‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 46 sur 183 · Mollart Suffray, seigneur d'Uriage · texte numérisé non relu

Mollart Suffray, seigneur d'Uriage

50 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Mai 1506

premier que assembler, firent leur descœuvre, courses et escarmouches de chevaulx legiers en manière de mortelle bataille et guerre ouverte. Le Roy fist la mectre et atiltrer force grosse artillerye, qui, durant Tescarmouche, fut tirée et ruée contremont autour de la bataille, comme en manière de donner sur les ennemys. Et, après lesdictes courses et escarmouches, les gens d'armes des deux batailles, tous en fouUe, adressèrent les ungs contre les autres de telle roydeur que, au choquer, toutes les lances allèrent par esclatz, et puys a grans coups d'espée s'entremeslerent et combatirent longuement, et tant que le Roy les fist départir. Ce faict, le seigneur de la Crote, avecques ses chevaulx legiers, donna sur Tartillerye, et luy et ses gens icelle gaignerent et enmenerent, en faisant toute la manière de guerre mortelle. Ce que la Roy ne regarda, et les dames qui avecques elle estoyent^, disant que c'est estrange chose que la guerre et merveilleuse a regarder.

Deux jours après, ledit messire Guyon d'Amboise tint ung pas aux lices, et avecques luy messire Françoys de Daillon, Françoys de Maugiron, le seigneur de Gimel, l[e] bastard de Luppé, Chevrieres, Rochebaron, le seigneur de Beaumont, le seigneur de la Fayete, le seigneur de Castelpers et ung nommé Le Croc, lesquelz tindrent le pas.

Les assaillans furent le duc de Bourbon, lequel ouvrit le pas, le conte de Vandosme, le prince de Talraont, Guy de Laval, Jacques de Bourbon, conte

1 . Parmi les dames alors présentes à la cour, Saiut-Gelais cite ]y[mes Je Bourbon, d'Alençon et leurs ûiles, M™®" de Taillebourg, do Vendùme, de Nevers, de Dunois, de la TrémoïUe et sa Bile.

Mai i506J GOMMANT LE ROY ENVOYA, ETC. 51

de Roussillon, messire Jacques du Fahy et Françoys d'Ars, lesquelz combatirent a cheval, et a la bariere a pié, OU fut la donné mains coups de lance et d'espée, tellement que chascun des combateurs y eut honneur et le Roy plaisir^

Cela faict, les estrangiers se retirèrent, et la court demeura audit lieu de Tours.

Gommant le Roy envoya messire Françoys de Rochechouart avegques autres en embaxade devers LE Roy des Rommains.

Le mariage faict, comme j'ay dit*, le Roy envoya

i. Cf. Sanuto.

2. Par une coïncidence singulière, Jean de Saint-Gelais, l'historien, dont on incriminait, à tort ou à raison, les rapports avec Louise de Savoie, maria sa fille unique quelques jours plus tard, le 17 juin 1506. Le contrat ne met en cause que des familiers de Louise de Savoie; d'un côté : Jean de Saint-Gelais, seigneur et baron de Montlieu, et demoiselle Jeanne, sa iille; de l'autre : noble et puissant seigneur Jean de Mareuil, seigneur et baron de Montmoreau, et vénérable personne Jean Galveau, conseiller des requêtes de la comtesse d'Angoulême et du duc de Valois, procureur du cardinal Philippe de Luxembourg, évéque du Mans, tuteur et curateur de noble et puissant seigneur Charles Chabot, baron et seigneur de Jarnac, et de demoiselle Catherine Chabot, ses neveu et nièce (fils et tille de Madeleine de Luxembourg) ; Saint-Gelais donne à sa fille 2,000 livres comptant, pour meubles qui deviennent communs, et à son décès 1(3,000 livres, ou 600 fr. de rente; en attendant, une pension de 300 livres par an. S'il n'a pas de fils, elle héritera de tous droits, aînesse et autres. Elle succédera toujours à Montlieu et Sainte-Aulaire, s'il n'a que des filles. Charles Chabot et ses hoirs seront tenus de porter le nom et les armes de Saint-Gelais avec les leurs : s'ils s'y refusaient,

52 CHRONIQUES DE LOUIS Xn. [Mai 1506

eo ambaxade, devers le Roy des Rommains, messire Françoys de Rochechouart, et avecques luy maistre Ânthoine du Prat, maistre des requestes, et maistre ÂDthoiDe Jourdan, segretaire dudit seigneur, lesquelz, près a partir, despescherent par le commandement du Roy ung ayrault, lequel envoyèrent devant porter les lectres du Roy au Roy des Rommains, et pour l'avertir de la venue d'iceulx ambaxadeurs^ Lequel ayrault se mist a chemin a toute diligence, et tant qu'il arriva en Ongrye, ou trouva ledit Roy des Rommains en camp, faisant la guerre a ung conte du pays, nommé le conte Estephe, pour ce qu'il vouloit avoir la fille du Roy de Hongrie*, que le Roy des Rommains vouloit avoir pour le filz du Roy de Castille. Le Roy des Ronmiains, après avoir receues les lectres du Roy, despescha ledit ayrault et luy bailla ung de ses postes pour le mener devers lesdiz ambaxadeurs de France, et iceulx advertir de son vouloir. Sur ce, se mirent a chemin ledit ayrault et la poste pour retourner devers lesditz ambaxadeurs, lesquelz estoyent partiz de Tours le xxv"^® jour du moys de may en l'an

Montlieu et Sainte-Aulaire passeraient aux héritiers les plus rapprochés, avec la même obligation, et M. et M™* Chabot auraient, en tout et pour tout, 25,000 livres. Le contrat porte enfin partage de M. et W^^ Chabot ; celle-ci reçoit les biens laissés par sa mère en Picardie, plus 10,000 livres (Copies; fr. 2748, fol. 267 et suiv.; fr. 11195, 2- partie).

1. Cette précaution était utile, car la mission avait pour but d'expli(juer au roi des Romains le mariage de Claude, qui renversait tous les projets. On disait Maximilicn d'accord avec la Hongrie et prêt à expédier à Gonzalve de Cordoue une armée de secours (Desjardins, U, 171). D'après Sanuto (VI, 357), Accurse Maynier fut aussi envoyé pour les négociations avec la Hongrie.

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