Pierre de la Guiche, seigneur de Ghaumont
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nouvelles^ ou ravancement de la gloire des Françoys, leur imposa sillence ; mais tant fut que, après qudque temps, ledit Roy d'Ârragon dist qu'il estoit bien joyeulx de la victoire du Roy, qui, en si peu de temps, avoit faict oeuvre si grande et chose tant louable.
Les nouvelles furent tantost publyées par toutes les Ytalles et les Âllemaignes et autres contrées de la pris* tienté, voyre jusques en Turquye, ce qui sembla chose non ouye a chascun et ca*s de merveilles a tous; veu la soubdaineté de la prise et la force du lieu, qui sembloit estre inexpugnable a tout le monde et sans famyne, imprenable a jamais ; dont plusieurs demeurèrent en erreur de la vérité et en doubte du faict, longtemps après.
Le Roy, qui lors estoit dedans son palais de GennesS sceut que hors la ville avoit ancores grant nombre de ses gens, avecques tout le sommage ; commanda, le lendemain de son entrée, que les portes fussent ouvertes et la mises grosses gardes, ce qui fut faict; et ainsi sommiers et charroy entrèrent, et quelque nombre d'Âllemans et autres gens de pié pour aller quérir vivres et autre provision pour les autres qui estoyent hors la ville.
Ce mesme jour, qui fut ung vendredy, xxix* du moys d'apvril, le Roy fist cryer a son de trompe, dedans la place du palais, par troys crys de trompette,
1. A Gènes, le roi, comme toujours, assista chaque matin à la messe, mais, contrairement à ses habitudes, il varia peu ses visites. Il se rendit le 29 avril, les 1, 2, 3, 4 et 5 mai aux Jacobins, le 30 avril à San Stefano, les 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13 mai au Dôme.
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en françoys et îtalyen, que tous ceuU de Geoues, de quelque estât qu'ilz fussent, eussent, dedans le lendemain au soir, a apporter toutes les armes qu'ilz tenoyent en leurs logys et maisons de Gennes, comme curasses, brigandines, sallades, hallebardes, picques, partizanes, rondelles et pavoys, voulges, haches et espées et, en somme, tous autres bastons de guerre ; et que tous ceulx qui, après le jour dict, aucunes armes retiendroyent ou oelleroyent, des ores estoyent déclarez rebelles et desobeissans au Roy, leurs personnes et biens confisquez. Ce faict, commissaires furent ordonnez pour faire enregistrer les noms de ceulx qui rendroyent les armes et icelles recepvoir. Ce qui fut moult ennuyeulx aux Gennevoys, qui, par les places de la ville, a grousses turbes se pourmenoyent, baissant le chief et haulssant les espaulles, comme tristes et esbays, doublant ancores avoir pis ; par quoy ne se firent plus presser a bailler leurs armes, mais les firent porter toutes audit palais^ et mectre la dedans une chappelle ou estoyent les commissaires pour recepvoir icelles armes et avoir les noms de ceulx qui les rendoyent; car plusieurs riches gennevoys, honteulx de rendre ainsi leurs armes, prièrent leurs ostes françoys de les prendre pour nyent ; dont aucuns en voulurent avoir quelques pièces qui leur semblèrent belles et riches; mais cela fut defifendu de par le Roy, a la peine de la hart, de non en prendre aucune chose ; par quoy chascun des Gennevoys fut contrainct aller au palays et la faire porter toutes ses armes, tant que, ce jour et le lendemain, ne firent autre mestier, si que
1. D'après l'ambassadeur vénitien, la valeur des armes rendues s'élevait à 50,000 ducats (Sanuto, VII, 72).
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ladite chappelle, qui estoit grande et spacieuse, en fut toute plaine et empeschée. Ce faict, le Roy commanda que lesdites armes fussent habbandonnées aux gens de pié françoys et allemans, desquelz avoit grant nombre en la ville, qui départirent le butin, tout ainsi que sans noise chascun en peut avoir, et puys misrent leur paquet au coul. Tant d'armeures y avoit que la ne se trouva page, ne varlet, ne autre, qui voulust mectre la main au pillage, qui n'en fust tout chargé. Et, voyant les Gennevoys ainsi emporter leurs armes, Dieu scet quelle pacience ilz eurent ; mais autre chose n'en peurent faire, fors que pencer ce qu'ilz voulurent^.
Le Roy, voyant que de la force et traison des Gennevoys n'avoit plus garde, envoya ses Âllemans en leur pays, lesquelz fist payer par messire Thomas Bouyer, chevalier, gênerai de Norraendye, en la présence de messire Charles d'Âmboise, son lieutenant; lesquelz Allemans furent très malaisez a contanter, demandant paye pour leurs varletz et porteurs de bagues et pour leurs ribauldes, dont avoyent grant nombre ; leur paiement faict, se misrent a chemin droict a Bourg de Busalle. Aucuns de eulx demeurèrent derrière, pencent que seurement pourroyent passer ; mais, entre Pontedesme et Busalle, leur sortirent en queuhe, des mon-
i. Le 30 avril, le roi écrivit au chancelier son entrée triomphale. En même temps, dans une lettre personnelle et pleine d'ardeur adressée à Guillaume de Montmorency, il rendait grâces à Dieu et il déclarait que cette victoire lui assurait gloire et grand honneur dans toute iltalie. Il se rendait parfaitement compte qu'il pouvait maintenant aller bien plus avant, mais il n'en ferait rien et voulait revenir « le plus tost possible » (Portef. Fontanieu, 155).
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taignes de Pouloevre, grant nombre de paisaas qui les diargerent au derrière, bien estroit, en manière que cinc d'iceulx Âllemans furent, par lesdits villains de Poulcevre, tuhez; les autres se ralyerent et, a coups de picque, rechacerent iceulx villains jusques dedans leurs montaignes, ou illecques se sauvèrent ; et, voyant iceulx Âllemans que autre mal ne leur povoyent faire, misrent de rechief le feu par les maisons et villages de la autour, qui ancores n'estoyent tous bruslez. .
Au Roy fut dit lors et acertainé que, durant le temps qu'il estoit devant Gennes, ceulx d'Allexandrye semèrent nouvelles que son armée estoit deffaicte et les Françoys tous mors ; par quoy voulurent courir sus a ceulx de France, qui la estoyent demourez, mesmement a ceulx de sa chappelle, qu'il avoit la lessez au partir dudit lieu d' Alixandrie ; lesquelz, après la prise de Gennes, s'en allèrent la devers le Roy et lui disrent que lesdits villains d'ÂlIixandrie, au moyen desdites nouvelles, s'estoyent voulus revoulter et mectre en armes pour aller garder les chemins d'entre Gennes et AUexandrye, affin que les Françoys ne peussent passer pour eulx retirer ni avoir par la secours, et tant en firent que les lyecoulz de leurs chevaulx copperent et misrent leurs malles en la rue, près a les vouloir destrousser et tuher ; et si grant peur leur firent, entre autres a ung nommé Prioris, maistre de la chappelle, qu'il cuydoit estre mort. Quoy plus? si n'est qu'ilz eurent tous si belles affres qu'ilz deslogerent sans trompette et s'enfuyrent en Ast, ou sceurent tantost après que le Roy estoit avecques son armée dedans Gennes ; auquel lieu s'en allèrent et luy contèrent lesdites choses, de quoy le Roy fut très mal contant, tant
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qu'il fut presque délibéré de la faire destruyre et mectre le feu dedans; mais dist que autrement les pugnyroit, jusques du tout fîist deuement assavanté. Ce qu'il fist, ear il manda aux Âllemans, qui s'en alloyent en leur pays, que troys mille de eulx séjournassent dedans jusques ilz eussent de ses nouvelles; ausi y envoya troys mille cinq cens laquoys, lesquelz tous ensemble y séjournèrent plus de six sepmaines, et Dieu scet commant ilz payèrent la leur escot; somme, ilz y firent tout le sanglant pys qu'ilz peurent, tellement que a la parfin la ville leur demeura, que les villains habandonnerent, jusques le Roy eust faict desloger leurs liostes, qui leur fut bien a tart.
Gomment le Roy envoya a Romme, devers le pape, deux de ses 6entish0mmes .
Le Roy, qui lors avoit et savoit nouvelles de tous pays, sceut par vray que le Roy des Rommains, mal contant de la prise de Gennes, disoit et faisoit dire publiquement par les Âlleraaignes que le pape luy avoit mandé que le Roy n'entreprenoit le voyage de delà les mons si n'est pour vouloir usurper le papat^
i . Cette flymaginacion» persistante du pape, au sujet de laquelle on peut consulter la curieuse correspondance d'Albert Pio da Garpi, que nous avons analysée en appendice du tome III de la DiplO' matie au temps de Machiavel^ était, il faut en convenir, alimentée par les imprudents témoignages de pensées analogues en France. C'est ainsi qu'en 1507 Symphorien Ghampier dédie son opuscule De gallis summis pontificibus, non point, il est vrai, au cardinal d'Amboise, qui ne s'y serait sans doute pas prêté, mais à l'évêque de Rodez, François d'Estaing, lieutenant général du cardinal dans sa légation du Gomtat-Venaissin et gouverneur d'Avignon,
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et feire du Sainct Siège de Romme a sa volunté, et ausi poar ce faire la couronoer empereur et oocupper toutes les Italles, comme fist jadys Gharlemaigoe ; et que, a ceste fin, voulant ledit Père Sainct obvier a ce, s'en estoit allé de Boulongne a Romme. Dont pour savoir la vérité de ses nouvelles, le Roy fist a Geones despescher deux de ses gentishommes, nommez, Tung messire Jehan de Sainctz, de ses eschansons, et l'autre fut le seigneur de GymeP, lesquelz envoya a Romme devers le pape avecques lectres, leur créance et instructions : desquelz gentishommes ledit seigneur de Gymel alloit poijr demeurer a Romme ambaxadeur et ledit eschanson pour raporter au Roy ce qui seroit faict envers le pape et la responce de son dire.
Leur despesche faicte, partirent de Gennes le V® jour du moys de may. Et, pour avancer leur voyage, le Roy les fist mener par mer, a deux des galleres de Pregent et a ung capitaine espaignol nommé Miquel Pastor, capitaine de quatre galleres que le Roy d'Arragon luy avoit envoyées pour le servir a sa guerre de Gennes; lequel Pastor, avecques les autres Espaignolz desdites galleres, contanta a leur plaisir et leur fist riches presans et grans dons ; puys avecques eulx fist embarcher sesdits gentishommes pour mener avecques leurs galleres et celles dudit Pregent jusques a Romme. Quatre jours furent sur mer, puys arrivèrent a Civitaveiche, port de mer, a une journée près de Romme par terre, ou ne voulut arrester ledit Miquel
1. Le 16 mars 1505, a, st. (150G), Antoiae Gymel, desliné à la résidence de Rome, avait souscrit à Biois un curieux engagemont, que nous avons publié, de n'accepter aucun don du pape (la Diplomatie au temps de Machiavel^ t. 111, p. 394).
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Pastor ne prendre port, mais avecques ses galieres passa la route, tirant droict a Naples vers son maistre le Roy d'Ârragon. Les autres deux galieres de Pregent demeurèrent la pour actendre se messire Jehan de Sainctz s*en vouldroit retourner par mer.
Devers le pape s'en allèrent lésdits gentishonunes françoys, auquel présentèrent les lectres du Roy et dirent leur créance, contenant, en somme, que le Roy vouloit savoir commant la Saincteté du pape vouloit vivre et demeurer avecques luy, comme estant doubteux et mal asseuré de Tintencion de son vouloir, et ce pour ce qu'il pensoit a sa venue le trouver a Bouloigne, dont s'en estoit party et retiré a Romme sans l'avoir actendu, comme luy avoit mandé ; et comme par les Âllemaignes estoit bruyt que le Roy des Rommains disoit et faisoit publicquement dire que le pape luy avoit mandé que le Roy ne prenoit ledit voyage, si n'est pour s'efforcer de usurper le Saiuct Siège apostolique et en faire a son vouloir, et ausi pour se faire par force couronner empereur et occuper toutes les Halles. Lesquelles choses monstrerent par lectres et disrent de bouche au pape, et en oultre luy dirent : c Quant au regard de l'usurpacion du papat, a ce point ne respondoit le Roy, disant que la chose d'elle mesme se doit pencer impossible a faire par raison et increable a entreprendre, veu que luy et ses prédécesseurs ont tousjours esté protecteurs de l'Esglise et deffenseurs de son droict; ausi, quant a ce que ledit seigneur se vouloit faire couronner empereur et occupper les Italles, que a ce n'avoit oncques pencé, mais disoit estre ses choses controuvées et mises par Fin-
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vendoD du Roy des Romains ; mais, pour respondre du tout a la principalle cause qui le mouvoit, de passer les mons; c^estoit mesmemeot pour vouloir veoir la Saiacteté du pape a Bouloogne, comme ledit Père Sainct luy avoit mandé, et pour conférer et trecter avecques iuy du bien de TEglize et proufBct de la chrestienté, et ausi pour la cause de la rébellion de sa ville de Gennes, qu'il vouloit remectre entre ses mains et reduyre a la raison, comme il avoit ja par armes faict, et estoit dedans, ayant le peuple et toute la ville a sa mercy, pour en faire a son plaisir, et du tout a son vouloir; dont, toutes sesdites choses considérées, s'esmerveilloit grandement de ce que ledit Sainct Père luy avoit mandé qu'il l'actendroit a Bouloigne (que par armes luy avoit peu de jours devant soubmise et rendue a sa Saincteté et obéissance et faict tout le secours et service que bon filz doit faire au père), ledit Père Sainct s'en estoit allé a Romme sans le vouloir actendre, comme luy avoit promys; et ausi s'esmerveilloit de ce que le Roy des Rommains s'estoit jaclé touchant les parolles susdites ; mais, tout ce nonobstant, le Roy, comme Roy Très Cristien et obbeissant filz de l'Eglise, estoit délibéré de tousjours se monstrer par effect protecteur de la Saincteté apostolique et vray deffenseur de l'Eglize ; et au surplus prioit le Père Sainct, pour adverer la chose, que son plaisir fust envoyer devers le Roy des Rommains message exprès pour savoir dont lesdites parolles sont venues et faire en manière qu'il puisse clerement cognoistre le bon vouloir dudit Père Sainct. » A quoy fist ledit Sainct Père responce en disant : « Au regard des paroles
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que Maximilien, Roy des Rommains, a faict publier et semmer par les AUemaignes, je respons que onoques ne les diz ne n'en sceu jamais riens. Et quant a ce que le Très Grestien Roy de France s'esmerveille de ce que ne l'ay actendu a Boulongne, comme je luy avoye mandé, ne fault qu'il pence que pour sa venue me soye retiré a Romme, mais fut pour ce que audit lieu de Bouloigne me trouvay si mal de ma personne que les médecins me deftendirent la demeure, disant, si j'avoye ma sente pour recommandée, que besoing m'estoit de changer l'air et me retirer icy, ce que je fis. Et en oultre, de ma part, je veulx estre et demeurer tous temps envers ledit très cristianissime Roy de France tout ainsi que le bon père doit faire envers l'obéissant filz, prest a toute heure a luy faire tout le plaisir, secours et amytié que entièrement se pourra estandre ma puissance. Et au surplus, tout en présent, despescheray messages pour mander au Roy des Rommains qu'il me face assavoir dont sont procedées et issues lesdites parolles, pour en advertir tout au vray vostredit maistre cristianissime Roy de France. » Et, ce dit, ledit messire Jehan de Sainctz prist congé du pape et s'en revint en poste devers le Roy, lequel advertist de toutes lesdites choses. Le seigneur de Gymel demeura a Romme devers le pape pour le Roy, et les deux galleres de Pregent s'en revindrent droict a Gennes.
Le Roy, dedans sa ville de Gennes, estoit lors a séjour, ou de jour en autre deliberoit de ses affaires, en se enquerant de ceulx qui avoyent esté cause princîpalle de la division et revoltement de Gennes et mys
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le peuple en vouloir de prendre les armes et faire rebellyon contre luy c de quoy fut tantost adverty, et tant quil eut les noms de tous les mutinyers, desquelz l'une part estoit en la ville et les autres estoyenl fuytifz ; dont délibéra faire grâce et pardonner a ceuU qui s'estoyent mys entre ses mains et rendus a sa volunté et pugnir les absens conune criminelz de leze magesté, rebelles a justice et deffyans de miséricorde ; par quoy mist gens de toutes pars a cherdier et prendre iceulx qui, a sa venue, s'estoyent absentez; et, entre autres, sceut que ung nommé Demetryus Justynian, des plus gros de la ville et Tung de ceulx qui le plus avoit mys le peuple et celuy entretenu en obstination de rébellion, estoit hors de Gennes dedans une sienne place, sur la coste de la mer. Par quoy transmist la ung nommé Pregent le Bidoulx, capitaine de quatre galleres, et avecques luy ung autre nommé Mollart Suflfray, allemant, seigneur du Ryage, bien accompaigné par mer, pour prendre ledit Demetry Justinian, lesquelz s'en allèrent sans bruyt avecques quelque guyde de Gennes, qui les mena droictement par mer viz a viz du lieu ou estoit celuy Demetry : lesquelz, le plus cellement qu'ilz peurent, gaignerent terre et, deguysez, s'en allèrent segretement droict audit logys, ou entrèrent soubdainement, leurs espées au poing ; et, ce voyant, ledit Demetry voulut vuyder, mais fut suyvy si tost qu'il n'eut loisir de trouver issue seure pour s'en fuyr ne lieu segret pour se cacher; si fut pris et ramené a Gennes et mys en bonne garde et seure main jusques le conseil eust veu en son affaire et ordonné de son procès. Plusieurs autres fuytiz
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furent priz et menez a Gennes, ou, après leur procès faict, furent les ungs, par les places de la ville, trenchez les testes et escartellés, et les autres pendus a potences par les cantons des rues, et les autres atachez près de portes de ladite ville ; en manière que, par toutes les rues, paroissoit a ses enseignes que justice avoit manyé les rebelles si aigrement que tous ceulx de leur secte, voyant le spectacle de sévérité, estoyent trancys de peur et effrayez de craincte, comme actendans d'eure en autre la venue des bourreaulx et la corde au col. Mais le Roy, sur tous autres le plus humain, ne voulut la mort de tous ceulx qui, contre sa Majesté, Tavoyent justement deservye, mais seulement d'aucuns de ceulx qui, a la prisé du Gastellas, avoyent a ses gens usé de cruelle tyrannye, comme est dit dessus, ou d'autres commisseurs de crimes tant dampnables que de toute grâce fussent frustrez ou forclux de miséricorde, dont l'excution de justice fut, par le pouvoir de clémence, adoulcye. Toutesfoys toute la ville de Gennes, n'ayant ancores planiere grâce, estoit espouventée du chastyment des malfaicteurs et soubcieuse de sa doubteuse adventure; et, pour y vouloir au mieulx pourvoir, furent aucuns gennevoys envoyez devers le Roy, de par la ville, le prier que son plaisir fust de avoir pitié de son pouvre peuple et prendre de chascun d'eulx le serment de fidélité et l'amende honorable et proffitable, scelon sa bonne ordonnance et l'advys de son conseil ; a quoy voulut bien entendre, comme prince très humain, et, pour ce, ordonna tantost après tenir siège royal et mettre fin en ses affaires.
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xxvn,
Gomment le Roy tint en son palays de Gennes siège
ROYAL, ou les GeNNEVOYS LUY FIRENT LE SERMENT DE FD>EUTÉ, ET d'uNE HARANGUE FAITTE EN ITALIEN AYEGQUES LA RESPONGE DE MESMES.
Dedans la grant court du palays de Gennes fut dressé ung grant eschaf^auIt^ touchant au degrez de rentrée de la porte, par ou l'on monte en la salle dudit palays, et sur celluy eschaffault ung autre petit eschaffault sur lequel estoit une haulte chaere, préparée pour le Roy et couverte de drap d'or, et le dessus couvert d'ung poisle, semmé de fleurs de lys, et le bas couvert d'ung drap pers, semé aussi de fleurs de lys. Et la, aux deux costez, estoient bancz et chaires mises pour asseoir les seigneurs du sang et les cardinaulx qui la estoient. Aux deux costez estoient les gentishommes et les archiers de la garde, a deux ranez, prenant dudit eschaffault, en tirant jusques a la porte de l'entré du palays, pour faire la entrer le peuple et garder la presse. Lorsque tout fut prest, le Roy se myst en chaire, et autour de luy tous les princes et cardinaulx qui la estoyent, et tous ses chamberllans avecques ses archiers du corps. Et, ce fait, ung Roy d'armes, nommé Daulphin, fist la son criz, de par le Roy, que chascun eust a faire sillence, a la peine d'estre désobéissant audit seigneur.
Apres toutes ces cerimonyes, grant nombre de
1. 1 Tout tendu de belle et riche tapisserie » (Saint-Gelais).
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peuple de Gennes entra dedans le palays^, et entre eulx fut ung docteur gennevoys, nommé messire Johan de Illice^, lequel s'approcha de Teschaffault du Roy, et la dessus se mist les deux genoilz a bas^ et les yeulx tenduz vers le ciel, portant piteuse et esbahie chiere; lequel, a voix basse et tramblant, dist en langue italienne Toraison qui s'ensuyt ^ :
Sequita la propositione facta per misère Joanne de llice, doc^ tore de Genua, al Christianùsimo Re Luyse duodecimo, Re di Franza, duca de Milano et signor di Genua, in nome del populo Genoese^
ChristiaQissiino e lovictissimo Re, unico e supremo Signor nostro in terra. Questa vostra devotissima cita di Genoa et universalmenti li habllanti in quella veramentî ricognoscano li inflaiti menti e beneficij de la Maiesta vostra, per il passato per noi recevuti, esser tali, e lanti, che rendano tutti noi, e li posteri nostrî in perpetuum, obligatisslmi a dover alla M^* vostra rendere e referire non quelle gracie e laude che se converebono, ma quai possiamo per le débile nostre faculta. Ma veramente, Glementissimo re, li preteriti beneficij e gracie, al tùtto, sapera et avanza questo ultimo singularissimo et preclarissimo dono
1. On avait convoqué le peuple en sonnant les cloches (Jean Marot).