage pendant trois jours et trois nuits, et qu'il avait ainsi arraché à lamort six cents personnes, qu'il avait ensuite nourries à ses frais pendant près d'un mois. Cet ancien maria était Charles Cornio. Le roi Louis XVI lui écrivit de sa propre main pour le remercier, et la viUe de Bordeaux lui envoya des lettres de bourgeoisie.
Mais cet événement avait réchauffé le sang de l'an* qien corsaire. En entendant mugir a son oreille le fleuve débordé, il avait cru reeonnaitre la grwde voix des fl9t» ; w sentant sa barque vaciller sous ses pieds*
il avait pensé un instant retrouver le tangage d'un navire sur les vagues de l'Océan! Alors les réminiscences de cette vie de dangers et de gloire qu'il avait abandonnée lui revinrent comme des parftims lointains. Il commença à regarder vers la mer avec des aspirations et des soupirs. Chaque soir, dans ses songes, il se croyait debout sur le bastingage, son porte-voix de commandement à la main, et suivant de rœll une voile éloignée qui prenait cbasse devant lui. La guerre, d'ailleurS) se préparait, et la France allait avoir besoin de mains exercées pour tenir le gouvernail de ses vaisseaux. Cornic ne put résister plus longtemps a ses désirs ; il se résigna à faire une démarcbe nouvelle et à demander un commandement. Après deux mois d'attente, il reçut une réponse du ministre, qui le remerciait de ses offres... et le reftisait! Ce fat le dernier coup pour lui. Il brisa son épée, et se retira à la campagne pour y mourir.
J'ai raconté longuement cette histoire d'un homme peu connu, parce qu'elle est caractéristique. Cornic a été le type de V officier bleu^ et sa vie présente le résumé des miquités et des tortures qu'avaient alors à supporter les marins sans naissance. Ce qu'il souffirit.
BIlfiST A DiUX ÉPOQUX8. 237
tous les autres le souflOnreDt sous des formes et à des degrés différents. Mais le jour de la justice approchait: la noblesse s^étourdissait vainement dans une dernière orgie du pouvoir; elle s'abreuvait vainement à longs traits d'un orgueU qui la rendait ivre ; c'était le festin de Balthazar, et le Daniel qui devait expliquer l'inscription menaçante n'était pas loin.
A Brest même, comme je l'ai déjà dit, l'approche de la révduUon qui allait renouveler la France commen» çait à se faire assez vivement sentir, et l'insolence aristocratique du grand corps s'était un peu adoucie. 1^8 bourgeois et les olBders bleus pouvaient bien encore recevoir des insultes» mais non les souffrir patiemment. Une volonté d'insurrection contre les privilèges se manifeslait partout; l'esprit révolutionnaire soufflait dans toutes les âmes. C'était je ne sais quoi de turbulent, d'audacieux, que l'on se communiquait par la parole, que l'on respirait dans l'air, que l'on sentait germer subitement en soi sans cause apparente. Les classes inférieures, jusqu'alors exploitées, semblaient toucher à une de ces heures de résolution que tout homme a connues, au moins une fois dans sa vie, et pendant lesquelles on joue sa tête à pile ou face ^ es
àS8 CHBOmaUB» »B LA VBE.
pèce de fièvres de cmirage qu'il sérail anssi diffldle de motiver que ces prostrations morales, ees lâchetés magnétiques, qui se saississent, à certains moments, des peuples ou des individus 9 et les livrent à la tyrannie du premier venu.
Sans s'expliquer nettement cette situation nouvelle, les officiers de marine en avaient rinstincl. On le de^ vlnait à leur air moins absolu, moins conquérant, à je ne sd» quelle prudente inquiétude qui se déguisait aussi mal que la triomphante allégresse de oeux da liera. Les èvtoemaits qui avaient eu Heu à Rennes, ka 26 et 27 janvier, et la lutte sanglante des Jeunes femrgeoia contre la noblesse aidée de ses valets, étaient venus aecrcdtre la fermentation qui travaillait sourde* ment la population brestoise. On se réunissait dans les calés peur lire la Sentinelle du peuple, qui venait d*ètre pnbliée à Rennes, et dont Ténergique langage ne méni^eail déjà ni les idées ni les personnes. A cette époque» on n'avait point encore eu d'exemple d'une telle hardiesse. Des pamphlets clandestins avaient bien attaqué le roi, la reine, la noblesse et le cl^gé ; mais ces coups de poignard avaient été portés dans rombre, et sans qu'on pût dire au Juste d'où ils
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partaient. Aujourd'hui il en était tout autrement. Les hommes qui osaient frapper ne se cachaient plus le visage ; en jetant leur cartel, ils le signaient de leurs noms. Ce n'étaient plus des assassinats anonymes, c'était une insurrection ouverte et avouée. En lisant pour la première foid un journal dans lequel on osait tout dire, chacun éprouva une sorte de saisissement et de peur. La presse était une arme inconnue, dontrex* plosioQ fit sur tous la mèoio effet qoe la poudre à canon sur les sauvages du Nouveau*Monde. Mais une fois cette première surprise passée» il y eut émulation d'audace \ ce fut à qui manierait l'arme nouvelle avec le plus de témérité. Chacun osa dire tout haut ce qu'il n'avait peut-être point osé jusqu'alors se dire à lui-même tout bas. On fouilla dans ses vieux ressen* Ibnenta , on secoua tous les repli» de son âme , on frida sa poche de fiel sur le papier, et la colère de tous 8*accrut de la colère de chacuu.
Je fus témoin, avant de quitter Urest, d'une scène qui me donna la mesure de Topinion publique. C'était le soir : j'entrai dans un café habituellement fréquenté par les jeunes gens de la ville et les officiers bleus. Je fus étonné, en ouvrant la porte, de voir toui; le monde
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réuni autour d'une table» près de laquelle un jeune homme était debout, un verre de punch devant lui, et parodiant avec gravité les cérémonies de la messe.
Je m'approchai d'un groupe, et demandai à un ofllcier ce qu*on faisait là.
— On dit la messe du peuple breton, monsieur, me répondit-il, en mémoire des célèbres journées de Rennes.
Je prêtai l'oreille : dans ce moment le jeune homme répétait, à haute voix, cette partie de la messe appelée
tractus dans les missels.
« Ce fut, pour les ignobles vaincus» oo jour de ténè* bres, d^affliction, d'angoisses.
« Les humbles forent élevés, et ils dévorèrent les superbes.
« ils ont dû être confus, ces ignobles, pour avoir tenu une conduite abominable ; ou plutôt la confusion n'a pa les confondre, car ils ignorent ce que c'est que rougir.
« Ils ont mis le poignard aux mains de leurs Serviteurs et ils les ont payés pour répandre le sang du peuple.
« Loin d'en rougir, ils en ont tiré vanité, et loin de s'en repentir, ils ont gardé parmi eux ceux qui avaient sollicité
cette horreor» et l'honneur de m^rcber à la tête des asoais'ns.
« Un des leurs est tombé mort à leurs pieds (t).
« La mère qui Tavait excitée, placée à une feaètre, le vit tomber et jetait les hauts cris (2).
« Partout battu et terrassé, le noble honteux exprime ainsi ses regrets: Ahl le peuple m'a pris parle côté faible; aussi m'a-t-il aisément dépouillé de ma gloire.
« Je suis devenu le sujet de ses chansons; je suis Tobjet cfe ses railleries.
« Il m'a en horreur» il me fuit avec dédain, et il no craint même pas de me cracher au visage. »
Puis viol la prose, traduite presque entièrement du livre de la Sagesse et de VEcclésiaste.
« La nature nous fit tous égaux. Je suis un homme mortel semblable à tous les autres, de la race de cet homme fait de terre; chair revêtue d'une forme, je suis sorti du ventre de ma mère.
« Je suis né et j'ai respiré l'air commun à tous; je suis tombé dans la même terre» et je me suis fait entendre d'abord en pleurant comme vous, grands du monde.
« J'ai été enveloppé de langes et de grands soins.
« Car il n'y a point de roi qui soit né autrement; les nobles orgueilleux agissent comme s'ils étaient d'une race différente ; et cependant leur vanité rampe aux plus misérables besoins. »
(t ) De Boishue,
(2) Une autre dame noble, armée de pistolets et placée aussi A une feoêtre, «e faisait indiquer sur qui elle devait tirert
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Le jeune homme lut ensuite rif)angihde larotam.
« Gloire à vous, père des êtres I
» Dès le commencement da monde, dit le âeignear, j*ai eu en eiécration 1 orgueil, et la pnère de Thumble m'a été agréable. Je veux effacer la mémoire des superbes de l'esprit des hommes. Je les exterminerai avec une de leurs mâchoires, avec la mâchoire d'un poulain d'ânesse. Cette classe de nobles est sans bon sens, sans sagesse. Ils m'ont attaqué par leur insolence, et le bruit de leur orgueil est monté jusqu'à mes oreilles. Je leur mettrai un cercle au nez et un mors à la bouche « tt leur faisait rebrousser 6hemin , je les ferai devenir moins qu'ils n'étaient au commencement. Le temps est venu , mon peuple , que vous allez secouer le joug de tous ces tyrans en rc^es , en simarres Cft en épées. Alors le prêtre sera comme le citoyen, le sel* gneuf comme le serviteur, la maîtresse cofKime la servante, le noble comme le bourgeois , celai qui enij^unle comme eelui qui prête; ainsi, roccasion étant favorable, réclamez hautement vos droits , et remettez-voud en possession du privilège de vos pères. »
Vint après le credo patriotique et le pater national.
GRBDO.
• Je crois en la puisanee du souverain ; j'appréhende celle d'emprunt des magistrats; celle-là révocable dans le cas de lèse-nation , celle-ci dans le cas de lèse-citoyen ; celle-là cédée par la nation à une suite d^héritiers mâles d'une famille , celle-ci confiée à des citoyens amovibles et revocables. Je crois à la puisanee du souverain dans ce
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qui eoncame la jastice, la poHce, le commerce, les arts, la guerre; je crois k la puissance inaliénable et imprescriptible de la nation, dans ce qui regarde l'admission des subsides, leur répartion, leur perception, la connaissance et leur emploi et de leur terme. Je crois au besoin des états» géaérau3( fixés k époques peu éloignées, pour que la aa* lion sente son existence morale ; à leur nécessité {sine qua non) pour le renouvellement et la continuation des subsides; à leur utilité pour la correction des abus en tout genre, et l'exécution de tout ce qu'on imagina de bien à l'aire. J'attends l'extirpation des vices et le règne des ver» tus.
« Ainsi soit. »
€ Notre père qui êtes assis sur le trône des Français, que cette révolution soit heureuse pour le raffermir, pour la gloire de votre nom, par la durée de votre règne, pour rexéeutioii de votre yolonté toujours soumise aux lois. Assurez-nous nos propriétés, vengez noua des ofTenses qu'on nous a faites jusqu'ici en abusant de votre nom et de votre autorité ; ne nous exposez plus à la puissance des nobles ; mais délivrez*nous-en tout-à-fait.
« Ainsi 8oit-il. »
Cette étrange messe, presque littéralement traduite de fragments de livres saints, continua ainsi sur un ton de gravité plutôt menaçant que grotesque ^ la foule écoutait avec des sourires sombrest de brèves exclamations de colère et des applaudissements rapidement
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comprimés. Quant à moi, je suivais, surpris et intéressé tout à la fois , ce pamphlet moitié chrétien et moitié philosophique ; véritable œuvre d'un Breton cpii laissait pendre un bout de son chapelet sous sa carmagnole révolutionnaire, et adorait ses nouvelles idoles avec les mêmes cérémonies et les mêmes ins-* truments de culte que les anciennes. Quand le jeune homme qui lisait eut fini, je m'approchai, et lui demandai quel était Fauteur de cet écrit *, il me tendit une brochure qu*il tenait à la main; c'était la