Pierre Le Filleul
86 CHRONIQUES DE LOUIS XII. [NoY. 1506
qu'il approchoit Boulongne, avecques toute son armée fut au devant. Et la luy fist le pape joyeulx recueil et très bonne chère, en remercyant le Roy de son bon secours, et luy de la peine que pour luy avoit prise, soy offrant a luy faire tout le plaisir de quoy le vouldroit requérir*.
Gommant le pape entra dedans Boulongne
AVECQUES SON ARMÉE ET l' ARMÉE DU ROY*.
Ainsi s'en alla le Père Sainct a Boulongne avecques ses gens de cheval, et ledit lieutenant du Roy ausi avecques tous ses gens d'armes; et ainsi accompaigné entra dedans ladicte ville de Boulongne a grant triumphe^. Apres qu'il fut ainsi entré et qu'il se vist maistre de la ville, il fist comander, a peine de la
1. Il donna 8,000 ducats à Ghaumont et 10,000 à ses troupes (Guichardin). Ascanio Sforza et le cardinal Frédéric de San Severino ambitionnaient vivement tous deux la légation de Bologne (Pauii Gortesii, De Cardinalatu, fol. 1510, fol. xlviii).
2. Une miniature du ms. (fol. xx) représente l'entrée du pape à Bologne. Au fond, une porte fortiûée, avec l'inscription : Bouloingne. Devant, à gauche, en colonne, l'armée française; au milieu, le pape, en chape d'or, en robe bleue, tiare en tête et bénissant, sur son mulet gris harnaché de rouge et or; à sa droite, un homme d'armes à cheval, tenant l'épée nue. Derrière, des cardinaux, des évêques, des gens d'armes. Dans le bas, légende en lettres d'or : « Lantrée du pape, entra[nt] dedens Boloigne. »
3. Jules II entra à Bologne le 10 novembre, malgré les avis des astrologues, qu'il refusa d'écouter, « caute potius ac clanculum, (juam apparenter. » Dès que son arriv<'e fut connue, la j)opulatiun entière se porta au-devant de lui et l'acclama avec un enthousiasme extraordinaire, qui surprit et charma le pape (Paris de (Irassis). Erasme assijjtait à cette entrée.