‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 125 sur 183 · Se lavèrent les mains · texte numérisé non relu

Se lavèrent les mains

2. Les Français trouvèrent à la reine une t merveilleuse audace » et l'accusèrent de peu de courtoisie, môme envers son propre frère Gaston de Foix (le Loyal serviteur).

3. On remarqua extrêmement l'honneur rendu par Louis XII à Gonsalve de Cordoue (Guichardin).

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soupper, l'eau fut apportée pour laver les mains : si se lavèrent les Roys et la Royne ensemble ; et puys fut baillé a laver audit Gonssalles Ferrande, qui tenoit grosse gravité. Or, furent les Roys a diviser la long temps ; et après sortirent du banc, ou tousjours avoit demeuré ledit Gonssalles quant et eulx.

Le Roy d'Arragon s'enquist lors ou estoit messire Hérault Stuart, seigneur d'Aubigny, disant qu'il le verroit voluntiers, pour ce qu'il le cognoissoit moult bon chevalier et sage, et que autres foys l'avoit veu en Ëspaigne et en Grenade a son secours contre les Mores, et la faire maintes proesses ; dont avoit grant envye de le veoir. Lequel seigneur d'Aulbigny estoit en la ville malade de goûte a son logis. De quoy fut adverty le Roy d'Arragon, lequel dist : « Et vrayement, puysqu'il est malade et qu il ne peut venir icy, je l'iray veoir jusques a son logis. — Or, allez, dist le Roy, et ce pandant, je meneray la Royne a Tesbat. » Et dist a messire Gabriel de La Chastre : « Allez avecques voz cent archiers conduyre le Roy d'Arragon jusques au logis de mons' d'Aulbigny. » Et ce dit, le Roy d'Arragon et Gonssalles Ferrande, avecques grousse suyte de barronnye d'Espaigne et de France, et messire Gabriel de La Chastre avecques ses cent archiers pour le conduyre, s'en alla droict au logis du seigneur d'Aulbigny : lequel estoit tant pris de goûte qu'il ne se pouvoit lever sans ayde ; et, lorsqu'il sceut que le Roy d'Arragon luy faisoil Tonneur de le venir veoir jusques a son logis, se fist lever et porter en une chaire jusques a la porte de sa chambre, ou le Roy d'Arragon le trouva, comme il se faisoit porter au

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devant de luy jusques dehors ; ou, si tost qu'il appwceut le Roy d'Arragon, se fist mectre bas, le genoii en terre, et dist : < Ha ! sire, et commaot pourray je a suffire rendre grâces a vostre catholicque magesté, d'avoir pour moy prise la peine a venir jusques cy quant je plustost me devoye a piedz et a mains acheminer que vous veoir prendre ce travail. Mais plaise vous savoir, sire, que Tempeschement de mon mal (qui tant ne me griefve que Tennuy de vostre peine) m'a defFendu la voye et coppé le chemin et mys en Testât que chascun me peut veoir. Toutesfoys, sire, pour le boneur de vostre joyeuse Visitation, mon mal est tout alliegé, et moy tout sain, ce me semble. » Lors le Roy d'Arragon approcha le seigneur d'Aulbigny et mist pié a terre, puys Tembrassa, en luy faisant moult bonne chère et joyeulx visage. Gonssalles Ferrande, pareillement, et les autres seigneurs d'Espaigne, qui la estoyent, luy firent grant honneur ; et puys le Roy d'Arragon le fist retourner en sa chambre et remectre au lict, ou s'assist auprès de luy. La fut apporté la collacion, ou beurent ensemble, et ceulx qui la furent presens.

Le Roy d'Arragon et le seigneur d'AuIbigny divisèrent longuement, en parlant de leurs vieilles guerres de Grenade et de plusieurs autres bons propos et joyeuses choses ; et, ce faict, ledit Roy d'Arragon dist adieu audit seigneur d'AuIbigny et s'en retourna au chasteau, les archiers du Roy, a pié, autour de luy, et messire Gabriel de La Chaslre, auquel parla tout le long de la rue jusques au chasteau, et luy demanda du faict et de Testai des gardes du Roy et de ses

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gentishomnaes, qu'il reputoit a grande chose et triumphalle ordonnance ^ .

Tandis que le Roy d'Arragon fut au logis du s' d'Aulbigny, le Roy avoit mené la Royne d'Arragon sur la marine a Tesbat, ou, des navires et galleres de France et d'Espaigne qui la estoyent, furent tirez coups d'artilierye a l'envyz, et la dedans les mathellotz se gecterent d'amont en bas et donnèrent au Roy divers passetemps ; et puys le Roy, qui avoit la Royne d'Arragon en crouppe derrière luy, l'en remmena au chasteau, ou ja estoit le Roy d'Arragon, qui se trouva en la basse court au devant du Roy ; et la firent coUacion et parlèrent quelque temps ensemble, puys chascun s'en retira.

Dedans les galleres du Roy d'Arragon estoient lors plusieurs Françoys tenus par force, lesquelz avoyent esté priz durant le temps des guerres de Naples et mys en gallere : dont les aucuns furent cognuz et leur cas remonstré au Roy, qui les demanda audit Roy d'Arragon; lequel les promist a faire délivrer, ce qu'il fist depuys.

Apres que le Roy et le Roy d'Arragon furent départis du chasteau, comme j'ay dit, le Roy d'Arragon transmist a Gaston, conte de Foix, son beau frère, deux colliers d'or, jusques a son logis, avecques une raspiere et la saincture pour mectre en escherpe, le tout riche a merveilles : car les deux chaynes pesoyent chascune mille escus, desquelles l'une estoit faicte a quatre groux chaynons doubles, et l'autre a menu ouvraige, laquelle pou voit faire plusieurs tours au-

1. D'après le Loyal serviteur, le roi d'Aragon témoigna, de sua côté, beaucoup de considération à Louis d'Ars et à Bayard.

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tour du coul, et toutes garnyes de riche pierrerye.

Lorsque le Roy fut retiré en sa chambre, les capitaines de gardes assirent leurs guectz tout autour de sa chambre et de son logis, «en manière qu'il se pouvoit dormir tout seurement.

Ausi fut faict comandement de par le Roy, a la peine de grosse amende, par toute la ville de Savonne, que, incontinent le jour couché, chascun chief d'oustel eust a mectre devant sa fenestre, sur la rue, une torche ou chandelle ardant jusques au jour, affin que, de nuyt, pair les rues, n'y eust nulle brigue, et que nul ne peust aller ne sortir en rue qui ne fust cognu et advisé : ce qui fut faict continuellement durant le temps que le Roy d'Arragon fut audit lieu de Savonne, et tellement que par la ville faisoit la nuyt ausi cler, ou a peu près, que de jour.

La n'eut, entre les Françoys et Espaignolz, une seule question ne parolle que d'amytié. Ausi avoit faict le Roy deflfendre a tous Françoys, a peine de la hart, de ne prendre débat ne dire paroUes injurieuses ausdits Espaignolz, et comandé que chascun mist toute peine de les bien trecter et accueillir : ce que chascun fist a son pouvoir.

Le premier jour du moys de juillet, les Roys, après leur messe ouye^ disnerent chascun a son logis; et, le vespre venu, le Roy et la Royne d'Arragon furent soupper au logis du Roy, ou, comme devant, mist ledit Roy d'Arragon a l'onneur, combien que tousjours le refusast, le bonnet au poing, mais ainsi le failloit faire |)0ur le mieulx. A ce soupper, furent les Roys servys

1. Louis XII l'entendait tous les jours (Arch. nat., KK. 88, fol. 171 vo).

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par les officiers du Roy, qui très appoinct s'en acquiterenty comme costumiers de ce faire. Viandes exquises et vins delicieulx furent a largece la mys en avant, et faict entre les Roys vie privée et familière, et chère joyeuse et amyable.

Messire Charles d'Âmboise, grand maistre de France et lieutenant du Roy delà les mons, fîst a celuy soir son banquet a Gonsalles Ferrande, ou furent plusieurs des autres princes et seigneurs d'Espaigne : pour lesquelz festyer et entretenir furent la des Françoys ceulx lesquelz on extimoit plus sollempnelz et gens de feste ; et entre autres y estoit messire Jacques de Ghabbanes, seigneur de La Palixe, lequel estoit moult beau chevalier et grant, et l'ung des plus hardis et adroictz, et des myeulx extimez qu'on sceust, que plusieurs des Espaignolz qui la estoyent cogneurent bien, car autres foys l'avoyent veu en la Poille et en des lieulx ou plus le doubtoyent a rancontrer que audit banquet, ou ledit seigneur de La Palixe et les autres Françoys qui la estoyent mectoyent toute dilligence a bien trecter et entretenir ledit Gonssalles et les autres seigneurs d'Espaigne. Âusi messire Charles d'Âmboise, qui faisoit le banquet, leur faisoit la meilleur chère de quoy se pouvoit ad viser, et de Tonneur ce qu'il pouvoit.

A toutes ses bonnes chères estoyent gentishommes atitrez pour quaqueter a plaisir et dire choses nouvelles et plaisantes; desquelz estoyent messire Mery de Rochechouart, seigneur de Mortemar, qui disoit merveilles, messire Germain de Bonneval, gouverneur de Limosin, le seigneur de Janlys et tout plain d'autres gentishommes, lesquelz a l'envy dirent estranges nouvelles, et firent nouvcaulx comptes, et donnèrent a

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ioeulx EspaigDolz tant de divers passetemps que, après ce, disoyent que oncques n'avoyent trouvé meilleur compaignye ne si plaisante.

Or eurent souppé les Roys et la Royne, et après s'en allèrent dedans ung beau jardrin la dedans bien cloz a grosses murailles crenellées et fenestrées au bas par ou l'on regardoit sur la mer, qui batoit de ce costé. Le Roy et la Roy ne d'Ârragon, sa nyepce, s'assirent dedans leurs chaires, encontre une des fenestres qui regardoit en la mer, et la divisèrent longtemps ensemble. Le Roy d'Ârragon et le cardinal d'Âmboise estoyent ausi assix sur leurs chaires, contre une des autres fenestres regardant sur mer, lesquelz pareillement divisèrent de plusieurs choses et longuement : ou estoyent assistans les cardinaulx de Nerbonne, de Sainct Severin, de Final et d'Alby, l'arcevesque de Sens, l'arcevesque d'Ays, l'evesque de Paris, l'evesque de Lodeve, l'evesque de Marseille, l'evesque de Cisteron* et d'autres prelas et seigneurs d'Ëglize, a grant nombre ; pareillement y estoyent le duc de Longueville, le duc d'Albanye, le conte de Foix, le conte de Vandosme, le marquis de Mantoe, le marquys de Monferrat; ou ausi se trouvèrent Gonssalles Ferrande, messire Charles d'Amboise, messire Jacques de Ghabbanes, et tous les autres espaignolz et françoys qui avoyent estez au banquet que avoit faict ledit messire Charles d'Amboise. Et ainsi, dedans celuy jardrin, fut la joyeusement passé la serée et plusieurs bons propos mys sus.

Et, lorsqu'il fut heure de se retirer, le Roy dist au

l. François de Dinteville.

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Roy d'ÂrragOD qu'il allast devant, disant : c Je menéray la Royne après; allez, dist-il, vous et mons' le cardinal. > Ce qu'il fîst, ledit cardinal d'Amboise main a main ; et le Roy prist la Royne d'Ârragon a la haulte main et dist a Gonssalles : c Prenez la Royne a l'autre costé, seignor Gonssalles? > Lequel, le bonnet au poing et le genoil bas, approcha la Royne et la prinst a l'autre main ; et ainsi s'en allèrent avecques grande suyte de noblece, en marchant jusques hors la porte du logis. La furent mules et haquenées prestes pour monter les Roys, les seigneurs et les dames qui estoient la. Le Roy d'Ârragon fut monté, et le Roy ausi, lequel fist monter la Royne, sa nyepce, en cruppe derrière luy. Les dames de la Royne, et quelques autres des princes et prelatz et autres gentishommes qui la furent, montèrent a cheval. Et, ce faict, le Roy et le Roy d'Arragon, tous deux de front, marchèrent droict au chasteau et toute la seigneurie après ; et, eulx montez amont, s'arresterent au pié des degrez de l'eschelle par ou l'on monte en la salle du chasteau, ou le Roy d'Arragon descendit de sa mulle, et luy mesmes ayda a la Royne sa femme a descendre, et puys osta son bonnet de dessus le chief, en remercyant le Roy de l'onneur que a luy et a la Royne luy avoit pieu de faire.

Quelque peu de temps parièrent et divisèrent illecques ensemble, et conclurent de tout leur affaire ; et, comme fut dit, promirent l'ung a l'autre d'eulx secourir et ayder envers tous et contre tous, tant que, pour comaincer, le Roy d'Arragon, sachant que le Roy des Ronunains se deliberoit de vouloir faire la guerre au Roy et entrer en Lombardie, donna la charge

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a Gonssalles Ferrande d'envoyer a Naples quérir six mille Espaignolz qu'il avoit la lessez, pour venir en Lombardye au secours du Roy, si besoing en avoit ^.

Âusi dist le Roy d'Ârragon au Roy que le lendemain, au vouloir de Dieu, se mectroit sur mer pour s'en aller en Ëspaigne : de quoy le Roy adverty, commanda a ses maistres d'ostelz qu'ilz fissent advitailler de pain, de vins et de chairs toutes les galleres et fustes dudit Roy d'Arragon, si appoinct que ce fust pour le conduyre et defirayer tout son train jusques a ses pays, et que, par toute la ville de Savonne, fussent tous les Espaignolz ausi defirayez.

Le Roy, revenu a son logis, s'en alla prendre repoux. Et cbascun print le chemin de son Cartier et se retira en caze.

Des noms d'aucuns des officiers de la maison du Roy, lesquelz se trouvèrent et servirent a ce

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