septembre
3. On ne regretta pas Philippe, qui a avoit semé (en France) un grain qui peu y eust proulité » (Le Loyal sei^iteur, p. 127).
Août 4506] COmiANT LE ROY ENVOYA, ETC. 65
d'armes, et ioelle bien garder. Le pape, voyant que difficille diose luy seroit venir a chief de son intencion sans autre secours que de sa main forte, envoya devers le Roy luy pryer qu'il luy pleust donner en son affaire quelque ranfort, et que, par le pouvoir de son armée, qui estoit lors en la duché de Millau, luy pourroit aysement faire telle ayde que Boulongne pouroit estre remise et reduyte a la seigneurie apostolique, a qui de droict elle appartenoit, et ausi que, si ung tel service faisoit a l'Ëglize, que a tousjoursmais de plus icelle obligeroit envers le royaume de France, qui a tout grant besoing et extrême nécessité avoit tous temps eu l'espée au poing pour icelle augmenter, secourir et deffendre ; dont, pour le loyer de ses mérites, en portoit, entre les autres royaumes crestiens, l'excellant titre d'onneur souverain du nom très cristien. Et ausi mandoit le pape au Roy que, s'il voulloit passer les mons pour voir de ses affaires et visiter ses pays, que voluntiers se trouveroit en quelque lieu entre eulx advisé, ou bien qu'il i'actendroit a Boulongne pour illecques le veoir et pa[r]ler avecques luy. Oyanl le Roy la requeste et dire du Sainct Père le pape, et la promesse qu'il luy faisoit de l'actendre a Boulongne, comme prince très chatollicque , conservateur des droictz de l'Ëglize, deffensseur de sa franchize et filz obéissant d'icelle, disposa d'employer son pouvoir audit affaire, en tant qu'il manda a messire Charles d'Amboise, son lieutenant delà les mons, qu'il tinst prestz ses gens d'armes et qu'il flst amastz de gens de pié jucques a grant nombre ; et lors qu'il luy manderoit qu'il allast en avant, la ou son plaisir seroit; ce que fist ledit messire Charles d'Amboise si a point que IV 5
66 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [Août 1506
en pea de jours ses gens furent tous pr^tz de marcher. Durant ce, le Roy transmist devers le pape, qui ja estoit sorty de Romme^, ung nommé Françoys de Glermont, cardinal de Nerbonne, par lequel mandoit audit Père Sainct qu'il luy donneroit tel secours en toutes ses choses que riens n'espairgneroit a ce, et que, des gens d'armes siens estans en la duché de Millan, se tinst tout seur, lesquelz il auroit toutes foys que besoing en seroit, et que ja Tavoit mandé a messire Charles d'Amboise, son lieutenant delà les mons. Et, en oultre, mandoit audit Sainct Père qu'il estoit délibéré de s'en allé, après l'y ver passé, delà les mons, et que très voluntiers aussi voiroit Sa Saincteté et se trouveroit en quelque ville de par delà, ou seroit par luy advisé. Autres charges et créances eut ledit cardinal de Nerbonne devers le pape, que je lesse pour abréger et dire que celuy cardinal, très bien accompaigné, prist son chemin de Romme; et, premièrement, fut passer par Avignon, ou séjourna quelque peu de jours, puis marcha par la conté de Yenisse^, puis par le Daulphiné, a Briençon, a Ourse^, a Suze, en Ast, a Alixandrie et a Pavye, ou estoit lors messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, et la furent deux jours a courir les cerfz dedans le parc de Pavye, ou prindrent ung grant cerf. Et, après ce qu'il eurent parlé de leurs affaires, ledit cardinal monta sur la
1. Le pape quitta Rome le 26 août 1506. L'extrait du Diarium de Paris de Grassis, relatif à cette campagne, a été publié à part, par M. Luigi Frati, sous le titre de : Le Due spedizioni militari di Giulio II (Bologna, 1886, in-S*»). Nous renvoyons à cette édition.
2. Le comtat Venaissin, gouverné comme légation par le cardinal d'Amboise.