Rivarolo, près S.-Pier d'Arena. Cf. Desjardins, II
194 CHRONIQUES DB LOUIS XII. [Avril 1507
Et de la commainça le seigneur de La Palixe a regarder la montaigne et les fors qui dedans estoyent, et tout le sommet et pendant de ladite montaigne, plains de gens armez, qui de tous costez faisoyent criz et tiroyent artillerye sur noz gens. Or, avoient iœulx Gennevoys faict sur la cyme de leur montaigne ung fort bastion, de terre percé a tous costez, et mys dedans grant puissance de souldartz et force artillerye. Et est assavoir que la dedans ceste montaigne sont deux chemyns, qui, du bas de la grave et du pié de ladite montaigne, montent droict audit bastyon et de la descendent a Gennes vers le chasteau et a Besaigne ; desquelz chemins, l'ung est près de Tissue du bourg de Rivereu comme de demy gect d'arc ou environ, regardant vers le chemin de Gennes, sur main senestre ; l'autre, outre ledit Rivereu, loing de deux gectz d'arc, tirant ausi vers Gennes, du costé de la grave ; entre lesqueulx deux chemins estoit assis ledit bastyon, sur le sommet du mont. Or y avoit, sur le bort et au travers d'iceulx chemins, barrières et maisons fortiffyées et force gens d'armes pour les garder. De l'autre costé, sur main destre, estoit une autre montaigne, de la haulteur et pareille de ceste, qui pareillement estoit toute plaine de gens armez.
Ainsi que messire Jacques de Ghabbannes, avecques ses gens, advisoit le lieu pour monter, messire Charles d'Amboise fist a coup marcher toute l'armée et tira celle part. Et, premier qu'elle fust la arrivée, ja commainçoit le seigneur de La Palixe a monter avecques ses gentishommes, les piétons ung peu a cartier, tirant ledit seigneur de La Palixe, par le chemin plus prochain de Rivereu, droict a une maison fortiffyé sur le
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b(M*t dudit chemiD, hault en ladicte montaigne environ deux gectz de pierre.
Au point que le seigneur de La Palixe comainçoit a monter, toute Tarmée de France arriva sur le lieu. La furent tous les gens d'armes a cheval et les AUemans et piétons françoys viz a viz dudit bastion^, dont tirèrent les Gennevoys coups d'artillerye a pierre perdue au travers de l'armée et du camp sans faire que peu de mal ; car la pluspart de leurs coups passoyent par dessus, pour ce qu'ilz venoyent d'amont.
Messire Charles d'Amboise, lieutenant du Roy, voyant monter le seigneur de La Palixe avecques ses gens et adresser vers la maison fortiflfyée sur le bort du chemin et les montaignes couvertes d'ennemys, comanda a messire Pol de Beusserailhe, maistre de l'artillerye, que tout soubdainement il fist monter sur la montaigne quatre faulcons et qu'ilz fussent mys en lieu propice pour tirer contre la maison que le seigneur de la Palixe alloit assaillir et au travers des villains qui estoyent sur ladite montaigne a gr^osses trouppes. Et, tout en l'eure, celuy maistre de l'artillerye, avecques les commissaires d'icelle, qui estoient Estienne de Champellays, Guerin Maugué, Perot d'Oignoiz et Loys Benoist, firent monter quatre faulcons, dont le premier fut monté par les pyonnyers, les autres troys a force de chevaulx et de casbles, et furent mys au pendant de ladite montaigne, entre le bourg de Rivereu et le chemin ou estoit ladite maison, et la tauldis-
i. Ce fort renfermait quatre faucons, deux canons de fonte et une forte artillerie de fer : huit à dix pièces d'artillerie, d'après la Bataille et assautt. Il avait pour objot d'isoler l'armée assiégeante du Castellctto {la Conquestc de Gcimcs).
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sez et assix ; et, pour ioeulx tirer, ung nommé Ferry Utel et quatre autres cannoniers furent la mys et ordonnez. Deux autres groux canons furent mys au pié de la montaigne pour tirer contre le bastyon d'amont; et furent la ordonnez troys cannonîers, nommez Jacques Daussel, Thibault Darchet et Pierre de Sallenove.
A ceste mesme heure, messire Charles d*Amboise, lieutenant gênerai de l'armée du Roy, fist chevallier ung nommé maistre Thomas Bouyer, gênerai de Normandie^, lequel fut la au camp, armé de toutes pièces, vestu d'ung soye de drap d'or et monté sur ung bon courcier.
Le seigneur de La Palixe, avecques grant nombre de gentishommes armez, s'efforçoit a toute puissance de gaigner la montaigne, laquelle estoit droicle a merveilles et haulte d'une lieue de chemin ou de près. Et, pour ce que j'estoye lors sur le lieu et viz iceulx gentishommes monter et partie de leur exploict, aucuns d'iceulx ay voulu nommer icy : premièrement, messire Jacques de Chabbannes, seigneur de La Palixe et chief de la bende; Jehan Stuart, duc d'Albanye; Jacques^ de Bourbon, comte de Roussillon ; Jacques de Rohan, seigneur de Léon; René d'Anjou, seigneur de Maizieres ; Jehan de la Chambre, vicomte de Moryenne ;
i. La Prinse du bastillon note aussi ce fait, pourtant assez bizarre, étant donnée surtout 1 animosité qui régnait contre les gens de linauce. Thomas Bohier, général des finances de Normandie, plus tard lieutenant général du roi en Italie, était un homme de cour (Titres orig,, Bohier), de la grande famille financière Bohier. De plus, il épousa Catherine Briçonnet (Bretonneau, Ilisioiir généalogique des Briçonnet).
l. Charles.
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René de Bretaigue, comte de Pointhievre ; le vicomte de Rodez; Âudet de Foix, seigneur de Barbazant; Andrieu de Foix^; messire Roger, baron de Beart; messire Mery de Rochechouart, seigneur de Mortemar ; messire Germain de Bonneval, gouverneur de Limousin ; Loys de Janlys, seigneur de Monmor ; Françoys de Gresol, seigneur de Beaudisner; messire Jehan Picart, bailliy (sic) d'Estellan ; Pierre de Bayart ; le seigneur d*Arpajon*; Marc du Fresne ; Ymbault de Romanieu ; le Basque nommé Pierre de Tardes ; Adryen Tiercellin, seigneur de Brosses ; Jehan de Sainct Amadour ; ung nommé Gytain, et grant nombre d'autres, dont la pluspart estoit a pié et les aultres sur petiz courtaulxy pour les mener jucques au lieu ou seroit besoing de combatre ; et, ce pendant qu'ilz roarchoyent, les villains d'amont ruoyent grosses pierres le long de la montaigne, tiroyent trect et artillerye et faisoyent du sanglant pys qu'ilz pouvoyent et se monstroyent sur ladite montaigne en nombre de plus de xxx mille hommes^; dont messire Charles d'Amboise, ayant la charge de toute Tarmée, voyant si grosse puissance d'ennemys, doubtant que le seigneur de La Palixe et ses gens ne fussent assez pour soustenir le faix de tant d'ennemys, volut la faire monter troys mille Allemans. Lesquelz refusèrent la haye, disant qu'ilz ne se departyroyent point, s'ilz ne montoyent tous ensemble, et plusieurs foys refusèrent a monter*. Toutesfoys, par