COMMENT 8N LA VILLE DE GENNES, ETC
hart, que tout le harnoys de la ville ftist apporté et mys dedans une maison ordonnée a ce faire : oe qui fiit faict, et puys comniys gens de par le pape pour ladicte maison garder et disposer des armes comme plairoit a sa Saincteté. La dedans fut festyé et entre* tenu le pape, par les cytadins et seigneurs de la ville, honnorablement. Et ainsi plusieurs jours durans il festya et trecta ledit lieutenant du Roy, tellement que tousjours le fist seoir a sa table et servir tout a souhect, en luy faisant tant familyere chère que a toute heure parloit a luy ; et lors qu'il s'en voulut aller, luy fist grans dons et presens et contanta a la raison et fist en manière que luy et les capitaines de l'armée du Roy tout amplement se contentèrent de sa bénédiction.
Ce faict, ledit lieutenant du Roy et les capitaines de l'armée prindrent congé du Sainct Pere^ puys s'en retournèrent en la duché de Millau, chascun a sa garnison.
(Comment en la ville de Gennes, en celuy temps,
LE peuple et les NOBLES d'iGELLE EURENT DIVI- SION ENSEMBLE, ET GOMMANT GEULX DU PEUPLE GHA- GERENT LES NOBLES ET S' ARMERENT GONTRE LE ROY.
La superbe cyté de Gennes, qui lors estoit entre les mains du Roy, et soubz son pouvoir gouvernée par messire Philippes de Cleves, seigneur de Ravestain, ayant paix a tous ses voisins et vye prospère en son
i. La nouvelle en parvint à Blois le 27 novembre (Desjardins, U, 190).
estât, tout ainsi que graut aise foulle le trop séjourné, non pouvant endurer le bien de félicité, a soy mesmes, comme forcennée, se voulut prendre et mutiner par guerres civiiles* et plus que civilles, car cytoyen contre cytoyen, et parent contre parent, furent commeuz en manière que les nobles et le peuple de ladicte ville eurent division mortelle entre eulx ; et ce, pour ce que les nobles voulurent suppediter le peuple, et le peuple se faire esgal aux nobles et iceulx mespriser.
Or, est a savoir que ladicte ville de Gennes, entre les autres villes du monde, est excellente, extimée, tant en estât de noblece que en faict de marchandise ; en laquelle sont grandes et anciennes maisons, desquelles sont les principalles, comme je Tay sceu estant sur le lieu (lesquelles, pour veriflFyer mon histoire, j'ay voulu nommer, et partye des noms des seigneurs desdictes maisons qui en ce temps estoyent) : et premièrement la maison noble de Flisco, qui lors estoit la plus renommée de Gennes, de laquelle estoyent messire Jehan Loys de Flisco, seigneur d'icelle, Paul de Flisco, Paris de Flisco, Francus de Flisco et Manuel de Flisco; puys estoit la noble maison de Aurya, dont estoient Jheronyme de Aurya, Stephanus de Aurya, Marcus de Aurya, Constantin de Aurya et Raphus de Aurya; ausi estoit l'autre noble maison de Spinulla, de laquelle estoyent Lucas Spinulla, Baptiste Spinulla,
1. « Et la cité de Gennes, après deux longues pestillences, soubz le domaine de Loys douziesrae, roy de France, prospcroit si liaultemenl que oncques ne fut voue en si bonne garde do agrandir, bénéficier et acroistre. Car de tous cousiez habondoicut les marchandises, et les caracques de toutes pars apportuiont richesses innumerablez » (Cronaca di Grnova. da Aless. Salvagu, pubbl. da C. Desimoni, p. 08).