‹ Chroniques de Louis XIIChapitre 92 sur 183 · Polcevera · texte numérisé non relu

Polcevera

Avril 1507] COUM^ LES YILLAIN8 DE POULGEYRE, ETC. 183

goîgne, lequel leur fut baillé, et depuys a toutes affaires les oonduyt et gouverna. Ung autre gentilhomme, nommé le Lorrain, de ceulx du Roy, en avoit ausi soubz sa charge cinq cens d'autres, appeliez les Francz Ciompaignons, parce qu'il les avoit amenez desdits pays des Ligues comme avanturiers.

Les Gennevoys sceurent incontinent commant l'armée de France estoit a Bourg; et ja iceulx avant l'arivée de ladite armée avoyent mys gens a grant nombre sur les montaignes et avoyent faict ung fort viz a viz dudit bourg, au pendant de la montaigne, et la faict embuscher grant nombre de gens armez, lesquelz furent des Françoys ad visez et descouvers. De quoy fut adverty le lieutenant du Roy ; et, pour ce, appella ung jeune gentilhomme nommé Jacques du Mas, seigneur de risle, et luy bailla six hommes d'armes, nonmiez Martin Villetepyon, Ymbault, Charles de Villennes, Sallenelles, et deux autres, avecques dix archiers, lesquelz envoya a ladite montaigne pour voir la manière et le fort d'iceulx villains. Jacques de Bourbon, conte de Roussillon, et quelques autres gentishommes et gens de pié avecques eulx, tirèrent ausi celle part; et n'eurent gueres monté que villains de toutes pars ne leur fussent en barbe, et comaincerent bien a point a escarmoucher, et tant que finablement les Françoys reposserent les Gennevoys ^ Durant ceste escarmouche, deux Françoys, archiers de la

4. D'après Guichardin, ils les repoussèrent sans peine. L'attitude martiale des Français dans ces d(»iilés très diiliciles sulïit à épouvanter la « vile populace ; » 600 fantassins qui gardaient les preniiers passages prirent lâchement la fuite, et tout le reste les imita.

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compaigDie du seigneur de Montoison, s'escarterent des autres Françoys en chassant aucuns d'iceulx villains; lesquelz archiers furent encloux par quelques embûches, et, premier que on les peust secourir, sur le champ furent assommez et mors. L'escarmouche dura longuement, car les villains estoyent a grant nombre, et si avoyent ung fort ou se retiroyent, et de la tiroyent traict a tous coustez. La fut blecé ung homme d'armes nommé Mondragon, de ceulx du seigneur de La Pallixe, et eut ung coup de trect au visaige. A toutes mains furent chargez ses villains, et tenus de si près que plus de xx y demeurèrent mors en la place ; et tant fut que a la parfin habbandonnerent leur fort et fuyrent par les montaignes, en manière que plus ne voulurent empescher celuy passage.

Messire Mercure, capitaine des Albanoys, fut envoyé courir le long de la vallée de Poulcevre, avecques ung nombre de ses Albanoys ; lequel s'en alla jucques près de Sainct Pierre d'Areine, qui est des faulxbourgs de Gennes, et la trouva ung capitaine de piétons gennevoys, lequel fist bonne manière de guerre et mist bien deux cens homes qu'il avoit en ordre, pour actendre lesdits Albanoys. La comaincerent l'escarmouche, telle que les Gennevoys furent a deux ou troys charges espartys et rompus : si prindrent la fuyte vers Gennes, et Albanoys après, et tant que plus de XX d'iceulx meschans Gennevoys y demeurèrent, et raesmenient leur capitaine, duquel emportèrent les Albanoys la teste, piquée au bout d'une de leurs lances; et, en eulx retournant, trouvèrent, aux deux coustez et an bas des montaiffnes, terre couverte

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de geos armez pour leur couper le chemin. Mais iceulx AJbanoys tenoyent tousjours le milieu du gravyer, loiogs desdites montaignes de demy gect d*arc, et, si tost que aucuns d'iceulx Gennevoys cuydoyent prendre la plaine, les Albanoys a oource de cheval les repoussoyent arrière au montaignes, et en demeuroit tousjours quelqun. Et ainsi se retirèrent iceulx Albanoys jucques au Bourg, ou estoit l'armée du Roy, et la advertirent messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, commant les montaignes de Poulcevre estoyent toutes couvertes de gens armez; et tout autour de Genoes, sur les montaignes, et au pendent d'icelles du costé de la passée de l'armée de France avoit plusieurs fors, barrières et bastyons garnys de gens et d'artillerye ; et que grant route de villains estoyent embuschez par les montaignes pour destrousser les vivendiers et ceulx qui s'escarteroyent de l'armée, ou autres mal accompaignez ; a quoy estoit besoing de y pourvoir pour lasseurté des vivres et passans. Pour mectre provision a la garde des passages, le lieutenant du Roy ordonna estre mys gens d'armes de six mille en six mille, qui garderoyent lesdits passages, et de lieu a autre feroyent acompaigner les vivandiers. Et, ce faict, fut mys le feu partout et brusiez villages et maisons.

COMMATST l'armée du ROY PARTIT DU BOURG DE BUZALLE POUR ALLER ASSIEGER LA VILLE DE GeXNES^

Le vendredi xxin™® jour du moys d'apvril, en l'an

1. Miniature, au fol. lxi du ms., représentant la marche de l'armée : dans le fond, une escarmouche sur la montagne.

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mil ciocq cens et vu S messire Charles d'Âmboise, lieutenant de Tarniée du Roy, fist au matin desloger ladicte armée de bourg de Buzalle et mectre Tavan garde assez loing devant, que luy mesmes conduysoit. Entre Tavan garde et la bataille fist mectre en avant le charroy de l'artillerye et le sommage ; la bataille et Tarriere garde après, estant loings l'une de Tautre de deux gectz d'arc, ou environ ; les Âllemans et gens de pié avecques l'artillerye. Et ainsi marchèrent gens d'armes le petit pas, jucques a ung lieu nommé Pontedesme, a six mille près de Gennes; et la furent ce jour et tout le lendemain pour tenir conseil et ordonner des approches de Gennes, et de la manière comment au plus seur le siège se pourroit assoir et mectre, et de toutes leurs autres affaires. Lesquelles choses furent la mises en conseil, ou furent appeliez messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palixe, messire Yves d'Allègre, messire Jehan de Bessey, capitaine des Allemans, messire Phillebert de Clermont, seigneur

1. La relation olïicielle des événements après le 25 avril fut imprimée à Gênes même le 29 avril 1507, in-4* goth. Elle a été réimprimée dans les Archives curieuses de Gimber, p. i5 et suiv., sous son titre la Conquesie de Gennes, et en partie dans le Cérémonial français de Godefroy. Elle est, en outre, contenue dans des opuscules de circonstance : la Bataille et assault de Genius, donné par le très crestien roy de France Loys XII de ce nom, avec la trayson que les Genevois ont cuydé faire; et aussi la complainte desditz Genevois, petit ïn-i° goth. de 4 feuillets, avec un bois sous le titre, s. 1. n. d.; la Prinse du bastillon et la réduction de Gennes au très chrestien roy de France Loys douziesme de ce nom, petit in-^*^ goth. de 2 feuillets (soit 3 p. de texte, un bois sur la i'"''), o imprimé pour Guill. Vineaulx, » qui se compose d'une lettre de nouvelles, datée du 27 avril au soir; V Entrée du ires chrestien roy de France Louys douziesme de ce nom, en la ville de Gennes, petit in-4o goth. de 2 feuillets, « im})riDié à Paris. » Un exemplaire de ces trois opuscules est relié daus le portefeuille Fontauieu ITjb.

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de Montoisoo, et plusieurs autres capitaines et gentisbommes pencionnaires du Roy. Ausquelz dist messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy : < Messeigneurs, vous savez assez le vouloir du Roy et la cause de nostre afiTaire, qui est entièrement fondée sur la prise et réduction de la cyté de Gennes, rebelle et désobéissante audit seigneur. Or, summes nous a tant venus qu'il ne reste, sur ce, que de mectre les mains a l'œuvre, ce qui nous est mestier de faire, en manière que se soit a nostre louenge, a l'onneur du Roy et au proffict de la chose publicque. A ceste fin vous ay je voulu icy appeller, affin que chascun de vous, scelon ce que en pourrez savoir et entendre au plus près, de loyal conseil m'en vueillez descouvrir vostre advys, comme ceulx qui a plusieurs haultes entreprises et louables faictz avez esté. Vous savez, a suffire, de la force et situation du lieu, et comme tout autour de plus en plus fort elle est fortiffyée. Toutesfoys, il n'est si forte chose, si cueur vertueux par vouloir la désire, que de pouvoir ne l'obtienne ; et sachez que seigneurie gouvernée et soustenue par democracye, qui est puissance popullaire, ne peut nullement durer et longuement estre en pouvoir, car peuple effrenné, comme est cestuy de Gennes, par envye de domyner ou orgueil de seigneurye, se divisent facillement. Or, ont ja eslu et faict ung duc d'ung taincturier et mechanique, que longuement n'aprouveront les marchans et ceulx du peuple gras. Par quoy nous fault vertueusement les assaillir et donner dedans, au plus tost (juc faire ce pourra, pour les prévenir, et ne leur donner temps d'avitailler leur ville et pencera leur besongnes. Et me semble, sauf meilleur advys, que, demain au

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matin, soit transmys aucun bon capitaine avecques bonne puissance de gens d'armes, descouvrir la montaigne et adviser leurs fors ; car sur tout est requys, avant que assaillir la ville, gaigner les montaignes et les fors qui sont dessus et autour : autrement, si nostre armée passe oultre, et les montaignes soyent occuppées par les Gennevoys, noz vivendiers, sans grosse garde de gens d'armes mise en divers lieux (ce qui amandriroit fort nostre armée), ne pourront passer, et nuyt et jour seroit nostre armée de tous costez ennuyée et assaillye et sans repoux. Par quoy me semble qu'il y fault envoyer quelque bon chief, et bien accompaigné, pour aller voir que c'est; et en queuhe faire marcher toute l'armée pour rainforcer a besoing ceulx qui monteront la montaigne; et ausi, pour donner sur leurs fors et barrières, ferons la près et en lieux propices charryer et atiltrer quelques pièces de bonne artillerye pour donner au travers. Et, en ce faisant, m'est advys, si nous y allons de bonne voilhe, que nous aurons part au logis. »

L'advys et oppinion du lieutenant du Roy fut, de tous les capitaines qui furent la et autres gentishommes, louhé et recommandé : auquel furent, par aucuns desdits capitaines, plusieurs autres moyens adjoutez et faictes diverses ouvertures ; mais, a la conclusion, fut dit que ladite montaigne seroit assaillye et gaignée, qui pourroit, premier que passer oultre. Et dist la messire Jacques de Ghabanes, seigneur de La Pallixe : « Il me semble, dist il, que, quelque nombre que soient ses villains, et quelques fors qu'ilz ayent aux montaignes, si avecques eulx nous nous assemblons, que peu de résistance feront, veu que ce n'est que

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oommune, qui o'a acoustumé la guerre ne n'est usitée du mestier, et ausi qu'ilz ont leur ville au dos pour retrecte, ou tousjours auront Tueil, qui les chergera roydement. Et, en oultre, si quelque paoureulx, dont entre eulx y peut avoir quelqun, par craincte des orions qui la se donneront a tour de bras, par avanture prend la fuyte, Dieu scet quelle suyte des autres il aura. Car la manière de commune tient tel desarroy en bataille que le premier qui desloge actraict tous les autres et a fuyr les convye; ayant tel desordre au surplus que, après esbranler, james ne se ralyent. Dont mon oppinion est quMIz soyent tost assaillys et chaînez roidement. » Laquelle oppinion fut tenue de tous, et ordonné par ledit messire Charles d'Âmboise, lieutenant du Roy, que celuy messire Jacques de Chabannes, seigneur de La Palixe, auroit ceste charge; et que avecques luy auroit troys mille hommes de pié françoys et quelque nombre d'autres gens d'armes qu'il vouldroit choisir par les compaignyes. L[a]quelle charge print voluntiers ledit seigneur de La Palixe. Et, saichant celle entreprise, plusieurs seigneurs et autres gentishommes qui la estoyent disrent que sans eulx ne se feroit la menée, et que messire Jacques de Ghabannes, que chascun suyvoit voluluntiers {sic) y n'yroit a ladite montaigne qu'ilz ne fussent avecques luy, et tant que chascun se convyoit a ce banquet ; dont se délibérèrent plus de cent des pencionnayres et autres gentishommes du Roy de ce trouver a cest affaire.

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Gommant le Roy partit d'Allixandrie pour s'en

ALLER joindre A SON ARMÉE, QUI MARGHOIT DROIGT

A Gennes.

Le Roy, qui d'Allixandrie savoit a toute heure nouvelles de son armée, se voullant joindre a elle, partit de ladite ville d'Allixandrye, le xxra""® du moys d'apvril, sur les vu heures du matin S après la messe ouye*, ayant disné légèrement et estant armé de toutes pièces, monté sur ung coursier blanc bardé de blanc avecques ung soye de mesme coulleur et broché d'or.

1. Une miniature du Voyage de Gènes (fol. 15 \<*) représente la sortie d'Alexandrie. Le roi est vêtu, comme le dit Jean d'Auton, d'un sayon blanc (probablement de soie) brodé de ruches d'or et d'abeilles d'or. Sur les bordures du vôtcment royal et de la housse pareille du coursier est brodée la devise : Non utilur aculeo rex nosier. Le roi porte sur la tête sept grandes plumes blanches. Le blanc (hermine de Bretagne) était la couleur de la reine Anne. Louis XII portait toujours, en campagne, un très haut panache blanc et son cheval de même était empanaché. Ses comptes de 1509 nous montrent qu'avec son économie habituelle il portait ordinairement un vieux plumet soigneusement réparé (KK. 86, LU vo). Mais, le jour de la bataille d'Agnadel, il arbora un grand panache tout neuf, composé de douze énormes plumes, sortant de trente-deux plumes basses, fixées sur un bourrelet avec une garniture de neuf petites plumes, le tout « chargé de paillettes, branslans (d'orfèvrerie) et frangé de franges d'or » (ibid,, lu). Dans la mêlée, à laquelle Louis XII prit une part active, toute l'armée pouvait voir ce grand panache blanc.

2. Cf. Desjardins, II, 238. Le registre de ses olfrandes est resté en blanc i)our ce jour-là.

Avril 1507] GOMMANT LE ROY PARTIT D'ALLIXANDRIE. 191

Et ainsi, avecques ses princes, seigneurs et gentishommes de sa maison et archiers de la garde, tous armez avecques luy, chevaucha de son logis par la grand rue et le long de la place, ou avoit la grant nombre de dames et autres des seigneurs et du peuple de la ville ; dont les dames disoyent a la passée : < Ha ! que grant dommage est de tant de grans princes et seigneurs et beaulx gentishommes de France, qui s'en vont prendre leur fin et mourir a Gennes ! Ja n'en reschappera ung tout seul ! » disoient ses pauvres dames; et de vray pensoyent que Gennes, coustumiere d'obtenir victoires, deust tout mectre a sac ; ce que eussent bien voulu aucuns d'Allixandrie, qui par avanture y avoient de leurs frères ou voysins, comme fut dit par après.

Or, s'en va le Roy, chevauchant tout armé, d'Allixandrie a ung lieu nommé le Boscq, mauvays françoys ; du Boscq ^ a Gavy^ et a Bourg de Buzalle, qui estoit tout en feu. Audit lieu de Bourg arriva le Roy, le sapmady, que le lieutenant et les capitaines de son armée avoyent tenu le conseil d'aller donner sur les villains de la montaigne de Gennes; ce qui fut faict.

1. Il couche le 23 à Gavi, le 24 à « Bosq » ou • Vosque, » que les Florentins appellent a Borgo di Fenari, » le 25 à Boschetto, où il 8'arrôta jusqu'à son entrée à Gênes (KK. 88; Desjardins, n, 238).

2. Gavi était un château très fort appartenant à Bernardino Guasco (Desimoni, Cronaca di Genova, da Aless. Salvago, p. 125).

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Gommant messire Jacques de Ghabbannes, seigneur

DE La PaUXE, AVECQUES PLUSIEURS GENTISHOBIHES FRANÇOYS ET GENS DE PIÉ, FUT ASSAILLIR LA MON- TAIGNE DE GeNNES ; ET DE LA PRISE d'uNG BASTION ET AUTRES FORS, ET d'uNE BATAILLE FAICTE SUR LADITE MONTAIGNE ^

Ung dimenche, xxiui"** jour du moys d'apvril, en l'an mil cincq cens et vu, messire Jacques de Ghabbannes, seigneur de La Palixe, sur le point de y heures du matin, après la messe ouye, partit du Pontedesme, avecques m mille hommes de pié et aucuns gentishommes armez et montez legierement, et se mict en marche droict a Gennes. Lequel ne fut si tost party que grant nombre de gentishommes de la maison et des pencionnaires du Roy ne s'armassent pour aller après, lesquelz disrent a messire Gharles d'Amboise, lieutenant du Roy, qu'ilz yroient voluntiers après, en luy pryant qu'il luy pleust que, sans eulx, ledit seigneur de La Palixe ne montast ladicte montaigne ou commainçast le hutin. Â quoy différa le lieutenant du Roy, disant : « Je n'ay pas transmys le seigneur de La Palixe pour donner la bataille a noz ennemys, mais seullement pour adviser la montée plus aisée et assaillir quelque maison au bas de ladicte montaigne, ou

1. Une miniature du Voyage de Gènes (fol. 17 v») représente la prise du bastion.

2. 25 avril [la Gonqueste de. Gennes) ; cette date résulte aussi de ce. qu'a dit Jean d'Auton lui-même au chapitre xx.

Âml 45071 GOMMANT MS8S1RB J. DE GHABBANNBS, BTC. 193

est quelque nombre de villains qui gardent ce passage ; et ausi n'est heure ne lieu de leur donner ancores la bataille, s'ilz ne descendent en plaine ; ce que ne feront, car ilz ont sur nous Tavantage des montaignes. Par quoy n'est mestier, pour ceste première foys, faire grant effort, mais seullement veoir leur manière et espier les lieux. » Sur ce, firent responce lesdits gentishommes^ : c Nous savons bien que les lieux des montaignes sont difficilles pour nous et adventageulx pour les ennemys ; mais tant y a que, si le seigneur de La Palixe, que avez la envoyé, les rancontre, quelque puissance ou lieu avantageulx qu'ilz ayent , nous summes tous asseurez qu'il donnera au travers, quelque chose qu'il en doye advenir. Dont est requis que, avecques ses gens de pié, aye quelque nombre de gens bien armez pour soustenir ung faix, s'il en est besoing. » Et, pour ce, le prièrent de rechief qu'itz y allassent : < Or, allez doncques, dist il, et gardez sur tout, a ceste première charge, de ne bazarder par trop vostre affaire; car le lieu ou sont noz ennemys est moult avantageulx pour eulx. » A chief de ses paroUes, grant nombre de gentishommes, bien armez et montez sur bas chevaulx, se mectent après a course de cheval, et tant que, avecques le seigneur de La Palixe et ses piétons , se trouvèrent au droict d'ung petit bourg nommé Rivereu^, a ung mille près de Gennes.

1. D'après Symphorien Champier, ce serait Bavard qui, avisant le fort, aurait entraîné les gentilshommes à l'attaquer directement à Tassaut. Le Loyal Serviteur en fait honneur entièrement à Bayard, dont le roi aurait suivi les conseils.

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