‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 78 sur 183 · Sans doute Gambold, près de Vigevano · texte numérisé non relu

Sans doute Gambold, près de Vigevano

140 CHRONIQUES DE LOUIS XH. [Février 1507

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Ck)MMÀNT LES GeNNEVOYS SE MISKEPTr SUS CONTRE LE Roy et ASSIEGERENT LE GaSTELLATZ DE GeNNES, ET PRINDRENT PAR COMPOSITION ; ET COMME, SUR LADITE COMPOSITION, IL OCCmENT INHUMAINEMENT LES FrAN- ÇOYS QUI DEDANS ESTOIENT.

Tantost que les ambaxadeurs de Gennes furent retournez de bourg de Busalle audit lieu de Gennes sans avoir esté ouys du lieutenant du Roy ; et ausi sachant commant le capitaine du chasteau de Gennes avoit priz aucuns de leurs cytoyens, que ancores tenoit prisonniers et iceulx traictet très rudement ; coignoissant ausi par l'absentement des souldartz du palais, qui s'estoient retirez au chasteau, que les Françoys ne se fyoyent plus en eulx, et que de tous pointz leur entreprise estoit descouverte, tindrent entre eulx une turbe commune ou conseil populaire, ou plusieurs propos escartiz et raisons inconsultées furent mises sus. Â ce conseil, furent appeliez Paule de Nove, duc du peuple de Gennes, Manuel de Canale, Demetrius Justinian, Anthony de Ciuuly, le capitaine Ternatin, Guilhon, capitaine de Poulcevre et autres de ceulx qui estoyent venus du siège de Monigue, et grant nombre d'autres, tant du peuple gras que de la commune; lesquelz, après plusieurs allégations desordonnées, conclurent de declairer eulx et la ville de Gennes contre le Roy, et des lors commaincer leur rébellion et luher tous les Françoys qu'ilz pourroyent trouver et prendre dedans leur pays ; tant que, pour commaincer, tous a

Févr. i507] GOMM» LES 6ENNSV0YS SB MISBSNT SUS, ETC. 141

une voix crièrent : Populo f Populo f taisant leur cry de: France! France/ que jucques a celle heure avoyent tousjours cryé.

Âvecques leurs cris impetueulx et bruyt de peuple effrenné, s'en allèrent assiéger une petite place nommée le Gastellas, estant assise au dessus du chasteau de Gennes^, dedans les montaignes, en laquelle estoyent XX ^ Françoys et troys femmes, soubzla charge d'ung nonmié Regnault de Nouaille, capitaine de ladite place ; et, ung jour de vendredy lendemain de la my caresme, sur Teure du point du jour, aprocherent lesdits Gennevoys le Castellas et comaincerent a tirer encontre leur artillerye, sans cesser, depuys le matin jusques au soir sur le vespre. Les Françoys qui dedans estoyent se deffendirent au mieulx qu'ilz peurent ; mais, pour ce que la place estoit mal advitaillée et desprouveue de secours, les souldartz parlamenterent, disant aux Gennevoys : < Nous rendrons la place, noz vyes et bagues sauves, ou sinon sununes délibérez de vivre et mourir icy a la defFence de nous et de nostre place. » Les Gennevoys, voyans qu'ilz ne les auroyent par force, sans avoir partie a la perte, combien qu'ilz eussent juré la mort de tous les Françoys qui la estoyent,

1. Une miniature du célèbre ms. le Voyage de Gênes, de Jean Marot (fr. 5091), représente (fol. 10 v^) la prise du Castellazzo par les Génois. Au premier plan, le château et l'abbaye de Saint- François, avec les étendards de France flottant au vent; la mer; la ville de Gênes. En haut d'une montagne, le Castellazzo, avec le drapeau français (rouge et jaune, à emblèmes d'or). Des colonnes de Génois montent à l'assaut, en massacrant des femmes; quelques-uns portent, au bout de piques, des dépouilles sanglantes. Ils ont le pavillon à croix rouge et le pavillon de Saint-Georges.

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