Les Rogations, 11, 12, 13 mai
3. Le 13 mai 1506 seulement, le résident impérial J. do Courtcville écrit que les États vont requérir le mariage de Claude ot du « dolphin » (Le Glay). Il reçoit fort mal cette nouvelle, inattendue pour lui (Sanuto).
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TEglise, les princeft et seigneurs du royaume, le conseil des parlemens et des villes de France ; sur lesqueulx dudit conseil presidoit messire Guy de Rochefort, lors diancelier de France. Et la fut tenu conseil sur le trecté dudit mariage et oy Toppioion de chascun, ou plusieurs belles choses furent alléguées et saines oppinions proposées, comme l'affaire le requeroit, en quoy gisoit Fonneur du Roy, la seureté du royaume et le salut de la chose publicque. Par quoy, toutes allegacions oyes, fut uniquement conclut et dit que, pour le bien et utillité du royaume de France, ledit mariage se devoit aconplir et parfaire*, et, de ce faire, chascun desditz Estatz, et tous ensemble, pryerent le Roy. Et, pour faire la proposicion au Roy, pour les villes et pays de son royaume de France, ung nommé messire Jehan firicot, docteur régent a Paris et chanoyne de Nostre Dame, fut a ce ordonné*, lequel monstra au Roy, et a tous les assistans, le grant bien et proffîtable utillité qui, pour les bonnes aliénées des
1. Il manquait le coasentement, très important, des Bretons, qui, pour mieux marquer leur autonomie, arrivèrent à part et ne se mêlèrent point à la réunion. Dès que les Bretons eurent requis aussi le mariage, le roi le ût de suite notifier aux ambassadeurs d'Allemagne et des Pays-Bas (Dépèche de Gourteville, 21 mai 1506. Le Glay, I, i38).
2. Il prononça du roi un chaleureux éloge; il en dit « toutes les louenges que on sauroit ne pourroit dire de roy parfait » (Le Glay, Négociations, I, 136), écrit Gourteville le 16 mai. « Quant aux nouvelles de par deçà, il y en a de bien nouvelles, telles que, après que le Roy est venu en ceste ville, se sont icy assemblez les Estais de France : aussi y sont tous les princes et princesses de ce royaulme. » Jeudi dernier, leur orateur, en audience solennelle des États, c en salle ouverte, » requit le mariage : le chancelier répondit qu'on en conférerait. On attend les envoyés de Bretagne.
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amys cognuz, et le grant péril et mortel danger de celles des reconcilyez et ennemys couvers, se peuvent ensuyvre et advenir sur le royaume de France et a toute la chose publicque, comme autresfoys par aliénées estranges en estoit advenu; a quoy estoit obvyer sur toutes choses et a ce avoir singulier esgard. Plusieurs autres bonnes raisons et propos afferens a ladite matière dit ledit Bricot^, et tant que le Roy, veu l'oppinion de son conseil ^ et la prière de chascun,
1. Cette célèbre scène fut fort émouvante. Tous les députés, à genoux, pleuraient. Le roi était ému jusqu'aux larmes, lorsque Bricot le proclama Père de la France (cf. Cl. de Seyssel, p. 2; Lettres de Louis III, I, 43 et suiv.; Saint-Gelais, p. 181). C'est de là qu*est venu à Louis XU le surnom si justi&é de Père du peuple. Il faut observer que, dans le langage de l'époque, cette expression n'avait pas le sens précis que nous lui attribuons. Le commencement du XVI" siècle est une époque de paix sociale très profonde, d'accord parfait. On attribuait volontiers aux souverains le nom de € Père, » comme on le fait encore aujourd'hui en Russie. Laurent de Médicis, à Florence, prit ce titre (Roscoe, Vie de Laurent de Médicis, édit. franc., I, 397); l'amiral de Graville, puis le cardinal d'Amboise, comme lieutenants généraux de Normandie, en furent honorés par les États de ce pays (notre Histoire de Louis Xil, t. III). En octobre 1501, Louis XII prend envers l'empereur l'engagement de ne jamais a nous porter ne nommer père du pays d'Itallye » (K. 1639, d. 3). Néanmoins, le nom de Père du peuple, qui fut donné à Louis XII, témoigne d'un état d'àme tout particulier et d'un véritable élan d'affection populaire. L'appréciation de Jean d'Auton à cet égard est corroborée par celle de Jean Bouchet {Épistres familières, ép. i4«, et dédicace du Panégyrique à FI. Robertet), d'après lequel Louis XII reçut ce nom de Père du peuple à cause de son extrême souci de ne pas accroître les tailles, et aussi à cause de sa bonté et de son soin de la justice. Il est le seul roi de France qui l'ait reçu.
2. Dans sa dépèche du 21 mai 1506, Gourteville rapporte qu'il a été tenu un grand conseil extraordinaire des princes du sang, prélats, conseillers, qui furent unanimes à appuyer la demande
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ooosenlit ledit mariage, et devant tous, par la main de maistre Georges, cardinal d'Amboyse et légat en France, les fist fyencer le jour de rAscencion, dedans la grant salle du Plessiz lez Tours^. De quoy, par tout le royaume de France, furent faictz les feuz de joye^.
des États : mardi dernier, l'archevôque de Sens, MM. de Piennes, du Bouchage et un maitre des requêtes vinrent trouver Courteville pour lui notifier la nouvelle. Us alléguèrent les promesses du sacre, qui, selon eux, priment toutes les autres. Gourteville les écouta patiemment, sans dissimuler son étonnement par suite des traités et de la ratification de Tannée précédente (Le Glay, 1, 138). Haneton, dans sa Chronique, donne un récit analogue de la scène des États.
i. Le chancelier annonça les fiançailles le 19 mai, et elles furent céléhrées le 21. Jean d'Auton passe assez rapidement sur ces événements : « la Hoyne estoit moult desplaisante de che que se faisoit B (Le Glay, Négociations, I, 142).
2. Le contrat de mariage avait été solennellement signé. On le fit confirmer par un serment spécial des bonnes villes (J. 951; Musée des Archives, n® 550 ; Archives de Lyon, A A. 160 ; Archives de Dijon, B. 7 ; Mémoires de Bretagne, U, 1572; Dumont, IV, i, 56; Le Glay, 1, 138; Sanuto, etc.). Le traité de mariage contenu dans les patentes du 22 mai 1506 stipule le mariage (les fiançailles étant déjà faites) : on s'engage à Taccomplir dès la puberté des époux. La dot de Claude comprendra les terres d'apanage (Biois, Asti, Soissons, Goucy) ; le roi s'en réserve l'usufruit. S'il a un fils mâle, il pourra les retirer, en échange d'une rente de 20,000 livres avec titre ducal ; la reine donne en dot 100,000 écus d'or, en deux annuités. Mais, si la reine a un fils, elle pourra disposer du duché de Bretagne pour ce fils, nonobstant son propre contrat de mariage avec le roi, auquel on est d'accord de déroger. On convient du douaire habituel des reines. Le contrat est signé à Montils-lès- Tours, par le roi, la reine, Louise de Savoie; contresigné par le cardinal d'Amboise,révèque de Paris, l'évèque de Nantes, MM. de Rohan, de Rieux, le chancelier de Bretagne, Jean de Ganay, le général de Bretagne (Roussel, Suppl. du Corps diplomatique, II, 1, 12). On voit que, pour obtenir le consentement de la reine, il avait fallu lui faire une concession importante. -— La forme du serment prêté par les villes varie beaucoup. Le carton J. 951 des
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Âpres les fiençailles faictes, les princes et seigneurs de France et autres gentishommes a grosses bendes
Archives nationales contient les serments prêtés par Troyes, Lyon (19 mai), Tours (27 mai), Orléans (28 mai), Rouen (30 mai), Reims (8 juin), Dijon (14 juin), Amiens (17 juin), Toulouse (18 juin), Bourges (22 juin), Montpellier (3 juillet), Abbeville (7 juillet), Bordeaux (8 juillet). Sens, Angers (10 juillet), Poitiers (22 juillet). On voit par ces dates que des mesures préventives avaient été prises. Les habitants furent réunis par les députés, ou bien à son de trompe. A Orléans, môme, ils reçurent Tordre d'envoyer une personne par feu, sous peine de cinq sous d'amende. Dans la réunion, on lut l'engagement pris par les députés d'obtenir la ratification du mariage par les habitants de la ville avant la Madeleine, ou bien les députés exposèrent verbalement l'engagement qu'ils avaient souscrit. Partout, les habitants promirent ou jurèrent de maintenir le projet de mariage. Le roi se préoccupa très vivement d'obtenir aussi l'engagement des Milanais. Un ordre du sénat de Milan, du 4 juin 1506, prescrivit au vicarius provisionum de réunir les habitants par paroisse, pour élire des députés {nuntii) chargés d'aller en France accomplir ce que réclamait le roi (Angiolo Salomoni, Memorie storico-diplomatiche, p. 6). Le viguier répondit qu'à Milan on n'avait pas l'habitude de semblables élections, qu'il n'y avait pas de précédents pour un vote au suffrage universel. Il demanda que les députés fussent élus par les III de provi" sion et quelques-uns des principaux citoyens : le sénat autorisa, le 2 juillet, cette procédure (J. 95i, n* 7). Jean-Étienne Gastiglione, sénateur, et Scaramouche Yisconti furent ainsi délégués, le 3 juillet; la chancellerie reçut ordre, le 18 juillet, de leur libeller des lettres de créance, comme à des envoyés ordinaires (A. Salomoni, op. cit., p. 6). L'assemblée électorale se composait de citoyens notables, dévoués à la France, Antonio-Maria, marquis Pallavicini, Teodoro Trivulzio, le comte Lodovico Bonromeo, sénateur, etc., et les envoyés reçurent, avec le titre d'ambassadeurs, la simple mission de féliciter le roi, de jurer Tobservation de sa décision (Copie du procès-verbal, J. 951). Louis XII jugea prudent d'aller plus loin : un ordre royal, signé au Plessis-lès- Tours, le 21 juillet 1506, et revêtu du grand sceau de majesté en cire jaune, ordonna que tous les capitaines des places de Milan et de Gènes, tous les commandants de bandes ou de compagnies jureraient de bien et loyalement servir, si le roi mourait sans
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se préparèrent a faire joxtes et tournoys^, dont, dessoubz le Plessix, près le coliiege des Bons Hommes^, entre la muraille du parc et la rivière, furent faictes les lices. Ce jour, le Roy fist faire la monstre de ses gentishommes entre la muraille du parc et la rivière, ou furent tous armez et montez, leurs chevaulx bardez et couvers de draps d'or et d'orfevrerye, dont plusieurs d'iceulx menoyent, les ungs xn grans chevaulx, les autres xuii et les autres xx, tous chevaulx de priz et gorierement acoutrez, et eulx tous vestus de drap d'or et autres riches paremens. Âusi les quatre cens archiers de la garde firent la leur monstre.
Messire Guyon d'Amboise tint ce jour ung combat en foulle de xn gentishommes contre xn, desquelz il en menoit xn, et ung autre gentilhomme, nommé Mollart Suffiray^, les autres doze. Âvecques eulx estoit ung nommé messire Françoys de Daillon, lequel a voit âvecques luy quarante autres gentishommes, tous montez et armez a l'albanose et a la turque, lesquelz,
eafantB mâles, jusqu'au mariage effectif de Claude : nul, sauf Louis XII, ne pourrait les délier de ce serment ni les destituer pour ce motif, avant que Louis XII eût un ûls mâle ou que sa fille Claude fut mariée (J. 951). Pour expliquer ce luxe extraordinaire de précautions et l'émotion intense du royaume, il faut se rappeler que la vie du roi, au dire des médecins, ne pouvait pas dépasser le mois de janvier, que la France se trouvait entourée d'ennemis acharnés et que son avenir dépendait entièrement du mariage de Claude avec l'héritier do la couronne, contrairement aux vœux de la reine.
1. Le mariage est fait; il y a « feus et joie » par la ville; la semaine prochaine, on donnera de grandes joutes et tournois. € Quy quy en ait joie, je n'y prons nul plaisir, » écrit le n'îsidcnt J. de Courteville, le 24 mai 1506 (Le Glay, I, 142).