Avigliana
3. Cinq jours. Il en repartit le 20 pour Felizzano. Il alla le matin du 17 à l'église des Jacobins, le 18 à l'église Saint-Segond, le 29 au prieuré de la Madeleine, le 16 et le 20 au Dôme.
4. D'Asti, il lit écrire par l'ambassadeur d'Espagne une lettre qui proposait aux Génois un arrangement amiable et paternel (Salvago).
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vivres et se donner garde du pays : ausi y avoit ja po[u]rveu messire Charles d'Âmboise, en manière qu'il avoit donné charge a quelques marchans du pays d'en faire le plus grant prochas que possible seroit; et avecqaes iceulx avoit nia[r]chandé et baillé cinq mille escus d'avance» lesquelz s'en aquitterent très a poinct.
Les Yenissians estoint lors a grosse armée en la conté de Crémone, terre de Hillan; lesquelz ne faisoyent manière de saillir de leurs garnisons, mais disoient qu'ilz estoyent la pour garder leur pays et secourir le Roy, si besoing avoit de leur ayde. Toutesfoys on ne s'i (ioit pas trop, car ilz ont souvant garde derrière et tiennent le party des plus fors.
En Ast se reposoit le Roy lors, et luy ung jour, se sentant délibéré, dist qu'il se vouloit essayer en son harnoys et chevaucher ung des coursiers de son escuyerye pour s'en ayder a la bataille, laquelle chascun esperoit. Et, comme ce jour je fusse entré en sa chambre pour luy vouloir bailler quelque peu d'escript joyeubc que j'avoye en la main, je le trouvay en pourpoint, avecques peu de gens et messire Galleas de Sainct Severin, son grant escuyer, ausi en pourpoint, lequel luy chaussoit ses solleretz et harnoys de jambes, avecques les cuissotz. Ce fait, demanda la cuyrasse, et, premier que la vouloir prandre, dist audit messire Galleas : « Je la veulx voir premièrement sur vous, car mon harnoys vous est presque tout faict. » Apres que ledit escuyer fut armé de ladicte cuyrace, le Roy la regarda de tous coustez et la trouva bien faicte, disant : « Je cuyde qu'elle me sera bonne et bien aysée. » Et fist desarmer celuy escuyer, puys se fist armer de sadite cuyrace et de toutes les autres
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pièces, et essaya dessus son harnoys ung soye d'orfeverrye moult riche, et tout autour semé d'escripteaux, ou estoit escript en lectre romaine : < Nescis quid vesper vehat ; » qui est a dire : < Tu ne scay quelle chouse la fin porte, » ou : < Tu ne say la fin a quoy je tendz. » Tandys qu'il se faisoit armer, je despliay mon papier en m'approchant de luy et luy distz : < Sire, j'ay faict une petite balade touchant les Gennevoys ; s'il est vostre plaisir de Touyr, je Tay icy. » Lors me commanda que je la leusse^ ce que je fys comme s'ensuyt :
Les Gennevoys, de leur propre nature, N'ont foy ne loy, si se n'est d'avanture Par fainctise, qu'on ne doibt soustenir. Ja tant de foys ont mys a la roupture Leurs promesses qu'il n'y a créature Raisonnable qui se y vueille tenir; Voire et cuydent par force entretenir Leur bon crédit, et mener leur affaire, Sans le devoir et tribut vouloir faire A vous, Sire, ne a droict vous supplier; Mais, s'ilz sont fors, pour leur effort deffaire, Leur force fault par force humilier.
L'istorial et prouvée escripture Nous monstre assez et faict clere lecture De leur faulx tours, dont noustleusl souvenir : Sur noz gens lors firent desconfiturc
d. Le 18 avril, Louis XII écrivait d'Asti à Guillaume de Montmorency une lettre très gaillarde : il demandait qu'on lui envoyât une « chanson » faite au même moment par Fénin, avec des illustrations du peintre Jean de Paris, pour « monstrer aux dames de par deçà, car il n'en y a point de pareils » (publiée par nous, Revue de VAiH français, 1886, p. 9).
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En leurs destroictz, soubz ombre et couverture De leur vouloir ayder et subvenir ; Le Roy Louys les sceut bien prévenir, Quant en enfer ordonna leur repaire; Au Roy Charles tindrent party contraire *, Puys les voyez contre vous rallyer.
Que reste plus ? pour venir au parfoire. Leur force fault par force humylier.
Faictes sur eulx et dessus leur clousture Ung tel eschec et si ample ouverture Qu'on y puisse seur aller et venir, Sans leur lesser ne vivre ne pasture, Place, ne fort, or, argent, ne voicture, Tant qu'il en soit mémoire a l'advenir. Et que tous ceulx qui les voirront pugnir Ayent tous temps craincte de vous meffaire; Mais au surplus qui vouldroit satisfaire A son deifault, il fault tout oublyer*, Aux rebelles qui ne se vouldront taire, Leur force fault par force humilier.
Prince, a la fin qu'on n'y soit a reffaire, Prenez tous ceulx qui ont voulu forfaire, Et les faictes bien baguer et lyer.
Pour les Irecter comme il vous pourra plaire Et en faire des autres Pexemplaire.
Leur force fault par force humylier.
Une autre foys adviendroit de léger, Que par deffault de bien les corriger De leurs delicLz, dont ils en ont faict tant, Que leur vouloir seroit prest et contant De faire ung tour pour vous endomager.
Si a ce coup ne les faictes renger A la raison, il est bien a songer Qu'il en feront ancores bien autant Une autre foys^ IV 12
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Puysqu^a[u]treineQt on ae s'en peut venger, Chastyez les ores, pour abréger, Ung coup pour tous, en vous y esbatant. Et, cella faict, soyez asseur de tant Que eulx et autres doubleront le danger Une autre foys.
Âpres la lecture de caste ballade, le Roy transniist quérir ung coursier bay, nommé Boy gracieulx, lequel fist amener dedans ung preau fermé, derrière son logys; et luy, armé de toutes pièces, monta legierement dessus, sans ayde ; et la commainça a faire faire carrière, courses et grans saulx a sondit cheval, qui estoît si très a main, a la bouche et a Tesperon qu'il en faisoit tout a son plaisir : a la foys luy donnoit une viste course, et a l'arrest le tour, et les quatre piedz a mont ; et a la foys le grant sault et a la ruade, avecques le tropt court soubz bride et tous les tours que cheval povoit faire. Ausi estoit le Roy qui le manioit si très adroict et tant bien a cheval que, pour sault ou ruade que fist son cheval, on n'eust ouy sur luy pièce de harnoys bransler. Somme, tant tourmenta sondit cheval qu'i le mist tout en eau, puys mist pié a terre et s'en alla boyre et desarmer.
La, n'eust officier de la maison du Roy, des les plus grans jucques aux soilhons de cuisine, qui n'eussent leurs harnoys. Aucuns des vielz maistres d'ostelz du Roy, et autres qui pour la goûte n'estoyent aisez de leurs personnes, voyant que c'estoit a tout, essayèrent ausi leurs harnoys, que, long temps devant ce, n'avoyent mys sur le doulx. Somme, il n'y eut celuy qui ne mist la main aux armes, voire aucuns prelatz et seigneurs d'Eglise, qui la estoient, disant que deffendre par
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armes la personne du prince, seigneur de leur pays, estoit millité et bataillé pour la defience mesme du pays, ce qui leur est permys et loisible en temps de nécessité.
Apres que le Roy eut pris en Ast quatre jours de repoux, et mise son armée a chemin pour tirer a Gennes, partit de sadite ville d'Ast, en armes, avecques plusieurs des seigneurs de son sang et autres grans seigneurs de France. La avoit avecques luy cent de ses gentishommes et toutes ses gardes. Et ainsi le xxi"* jour du moys d'apvriP, en Tan mil cinq cens et VII, tira son chemin droict a Felissant, terre de marquisat, ou dormit pour la nuytée ensuyvant.
Messire Charles d'Amboise, qui conduisoit son armée, estoit ja au bourg de Buzalle, et six mille de Allemans, qui premiers estoyent venus des Ligues, joinctz a ladite armée de France*. L'autre bende d'iceulx Allemans estoit ausi arrivée a une petite ville nommée Nove, près de SarravaP, a l'entrée des montaig^nes de Gennes. En laquelle bande estoyent troys mille cinq cens Allemans, lesquelz ne vouloyent pour riens passer oultre, disant que leur charge ne le portoit point, et qu'ilz ne ma[r]cheroient plus avant; et, sur ce propos, séjournèrent audit lieu de Nove vi jours.
1. Le 20; le 21 au matin, Louis XII entendait la messe à Felizzano (A.rch. nat., KK. 88, fol. 139). Felizzano faisait partie du Montferrat.
2. Dans sa lettre du 18 avril citée ci-dessus, le roi dit que « tous les Suysses » sont déjà arrivés à Busalla avec l'artillerie, que la plupart des villes et forteresses du pays de Gênes ont déjà envoyé leur soumission : « Et espère en brief avoir le reste, avec la ville, en mon obéissance. »