Son mariage eut lieu le 18 mars (fr. 4329, fol
Janv. 1506] GOMMANT... DEUX GENTISHOMMES, ETC. 37
couvroit les champs de plus de quatre piedz de hault. Les petilz oyseaulx, qui, pour rempesehement de la nege et par la force du vent et froidure desmesurée, ne trouvoyent a pasturer, mouroyent sur le champ, et prenoil on les perdriz et les merles et d'autres assez a la course par les champs; et, oultre, ceulx qui, mal vestus, se mectoyent en pays de plaine estoyent tantost tranciz et geliez, et tant que plusieurs, que j'ay veu depuys, en perdirent les doiz des mains et en furent perclus des membres ^
ck)mmarn', en geluy temps, deux gentishommes de Bretaigne furent phes a combatre pour la
QUERELLE d'uNE DAME DUDIT PAYS DE BrETAIGNE.
Ce temps durant, fut ung combat a Toustrance mys sus entre deux gentishommes de Bretaigne, dont Tung estoit de ceulx de Ghasteaugiron et l'autre a la Royne, et ce pour ce que celuy de Ghasteaugiron avoit accusé une damoiselle raaryée dudit pays de Bretaigne d'avoir commys adultère, et qu'il en avoit veu telles enseignes qu'il vouloit dire et maintenir qu'il estoit vray ; ce que, par ladite damoiselle, fut nyé comme meurdre, et tant fist qu'elle trouva ledit gentilhomme qui voulut soustenir sa querelle et deflendre son honneur contre ledit de Ghasteaugiron ; mais, au premier que procéder par faict d'armes, la Royne voulut que la chose fust mise devant son chancellier de Bretaigne pour savoir de la
i. Néanmoins, cette année fut très fertile. En Lombardie, le blé, qui, en 1505, année de disette, avait valu jusqu'à trois livres et demie, descendit à quiuze sous {Cronaca di Cremona).
38 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Janvier 1506
preuve, de laquelle ne fut trouvé autre chose que la seulle accusation de celuy de Gbasteaugiron ; par quoy furent remys au combat, et le tout devant et a l'ordonnance du Roy, qui pareillement les envoya a son grant conseil ; touteffoys fut délibéré leur donner le champ, et fist faire les lices dedans le chasteau de Bloys et semer la place de fumier et de sable pour soustenir a ferme les chevaulx des champions, lesquelz devoyent combatre ung sapmedy de après les Roys, ou se trouvèrent les gentishommes de tout le pays et autres a grant nombre, et les querelleurs prestz d'accomplir leurs armes. Mais, premier que passer oultre, le Roy voulut savoir sur ce Toppinion de son conseil, qui fut tel par conclusion que, par une telle querelle que ceste, ne devoit avoir combat, combien que tous duelles, qui sont combatz de deux, soyent, a la probacion de la vérité cellée, trouvez, et mesmement a cause de meurdre, de trahison et de crime leze incognuz, fors pour indice de seulle accusacion. Touteffoys, scelon toutes les loix, sont iceulx combatz reprouvez, qui par nul prince catholicque se doyvent recepvoir ne parmectre, car en telles choses est veu Dieu contre son divin commandement estre temptc, pour ce qu'il est vraissemblable que le plus fort submarche le plus debille. Et de tels exécrables combatz soloyent user les Romains, disans aucuns estre une devocion envers Fortune qu'ilz avoyent, affîn que icelle, enyvrée du sang de leurs cytoyens par manière de batailles, leur fust en guerre propice et aux armes adventageuse : autre raison plus a croire est sur ce cas assignée, disant que les ducteurs des légions romaines, destitiez aux batailles, devoyent veoir dedans sceines et teatres telle manière de combatz et hommes nutlz joxter a Tostrance
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et exploicter les glayves et blecer et occyre plusieurs, affîn que en mortelle bataille ne trouvassent chose espouventable de veoir leurs ennemys armez, et que frayeur n'eussent des playes des navrez et orreur du sang des mors ; lesquelles choses furent depuys, sce- Ion les mesmes loix romaines, reprouvées et deffendues, pour ce que tels jeux gladiatoires sont préparez pour délecter de sang humain la volupté des yeulx creuelz, ou Tomme sans cause est occys pour l'apetit deshordonné de l'omme. Ce qui fut remonstré au Roy, et plusieurs autres raisons contre ledit combat ; par quoy il deffendit le champ ausditz querelleurs et volut que, a son grant conseil, en fust de tous pointz décidé ; dont lesdites armes furent arrestées.
Le Roy tinst lors a filoys ses Estatz, et la ordonna des a£Faires de son royaume et entretenement de ses subgectz, sans gueres desemparer la chambre, pour le dangier du grant froict,* qui durant ses jours estoit en saison ; et, lorsque le temps se commança a eschauffer, il sortit a Fesbat, prenant son deduyt a ce que myeulx luy sembloit requys pour sa prospérité maintenir. La passa tout doulcement la saison du caresme et puys très dévotement célébra la joyeuse feste de Pasques^; sur laquelle mectray paille a mon escript jucques a temps, en faisant fin au récit de ce présent historial volume contenant les faictz de France de Tan mille cincq cens et ung, continuant jucques a Tan mille cincq cens et six.
1. ii avril. Le 6 avril, François d'Orléans, comte de Dunois, épousa à Biois Françoise d'Alençon (fr. 4320, fol. 88).
EXORDË