‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 13 sur 183 · Cabinet des titres, Pièces orij^., t. 77, n» 15i'J · texte numérisé non relu

Cabinet des titres, Pièces orij^., t. 77, n» 15i'J

2. Quittance d'un quartier do gages, 24 mai 1610, ('abinot dos titres, Pièces orig., t. 973, n<» 21539.

Xij NOTICE SUR JEAN D'AUTON.

plus, Jean d'Âuton qualifie expressément de Saintongeais le seigneur d'Âuton dont il parle.

Jean d'Âuton naquit donc en Saintonge, et en 1466 ou 1467, puisqu'il mourut en janvier 1528, âgé, selon son épitaphe, de soixante ans « ou plus. » Il était religieux de Tordre de Saint-Benoîte Nous ne savons rien de ses œuvres avant Tannée 1499, à moins que Ton ne veuille reporter à cette première période de sa vie une traduction des Métamorphoses d'Ovide, que nous ne connaissons que par une citation de Jean Bouchet* ; mais cette hypothèse nous paraît peu vraisemblable ; ses œuvres proprement littéraires appartiennent à la fin de sa carrière; nous pouvons établir la date de toutes les autres, et nous serions porté à assigner aux Métamorphoses une date analogue^. Sans doute, Ovide se trouvait fort à la mode sous le règne de Charles VIII, et Tévêque d'Ângoulême, Octovien de Saint-Gelais, lui dut alors une partie de sa faveur; mais, sous Charles VIII, personne ne connaissait encore Jean d'Auton ^ Tout d'un

1. Godefroy dit, par lapsus, de l'ordre de Saint- Augustin. Cette erreur vient de Jean Bouchet, dans une épître adressée à Jean d'Auton lui-môme (en tête du Panégyrique).

2. 67« épître, à la fin (éd. de 1545) : épître à « Révérend père en Dieu frère Jehan Dauthon, abbé d'Angle et croniqueur du feu Roy Loys XII, faisant mention du jeu du monde; » et « Responce faicte par ledict révérend abbé d'Angle... »

3. Bien que Jean Bouchet, lors de la mort de Jean d'Auton, cite les Métamorphoses comme une œuvre d' « autrefois. »

4. Le bibliophile Jacob, qui cite les vers suivants de Gervaise :

«... Que [Jean d'Auton] vis jadis en son saint hermitage De l'origine composer maints beaux faits..., » est porté à interpréter ces expressions ambiguës dans le sens d'un commencement de Chronique, qui devait remonter à l'origine dos Français. Nous croirions plutôt, mais sans pouvoir rien aflirmer, que Gervaise fait allusion à quelque œuvre de début; probablement, Jean d'Auton avait dû composer d'abord, au fond de son

NOTICE SUK JBAN D'AOTON. xilj

coup, 06 personnage sans ambition, jeune, modeste, peu remuant, conçoit et exécute le projet d'écrire une relation presque ofScielle de la campagne de Milan, avec un poème solennel, redondant et insipide, mais de circonstance, les Alarmes de Mars. Il prend la peine d'aller à Milan. Il présente son œuvre sans la signer, mais le bibliophile Jacob a parfaitement eu raison d'y suppléer sa signature ^ D'où put lui venir cette brusque ambition de se faire l'historiographe de la cour? Qui donc tira Jean d'Auton de son couvent pour lui inspirer un acte aussi officiel'? qui lui en donna les moyens? qui lui ât espérer le succès? Ici, nous n'avons guère de doute : c'est la reine Anne de Bretagne. Outre que nous reconnaissons là le procédé de la reine Anne, Jean d'Auton, à plusieurs reprises, s'avoue son protégé ; le début de cette protection se rapporte précisément à la prise de possession par Anne de Bretagne de son douaire. Malgré son mariage avec le nouveau roi Louis XII, la reine conserva, avec une administration à elle, sa très opulente dotation de reine douairière, comme veuve de Charles VIII ; les vastes domaines qui lui furent ainsi attribués s'étendaient surtout en Saintonge^ autour de la Rochelle et de Saintcloître, un roman de « beaux faits, » selon la mode du temps. Rien, dans sa Chronique, n'annonce un préambule ambitieux ni même un préambule quelconque, au contraire.

1. Avant lui, Th. Godefroy s'était aperçu que le récit de 1499 était de Jean d'Auton et l'avait réuni à la Chronique de 1501- 1506, dans une copie actuellement à la bibliothèque de Tlnstitut (ms. Godefroy 228).

2. Jean d'Auton ne rédigea qu'en 1500 la chronique de 1499 (t. I, p. 90, n. 2), mais il agit dès 1499 avec des allures officielles, voyant par lui-même une partie des choses (il fît le voyage de Milan) et s'informant des autres par enquêtes (t. I, p. 4, n. 1; 87, n. 2), et déjà alors il se plaint de la difficulté de se montrer exact et impartial (p. 109).

xiv NOTICE SUR JEAN D'AOTON.

Jean-d'Angély, qui y étaient compris ; le douaire comportait aussi des domaines en Languedoc, près de Montpellier. Or, par une coïncidence digne de remarque, le moine que nous croyons saintongeais débute à la cour au moment de la constitution du douaire, et il va, en récompense de ses travaux, recevoir des bénéfices en Poitou, puis près de Lodève.

Cette remarque est fort importante pour la critique des Chroniques. La reine, dont on sait l'esprit volontaire, joua un grand rôle dans les faits que rapporte Jean d* Auton ; c'est elle qui, passionnée pour l'indépendance de la Bretagne, poursuivit une lutte ardente et opiniâtre en vue de marier sa fille Claude au fils de l'archiduc, en lui donnant comme dot une partie de la France. On connaît ces mémorables événements, couronnés par le procès du maréchal de Gié, par la brouille du roi et de la reine, par le mariage de Claude avec le comte d'Angoulême. Or, dès le début de ses Chroniques (et c'est le plus grave reproche qu'on puisse leur adresser), Jean d'Auton s'inspire manifestement des goûts, des idées et, pour tout dire, de Yécole de la reine. Cette tendance, dont il faut tenir compte en utilisant son récit, est sensible sur bien des points et l'entraîne jusqu'à contrecarrer même dans certaines circonstances les idées du roi et du cardinal d'Amboise. Ainsi, une dépêche du résident vénitien Dandolo, du 18 février 1502 (anc. st.)*, expose que César Borgia se soutient à la cour par l'appui politique du cardinal d'Amboise et qu'il a contre lui une grande influence, la reine; en l'absence du cardinal, le parti de la reine ne se gênait pas, dit l'ambassadeur, pour murmurer, pour accuser le roi de laisser le Valentinois trop lever la crête et deve-

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