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Lorsqu'un désordre se généralise, il faut qu'il ait sa cause dans l'époque même où il se produit, et sa pro* pagalion accuse autant la société qui en souffre que les hommes qui le commettent. Les passions humaines ressemblent à des eaux retenues qui cherchent tou* jours le côté faible de la digue \ là où vous les voyez se précipiter, vous pouvez être sûr qu'il y a eu faute ou imprudence.
C'est dans ce sens que Vhistoire criminelle des peuples a son importance ; en nous montrant les maladies des différents siècles, elle nous fait entrer, pour
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ainsi dire, dans les secrets de lenr tempérament ; car il en est da genre bamain conmie d'an homme ; ses infirmités nous révèlent ses vices.
Il ne fout pas l'oublier, d'ailleurs, les crimes répétés, collectifo, dont les générations entières deviennent complices (car nous ne parlons que de ceux-là) , sont toujours la suite de quelquj injustice commise. Nés du désespoir, de la révolte ou de la nécessité. Os peuvent avouer leur origine, sinon leurs conséquences, et conservent, jusque dans leur excès, une certaine grandeur que Ton ne retrouve pas dans les crimes indivi*
duels et isolés*
Parmi les exemples nombreux que Ton pourrait apporter à Teppui de ces réflexions, nousji'en cîteroaj qu'un seul, celui de la piraterie. 11 est bien ^nt^lu que nous ne parlons pas ici de ces brigandages fortuits qui se sont exercés en tout temps sur les mers, mais des grandes associations qui ont donné à ces brigan^ dages le caractère d'organisation et de généralité qui font qu'un désordre n'est plus seulement le fait d'in« dividus, et devient l'expression d'une époque. Ces assûcialions peuvent se réduire à trois : La prennère, fut celle des pirates de Cilicie^ que
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Pompée alla emUltre, et retendue même des pouvoirs cpii Itti forent accordés à cet effet, prouve te grandeur du danger. Il réussit à les détruire, leur prit huit eento TSiss^ux, et revînt à Rome pour recevoir les honneurs du triomphe.
La eeoMide association du même genre fut celle pi de forma au dix-septième siècle, dans rtle de la Tortue. LedespQStisme des Romains, qui voulaient soumettre foutes les tettes è leur dominatioti, avait donné nal^ êance aux corsaires de Cilicie ; le despotisme des Es^ pagnols, qui prétendaient régner seuls sur rAtlantique, produisit les Flibustiers.
Depuis plus d'un siècle, les conquérants du nouveau monde traitaient en pirates les étrangers qui osaient approcher de leur conquête, brûlant leurs navires, détruisant leurs colonies , et les égorgeant après les avoir reçus à composition. Aussi inspiraient-ils une haine implacable et générale. Leurs cruautés, inouïes dans le Nouveau-Monde, les avaient d'ailleurs placés, pour ainsi dire, en dehors de Thumanité. Us avaient accoutumé leurs meutes à se nourrir de la chair des Américains, et s'étaient servis de leur graisse fondue pour fabriquer des onguents. Les cruautés qu'exercé-*
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rcnt contre eux les Flibustiers ne parurent donc qœ de justes représailles, et un des cbefs tes plus célèbres de ces derniers^Montbars-rExterminateur , se fit appeler le Vengeur des Indiens. Ce sentiment était si général, qu'on le trouve exprimé dans tous les livres qui furent alors écrits sur ce sujet en France, en Angleterre, en Hollande ou en Espagne. Oëxmelin alla même jusqu'à placer au frontispice de son JSTi^fotreféto Aventuriers^ une gravure qui, d'an edté, représenle un Espagnol tuant un Américain» avec cette inscription : Innocenter^ et de Tautre» un Flibustier tuant un Espagnol, avec ces mots : propeccatis^ expressive op* position qui dit clairement où sont les sympathies de fauteur et comment il les justifle.
Quant a la troisième association de pirates , bien qu'elle suivit d'assez près les Flibustiers, elle eut une cause toute différente, et se composa, presque exclu* sivement, d'aventuriers anglais. La lutte de Guillaume d'Orange contre Louis XiV fut généralement malbeu* rcuse pour la Grande-Bretagne, surtout en Amérique ; aussi les Anglais eurenl-ils recours à tous les moyens pour réparer leurs pertes et arrêter la puissance toujours croissante de la France dans le Nouveau I|i|oitdCf
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Ce qu'ils avaient perdu pendant la guerre^ ils tachèrent de le regagner, par la piraterie, pendant la paix. La Jamaïque et la Barbade devinrent des repaires de bandits qui ruinaient le commerce de nos colonies et faisaient des descentes jusque dans les plantalions. Hais le nombre de ces pirates augmentant, l'ennemi qui leur avait été abandonné ne leur suffit plus » si bien qu'ils commencèrent à courir indistinctement sur les vaisseaux de toutes les nations.
Us formèrent enfin un établissement à l'tle de la Providence, et il fallut, de la part du gouvernement anglais, de longs et sérieux efforts pour détruire cette puissance que lui-même avait primitivement encou* ragëe.
Du reste, cette dernière société de pirates, qui fut la plus courte et la plus mal organisée, n'en est pas moins peut-être celle qui offre l'histoire la plus variée. La singulière biographie qui va suivre n'en est qu'un des moindres épisodes, et si nous la donnons de préférence à d'autres plus saisissantesi c'est qu'il nous a semblé y voir la personnification, à la fois triste et bouffonne, de la vanité des renommées humaines.
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Mais pour donner ce récit, il font que le lecteur nous permeUe de le transporter à Plymouth, vers le milieu du mois d'août 1693.
Cette grande cité maritime , composée de troiâ cités ( ce qui l!a fait appeler un rendez-vous de villes) , était, dès ie règne de Guillaume d*Orânge, le port militaire le plus important de la Grande-Bretagne. Cependant elle n'avait point encore cette régularité géométrique si enviée par les hommes de progrés du continent, et qui «donne aux villes moderoes de r Angleterre l'aspect d'immenses damiers de modiloas pas* ses au noir de fumée. Plymouth était mai bâtie^ c'està-dire que ses quartiers étaient déshérités des cbarnies de la ligne droite et des grâces de la perpendiculaire* Plus d'une rue y serpentait capricieusement , sans égard pour l'axiome qui nous enseigne le chemin le plus court ; plus d^une maison avançait sur la voie publique ses étages à pans de bois ou ses corniches sculptées, privant ainsi les passants, selon roccurrence, de pluie ou de soleil: enfin l'entrée du port était deshonorée par une centaine de ces cabanes à toits fumeux et moussus , devant lesquels Van Ostade aimait tant à placer une vieille femme éclairée par un
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coucher de soleil, ou quelque marin a Jambe de bois
regardant jouer les enfants»
Ce quartier était, â la vérité, plus beau à peindre qu*à visiter, et sa destruction eût été moins regret^ table pour la morale que pour le paysagiste , car la plupart des buttes qui la composaient n'étaient habitées que par des taverniers ou des filles de joie. C'était là que les matelots anglais venaient, au retour de leurs expéditions lointaines, perdre, comme ils disaient, le gott du chat à neuf queues (1) et de la viande salée; là qu'ils touchaient leur arriéré de plaisir, en se \i^ vrant à des excès aussi prodigieux que les privations ' ' les avaient précédés.
^'Or, le jour où commence notre récit, la taverne du Peck'd* Argent retentissait de cris joyeux poussés par une troupe de jeunes marins et par une demi-douzaine de femmes de mauvaise vie. Grâce a à ces aimablea infirmités i> comme les eût appelées le poète Dr^den, et aux flots de gin déjà versé, les braves matelots de Georges -Rooka avaient complètement oublié le <»rttel échec que Tourville venait de leur faire subir» et ne
(1) Marliaet à neuf cordes dont on frappe les malelols augUis.
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songeaient qu'à se dMommager de six mois de continence et de sobriété forcée. Le RuUe Britannia luimême avait &it place à des chants moins sublimes ; la meille Angleterre était détrônée pour Jean Graind'Orgey et la liberté des mers momentanément abandonnée au monde ! Le corps britannique était ivre !
Les pintes venaient d'être emportées par le tavernier pour être remplies un dixième fois, lorsqu'un nouveau personnage entra au Peck-d' Argent.
C'était un homme d'environ cinquante ans, pàlSi marchant avec peine, et dont les vêtements annonçaient une misère si sordide que les buveurs euxmêmes en furent frappés. Les lambeaux dépareifibs^^ qui composaient son habillement étaient rattachés ' l'un à l'autre par des brins de filin dédoublé-, ses chaussures crevées laissaient paraître ses pieds nus, et l'un des rebords de son feutre déteint , pendait à demi d<.Haché jusque sur son épaule. Il avait les cheveux en désordre, la barbe blanchie par endroits et hérissée, le regard brillant d'un éclat vitreux, les narines contractées et les lèvres frissonnantes. Cependant, sous cette expression maladive, il était facile de retrouver eneorO) dans cet homme, des traces de
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vigueur. Ses traits étaient fortement dessinés, sa taille élevde, et, malgré la nécessité de ménager un costume que le moindre tiraillement pouvait compro^ mettre, ses mouvements avaient une certaine liberté qui prouvait une énergie exercée.
En entrant, il regarda autour de lui d'un air hagard^ 8'approcha d'un banc qui touchait à la table des matelots, et s'assit.
William Bitter, Joyeux contre-maitre du vaisseau de S. M. le Dragon^ leva les yeux dans ce moment et Tapèrent ;
~ Saint-Georges I s'écria-t^il, qu'est-ce qui nous vientlà ?
— Quelque mendiant de la montagne, reprit le canonnierRakam en jetant, par-dessus l'épaule, au nouveau venu, un regard de dédain.
— Non, reprit Willam , ce doit être un homme de mer.
— Pourquoi cela ?
— Ne vois-tu pas qu'il manœuvre ses culottes comme une voile d'artimon, et qu'il a pris des ris de peur des coups de vent.
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L'fayarUé qu*exei(a eette pkùsaiiterla fit lever ta (dte à rélraiiger.
•— Depuis quaftd les marins d*avant-hier se pennet* lent-Us de railler leurs atnés ? diUI d'rne voix rau* que et hardie.
Rakam se retourna.
~ Est-il donc vraiment du métier ? demanda-t-il avec un air protecteur.
— Assez pour distinguer un loyal matelot d'un tefouleur de gargousses ! répliqua Tiiomme aux bailionsi de ce ton de mépris qu'affectaient les marins de Tépoque pour tous les corps auxiliaires qui servaient avec eux sur les vaisseaux du roi.
— Par le ciel! c'est un des nôtres t s'écria ^aitû^nt Bitter. Holà, Tami, je ne vous parlerai pltts de votre manière de faire des reprises, puisque vous avec la peau tendre de ce o6té : mais approctes un peu du bout de la table, et buvez avec nous.
L'étranger s'approcha, et, malgré la fièvre qui irisait trembler sa main, il prit un gobelet qu'il lendit au jeune contre-maitre.
-- Allons, reprit celui-ci en trinquant^ è mie idmM*
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leur fortune, milord !... et surtout à une meilleafe santé ! car si Thabit a fini son temps » il me semble que la doublure n'est guère en meilleur état.».
— Le fer lui-même finit par s'user^ murmura l'inconnu qui, après avoir trempé ses lèvres dans legin» reposa le gobelet sur la table avec une sorte de dégoût.
— Buvez, buvez, reprit William ; il n'y a que cela pour reprendre des forces ; le gin est le soleil de l'estomac ! et je vous en verserai à discrétion.
— Vous avez donc touché votre solde de mer ?
— Et nous voulons la dépenser jusqu'au dernier farthing. Il faut bien s'indemniser de ce que Ton a souffert*, après la diète, l'abondance. Nous mettons nos vices au vert, comme dit le révérend Purry, et nous les laissons paître à leur £aim ! Malheureusement la bourse est légère *, nous n'avons eu ni gratifications, ni parts de prise...
-^ Que pourrait-on prendre aveo ces chiens de Français ? dit Rakam en haussant les épaules ] des mea* diants qui n'ont que leur chemise, et qui la défendent comme si elle était doublée de perles fines I... Non,
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non, ce Q'est pas dans les mers d'Eorope qu*il faut courir le bond ord.
•^ Et tu pourrais ajouter, dit Bitter en guignant le canonnier» que ce n'est pas sous le pavillon du roi Guillaume.
— Sous lequel donc ? demanda une des filles qui se trouvaient là.
— Sous celui de Jacques Avery, ma colombe. L'homme aux baillons dressa la tête.
— Jacques Avery ! répéta-t-il.
— - Oui, dit Rakam, celui que Ton a a^ielé Yhmireux pirate, et sur lequel on a fait une comédie qui se joue demain 5 j'ai vu Tafflcbe de toile près du bureau de Va^ miraulc.
— Que je sois damné si je ne vais la voir, s'écria Bitter ; vous connaissez l'histoire de Jacques Avery^ milord ?
<— Je crois avoir entendu prononcer ce nom, dit Tétranger.
— Jacques 5 reprit- William, qui était bien aise de trouver un prétexte pour parler de son héros favori,
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4tait le conlremailre du capitaine Gibson, le plus invétéré buveur de toute la marine royale. Ce fut lui qui profita, il y a quelques années, du moment où le capitaine buvait son grog pour enlever le navire, qu'il montait et se faire écumeur de mer.
— Ce qui vaut mieux que de courir la bouline pour le Hollandais, objecta Rakam d'un air rogue.
— Surtout quand on a le bonheur de Jacques, reprit Bitter, et que votre première prise est un vaisseau chargé d*or, de pierreries, et conduisant à la Mecque, la fille du Grand Mogol. . .
— Qui est maintenant la femme d'Avery, Interrompit le maître canonnier , car le drôle a su profiter du flot ; il s'est retiré à Madagascar avec todtes ses richesses et s'y est fait reconnaître roi.
L'étranger le regarda avec une expression de doute railleur.
^ Qui a dit cela ? demandâ-t-il.
^ Qui ? répéta Rakam ; pardieu ! tous ceux qui naviguent dans la mer des Indes et qui ont été poursuivis par ses vaisseaux ! Car le roi Avery a une flotte montée par des équipages de toutes nations^ depuis
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les peaux rouges du Canada jusqu'aux peaux jaunes du japon , et portant pour pavillon un drapeau noir sur lequel est dessiné le squelette de la mort qui perce un cœur sanglant. Pierre Stoll a monté un de ces navires et m'a assuré que rien n'y manquait : il y avait même on aumônier pour dire les prières et épicer le punch. Quand ils ont fait une course heureuse , ils regagnent Madagascar, où Avery a bâti un fort , des magasins et un palais , dans lequel il vit entouré de négresses qui B'oQt d'autre occupation que de l'éventer avec des feuilles de palmier.
— Cest la vérité , reprit Biiter. Le capitaine WoQde Roger a vu le pays que Jacques et ses pirates ool soumis. Pour le tenir dans l'obéissance , ils ont bâti au milieu des forêts des espèces de citadelles auxquelles on ne peut arriver que par des labyrinthes bordés de bois épineux ) et d'où ils gouvernent leur sujets sans craindre les surprises.
— Et la preuve que ce n'est pas un conte de gaillard-d'arrière , ajouta Rakam , c'est que le conseil d'amirauté songe à envoyer une flotte pour dénicher le vieux Jacques de son aire,
— Plus & présent , maitre^ plus à présent, dit le ta*
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-vernier qui écoutait , les deux mains passées dans la ceinture de son haut-de-chausses ; le conseil a changé â*a\is ; Guillaume en a assez de sa querelle avec le roi de France ; il ne veut rien avoir à démêler, pour le moment , avec son nouveau cousin de Madagascar, et ne pouvant le faire pendre , il va lui adresser des propositions...
L*4traQger, qui avait trempé un doigt dans son go* belet et s'en servait , comme d'un pinceau , pour tracer d^ «rab^uea aur ia table de cbêne, tressaillit à ces tdetnieia mota et releva la tête*
^ Esl*e6 trai , dlt-11 vivement ; qui fa appris cela f
— Pardieu ! c'est imprimé , reprit Taubergiste ; voici la pancarte que ma donnée , ce matin , un des copistes de l'amirauté.
Bitter, qui était plus près du tarernier) prit le papier et lut tout haut. C'était une ordonnance royale • ftcooidant à Jaoquea Avery la pernussion de reatrer en Angleterro «t Toubli du passé.
<— Un pardon complet ! sVcria l'étranger avec un transport de joiO; j'accepte^ j'accepte !••«
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Tous les matelots se délournërent en poussant une exclamation de surprise*
— Comment! que voulez -vous dire? demanda Bitter.
— Je veux dire , s'écria riiomme aux haillons avec un rire ému, que c'est moi qui suis le maitrede la mer des Indes , le gendre du Grand Mogol , le roi de Madagascar, Jacques Avery, enfin, V heur eux pirate /... pour le moment à la recherche d'une paillasse et d'une paire de culottes.
Cette déclaration causa parmi les matelots un mou* A'ement de stupeur ^ tous les yeux s'arrêtèrent sur le forban en haillons , et tous les esprits semhlajeol Mtù un effort pour passer de la brillante chimère dont Us s'étaient bercés à cette repoussante réalité.
— Jacques Avery , répétèrent-ils en cœur ; c'est impossible... Le drôle se moque de nous.., ce ne peutêtre l'ancien contre - maître du capitaine Gibson... Quelle preuve a*t-il à donner ?
Pour toute réponse, l'étranger chercha dans son sein un portefeuille de peau de javaris (1), dont il tira un papier sale et déchif é qu'il jeta sur la table.
(1) Sanglier am^çiç^n.
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Rakam le prit ; c'était l'acte de naissance de Jacques Avery, portant le timbre de la paroisse de Biddifort, dans le Devonshire.
Le papier passa de mains en mains , et bien que la plupart des matelots ne pussent le déchiiTrer, tous commencèrent à croire lorsqu'ils y eurent jeté les yeux. Les détails donnés par l'étranger achevèrent d'ailleurs de dissiper leurs doutes, et leur firent comprendre conmient Terreur sur la véritable position de Jacques Âvery avait pu naître et se propager.
Lraudace avec laquelle il s'était emparé du vaisseau du capitaine Gibson sur une rade amie et en présence d'autres navires anglais , avait d'autant plus fixé sur lui rattention publique , que c'était le premier acte de ce genre qui se fût produit dans de pareilles circonstances. La prise du navire monté par la fille du Grand- Mogol qui , pour se venger de cette piraterie, voulut détruire tous les établissements anglais placés à sa portée , acheva de rendre son nom populaire dans les ports de la Grande-Bretagne. Aussi se trouva- t-il alors dans le cas de l'Hercule antique auquel on avait fait honneur de toutes les grandes choses exécutées
par ses contemporains ^ tous les brigandages commis
de pintes, eriw-cî aivléc^ dm* li fMîe «I fesicnit l'Angletene vrec la
tôt et les tltiiMnf pillés dns le TSisse&n «be. espémrt que le prodiDt de leur TRite Ivi pér-
il) Ce irt ain f«*«a p«t is cnin «m flotte. L'ét ■Mi de |«fiff I iiKliMiiwfcyfeà lbdifiuearet^s> iMfièrait, doaai liem à la fable du ptétada ivyaane doat ATerj était le fendatev. (Vojei, Histoire des Pirates omgMSf pv Manon, p. 19).
lACIQtJBB ATBRY* SOT
mettrait de vivte le reste de ses jours c comme un
chrétien repentant et à son aise • Hais en dëbar*
quant ô Cork , il trouva son nom dans toutes les Inhi*ches, et apprit» pour la première fois, quelle réputation formidable lui avait été faite: Son portrait se vendait dans toutes les foires , et les matelots chantaient des ballades dont il était le héros.
Cette célébrité inattendue Teffraya. Craignant d'être reconnu s'il restait sur les côtes, il s'enfonça dans l'intérieur des terres , chargé de ses diamants et de lingots d'or qu'il cachait sous ses baillons , mais dont il ne pouvait réaliser la valeur de peur de se trahir.
Ce fut , de son aveu , l'époque la plus misérable et la plus tourmentée de sa vie entière. Tour-à-tour ex(ûté par les aiguillons du désir et les avertissements de la prudence, condamné à manquer de tout avec les moyens de tout obtenir, et n'ayant de la richesse que les angoisses, il parcourut une partie de Tlrlande, vivant de galette d'avoine, buvant aux fontaines et couchant dans tes granges. Enfin, ne pouvant supporter plus longtemps ces misères^ il gagna BiMifort » où il avait quelques parents auicquels il se confia , et qui l'adresnèteûX à un Joailler de Plymouth,
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Celui-ci se chargea des lingots et des diamants avec promesse de les vendre ; mais lorsque, quelques mois après, le pirate vint lui en réclamer le prix, Thonnête bourgeois le fit jeter à la porte par ses apprentis, en le menaçant, s'il reparaissait cbez lui, de le dénoncer à Tamirauté.
Ce fut le soir même de cette visite que Jacques Avery se présenta, comme nous l'avons dit, à la taverne du Peck-d^ Argent.
Les matelots avaient écouté avec un singulier Intérêt son. récit, interrompu par de nombreuses libations. Le gin semblait avoir exalté la fièvre de Jacques. A mesure qu'il parlait, sa voix devenait plus saccadco, ses idées plus confuses ; et, au moment de quitter la table , il fallut l'aider à se soutenir. Cependant ses compagnons, chancelants eux-mêmes, prirent cette défaillance pour l'effet de Tivresse et le quittèrent près du bureau de l'amirauté, après avoir échangé la promesse de se revoir, le lendemain, au Peck-d* Argent.
liais, le lendemain, les gardiens du port trouvèrent, en sortant, un homme étendu sans mouvement le long du mur d*enceinte. C'était le pirate qui, étourdi par la maladie et Tivresse, n'avait pu aller plus loin et s'é-
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tait couché dans le ruisseau pour mourir. Au-dessus de son cadavre floUait encore, suspendue au mur, Taffiche du spectacle de la veille , sur laquelle on lisait, comme une ironique épitapho :