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Dit d'Arisoles

Avril 1507] DU NOMBRE DB LÀRTILLBRIB, ETC. 229

œns hommes d'armes, qui furent logés vers le cartier de Besaigne; et, ce pendant, le Roy se repousoit a son logys.

Du NOMBRE DE l'ARTULERIE, DE LA BfUNiaON d'iGELLE ET DBS NOMS d' AUCUNS DES CANNONNYERS ET AUTRES OFnaERS QUI ESTOINT A CEDIT VOYAGE.

Âpres sesdites choses, que le Roy et chascun se reposoit, en actendant l'entrée dudit seigneur a Gennes, comme je fisse lors inquisicion, sur le lieu, des exploictz de la guerre, pour iceulx rédiger en ma cronique, je me trouvay une après disnée sur le gravier, au lieu ou estoit l'artillerye, laquelle estoit entre le logys du Roy et ung bourg nommé Rivereu, sur le millieu du chemin dudit gravyer; et la m'enquys . et demanday [a] aucuns de ceulx qui gardoyent icelle artillerye ou estoit le capitaine de ladite artillerye^, lesquelz le me monstrerent; dont a luy m'adressay, disant : € Capitaine, j'ay charge du Roy de m'enquerir îcy de toutes les choses qui se feront pour icelles mectre et rédiger par escript. Et, pour ce que j'ay sceu que estes le maistre de son artillerye, je me suys adressé a vous pour vous prier qu'il vous plaise me faire advertir du nombre et de la municion et de l'exploict de ladite artillerye et des noms de ceulx qui en ont la charge. » Lequel capitaine me fist mener au logis du contrerolleur, ou la trouvay ledit contrcroUeur, le trésorier, le prevost et les commissaires

1. Paul de Benseradc, seigneur de Lespy (RelaLion contcmpuraine, dans le Cérémonial françois, I, 712). Cf. plus loin.

230 CHRONIQUES DE LOUIS XH. [Avril 1507

de ladite artillerye, ausquelz dys ma diarge et commant ledit capitaine m'avoit la faict adresser pour m'enquerir desdites choses; desquelles iceulx m'avertirent voluntiers et me baillèrent par escript ce que j'en ay cy enregistré.

Pour commaincer doncques diray au premier du nombre des pièces d'icelle artillerye. Premièrement, y avoit six gros canons serpentins, merchez quatre aux armes de France et de Millan et deux aux armes de Luxembourg, que feu Loys, Mons' comte de Ligny, fîst fondre en Ast ; quatre coullevrines bastardes, neuf moyennes, huyt faulcons, cinquante hacquebutes a crochet surchevaletz, bien aisées a manyer^, lesquelles se portoyent sur le col des pyonniers, voire jusques au sommet des plus haultes montaignes.

Apres, dirons des municions : ou avoit LX charrectes, chargées les xxvi a bouUetz serpentins, quatre de bouUetz a coullevrines bastardes, quatre pour les moyennes et faulcons, six charretes de pouldres amenées de France, a chascune charrecte vm barilz de fil de bote et de trect, deux charretes ou estoyent les forges, troys chargées de pelles, picques et tranches, deux chargées d'aisseaulx pour servir audites pièces, une chargée de charbon pour les forges, une pour les ostilz des charrons, deux pour porter les haquebutes, une pour les charpentiers, une pour les cables et poulyes, une pour les chargeurs et troys pour les tentes. Et, oultre ce qui avoit esté apporté de France, fut pris a Tourtonne xiiii charrectcs a beufz, chargées de boulletz, et xi de pouldre.

1 . Les Mémoires de Flcurange, assez médiucrement véridiques, parlent de 60 grosses pièces et do 500 hacquebutLes.

Ayril 1S07] GOMMANT LE ROY ENTRA ... A GINNBS. 231

Et, pour tirer et mener tout le charroy susdit, avoit quatre oeos vi chevaulx, pris a Bourges, a Orléans et a Troys en Ghampaigne. De laquelle artillerye estoit capitaine ung nommé Paul de^ Beusseraille, seigneur d'Espic; le prevost estoit Ferry Utel, Bernardin Bochetel, contreroUeur; le trésorier, maistre Florimond Frotier; les commissaires estoyent Garin Maugué, Perot d'Oignoiz, Estienne de Ghampellays et Loys Benoist. Audit lieu avoit L canonniers, desquelz estoyent Jacques d'Aussel, Pierre de Salleneufve, Thibault d'Archet, Lubin Foucault, Jehan Ghampion, Guillaume de la Fontaine, capitaine des pyonniers, Jehan de Layve, Robinet Lescot, Robin Carneu, Jehan Garnier, Jehan Guerin, Glaude Liger, Pierre de la Rochelle et autres, jusques au nombre de l. Les conduyseurs du charroy estoyent Odille de Doyac, capitaine, Glaude de Salins et Jehan Bence.

Avecques le train de ladite artillerye, avoit deux cens myneurs françoys et daulphynoys, soubz la charge d'ung nommé Glaude du Port, leur capitaine, lesquelz estoyent tous expertz au mestier de quoy ilz servoyent.

Gommant le Roy entra en armes en sa vr-le de Gennes et gommant il fist apporter toutes les armes de ladite ville dedans le palais ^

Les logis furent merchez et les cartiers départis

1. Miniature, au feuillet iiu" v*» du manuscrit, représentant le roi en armes, à cheval et l'épée au poing, précédé de hallebar-

232 CHRONIQUES DE LOUIS Xn. [Avril 1507

par les mareschaulx et fourriers desdits logis du Roy, et six œns hommes d'armes mys en ladite ville de Gennes. Et, ce faict, le jeudy, xxvni* jour du moys d'apvril, en Tan susdit mille cxîCCC et sept*, le Roy, sur les ym heures du matin, partit de son logis du camp^, armé de toutes pièces, vestu d'ung riche soye d'orfeverrye, Tarmet sur la teste, tout enpennaché de plumes blanches, monté sur ung coursier tout noir, bardé de mesme acoustrement qu'estoit son soye ; et ainsi, avecques tous ses gens d'armes a cheval, se mist a chemin, tirant droict a Gennes, ou ja avoit faict mener son artillerye^.

diers aux couleurs jaune et rouge, entrant dans une porte fortifiée, sur le toit de laquelle on lit, en lettres d'or, Tinscription Gennes. Derrière le roi, des gens d'armes à cheval, avec des fanions jaune et rouge à croix d'or; dans le fond, des arbalétriers. Paysage de montagnes, couronnées de forts.

1. Deux gride, du 28 avril 1507, au nom du roi, proclamèrent la loi martiale. La première défendait de sortir de la ville sous peine de la vie, de mettre le feu, de voler, de laisser voler. Cette proclamation, destinée aux troupes conquérantes, fut publiée en italien et en français. La seconde, publiée en italien, ordonnait d'ouvrir les boutiques, de circuler librement. Elle interdisait le port des armes, sauf aux soldats, français ou autres, de se livrer à aucune violence et de rien prendre sans paiement. Elle déclarait l'entrée de Gènes libre et garantissait le libre apport des denrées alimentaires (Bibl. de l'Université de Gênes, ms. V^, fol. 206, 208).

2. A un monastère de Saint-Augustin, à une lieue de Gènes, appelé Boschetto, « le Bousquet, » par Salvago (Busquete, dans les Comptes). Il y entendit la messe le 26, le 27 et le 28.

3. D'après l'édition des Godefroy, le roi était précédé de 5,000 Suisses, musique en tête, 2,500 aventuriers, 1,000 Gascons, 500 laquais, GOU lances, qui s'arrêtèrent à la porte; plus 300 lances, 1,500 arbalétriors, 22 chariots d'artillerie, qui entrèrent. D'après Gimber, 4,500 aventuriers, 4,000 Gascons; les autres chiffres pareils. Cf. l'Entrée du 1res clirestien.

Avril 1507] GOMMANT LE ROY ENTRA ... A GENNBS. 233

Au devant de luy, jusques au bourg de Sainct Pierre d'Araioe, faulxbourgs de Gennes, luy vindrent trente cytadins gennevoys, des plus sollempnelz de la ville, lesquelz oonduisoit ung nommé messire Galeas Visconte, millannoys, estant a pié avecques eulx, vestu d'ung soye de drap d*or. Lesquelz Gennevoys avoyent leurs chiefz descouvers, et tous robes noires, habillez en dueil, les testes raises et bien pesneuz. Lorsqu'ilz arrivèrent en la présence du Roy, ilz misrent les deux genoilz en terre, cryant miséricorde. Et, cefaict, après avoir esté longue pièce a genoilz, se levèrent, et la disrent plusieurs choses, en excusant le peuple de la ville de Gennes.

A quoy le Roy n'entendit, mais se mist a chemin. Au devant de luy et les premiers^ marchèrent les cent Suyces de sa garde, tous armez de leurs allecretz et empennachez, la hallebarde au poing, lesquelz marchoyent en bon ordre : devant eulx estoit leur capitaine a cheval. Apres marchoyent Anthoyne de Lorrenne, duc de Callabre, en armes et richement accoustré, et Jehan Stuart, ducd'Albanye; après, René

1. Une miniature du Voyage de Gênes (fol. 22 v») représente l'entrée du roi dans Gênes. Le roi suit une rue, que borde, au fond, un riche palais, dont les fenêtres sont garnies de personnages tristes ou résignés, sans enthousiasme : point de tapis aux fenêtres, La rue est garnie de gens d'armes. Le roi, la tête couverte de plumes blanches, est vêtu de rouge (probablement d'un saye de satin cramoisi, passé sur son armure; voy. KK. 86, lv), brodé d'A couronnés, en or, par compartiments d'or. Le cheval noir porte une housse pareille. Sur sa tête, un vaste dais, jauno et rouge, que portent quatre notables. Au premier plan, faco au roi, une file de jeunes filles en blanc, à geuoux, les cheveu x blonds tombant dans le dos. A la suite du roi, les cardinaux, les seigneurs, les gens d'armes.

234 CHRONIQUES DB LOUIS XII. [Avril 4507

de Bretaigae^, comte de Poinctievre; messire Berault Stuart, Audet de j^oix. Puys, assez loingnet, marchoit Charles, duc de Bourbon, sur ung gros coursier bien bardé, et luy armé et richement accoustré, lequel estoit chief de tous les archiers de la garde du Roy. Âpres, estoit le seigneur de Laval, armé et monté a Tavantage. Puys marchoyent les quatre cens archiers de la garde, tous a pié, armez de leurs brigandines et sallades, vestus de leurs hoquetons. Au derrière d'eulx estoyent ausi a pié messire Jacques de Gressol et messire Gabriel de la Ghastre, capitaines desdits archiers. En après estoyent grant nombre de seigneurs françoys et itallyens, comme Françoys d'Orléans, duc deLongueville; Alphons d'Ast, duc de Ferrare; Francisque de Gonsagou, marquys de Mantoue; Jehan Guillerme, marquis de Monferrat; le conte de Vandosme, jeune enfent; Jacques de Bourbon, conte de Roussillon, et messire Robinet de Framezelles. Apres ceulx la chemynoyent les xxx Gennevoys que messire Galeas Visconte^ conduysoit^. En ensuyvant, marchoit le grant escuyer^; puys les trompettes, qui sans cesser sonnoyent a relays. Le Roy marchoit après, armé et monté en la manière que j'ay dit. Apres luy, avoit quatre cardinaulx, c'est assavoir : maistre Geoi^es, cardinal d'Amboise; maistre René, cardinal de Prye^;

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