‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 132 sur 183 · VENISE · texte numérisé non relu

VENISE

J'ay bien ouy et entendu le dire De toy, Gennes, marrye et plaine d'ire, De la douleur qui t'est ore advenue, Dont ne me peulz tant rejoyr ne rire Que sur ce n'aye a pencer a suffire, Doubtant avoir une telle venue, Pencent commant France t*a prévenue Si très souldain, et* par armes* soubmise, Je ne me suys mesiée ou entremise De ton secours, voyant ses grans effors, Mais au vouloir d'elle me suys commise. Tousjours me tiens avecques les plus fors.

Ores, as tu a ceste foys du pyre ; Mais ne pences pourtant que je souppire, Si ta force déchoit ^ ou dimynue.

Car de long temps je souhecte et désire Que ton pouvoir'* amaindrisse et empire. Pour ce que trop m*as au court détenue, Qui t'eust pillée et mise toute nue. Sans te lesser ne robe ne chemise, J'eusse lors faict par la^ mer a ma guise; Mais ancores doublé je tes raînfors.

Et, au surplus, pour garder ma franchise, Tousjours me tiens avecques les plus fors.

Si ton secours fust venu de l'Empire,

1. Suppr. ci. —2. Par armes et. — 3. Descroist. — 4. Ta va^€^r. — 5. En la.

Juillet i507] D'UNG PETIT TREGTÉ BAILLÉ LORS AU ROT. 377

De tant que France eusse peu desconflre,

J'eusse pour toy alors la main tenue;

Ou si quelqu'un eust dit : « Je me retire I »

J'eusse couru a celuy tout de tire,

Et la despoille en eusse retenue;

Mais, quant je viz l'armée survenue

En tes destroictz, qui tout rompt et debrise,

Soubdainement je pourpence et m'avise

Qu'il fault garder mes bastilles et fors,

A celle fin que ne soye surprise.

Tousjours me tiens avecques les plus fors.

Prince, qui faict sur mes fins entreprise, Si je ne suys butiniere a la prise * , S'il est foible, je le chace d'effors.

S'il est puissant, je le loue et le prise ^ Et l'entretiens par cautelle et faintise. Tousjours me tiens avecques les plus fors.

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