Oulx
Août i506] COmiANT LE ROY ENVOYA, ETC. 67
rivîare du Pau et fut par eau jucques a Plaisance en Lombardye, de Plaisance a Parme , a Modeine et a Boulongne, ou avoit ja grant nombre de gens d'armes que messire Jehan Bentivolle, gouverneur d'icelle, avoit la mys, sachant que le pape avoit faict armée pour venir assiéger ladicte ville de Boulongne. Or ne savoit ancores celuy BentivoUe que le pape eust demandé secours au Roy, et que le Roy le luy eust promis ; par quoy , sachant la venue dudit cardinal de Nerbonne, voulant a celuy faire tout l'onneur qu'il pouroit, envoya devant luy ses enfans, bien accompaignez de gens d'armes, montez et armez, et leurs chevaulx bien bardez, lesquelz marchèrent au devant dudit cardinal troys mille hors Boulongne, ou mirent pié a terre pour luy faire la révérence. Ce faict, remontèrent et marchèrent tous ensemble vers la ville, ou, a ung mille près, se trouva messire Jehan BentivoUe, accompaigné de gens d'armes a toute puissance, lequel vouloit descendre pour faire la révérence audit cardinal, ce que ne voulut, mais s'entrembrasserent tout a cheval ; et, ce faict, en parlant de plusieurs choses, marchèrent jucques a la ville, ou ledit BentivoUe fist entrer honnorablement celuy cardinal, et le mena descendre et loger dedans son palais de Boulongne, ou le festya grandement et le desfroya avecques tout son train pour le disner ; et, après ce, s'en alla ledit cardinal coucher assez pres.de la, une ville nommée Plenore, terre de Boulongne. Le lendemain, print le travers des Alpes, t[i]rant le grant chemin de Ronune jucques a Florence, et la sceut que le pape estoit party de Romme pour s'en venir a Boulongne a toute grosse armée, et qu'il tenoit le chemin de la
68 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Septembre 4506
Marque d'Ancone. Par quoy celuy cardinal, pour adresser, prinst le chemin de Perose, terre de TEgiize, et passa oultre deux milles loings^ ou trouva le pape avecques grant nombre de cardinaulx et gens d'armes, et la luy fist ledit cardinal son salut, comme il devoit, et luy dist ce que le Roy luy mandoit de par luy, et toutes ses charges ; de quoy le pape fut moult joyeux, et fist très bonne chère audit cardinal et le festya très honnorablement, en s'enquerant souvant de la prospérité du Roy et de ses affaires. Apres long propos et parolles joyeuses, chascun se retira, et, le lendemain, le pape fist son entrée audit Perose, ou les seigneurs et le peuple de la ville le receurent a grant triumphe'. La dedans séjourna doze jours, durant lequel temps le marquis de Mantoue, lieutenant de son armée, se rendit a luy audit lieu de Perose, entour la fin du moys de septembre^, et la fist la monstre de ses gens d'armes, ou avoit environ six cens hommes d'armes, armez a la mode d'Itallye, legierement, et montez sur chevaulx legiers ; ausi y avoit troys mille hommes de pié ou quelque peu moings.
Les montres d'iceulx gens d'armes faictes, le pape avecques son armée partit de Perose* et prist son adresse vers la ville de Urbin, ou fut receu et festyé par le duc et la duchesse^, et trecté tout a plaisir, auquel lieu séjourna quatre jours.
1. ATorricella, 12 septembre (P. de Grassis, p. 39 ; Guichardin) .