‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 104 sur 183 · En attendant le couvre-feu · texte numérisé non relu

En attendant le couvre-feu

ÀTril i507] GOMMANT LE ROY ENTRA ... A GENNES. 237

et mys gens d'armes a grant nombre' pour les garder, et artillerye dedans le portai embouchée, droict a la venue d'iceulx, lesquelz furent tout le long du jour en armes, encontre lesdites portes ; et la se cuyderent mutyner, et charger sur les coffres des seigneurs, qui avoient tout leur sommage la dehors. Plusieurs gentishommes, et moy avecques eulx, arresté dedans une maison, près la porte, pour la regarder et enregistrer a la passée Tordre de l'entrée du Roy et de ses gens d'armes, comme d'aventure demeurez hors la ville avecques ceste ennuyeuse compaignye, passâmes ce jour. Là nuyt venue, iceulx AUemans et grant nombre d'aventuriers françoys s'en retournèrent au lieu ou il avoyent tenu leur derrenier camp ; lesquelz, après bien dringuer, s'entreprindrent de parolles par les chemins et se bâtirent bien estroict, tant que d'ung costé et d'autre en eut plusieurs de mors et de blecez; et, n'eust esté que leurs capitaines a grans coups de hallebardes les départirent, entre eulx eust esté sanglante besoigne exploictée. Tousjours estoyent en picque : et, la ou les Françoys les trouvoyent mal apparentez, très mauvaise compaignye leur faisoyent, et eulx de mesmes aux Françoys; en somme, les plus fors estoyent tousjours les maistres des logis, et avantageulx ; au surplus, et tant estoyent iceulx Allemans outrecuydez que au regard de eulx estymoyent les piétons françoys a si peu de chose que ung d'iceulx en cuydoit valloir deux. Et a ce propos diray que, ce mesme jour, comme iceulx Allemans et aucuns Françoys fussent devant la porte de Gennes, comme j'ay dit, je vis la, entre iceulx Allemans, ung de eulx, n'ayant sur son doz vaillant la valleur de troys soubz, lequel,

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au prandre et départir du vin qui la se vendoit, eut question aveoques uog gros jenne varlet (sic) françoys, ayant ung pot au poing pour avoir du vin : lequel allemant, combien qu'il vint après, voulut estre servy le premier, penoent estre le plus homme de bien ; le varlet, qui avoit soif, dist : c Dea, je suys icy premier que vous, et premier seray servy, car les premiers vont devant. » Et, ce dit, se voulut avancer de faire emplir son pot. Mais Tallemant, qui avoit le sien au poing et la hallebarde en l'autre , mist son baston contre une muraille près de la, et tout soubdain, en mauvais françoys, commainça a dire : c Ha ! velain, velain, apartient il vous servy premier que moy? » Et, ce disant, prinst le varlet par le collet et le voulut faire reculer. Mais le varlet fut vert et se tint ferme; et, voyant que Tallemant le vouloit gouspiller, lasche son pot et happe ausi son homme au collet, et du collet a la perrucque, ou bien a point se comaincerent a pellauder et donner Tung a l'autre groux coups de poing sur la teste et par le visage. La s'assemblèrent grant nombre d'autres Allemans et laquays françoys, lesquelz, voyans ce combat, qui n'estoit que a coups de poing, et a cause de débat de vin, se commaincerent tous a rire et les lesserent batre longuement, jusques a ce que Tallemant, qui avoit eu ung coup de poing sur le nez jusques au sang, voulut mectre la main a la hallebarde, et le varlet a l'espée : dont furent départis par leurs compaignons , lesquelz , enquys du tort, blasmerent l'allemant, combien que voluntiers eussent eu ensemble, et de legier, question de plus; mais, d'ung costé et d'autre, avoit grosse bende, par quoy cessèrent, et firent boire les deux compaignons

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eosemble et emplir leurs potz. Ainsi mesprisoyeot, iceulx Âllemans les pietoDS françoys, disant que, sans le secours de leurs Ligues, les gens d'armes a cheval de France n*auroyent seur rainfort de leurs pietons, car peu d'ordre tiennent en bataille, facillement sont espartys et a grant peine ralyez. Et, de vray, combien que prou de gens de pié soyent en France bons oombatans, hardys et legiers a la guerre, toutesfoys les Âllemans tiennent communément meilleur ordre, et plus malaisez sont a rompre, et myeulx duytz au ralyer; mais, tant y a que, au plus des foys, sont difficilles au payement, souvant retifz a la besoigne et tousjours promptz au pillage.

Pour rentrer en compte, le Roy estoit lors en son palais de Gennes, ou la fist loger les seigneurs de son sang, maistre Georges, cardinal d'Amboise, et grant nombre des autres seigneurs de France, autour de luy ; et voulut que tous les quatre cens archiers et les cent Allemans de sa garde, avecques leurs capitaines, fussent tous logez dedans Je palais, qui estoit moult grant et spacieulx, garny de grandes salles, belles galleryes et bonnes chambres et a grant nombre : et ausi fist, au dedans de la place dudit pallais, monter sept grosses pièces d'artillerye, charger et atiltrer droict a la passée et entrées d'iceluy, et la dedans faire toutes les nuytz le guet a ses gardes.

Le mesme jour de son entrée ^ fist despescher la poste pour aller a Romme, ou escrivit a Françoys de

1. Aussitôt après rentrée du roi, ou imprima en France le récit de son exploit, avec une ballade : les Regrez des Genevois. Pendant trois jours, il y eut à Paris des processions et des réjouissances (la Bataille et assauU).

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Glermont, cardinal de NerbonneS pour l'advertir de la prise de Gennes et de son entrée, affin que le pape et les Rommains, qui de ce ne croyoient riens, en fussent clerement asseurez, et du tout advertys : ce qui ne fut bien au plaisir du pape^; car, sitost qu'il eust veues les lectres du Roy, escriptes dedans le palays de Gennes, et sceu la manière de la prise d'icelle, ledit Père Sainct (scelon le rapport d'aucuns qui lors estoyent a Romme) fut troys jours en sa cbambre, sans vouloir parler que a peu de gens ; disant aucuns que sa chère le pouvoit lors monstrer estre bon Gennevoys : ausi estoit il né de Savonne, terre de Gennes. Le double des lectres du Roy fut transmys, par ledit cardinal de Nerbonne, a Naples, au seigneur de la Guiche^, qui la estoit ambaxadeur pour le Roy envers le Roy d'Arragon, auquel présenta le double desdictes lectres au Roy, et dist au capitaine Gonssalles Ferrande : c Signor capitaine, ne faictes plus de doubte que le Roy mon maistre ne soit dedans Gennes; car voyez cy le double des lectres escriptes dedans son palays a Gennes, lesquelles il a envoyées a Romme, a mons' le cardinal de Nerbonne, signées lesdites lectres de sa propre main. » Lesquelles nouvelles semblèrent estranges audit Roy d'Arragon et a Gonssalles, tant que, après ce, furent long temps sans dire mot. Je ne scay si le plaisir qu'ilz eurent des bonnes

1. Neveu du cardinal d'Amboise, ambassadeur près de Jules II depuis l'année précédente (Sanuto, VI, 410)..

2. a Corne il papa mandô a dir a loratori yspani et al nostro questa nova di l'entrar il Roy in Zenoa, laquai cossa li è amara per essor zenoese » (Sanuto, VU, 73) ; le cardinal de Narbonne vint peu après voir le roi.

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