DUDIT SEIGNEUR
Voyant le loz, le bruyt el le renon Du Roy Loys, douzième de ce nom, Environner le monde et ses cllmatz, Et que chascun faict recueilz et amas De ses œuvres dignes et honnorables, Gomme de faictz non oys et mirables, Dont les fluans orateurs rethoriques Enrichissent leurs chambres et boutiques,
i. D'après le ms. original, actuellement coté fr. 5083; ms. in-4*>, comprenant, actuellement, 155 feuillets, anciennement numérotés, plus 9 feuillets de garde en tête, et 2 à la un. Les feuillets de garde 6 et 7 r« et vo, et partie du r^ du feuillet 8 sont occupés par une table des titres des chapitres. Vexorde occupe le v© du feuillet 9 de garde et se continue au feuillet 1. Ce ms. a toujours appartenu à la Bibliothèque du roi. En haut du v« du 4« feuillet de garde initial, se trouve la mention de la Bibliothèque de Blois : f Ex libris historialibus, pulpito ultimo, ad parietem versus curiam. Littera o b. » Au v* du feuillet 5, on ht les mentions suivantes, d'écritures plus modernes : « Le Roy Loys douzième commença a régner lan de grâce 1506 (ce chiffre exponctué) et régna 17 ans. — Les Annales du Roy Loys douzième, lesquelles commencent en lan 1506. » (A celle dernière note, une autre main a ajouté : t 1507 ».) Le ms. a porté autrefois le n^» 1225, puis le no 8421 .
Avril 1506] EXORDE SUR LES GESTES ANNALLES, ETC. 4i
Faisant aucuns, sur oe, nouyeaulx ditez Et louanges de biensfaictz méritez, Et les autres, par cueur ou ouyr dire, Gomme ilz scavent reciter et descrire, En composent, par mètres et en vers, Cas estranges et maintz propos divers -, Je, toutesfoys, comme le moings scavant De tous autres, voulant mettre en avant Plume et papier, pour faire mon recueil De ce que j'ay sur ce cogneu a Tueil Et sceu par vray comme le temps s^exploicte, Pour avoir fait sur les lieux mon amplecte, En ensuyvant mes annalles histoires Sur les combatz, conquestes et victoires Et autres foitz encherchez et actainctz Par les Gaules et lieulx ultrammontains; A£Bn aussi que ceulx de l'avenir Ayent, des faitz des presens, souvenir, Prenant le bien et vertus pour exemple, Et le deffault pour ung chasty très ample, Et pour donner, scelon la vérité, Loz a celuy qui loz a mérité, Et reprouver, par raison satiriques, Les griefz effors et excès des iniques -, Sachant le faict de louange ennobly Ne devoir pas estre mys en oubly, Ay présumé mettre les mains a Tœuvre, Tout grossement comme rude mennevre, Pour publyer, ainsi comme j'entens, Les gestes, clers et faictz de nostre temps, Que j'ay voulu rédiger par exprès Comme s'ensuyt cy dessoubz en après.
42 CHRONIQUES DE LOUIS XH. [Avril 4506
Cy commencent les croniques annalles sur les gestes du chri8tiani8sime roy loys, xq"** de ce nom, des ans mille cincq cens et six et mille cinq cens et sept*.
Les peres rommains, comme recitent leurs hystoriographes et orateurs, soloyent dire que, en regardant les ymages bonnorables et arcz de triumphe de leurs prédécesseurs, ayant souvenance de leurs œuvres magnifîcques et mémoire de leurs biensfaictz, estoyent pour ce plus emflammez a vertus ; toutesfoys, scelon la sentence du divin Iheronirae, les vrays escriptz et approuvées hystoyres des gestes florissans sont les perpetuelz sépulcres et eternelz monumens des hommes dignes de louenge ; par lesqueulx les corps estainctz par temporelle mort revivent en éternelle mémoire, et les noms oubliez par trect de temps sont remys en perpétuelle souvenance. A ceste cause, tenant la doctrine de ceulx qui les simulacres triumphaulx lessent pour les riches, et la mémoire de vertus pour les bons, voyant le cristianissime Roy Loys, xn™® de ce nom, prospérer en gloire, accroistre en honneur et proffiter en vertus, et aussi en ensuyvant mon propos
i. Une grande miniature (fol. 1 \o) représente le mariage de François d'Angoulême avec Claude de France. Le cardinal d'Amboise, assisté de deux cardinaux, les unit. A droite, Louise de Savoie et ses dames; à gauche, la reine et ses dames. Dans le fond, le roi et la cour. Miniature d'exécution hâtive et de facture défectueuse, comme toutes celles de ce volume. L'artiste ne s'est point préoccupé de la ressemblance des figures.
Avril 1506] GT COMMENCENT LES CRONIQUES ANNALLES. 43
hystorial sur les gestes des Françoys, commançant eo rentrant de l'an mil cincq cens et six, ou j'ay faict fin des iàictz preoedeos par volumes abrégez; pour continuer doncques, et affin que la mémoire des choses recordables, par deffault de les recueillir et mectre en lumière, n'esvanoyssent comme les temps ou dépérissent comme les corps, tout ainsi que au plus vray j'ay peu veoir et savoir, ay voulu, par manière de vrayes cronicques et gestes annalles, des modernes et futures choses de mon temps faire ample description. Disant au premier que le très cristien Roy Loys, doziesme de ce nom, au comancement de Fan susdit mil cincq cens et six, estoit dedans sa ville de Bloiz, la Royne avecques luy, et madame Glaude leur fille, laquelle estoit en Tage de sept a huyt ans^ très belle* et moult bien enseignée, et la se passa le temps en toute joye et plaisir ; car le Roy estoit lors très sain et en bon point, et tous ses pays eureulx en paix et plantureux en biens. Advint que, en ce temps, sur la fin du moys d'apvril, le Roy, pencent en ses affaires, s'en alla a Tours, la Royne et madame Glaude avecques luy, et fist venir devers luy Loyse de Savoye, contesse d'Angolesme^, et ses deux enfens, lesqueulx estoyent tant bien apriz que le Roy les aymoit moult a certes, et tant luy estoit agréable le filz, qui le plus