I. Dunu Maria Manrique de Hito-Banos
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messe en note au grant domme de Savonne , pour Tonneur du prince des apostres, duquel estoit la grande sollempnité, et des deux plus grans Roys de la chrestienté, qui la éstoyent presens; et pour ce, au matin , sur le point de vm heures, avecques plusieurs des autres cardinaulx qui la éstoyent, et tout plain d'evesques et autres prelatz, fut prest a dire la messe, a laquelle se voulurent ensemble trouver les Roys.
Le Roy d'Ârragon, sachant que le Roy vouloit aller a ceste messe, luy voulut tenir compaignye; et luy, avecques grant nombre des princes et seigneurs d'Espaigne, descendit du chasteau et s'en alla au logis du Roy, qui ja estoit prest et Tactendoit pour aller a Feglize. Les archiers de la garde et les Allemans éstoyent arrengez a deux rangz, depuys la porte de la chambre du Roy jusques devant le grant autel du domme, pour la faire faire place et départir la presse, qui estoit moult grande. Les deux Roys furent ensemble par l'espace d'une bonne heure, ou ung peu plus, et la parlèrent de toute joyeuseté.
Et, lorsqu'il fut temps d'aller a la messe, le Roy, voyant la franchise et libéralité du Roy d'Arragon, qui, sans autres hostages que de la seulle fience qu'il avoit en luy, s' estoit ainsi mys entre ses mains, se délibéra luy faire tout l'onneur qu'il pourroit, et luy dist qu'il se mist devant : lequel ne voulut, disant qu'il ne luy appartenoit, et qu'il n'yroit point. Et voyant, le Roy, qu'il ne vouloit marcher, dist de rechief : € Marchez devant, car si j'estoye cheux vous et en voz pays, sachez que je feroye ce de quoy me prieriez ; et, pour ce qu'estes en mes pays, vous en ferez ainsi, car je le veulx, et si vous en prie. » Et, ce
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dit, le Roy d'Âiragon se mist devant, et le Roy après* Â rissue de la porte du logys du Roy, a luy se vint présenter ung nommé Miquel Pastor, cathellan^, capitaine de quatre galleres que le Roy d'Ârragon avoit transmises au Roy a Gennes ; lequel Pastor demanda chevallerye au Roy, et qu'il luy pleust le faire chevalier de sa main : ce qu'il fist voluntiers, en luy baillant l'accollée, ou nom du bon chevalier Sainct George. Et, ce faict, la fut ung foui, qui estoit au Roy d'Arragon, lequel commainça a crier a plaine teste : c 0 seigneur Miquel Pastor, le très eureuk, qui est ores faict chevalier de la main du plus noble et du plus grant Roy de tout le monde ! »
Tout cela faict, les Roys cheminèrent vers l'eglize ; a leur queue, grant suyte de princes et prelatz. Ainsi cheminèrent jusques a la porte de ladite esglize, et la se pnndrent les deux Roys par les mains, le Roy d'Arragon a la haulte main, et cheminèrent jusques devant le grant autel, ou avoit deux chaires parées, desquelles l'une estoit pour le Roy et l'autre pour le Roy d'Arragon, atouchant l'une de l'autre et d'une mesme haulteur; et, au devant desdites chaires, ung banc couvert de drap d'or, de la haulteur du siège desdites chaires, ou ung peu plus hault, pour la dessus appuyer les Roys et eulx agenoiller devant ; et estoyent assises icelles chaires sur main destre, en montant audit grant autel. A main senestre, avoit une autre chaire plus haulte, viz a viz de celle des Roys, ordonnée pour le légat, cardinal Saincte Praxede. Les Roys furent en leurs chaires, et la messe comain-
l. Catalan.
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cée par les chantres du Roy d'Arragon et aucuns de cealx du Roy, qui la n'avoit mené tous les chantres de sa chappelle, pour la presse^. Or, s'en alla ledit cardinal Saincte Praxede, en ses pontificaulx habitz, devant le grant autel, ou illecques, tout environné de prelatz, fist l'introite de sa messe et puys se retira en sa chaire, tournant la face vers les Roys ; et la, tout assix, chanta la messe, jusques au Per omnia.
Du costé des Roys, fut mys ung grant banc de long entre le grant autel et les chaires, ou furent assix, premièrement et au plus hault, Charles, duc d'Alençon ; après, GonsalIesFerrande, puys lecontedeVandosme; Francisque de Gonsago, marquys de Mantoue ; Jehan Guillerme, marquys de Monferrat, et quelques autres des seigneurs d'Espaigne. De l'autre costé, estoyent assix sur ung autre banc les cardinaulx d'Amboise, de Nerbonne, de Sainct Severin, de Final, de Bayeuhc et d*Alby, avecques tout plain d'arcevesques et evesques, qui estoyent la tous droictz. Tout auprès du Roy, estoit debout Françoys d'Orléans, duc de Longueville, lequel estoit au derrière de la chaire, appuyé tout encontre; ausi estoyent la tout autour Jehan Stuart, duc d*Albanye, Loys d'Orléans, marquys de Routhelin, messire Charles d'Amboise, grant maistre de France, le seigneur Jehan Jourdan, Jacques de Bourbon, conte de Roussillon, messire Jacques de Cha-
1. Louis XII aimait fort la musique (voy. VÉpître de Marie d'Angleterre dans les Épitres familières de Bouchet). De Savone même, il écrivit, le 27 juin, aux Florentins pour leur demander la grâce d'un détenu, le frère Alexandre t Gopin, » tant comme religieux que f aussi pour les vertu et sciencez de musique qui sont en sa persone » (GhampoUion-Figeac, Documents historiques inédits, I, 676).
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bannes, seigneur de La Palixe, et tous ses diamberlans, avecques grant nombre de ses gentishoounes et pencionnaires. Autour du Roy d'Arragon, estoyent ausi grant nombre de princes et seigneurs d'Espaigne. G'estoity a bien le prendre, une assemblée digne d'amîration et de triumphe souverain.
Que fut ce? Tevangille de la messe fut dict par ung evesque, qui faisoit le dyacre, lequel, après ce, prinst le livre ouvert au droict de l'evangille et le porta aux Roys qui estoient apuyez sur le banc, et joignant Tung de Tautre; et, premièrement, présenta l'evangille a baiser au Roy, lequel l'adressa au Roy d'Ârragon, qui ausi la reffusa ; et, ce voyant, l'evesque arresta le livre ouvert entre eulx deux ; lesquelz tout a la foys baisèrent l'evangille, l'ung d'ung costé et l'autre d'autre.
La paix fut pareillement portée aux Roys par ledit evesque, lequel ausi la présenta premièrement au Roy. Mais en fut faict comme de l'evangille : car tous deux a la foys la baisèrent au pié, qui estoit une croix, ayant le bas en la façon et largeur d'ung pié de calice.
La messe dicte, la bénédiction fut donnée par ledit cardinal Saincte Praxede, qui avoit la toute la puissance du pape : a laquelle les Roys et toute la seigneurie plyerent les genolz et joignirent les mains.
Et, après la benedicion donnée, le cardinal d'Amboise se leva et approcha les Roys, en leur disant qu'il failloit aller a l'autel pour avoir le baiser de paix; lesquelz se misrent a marcher vers l'autel ; et le cardinal Saincte Praxede avança le pas vers eulx, pour leur donner osculum pacis; et la, eut refus a l'onneur d'ung costé et d'autre. Mais le Roy, sachant honneur estre réciproque et retourner a qui le faict, et comme
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estant cheux luy, voulut tousjours faire Tonneur au Roy d'Ârragon; par quoy fist signe audit cardinal qu'il s'adressast premier a luy : ce qu'il fist, puys au Roy. Ce qui sembloit a plusieurs prejudicier a l'onneur de France , disant que la prééminence d'onneur sur tous les Roys cristiens appartient au Roy de France comme au plus noble des humains, et que, entre autres, est dit seul et intitulé, par prérogative et excellence, le Roy Ghristianissime. Mais d'a[u]cune chose ne peult prejudicier au Roy l'onneur par luy faict a autruy libéralement et non accepté par auctorité, comme fist tousjours le Roy d'Arragon, qui, a tous honneurs, refussa l'avantaige, premier que l'accepter, sachant ausi que, par le maistre des cerimonies, a Romme, sur et devant tous autres Roys chrestiens, le Roy de France est le premier aux honneurs ^
Pour entrer en propos, après la messe dicte, les Roys s'en allèrent ensemble, comme devant; et, a l'issue du domme, montèrent sur leurs mulles et tirèrent vers le logis du Roy, jusques devant la porte, ou illecques se départirent. Le Roy s'en entra en son logis, et le Roy d'Arragon s'en alla disner au chasteau.
Apres que les Roys eurent disné chascun a son logis, lesquelz ancores n'avoyent ensemble tenu propos que de joyeulx passetemps, pour dire de plus, sur le point de XII heures du matin, le Roy, accompaigné d'au-
i. Rome était, en effet, la grande régulatrice du cérémonial. Le roi de France y passait immédiatement après l'empereur, avant les autres rois (voy. la Diplomatie au temps de Machiavel. Cf. Mémoires concernans la préséance des roys de France sur les roys d'Espaigne, par T. Godefroy, advocat en parlement. Paris, Chevalier, 1612, in-4o.
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cans de ses princes et du cardinal d'Âmboise^ s'en alla au chasteau voir le Roy d'Arragon, lequel luy vint, a bas, au devant. Et eulx ensemble remontèrent et parlèrent en chambre, touchant aucunes choses segretes entre eulx ; pour lesquelles communiquer et deduyre, et que l'affaire d'entre eulx requeroit quelque peu de prolixité de langage, le Roy voulut que le cardinal d'Âmboise, en qui se fyoit de moult, eust oeste charge a mener et a trecter, en son lieu, avecques le Roy d'Arragon, de la menée entre eulx entreprise. Et, pour ce, ledit Roy d'Arragon et le cardinal d'Amboise se retirèrent dedans une chambre a part ; et la furent eulx deux ensemble par l'espace de troys grosses heures ou plus. Et je, qui lors estoye la dedans une salle avecques plusieurs, et près de la porte de la chambre ou se tenoit le conseil, combien que j'eusse bonne envye de savoir du trecté quelque chose, toutesfoys, ce fut pour moy ung segret escript en lectres fermées et ung conseil célébré a porte close. Mais Toppinion de chascun estoit que la se trectoit quelque amour fraternelle, perdurable paix et seure alience. Que fut ce? ledit Roy d'Arragon et ledit cardinal d'Amboise, après leur conclusion faicte, sortirent de la chambre et s'en allèrent en la chambre ou estoit le Roy, lequel advertirent de tout ce qu'ilz avoyent trecté et conclut. Et la firent les deux Roys, entre eulx, les promesses qu'ilz voulurent et parlèrent en segret, et premièrement de leurs affaires.
Et après ce, le Roy fut deviser avecques la Roy ne d'Arragon, sa nyepce, laquelle puys en enmena soupper a son logis, avecques grant nombre de ses dames et des seigneurs d'Espaigne pour la convoyer, laquelle,
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après soupper, renmena jusques au chasteau. Et la parlèrent, luy et le Roy d'Arragon, assez long temps; puys s'en retourna a son logis, ou ledit Roy d'Arragon le voulut reconduyre ; mais ne le voulut souffrir.
Tantost que le Roy fut retourné a son logis, les capitaines des gardes furent, avecques les quatre cens archiers et les cent Âllemans, devant et tout autour du logis du Roy ; et la assirent leurs guectz, ou toutes les gardes estoyent tousjours : ce que le Roy d'Arragon et les seigneurs d'Espaigne regardoyent voluntiers, et se mectoyent aux creneaulx du chasteau tous les soirs, pour veoir de la asseoir le guect, ce qui faisoit beau a regarder : car, scelon commun dire, il n'y avoit prince en toute cbrestienté qui eust telle garde et si bien ordonnée.
Nouvelles vindrent lors au Roy que la Royne estoit grosse ; lesquelles nouvelles apporta ung nommé messire Jehan Le Roux, seigneur de la Tour, des gentishommes de la Royne, auquel le Roy fîst très joyeuse chère, et fist publier les nouvelles par tous ses pays de delà les mons ; dont furent faictz partout les feuz de joye.
La Royne, qui lors esloit a Grenoble, ou Daulphiné, d'eure en heure avoit nouvelles du Roy et si grant envye de le veoir que a toute heure luy escripvoit qu'il s'en retournast en France ; et ausi Madame Claude luy prioit, par tous messagiers, qu'il s'en revint en ses pays : par quoy luy tardoit qu'il n'estoit a chemin, disant que, tout en l'eure que le Roy d'Arragon seroit deslogé, que sans séjour se mectroit en voye.
Pour continuer propos, doncques le lendemain de la fesle Saînct Pierre et Sainci Pol, qui fut le derre-
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nier jour du moys de jung, les Roys ouyrent messe a part et disnerent chascun a son logis.
Et, après disner, le Roy, avecques grosse suyte de seigneur ye de France, fut veoir le Roy d'Arragon au cbasteau, ou la divisèrent longuement ensemble.
Puys la Royne et ses dames furent en place pour dancer. Les Roys dancerent chascun son tour ; et puys les princes estans la presens et autres gentishommes françoys et espaignolz ranforcerent les dances. La menèrent les Roys et autres de leurs suyte[s] très joyeuse vye et plaisant passetemps, qui dura jusques sur Feure de vespres. Et, lorsque fut temps de soupper, le Roy en enmena a son logis le Roy et la Royne d'Arragon pour soupper avecques luy ; et, lorsque tables furent couvertes, les Roys et la Royne lavèrent* ensemble, et après fut baillé a laver a Gonssalles Ferrande. L'acciepte fut telle que le Roy fist mectre a l'onneur le Roy d'Arragon, puys se assist après, et la Royne ^ en enssuyvant ; et au bas bout du banc fist assoir Gonssalles Ferrande. Auprès du banc, ou estoyent assix les Roys et Gonssalles^, du costé du bas bout, fut mys ung autre banc et une petite table ; et la fut assize une dame d'ËSrpaigne, dame d'honneur de la Royne. Durant le soupper, furent la tenus maintz plaisans propos et divisé de choses joyeuses, et les Roys très haultement serviz, car chascun mectoit dilligence a ce faire. Apres