Port-Maurice, ou Porto-Maurizio
2. La garnison de la Turbie, avant de se retirer, vint réclamer à Monaco une forte surpaie : on lui donna quatre mois de solde. Son capitaine, dit la Relation, qui affectait si orgueilleusement de servir le roi seul et non le sire de Monaco, ne craignit pas cependant de réclamer comme un simple mercenaire.
3. D'après la Relation, Roquebrune se rendit immédiatement à Agostino Grimaldi, sans résistance ; Menton fit plus de difficultés. Lucien G rimaldi écrivit à Yves d'Alègre, qui vint Toccuper avec des forces considérables, aux frais de la ville.
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de Gennes, au pallays d'icelle, estoit pour le Roy ung nommé Phelippes de Roquebertin, lequel eotretenoit le plus doulx qui pouvoit le peuple de la ville , qui, durant ledit siège, ne s'estoit ancores declairé contre le Roy, mais cryoit tousjours France et Populo.
Or, advint lors que le vm°* de feuvrier, a ung jour de quelque feste, grant nombre de Gennevoys furent a Sainct Francisque, ung colliege de cordelliers, assix au pié de la cytadelle du chasteau de Gennes, ou illecques ouyrent le commaincement de vespres. La fut messire Gallaz de Salluzart, en voyant iceulx Gennevoys en ses dangiers, dist qu'ilz estoyent de bonne prise, veu que ja avoyent commancée la guerre et assaillyes aucunes places du pays du Roy, et que ancores tenoyent le siège a Monigue, terre dudit seigneur; par quoy sonna ung nombre de ses gens et fist garder les portes de Teglize, et iceulx prist, et envoya dedans le chasteau prisonniers, lesquelz trecta rudement et les enferma dedans ung lieu ou avoit ung moulin a bras, esquelz faisoit tourner ledit moulin et mouldre le blé a grant peine et travail, sans leur donner que du pain et de l'eau, ce que n'avoyent iceulx Gennevoys acoustumé; ausquelz demandoit grande somme d'argent pour leur rançon, de laquelle ne vouloyent finer, disant qu'ilz estoyent pouvres et que de tant grosse rançon ne sauroyent faire paye, par quoy furent pour ung temps mal trectez. Dont ceulx de la ville s'en allèrent plaindre a Phelippes de Roquebertin, lieutenant du gouverneur pour le Roy, auquel disrent que le capitaine du chasteau n'avoit querelle contre eulx et qu'il ne devoit prendre ne détenir les gens de la ville, qui tenoyent pour le Roy et estoyent ses
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sugectz, et beaucoup d'autres raisons alléguèrent. Dont oeluy de Roquebertin, pour complaire au peuple et pour doubte de commune insulte, leur promist d'en parler au capitaine et de luy remonstrer son tort, en fasson que lesdits prisonniers seroyent rendus ou pour le moings trectez très bien et humainement, ce qui adoulcist quelque peu le peuple. Si s'en alla ledit Roquebertin au chasteau et dist au capitaine comme la ville estoit presque révoltée, au moyen des prisonniers qu'il detenoit; par quoy advisast qu'il en devroit faire, en façon que le proffict du Roy et son honneur y fussent gardez. Sur quoy respondit ledit capitaine qu'ilz estoyent ses vrays prisonniers et qu'ilz estoyent de prise, veu qu'ilz avoyent commancé la guerre et assaillies les places du Roy, par quoy ne les rendroit, si le Roy ne luy mandoit expressément.
Tandis que ses choses s'exploictoyent, le Roy, adverty du tout et sachant la révolte de Gennes, dist qu'il pourvoiroit a ce S dont, pour vouloir mectre pro-
1. Les nobles avaient adressé à la cour un mémoire, pour réclamer une action énergique et décisive. Nous allons résumer cet important factum, où ils exposent les faits à leur point de vue et où ils portent contre le gouvernement français de Gènes les plus graves accusations, passionnées et parfois inexactes : « Memorialc de le cosse accadute in la sublevatione de H populi de Gènes, » Le mémoire rejette, d*abord, la responsabilité des événements sur les « mali governi e cativi comportamenti » des ofûciers royaux : il y a eu des extorsions d'argent; pour dos vétilles, on a poursuivi de soi-disant crimes de lèse-majesté et prononcé des confiscations. Les coupables sont le procureur fiscal Jehan Bartholomeo de Lunelis et NicoUo de Guidobonis de Tartona, vicaire royal de M. de Ravenstein. Lé peuple de tout le pays, ainsi mécontenté, devait se soulever facilement. Le 20 juin de cette année, il se souleva, sous la direction de Polo Baptista Justiniano ; l'habileté de IV 9
vision de plus a la garde de sondit chasteau de Geones, qui estoit la principale place et meilleur deffence,
soixante nobles, qui supportèrent mille injures, calma cette sédition. M. de Roquebertin était aux bains d'Âcqui; on lui en référa; on le pria de revenir; il ne s'en soucia pas et répondit, assure-t-on, de laisser faire, « che scuzera un poto de dexe milia scuti. » Quand il revint, P.-B, Justiniano, auteur de la sédition, alla au-devant de lui, à deux jours de marche, et corrompit, dit-on, par de l'argent Roquebertin, qui ne fit rien pour apaiser la sédition et, au contraire, la fomenta et l'accrut. Il ne voyait que Justiniano. Les révoltés avaient élu un conseil de douze membres : sur l'avis de Roquebertin môme, ils le réduisirent à quatre , pour mieux assurer le secret. Malgré les prières des nobles, Roquebertin reconnut ce conseil et traita avec lui. Le peuple s'enhardit : le 18 juillet, soulèvement général, sous la direction de Petro et Vincencio Sauli et de leurs frères, ainsi que de beaucoup de Justiniani, Fornari et Adorni. Avec Roquebertin, ils coururent le pays en criant : Pranza et Via populo et officij et Ad la morte li gentilhomini. On massacra un nommé Vesconte ; on blessa grièvement Augustino Doria ; on frappa une foule de nobles. En vain les nobles demandèrent-ils de prendre les armes pour se défendre ; en vain offrirent-ils leur appui à Roquebertin. Celui-ci resta avec le peuple; la nuit, il autorisa le vol et la rapine. Le peuple pilla plus de cinquante maisons de nobles ; il y viola plusieurs femmes ; le jour venu, le peuple se forma un conseil, contrairement aux statuts; le jour suivant, il reprit les armes, et, à midi, devant Roquebertin, qui se disait impuissant, on enfonça la porte d'un palais et on se livra à toute sorte d'excès. Ainsi proscrits et abandonnés, les nobles députèrent au roi Andréa Doria; Doria trouva à la cour Ravenstein, qui l'empêcha de se plaindre de Roquebertin et se déclara prêt à partir pour Gênes, atin d'y rétablir l'ordre. Mécontents du silence de Doria, les nobles députèrent encore deux des principaux d'entre eux, qui rencontrèrent en route Ravenstein, lequel les invita à ne pas aller plus loin, car il se rendait à Gênes avec pleins pouvoirs. A Asti, Ravenstein trouva M. de Chaumont, Jean-Louis de Fieschi et beaucoup des principaux nobles qui délibéraient sur les événements. Les nobles le prièrent d'agir énergiquement. Ghaumont, avec sa grande expérience, était du même avis. Il refusa et, sur les lettres de Roquebertin et de l'argentier Gualtero Fiamengho, il se laissa persuader
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transmist celle part ung nommé Allabre de Saule, son ussier de diambre, par lequel escripvoit et maodoit
par les ambassadeur^ du peuple d'aller à Gênes ayec peu de monde; il résolut d'emmener 1,000 hommes de pied et n'en emmena en réalité qu'environ 650. Il aurait pu néanmoins triompher, car le peuple était épouvanté; ses chefs se cachaient et pensaient à fuir. Mais il se mit à parlementer. Il envoya à J.-L. Fieschi, qui se trouvait à Violata, avec une bonne compagnie, l'ordre écrit de quitter la ville. Celui-ci, malgré ses réclamations, dut obéir. A peine fut-il hors de Gènes, le peuple prit les armes, nomma des ofiELciers à sa guise avec le consentement de Ravenstein, à qui on promit une somme d'argent; Gontero dit môme à un noble : « Vous autres gentilshommes, vous ne voui lez rien donner, vous n'aurez rien. » Les révoltés s'emparèrent de toute la Rivière. Lucha Spinula, à qui Ravenstein refusa du secours, perdit La Pieve, malgré l'autorité du roi dont il la tenait en fief. On voulut faire de même à Monaco. Les révoltés disaient tout haut que Ravenstein leur obéissait et que le roi agirait en conséquence. Un émissaire des nobles, parti en poste, obtint la révocation de diverses ordonnances de Ravenstein et la défense à Roquebertin de rien innover contre la noblesse. On ne tint aucun compte des ordres du roi : on disait que, pour un écu, on obtiendrait des ordres contraires. Bref, le castelletto seul obéissait au roi. Ravenstein a reçu plus de 3,000 écus, savoir : à Asti, par des marchands locaux, 1,000; à Lyon, plus de 2,000 par les Sauli; on lui en a promis 20,000 autres. M. de la Clayette a reçu une chaîne d'or de 300 écus au moins ; Roquebertin a touché à Gênes 5,000 écus. La noblesse, ainsi donnée en proie, se voit obligée de recourir au roi. Le roi, avec six galères dans la Rivière, 4,000 Suisses, 150 lances et les sujets des nobles, aura la victoire avant de paraître sous les murs de Gènes, surtout si le commandant en chef est un homme habile et connaissant l'Italie ; et, en prohibant le ravitaillement de Gènes, ce qui est facile, car tous les environs appartiennent aux gentilshommes et sujets fidèles du roi, le roi peut s'assurer facilement de la vallée de Pulcifera {sic)\ l'important est d'agir vite, avant l'hiver (Ms. fr. 2961, fol. 23 et suiv.). — A l'appui de ce mémoire, on peut voir l'engagement de Jean-Louis de Fiisco, Etienne de Vivaldis, Ant. Spinola, Laurent Lomelin et Jean-Jacques Doria, au nom des nobles de Gènes, de rembourser au roi l'entretien de 4,000 Suisses et de
par créance a messire Charles d'Amboise, son lieutenant gênerai delà les mons, a Phelippes de Roquebertin, lieutenant du gouverneur de Gennes, et a messire Gallaz de Salluzart, capitaine du cbasteau de Gennes, son vouloir touchant son affaire de delà. Lequel Allabre s'en alla en poste, et si tost que en moings de six jours fut a MÛlan devers le lieutenant du Roy, auquel, en ensuyvant sa charge, bailla ses lectres et dist sa créance. Apres que le lieutenant du Roy eut veu et ouy ce que mandé luy estoit, au plus tost qu'il peut despescha ledit Allabre, auquel bailla gens et moyens pour le guyder jucques a Gennes, ainsi que le Roy luy mandoit par ses lectres, et luy bailla ung chevaucheur d'escuyerie pour luy rapporter nouvelles de l'excucion de son faict. Ainsi s'en va ledit Allabre son droict chemin, tirant a Gennes, et premier adressa a ung lieu, nommé le bourg de Busalle, a xv mille près de Gennes, et la trouva ung nommé messire Robert EspinoUe*, frère du seigneur de Sarraval, gennevoys. Auquel dist ledit Allabre que ledit de Sarraval, son frère, l'adroissoit a luy avecques ung sien serviteur qu'il luy a voit baillé pour le conduyre, et prioit ledit messire Robert que, le plus tost et le plus droict que possible seroit, le fist adresser et mener a Gennes. Ce qu'il fist par ung marchant dudit bourg, qui savoit le plus couvert chemin et seures adresses pour aller audit lieu. Si le mena celuy marchant tout seurement
4,000 hommes de pied, sous clause pénale de 100,000 ducats (Portefeuille Fontanieu, 156, 18).
1. Deza (Istoria délia famiglia Spinola, Piacenza, in-fol.) observe qu'aucun Spinola ne se compromit dans les événements qui* vont suivre (p. 292).
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Jacques a l'entrée d'ung lieu nommé Poulceuvre, qui est l'advenue des destroictz des montaignes de Gennes, et luy dist celuy marchant que la estoit le plus dangereux de leur passage, car de la estoyent aucuns des capitaines et chie£e des Gennevoys mutins, et mes[me]ment ung nommé Guilhon, capitaine de Poulceuvre, par lequel estoit venu le moyen de la première division de Gennes, comme j'ay dit dessus. Toutesfoys passèrent oultre, sans autre danger, et approchèrent la tour de la Lanterne, nommée la tour de Godefa, assise en mer, entre la ville de Gennes et ung bourg nommé le bourg de Sainct Pierre d'Areyne, regardant sur le moulle. Et, eulx estans au droict de la lanterne, pour ce que lors faisoit froict, ledit Allabre enchapperonné pença que luy en ceste manière ne passerait, sans estre de plusieurs regardé, enquys, et par aventure arresté de ceulx de la ville, ousta son chapperon et mist une chayne d'or au coul, qu'il a voit baillé a garder a sa guyde, et ainsi passa tout seurement jucques au palais, ou descendit et envoya loger ses chevaulx . Puys demanda a quelqun des mortes payes dudit palais ou estoit ung nommé Phelippes de Roquebertin, lieutenant du seigneur de Ravestain, lequel mena en la chambre de celuy Roquebertin, qu'ilz ne trouvèrent la, car il estoit allé ce jour au sermon et devoit disner en ville avecques aucuns des cytadins, lesquelz ilz entretenoit tousjours de doulces parolles, comme besoing luy estoit. Ledit Allabre, au plus tost qu'il peut, manda a Roquebertin qu'il estoit la venu de par le Roy, et qu'il avoit affaire hastivcment a luy ; dont celuy Roquebertin a toute dilligence s'en alla au palais, ou ledit Allabre luy bailla les lectres que le Roy
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luy enroyoit et celles de messîre Charles d'Âmboise, et luy dist la créance qu'il avoit a luy dire, contenant que, tout incontinant les lectres veues, ledit Roquebertin s'en aUast a Millan devers ledit messire Charles d'Âmboise, lieutenant du Roy, et que premier eust a bailler audit Âllabre les mortes payes du pallais, ou pouvoyent estre troys cens hommes, pour les mectre ou le Roy luy avoit mandé. Lequel Roquebertin dist : € Voluntiers acompliray je le mandement et vouloir du Roy; mais difficille chose seroit a faire promptement et seurement me desloger; car, si les mortes payes habandonnent le palais, le peuple de Gennes pourra pencer que le Roy se defifye de eulx et que leur machinacion est clerement descouverte, par quoy moy et tous les Françoys, qui devant eulx nous trouverons, serons en danger de la vye ; dont est besoing diflferer la chose quelque peu de temps. > A quoy ne voulut entendre ledit Âllabre, disant : € Non, il est besoing de faire le vouloir du Roy, qui est de promptement retirer ses mortes payes et les mectre a la garde du chasteau, qui grant besoing en a ; et, si par avanture ilz sont deffaictz ou empeschez par les Gennevoys, et que guerre soit du tout ouverte, a grant difficulté pourra estre ledit chasteau garny de gens d'armes. Et en oultre vous devez savoir que, au moyen de la prise d'aucuns Gennevoys que le capitaine dudit chasteau détient, tout le peuple de Gennes en est mutiné et prest a dire le mot contre le Roy, dont est mestier, au plus tost que faire se poura, et, avant que plus de bruyt se lieve, de ranforcer le chasteau, et tant y a que ja pence le Roy que vous soyez avecques lesdites mortes payes audit chasteau, ainsi
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que ja loQg t^nps vous a mandé, oomme il m'a dit a mon partement, et que la tous trouyeroye. Pour ce, n'est heure de plus différer, mais faire le vouloir du Roy. > Oyant celuy Roquebertin ce que dit est, pria ledit Allabre que au moings vousist premier demeurer illeoques deux ou troys jours, et que ce pandant il trouveroit moyen de sortir de la ville et eschever le danger des villains, ce que ne voulut ledit Âllabre, mais dist que plus ne demeureroit au palais. € Car j'ay, dit il, lectres adroissans a messire Gallaz, capitaine du chasteau, lesquelles fault a toute dilligence a luy présenter; car j'ay, de ce, comandement exprès du Roy, auquel me fault, toutes choses lessées, obéir. > Ce dit, voyant celuy Roquebertin que autre chose ne pouvoit, et qu'il estoit force que ledit Allabre s'en allast au chasteau, dist : € Or, allez en la garde de Dieu; je vous bailleray une mulle et ung gentilhomme pour vous conduyre et acompaigner jucques au chasteau, affîn que la ville ne se doubte de nostre affaire. Allez le plus celeement que pourez, et par voyes oblicques que la guyde que je vous baille vous saura mener. Et, au surplus, je vous transmectray toutes les mortes payes du palais, de nuyt, afïin ({ue par les villains ne soyent advisées ou arrestées. » Ce dit, ledit Allabre avecques sa guyde monta a cheval, et dist a sa guyde qu'il le menast vers la marine, a l'oposite de la ou il vouloit aller, affîn que les Gennevoys ne sceussent ou il tiroit. Et ainsi s'en alla vers la marine a cartier et retourna par rues segrectes et foraines, tant que, sans cmpeschement, se rendit au chasteau, ou trouva messire Gallaz de Salluzart, capitaine de ladite place, auquel bailla les lectres du Roy, et luy monstra man-
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dément dudit seigneur, comme il faisoit et ordonnoit ledit Âllabre capitaine de Sainct Francisque, qui est ung colliege de cordelliers, assix au pié de la cytadelle du chasteau, bien ranfermé et fort a merveilles, lequel peut secourir le chasteau et estre du chasteau secouru contre la ville, dont estoit besoing mectre garnison dedans ledit colliege. Àusi mandoit le Roy, par lectres ausdils souldartz du pallais, qu'ilz eussent a obeyr audit Allabre en cest affaire, comme a sa personne, après le département de Roquebertin.
Geluy messire Gallaz, capitaine du chasteau de Gennes, voyant les lectres que le Roy luy escripvoit et le mandement susdit, receupt joyeusement ledit Allabre. Et sommairement tous deux ensemble parlèrent sur leur affaire, disant, par conclusion, que mestier estoit que Phelippes de Roquebertin, lieutenant du palais, montast jucques au chasteau, pour parler plus amplement de leurs besoignes, et savoir a luy de Testât et manière des villains de Gennes et quel vouloir ilz avoyent, pour y pourvoir scelon leur possible. Ainsi transmirent message segretement devers ledit Roquebertin, le pryant qu'il vousist aller par devers eulx, pour parler d'aucunes choses, touchant les affaires du Roy ; et que le capitaine du chasteau fust allé parler a luy, mais il n'ozoit habandonner le chasteau, par quoy le prioit bien fort qu'il luy plust monter jusques audit lieu : ce que ne voulut ledit Roquebertin, disant que, pour la doubte de la commune qui grandement estoit esmeue, n'ozeroit et que, s'il faisoit semblant d'y aller, le peuple l'assorameroit, car il estoit tout effrenné et en bransle de ouvrir la guerre aux Fransoys. Quoy plus? si n'est que ledit
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Allabre manda a Roquebertin, s'il ne pouvoit monter au chasteau, qu'il luy envoyast les mortes payes du palais, comme le Roy luy avoit mandé : ce que promist de faire oeluy Roquebertin dedans, quatre jours après ; pendant lequel temps, il pratiqua aucuns des plus octorizés de Gennes, par doulces paroUes et moyens exquys, pour envoyer a Millan ambaxadeurs par devers messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, lequel avoit puissance sur toutes ses affaires, et que avecques luy pourroyent telle chose trecter, que se seroit au proffict de la ville et bien de la chose publicque ; et que, de sa part, il y besoigneroit en manière que Gennes pourroit cognoistre qu'elle auroit ung amy en luy. Toutesfoys ses belles choses leur disoit ledit Roquebertin pour trouver moyen de sortir de la ville avecques eulx et se retirer a Millan, pour la seurté de sa personne; ausquelles choses s'accordèrent les Gennevoys, et a chief de quatre jours luy baillèrent ambaxades, pour aller avecques luy a Millan devers ledit lieutenant du Roy. Et, sur ce propos, se mectent en avant lesdits de Gennes, accompaignés de trente chevaulx, et prennent leur chemin vers bourg de Busalle. Or avoit ledit Roquebertin, premier que partir de Gennes, despeschée une poste et icelle envoyée a Millan, pour advertir le lieutenant du Roy commant il menoit les ambaxades de Gennes par devers luy. A quoy fist responce ledit lieutenant du Roy que de luy il n'avoit commission ne puissance aucune de faire avecques lesdits Gennevoys quelque trecté, ne de les ouyr; a ceste fin, leur renvoya la mesme poste pour de ce les advertir. Lesquelx Gennevoys, oyant ladite responce, très mal contens, s'en retournèrent a
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Genœs, et ledit Roquebertio avecques son train prent son diemin droict a Millan^.
Le mesme jour que oeluy Roquebertin partit de GeooeSy dist a ung nommé Maubouvyer, et a ung autre nommé Françoys de la Fuste, des souldartz du palais de Gennes, que, la nuyt ensuyvant de son par^ tement, eussent a mener et conduyre les aultres soutdartz dudit palais a Sainct Francisque, dont estoit capitaine ledit Àllabre, car ainsi l'avoit mandé le Roy. Dont icelle nuyt se rendirent lesdits Maubouvyer et Françoys de la Fuste a Sainct Francisque, avecques six vingtz et sept d'iceulx souldartz. Les autres, qui estoyent en nombre deux cens ou environ, demeurèrent avecques ung nommé Averluch, allemant, qui portoit l'enseigne du seigneur de Ravestain, leur capitaine, lequel Âverluch ne voulut servir le Roy, ains fist mutiner lesdits compaignons, dont y avoit plusieurs Françoys, lesquelz se misrent au service et a la soulde des Gennevoys.
Dedans le palais de Gennes, estoit demeuré ung nommé messire Ëstienne de Gernerieu, docteur, lequel avoit la lessé Phelippes de Roquebertin, pour astre son lieutenant. Mais, voyant la retrecte des souldartz dudit palais, et le peuple de Gennes esmeu, dist qu'il se osteroit du chemin, comme les autres, ce qu'il fist; car, la nuyt ensuyvant, il deslogea sans trompette et
1. D'après Salvago, Roquebertin n'avait imaginé cette ambassade que comme expédient pour garantir sa sortie. Cependant, il paraît qu'en réalité ces ambassadeurs envoyèrent à Milan demander un sauf-conduit, qu'on le leur accorda, qu'ils ne parurent pas (nouvelles du 9 mars. Sanuto, VU, 31) et qu'on essaya encore de négocier, malgré leur abstention [Ibid,, 36, 4f)); mais les Génois étaient divisés au sujet de cot accord.
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s'en alla d'emblée devers le lieutenant du Roy, qui lors estoit a une petite ville nonunée Gamallo, terre de Millan^. Et de la s'en alla audit lieu de MiUan, pour eatre plus asseur.
Lorsque ledit Maubouvyer et de la Fuste eurent menez ce qu'ilz peurent de leurs gens devers Fussier, Âllabre, au matin, dedans ledit colliege de Sainct Francisque, receupt le serment d'iceulx, de bien et loyaument soubz sa charge servir le Roy.
Le mesme jour que les souldartz eurent faict le serment, comme dit est, ledit Âllabre, capitaine de Sainct Francisque, voyant grant nombre de frères estre leans, doublant long siège, et que, au moyen de trop de gens, les vivres se peussent diminuer et deffaillir, et venir autres inconveniens, appella le gardien, auquel dist que pour les causes susdites estoit requis d'en envoyer partie et retenir ceulx seuUement qui mestier faisoyent pour le service divin ; par quoy ledit gardien en envoya tous lesdits frères, reservez cinc, et luy sixiesme.
Tout cela faict, ledit capitaine se prist garde de sa place et l'environna de tous costez, pour icelle adviser ; et, aux lieulx qu'il veist besoigneulx de ayde, fist faire fors et rampars, ou luy et ses gens misrent la main a l'oeuvre, en manière qu'ilz n'eurent doubte de la force des Gennevoys, ne crainte de leur siège.