Novi, Serravalle
180 CHRONIQUES DB LOUIS XII. [Avril 1507
Messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, et plusieurs des autres capitaines françoys misrent toute la peine qu'ilz peurent pour les faire marcher; et, pour ce, donnèrent a leurs capitaines or et argent, et force habillemens de soye, en leur disant : < Messieurs, n'estes vous pas venuz icy pour servir le Roy, et a ses gaiges, que ja avez receues, et par le vouloir et consentement des seigneurs de voz ligues et quantons? Ne voyez vous ja l'armée de France, et l'autre bende de voz compaignons, prestz de partir pour aller a Gennes, et le Roy mesmes qui nous marche en queuhe, pour se joindre avecques sadite armée? > Plusieurs autres raisons leur furent dictes et mises sus; mais, pour ce, ne voulurent desloger. De quoy le Roy fut merveilleusement contre eulx courroucé, délibérant, si autre chose ne vouloyent faire, de les faire tous tuher. Les seigneurs des Ligues et quantons furent par postes de ceste chose advertys ; par quoy a toute dilligence leur mandèrent que, sur leur vye, ilz marchassent en avant, et qu'ilz servissent le Roy envers tous et contre tous : ce qu'ilz firent, et se mirent a la route, droict au Bourg de Buzalle, ou trouvèrent l'armée de France.
Le XXII® jour dudit moys d'apvril, le Roy partit de Felissant^ et adressa vers AUexandrye, avecques luy estant Charles, duc de Bourbon^, Anthoyne de Lorrenne, duc de Callabre, Françoys d'Orléans, duc de Longue ville et seigneur de Dunoys, Aiphons d'Ast,
1. Il y avait passé la journée entière du 21 (Arch. nat., KK. 88, fol. 139).
2. Le jeune Charles de Bourbon-Montpensier (le futur connétable), qui venait d'épouser Suzanne de Bourbon.
ÂTril i507] COUM^ LBS GBNNEVOYS ASSAILLIRENT, ETC. 181
duc de Ferrare, Charles de Gleuves, conte de Nevers, Fraoçoys, monseigneur de Luxambourg, Francisque de Gonsago, marquys de Mantoue, Jehan Guillerme, marquis de Mo[n]ferrat, et tous les autres dessus nommez, réservé le duc d*Allençon, lequel estoit demeuré en Ast mallade de la rougeoUe^ et ainsi accompaigné s*en alla a AUixandrye. Au devant de luy^ sortirent les seigneurs de la ville a grousse trouppe pour le recepvoir et faire la harangue pour le peuple de ladite ville. Ausi luy sortirent au devant troys cens petilz enfans, tous vestus de robes blanches, portans cliascim en la main une baneroUe des armes de France ; lesquelz petis enfans couroyent au devant de luy, cryant a haulte voix France! France/ France! France! Et ainsi s'en entra par le bourgue, tirant vers la cyté, ou toutes les rues estoyent tendues et parées de verdure, et au dessus toutes semées des armes de France et de Bretaigne. Et, des l'issue d'une rue nommée la Ferrerye, entrant en la place de ladite ville, avoit une haye de verdure couverte d'ung drap rouge, pers et jaune, lequel alloit jucques devant la grant porte du domme Sainct Petre, ou, contre le hault de ladite grant porte, estoyent troys escus, assavoir : au millieu, celuy de France aux armes plaines, et aux deux costez France et Bretaigne, my parties. Ainsi accompaigné, et soubz ung poisle de damas blanc a franges d'or, porté par six des plus grans de ladicte ville, s'en alla jucques a la porte du domme, ou mist pié a terre ; la trouva tout le clergé de la ville avecques les
1. Cf. Saiflt-Gelais. Diaprés la lettre de Louis XII du 18 avril, le duc d'Alençon avait la variole.