Paola Gonzaga, comtesse de Musocco
2. f II y avoit, dit Saint-Gelais, autant de dames avec leurs panaches pour leur esventer le visaige que on pourroit veoir do pluraeaulx en une compaignée de mille hommes d'armes. »
310 CHRONIQUSS DE LOUIS XH. [Mai 1507
cesses. Les unes portoyent robes de drap d'or, my party de velloux cramoisi ou de fin satin de diverses couleurs; et plusieurs y en avoit portans robes toutes de drap d'or frizé, les autres a grans souleilz d'or traict my party de velloux et satin cramoisi. Leur coefiure estoit telle que tout le front et la chevelleure leur paroissoit, dont partye pendoit derrière entortillée et l'autre leur couvroit la moityé de la jouhe, descendant près des espaules, en retournant joindre a Tentortiileure de derrière. Leurs robes, en plusieurs endroictz, estoyent decoppées et fendues, par ou paissoit la blanche chemise de fine toille de Hollande : somme, en tous endroictz, y avoit adresse de voye lubrique et enseignes de blandisses féminins. Quoy plus? le seigneur Jehan Jacques avoit convyé et envoyé quérir lesdites dames, mesmement celles de nom, et les plus belles de Millan, de Pavye, d'Ast, de Plaisance et des autres villes de la duché, ou avoit sceu trouver femmes de feste et de bonne chiere.
Lorsque lesdites dames furent venues et mises en place, instrumens sonnèrent a qui myeulx myeulx. Plusieurs seigneurs et autres prindrent siège en actendant le Roy a venir, lequel fut la sur Teure du mydy. Avecques luy estoynt Charles duc d'Allençon, Charles duc de Bourbon, Charles duc de Savoye, Anthoyne de Lorreine, duc de Callabre, Françoys d'Orléans, duc de Longueville, Gaston conte de Foix, le conte de Vandosme, mons' Jehan d'Albret, seigneur d'Orval, Guy de Laval, seigneur de Laval, René de Bretaigne, conte de Pointievre, Jacques de Bourbon, conte de Roussillon ; les(|uelz furent tous du banquet. Ausi furent a ccdit banquet maistre George cardinal d'Amboise, le cardinal
Mai 1507] D'UNG BANQUET SUMPTUEULX, ETC. 311
de Ferrare, le cardinal de Nerbonne, le cardinal de Sainct Severin, le cardinal de Final, les cardinaulx de la Trimoille, d'Âlbi et de Prie, Tarcevesque de Sens et grant nombre de prelatz, les ambaxadeurs de Venise^, les chamberlans et maistres d'ostelz du Roy, et en somme toute la court, avecques les seigneurs de Lombardye et autres, qui la estoyent avecques luy.
Tantost que le Roy fut la venu et mys en chaire^, les dances commaincerent. Mais la y eut si grant presse que, pour donner place aux dames et autres qui vouloyent dancer, faillut que le Roy mesmes, qui estoit amont, descendist pour faire faire place : ce qu'il fist, et print la halbarde d'ung de ses archiers, puys, a tour de bras, commainça a charger sur ceulx qui faysoyent la presse, tellement que soubdainement la place fut vuyde et desempeschée, tant que chascun eut^ lieu pour dancer. Charles duc d'Alençon, Charles duc de Bourbon, Charles duc de Savoye, Anthoyne duc de Callabre, et les autres princes et seigneurs et gentishommes de la maison du Roy, qui la furent, dancerent : dont les aucuns dancerent en masque, portans habillemens couvers de fleurs de lys, sur leurs chapeaulx grans plumes perses et jaunes faictes en manière de fleurs de lys, les autres en habitz de cordeliers, et les autres en diverses manières et estranges habillemens. Quoy plus? les dames dancerent a relays
1. Le duc de Savoie, ayant appris qu'on placerait avant lui les ambassadeurs vénitiens, s'en alla, et les ambassadeurs vénitiens en firent autant, d'après Sanuto (VII, 95). Jean d'Auton cependant contredit ce récit.
2. Le roi, en arrivant, baisa par courtoisie toutes les dames et demoiselles, notamment la très yAie marquise de Scaldasole, qu'il admirait fort (Em. Motta).
312 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Mai 1507
les unes après les autres, toute la journée juoques sur les vespre, que tables furent couvertes et le banquet tout prest.
Puys, le Roy, avecques toute la noblece, s'en alla soupper. La dedans estoyent salles, chambres, gabinetz, garde robes, galleryes ordonnées : les unes pour le Roy, les autres pour les princes et ambaxades, les autres pour les cardinaulx et les autres prelatz de TEglize, les autres pour les chamberlans et maistres d'ostelz de cheulx le Roy, les autres pour les generaulx et trésoriers, les autres pour les gentisbommes, les autres pour les archiers, les autres pour les allemans de la garde et les autres pour les varletz et serviteurs des seigneurs qui la estoyent : lesquelz furent tous servis de viandes exquises et de divers metz, avecques très bons vins et de toutes sortes, sans ce qu'il y eust faict service, tant de cuysine que de buffect, que tout en vaisselle d'argent, toutes les pièces raerchées aux armes du seigneur Jehan Jacques, ce qui estoit ung granttriumphe et merveilleuse richesse. Les dames conviées au banquet furent toutes mises ensemble, le marquys de Mantoue seul avecques elles, si n'est que chascune avoit son escuyer, pour trancher et servir a table * .
Apres soupper, le Roy et les princes, avecques tout plain de seigneurs et gentishommes, furent voir les dames, ou la devisèrent de plusieurs choses
1. Selon le Loyal serviteur, il y eut plus de 500 personnes assises à ce banquet, sans compter la table des dames, lesquelles se trouvaient au nombre de cent ou cent vingt. Le même chroniqueur exalte aussi la beauté du spectacle et la perfection de la chère, qu'il déclare sans pareilles.
Juin i507] D'UNG BASTTON QUE W GH. D'AUBOISB, ETC. 313
joyeuses et plaisantes. Et, ce faict, chascun prist congé ; puys le Roy s'en alla a son logis et la compaignye se départit.
D'UNG BASTYON QUE MESSmE CHARLES d'AmBOISE, LIEU- TENANT DU Roy, fist tenir a Millan, ou le Roy
FUT PRESENT AVECQUES TOUS LES PRINCES ET SEI- GNEURS QUI LA ESTOYENT ET GRANT NOMBRE DE DAMES.
Pour tousjours donner divers passe temps au Roy et rejouyr les dames, chascun des seigneurs s'efforçoit de faire nouvelles choses : dont, après que le banquet du seigneur Jehan Jacques fut faict, messire Charles d'Amboise, deux jours ensuyvant, fist ung autre banquet au Roy et a toute sa suyte, auquel, en lieu de dances, fist faire ung bastyon, que luy mesmes avecques autres de sa bende voulut tenir contre tous venans. Lequel bastyon fist faire en ung jardin, près de son logis de Millan, et celuy fossoyer tout autour, et fermer de gros boys debout rays en terre et au devant tout a l'environ fortiflFyé de planchon a groux doux et chevilles bien actachées; aux deux coings du front de devant, avoit faict faire deux tours deflfensables, ou pouvoyent estre en chascune d'icelles xxv ou XXX hommes armez, pour deffendre lesdites tours ; le devant et les costez, avecques lesdites tours de celuy bastion , estoyent de six piedz de haulteur, et contre le derrière avoit ung hault eschafl'ault pour assoir les juges du combat.
314 GHEONIQUBS DE LOUIS XII. [Juin 1507
Le jour du banquet venu^, après que ledit messbre Charles d'Âmboise eut faict publyer ledit combat, de de sa bende furent Francisque de Gonsago, marquys de llantoue, Jacques de Bourbon, conte de Roussillon, le conte de Poinctievre, le seigneur de Laval, messire Jacques de Ghabanes, seigneur de la Palixe, messire Guyon d'Amboise, seigneur de Ravel, messire Germain de Bonneval, messire Mery de Rochechouart, messire Jehan de Bessé, Louys de Janlys, seigneur de Monmor, avecques plusieurs autres, jusques au nombre de cent hommes d'armes, choisis entre les gentishommes de la bende du seigneur de Ravel et par les compaignyes : lesquelz se trouvèrent dedans le bastyon, tous en armes, au jour ordonné; et, si avoyent, pour deffendre leur fort, grous bastons embourez et l'espée tranchant sans poincte ; et, avecques ce, avoyent de grandes perches fourchées, pour reposser ceulx d'embas, qui s'eflForceroient pour monter par eschelles ou sur pons. Et avoyent, la dedans, larges tonneaulx, tous plains d'eau, et force eclissoyres et artillerye a papier. Messire Loys de Brezé*, grant senechal de Normendye, avecques les cent gentishommes de sa bende, estoit des assaillans; ausi estoit messire Robert Stuart, avecques ses cent hommes d'armes escossoys, et messire Mercure, capitaine des Albanoys, et autres, jusques au nombre de