‹ Chroniques de Sougé-le-GanelonChapitre 15 sur 42 · ÉCOLE-CORBIN · texte numérisé non relu

ÉCOLE-CORBIN

60 et quinze sols leur sera payée par chacun an, au jour que ladite damoiselle décédera, laquelle somme elle assigne sur ladite métairie de Laigueliére...

« Ladite testatrice a reconnu que plusieurs enfants peu savants aux études, faute d'instruction, elle veut et ordonne qu'après son décès il soit fondé un collège en la paroisse où elle décédera et qu'à cette fin un prêtre de bonne vie et mœurs, capable par l'instruction et la jeunesse tant au service et dire qu'aux lettres humaines et écriture, soit élu et choisi par le R. P. gardien des Capucins d'Alençon ou son vicaire et non pas autre, et au cas que ledit prêtre soit de mauvaise vie et déréglée, pourra être mis dehors par lesdils révérends capucins et y être nommé un autre pour obvier aux abus qu'il pourrait commettre et à ladite nomination veut ladite testatrice qu'un plus proche parent du côté paternel, prêtre capable, y soit préféré et au défaut, du côté maternel, et pour le premier nomme Jacques Amiot, son proche parent, pourvu qu'il se fasse pourvoir aux ordres sacrés, lorsqu'il aura atteint l'âge compétent pour les recevoir.

« Pour la nourriture et entretien dudit prêtre elle laisse la somme de 500 livres à prendre sur tous et chacun ses biens pour acheter et édifier une maison et un jardin, pour faire ladite charge... Outre ladite testatrice laisse et donne la somme de cinquante écus de rente qu'elle assigne sur sa part des métairies de La Grande Chapelle et Bischetière, dépendantes de son fief de ladite Chapelle, que dès à présent comme dès lors elle indamne en tant que besoin, et à la charge par ledit Amiot et ses successeurs de tenir lesdites choses censivement delà dite seigneurie... Lequel prêtre ainsi nommé entrera en possession desdites choses, du jour qu'il commencera à travailler à l'instruction desdits enfants de ladite paroisse... sans prendre aucun salaire ni récompense outre le lit legs et outre sera tenu de célébrer à toujoursmais lui et ses successeurs deux messes par semaine, une le jeudi, du Saint-Sacrement, l'autre le samedi, de Beatœ, et en outre sera tenu ledit prêtre d'avertir lesdits enfants et assistants de prier Dieu pour l'âme de ladite testatrice et de chanter aux

jours et fêtes de Pâques, la Pentecôte, la Toussaint, Noël et à tous les jours de fêtes de Notre-Dame un Stabat avec l'oraison suivante... et afin que la fabrice de ladite paroisse ne -soit surchargée pour fournir d'ornements audit prêtre et maître d'école, veut ladite testatrice qu'à l'instant de ladite nomination dudit prêtre, il soit fourni d'ornements nécessaires pour la première fois seulement qui serviront aussi aux autres prêtres et à la fabrice, aux frais et dépens de ladite testatrice jusqu'à la somme de onze vingts livres, savoir un calice d'argent doré, deux chasubles, une de damas en blanc et l'autre en camelot sur soie rouge et autres ornements à ce nécessaires qui seront renouvelés et entretenus à ses frais, fournir le luminaire pour faire le service nécessaire de ladite chapelle. . . a laissé la somme de huit liv. à prendre chacun an... sur lesdits lieux... donne et lègue au sieur curé de Sougé et à ses successeurs la somme 10 liv. de rente annuelle pour tolérer la célébration dudit service... affecte le lieu de la Bischetière et autres.

« Outre, veut qu'il soit fait un drap mortuaire, lors de son décès, de velours noir avec une croix de satin blanc, et pour faire l'exécution et accomplissement de ce que dessus est dit, ladite testatrice a élu, nommé et choisi messire Brandeliz Laigneau, prêtre, curé de Saint-Léonard, mess. Gilles de Bordelay, prêtre, et Me Pierre Bourgeois, avocat au siège deFresnay... Veut qu'il soit distribué quarante aunes de serge drapée aux plus pauvres de ladite paroisse... Fait et passé au lieu et maison de La Girardière, paroisse de La Poôté. Présents : ledit de Bordelay, Me François Coupard,chirurgien, Gilles Davoust et Nicolas Duval, dudit La Poôté. »

Extrait du registre des Tabellions de Falaise de ce qui en suit :

Le samedi 17e jour d'avril 1632, après-midi, au couvent des Ursulines de Falaise.

« Fut présente demoiselle Marguerite Corbin, veuve du défunt mess. Antoine de Boispitard, vivant, chevalier, seigneur de Sougé, demeurant de présent au monastère des dames religieuses Ursu-

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Unes de cette ville de Falaise, laquelle ayant ci-devant rédigé son testament et dernière volonté, par devant Roulland, notaire, demeurant au bourg de La Poôté, pays de Mayenne, à L'exécution duquel par le changement depuis intervenu en les affaires et de sa résidence, il pourrait arriver quelque difficulté, pour obvier et \oulant ladite demoiselle y remédier, a dit et déclaré qu'elle veut et entend que les messes, prières et autres œuvres pieuses par elle ordonnées, lors et après son inhumation, soient faites et observées dans l'église de Sougé, quoique son corps n'y soit inhumé, suivant et conformément audit testament.

« Veut en outre et ordonne ladite demoiselle que la fondation par elle léguée de deux messes pour être célébrées, par chacune semaine à son intention, et d'un collège pour instruire la jeunesse; soit établi en ladite paroisse de Sougé, suivant et au désir dudit testament, laquelle fondation sera desservie par M6 Marin Lemore, prêtre, demeurant à La Poôté, en cas que Jacques Amyot, fils aîné du sieur de La Poterie, ne soit en état, ou veuille accepter ladite charge .

« Et après le décès des dessus-dits, en sera nommé un autre pour desservir à leur place, par les R. P. Capucins de la ville d'Alençon, et le tout suivant la teneur dudit testament qu'elle a ratifié en tout et partout confirmé et approuvé.. .

« Et en outre ce que dessus ladite demoiselle a volontairement reconnu et confessé que M9 Gilles de Bordelay, écuyer, sieur de La Girardière, prêtre, a baillé à son acquit et décharge aux dites dames religieuses la somme de 9,600 liv., suivant leur traité, accord et acquit du 8e du présent mois et an... »

1543. Dans un procès relatif à une rente foncière de 33 s. sur le Petit-Bois-Orin, il est fait mention de messire Remond de Saint-Berthevin, âgé de 65 ans, vicaire de Sougé, demeurant au lieu de l'École. Il était frère de Claude, seigneur de Corbuzain et du Molland.

27 mars 1559. Testament de Me Jehan Gaudemer reçu par Jacques Lefeuvre, notaire en la cour de Fresnay, par lequel appert qu'une messe et vigiles à notes sont dits le jour et fête

de Sainte Catherine, en affectant : au cure 5 s. 6 d.; au maître d'école, 18 d.; aux écoliers, 18 d., pour avoir de la fouasse ou du papier ; au procureur de la fabrique, 12 d. pour aider à dire et faire ledit service ; au segretain 11 d. pour sonner ; et 3 s. aux messes ordinaires. Le tout assis sur une pièce de terre, sise aux Boulays, en Sougé.

En 1601, Me Julien Perdreau, prêtre, né à Sougé, était maître d'école de ladite paroisse.

1665. Testament de demoiselle Gayet, à Moulins-le-Carbonnel, demandant des prières et affectant la moitié d'une pièce de terre labourable, appelée le champ de l'Ecole, près le bourg de Sougé, joignant d'un côté la maison et terre de l'École qui aboutie sur le coin de pré appartenant à ladite testatrice.

21 mars 1675. Prise de possession de l'École par Me Charles Bouglier. « Devant nous Julien Agïn, notaire royal, tabellion et garde note au pays et comté du Maine, demeurant au bourg de Sougé-le-Gannelon, est comparu Magdelain Bouglier, maître orfèvre, demeurant en la ville d'Argentan..., au nom et comme procureur spécial de vénérable et discret Me Charles Bouglier, prêtre,.. , nous a requis de nous transporter au lieu appelé l'École..., pour en prendre possession,.... comme plus proche parent du côté paternel en la ligne de la fondatrice de l'École, chapelle ou prestimonie, au désir de l'acte de ladite fondation, passé devant Etienne Rolland, notaire, à Mayenne, en date du 7 septembre 1631, et d'acte de ratification...., du 17 avril 1632, devant les tabellions de Falaise,... Nous nous sommes transportés audit lieu en présence dudit sieur Bouglier, et des témoins ci-après nommés... où étant entré en la maison dudit lieu et principal manoir, s'est retiré d'icelle maison a ouvert et fermé la porte d'icelle et bâtiments, de là est entré dans le jardin, proche ladite maison, est allé de côté et d'autre rompre une branche d'arbres plantés.... déclarant en prendre possession pour et au nom du sieur Bouglier, prêtre, son fils... fait et dressé au lieu de l'École, paroisse dudit Sougé, en présence de vénérable et discret Me Louis Bonnefoy, prêtre, curé de Sougé,... Me Martin

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Leurson, prêtre, demeurant à Assé, Messire Jacques Le Silleur, chevalier, seigneur de Sougé, demeurant au logis seigneurial dudit lieu, Antoine Amiot, écuyer, sieur de La Poterie, garde du corps de S. M., demeurant en sa maison de Gesnes, Benjamin Mauduit, sieur des Noyers, fermier du prieuré de Sougé 5 Me Julien Leurson, avocat, et Me Gilles Duval, greffier de la châtelleme d'Assé... »

1673. Nomination par leR. P. gardien des capucins d'Alençon. — « Nous soussigné, gardien des Capucins du couvent de la ville d'Alençon, après avoir vu le testament fait par damoiselle Marguerite Corbin, veuve de feu messire Antoine de Boispitard, vivant chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, fondatrice de la chapelle et école, passé devant... et le certificat d'Antoine Amiot, sieur de La Poterie, par lequel il atteste que Me Charles Bouglier,, fils de Magdelain Bouglier, bourgeois d'Argentan, est le plus proche parent de la défunte fondatrice... qu'il est absent à raison de ses études qu'il achève en théologie, à Paris. Vu aussi l'acte de prise de possession faite par Me Charles Bouglier... lesdites raisons nous ont mu et meuvent de nommer, comme de fait, nous nommons ledit Me Charles, à ladite chapelle-école et prestimonie, située comme dit est dans ladite paroisse de Sougé... Fait en notre couvent d'Alençon, le vingt-sixième de mars 1673. » Signé : Placide Dargentan, capucin et gardien ; cachet en cire rouge brisé.

12 mars 1675. Inhumation, dans l'église de La Poôté, de Me Marin Lemore, prêtre, titulaire de l'École de Sougé.

7 avril 1683. Jugement stipulant que les biens de La Chapelle ne seront vendus qu'à la charge de continuer la rente de 150 liv. affectée à la dotation de l'École-Corbin.

7 septembre 1712. Arrêt du Parlement de Paris, maintenant la rente de 150 liv. contre Dame Gillonne de Charlor, veuve d'Antoine de La Fournerie, en faveur de Me Bouglier, titulaire de l'École-Corbin.

30 août 1752. Reconnaissance passée devant Jean-Baptiste Moulin, notaire ro\al à La Poôté, par messire André de La

Fournerie, écuyer, chevalier de l'Ordre de Saint Louis, seigneur de La Ferrière-Bochard et de La Chapelle, en faveur de Me René Pottier. prêtre, titulaire de rÉcole-Corhin, l'autorisant à prélever 150 liv. sur la métairie de La Chapelle des Chardonnerets. L'École-Corbin est taxée en 1715 à 9 liv. 17 s., en 1768, à 13 liv., en 1719, à 10 liv.

Me Charles Bouglier resta titulaire jusqu'à sa mort, 10 août 1719 ; il avait 80 ans. Il eut pour successeur Me Julien Yéron qui fut inhumé, à l'âge de 55 ans, au milieu de l'église, vis-à-vis la petite porte, le 28 février 1728. M. René Pottier lui succéda, sa possession dura jusqu'en 1768. Dans les registres paroissiaux apparaît fréquemment sa signature de principal et même de vicaire. Sa parenté avec la famille Galpin lui donna beaucoup d'embarras : il était oncle et tuteur de Marie Galpin, épouse de Michel Charbonneau.

30 octobre 1768. Prise de possession par Me René Forlis, prêtre, demeurant à Sougé, pourvu par Mgr l'évêque du Mans, du collège Corbin, après le décès de Me René Pottier, en présence de Me Pierre Thimont, curé de Sougé, René Chambrier, sieur de La Haye, vicaire, René Lemercier, prêtre de l'Oratoire, professeur de théologie au collège du Mans, Louis-Jean Morin, prêtre, à Angers, etc.

15 novembre 1769. A la suite d'une sentence émanant du bailliage et siège royal de Fresnay, Me Fortis, donne aux héritiers de Me Pottier, une décharge de la somme de 450 liv., pour les livres du défunt et les réparations à faire tant aux bâtiments qu'aux murs de clôture du jardin et barrière du verger.

En 1791, Me Fortis mécontent de ne plus toucher la somme de 150 liv., assise sur la métairie de La Chapelle des Chardonnerets, réclama auprès des membres du district de Fresnay. M. de La Ferrière, profitant de la loi qui mettait tous les biens des fondations religieuses entre les mains de la nation, fit défense à son fermier Michel Lhuissier de payer les arrérages de la rente de 150 liv., terme échu à Pâques 1791, à M. Fortis, qui invoque la charge des obligations de la fondation : il a dit deux messes

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par semaine, un Stabat mater, a recommandé Mlle Corbin, tous les jours de la Vierge, a payé 12 liv. de décimes par an, remplacés par les contributions foncières et mobilières, a fait les réparations des bâtiments.

Dans sa requête au District, M. Fortis déclare que la rente de 150 liv. est dévolue à la Nation, il en fait un volontaire sacrifice, pourvu qu'elle ne vertisse point au profit du sieur de La Fournerie ci-devant seigneur de La Ferrière. « Mais piqué de perdre ses vains titres par notre sage constitution, il fait comme ceux qui se noient, il s'attache atout, pour conserver ce qu'il pourra. Les biens ecclésiastiques ont été déclarés biens nationaux et vendus en conséquence. Rien de plus juste selon moi, puisque c'était le bonheur de l'État... On a vendu toutes les rentes de ma cure, pour les fondations qui seront cependant acquittées, et dont je recevrai la rétribution par la Nation..- » Quelques années, que dis-je, quelques mois plus tard, M. Fortis aura perdu ses illusions ; après tous les serments aux formes révolutionnaires, il lui faudra cpiitter son église et son presbytère.

Il continue : « Quand il a été question dans ma paroisse de salarier un maître d'école, la municipalité a sagement répondu qu'il y avait des fonds, et que le peuple ne devait pas être grevé. » La lettre de M. Fortis, datée du 25 janvier 1792, est signée: Fortis, curé de Songé et principal de l'École-Corbin. L'affaire fut portée devant le tribunal d'Alençon : M. Fortis fut débouté avec dépens. Le jugement renferme des observations de mauvais goût sur l'église, sur les prétentions de l'adversaire de M. de La Fournerie, qui avait eu soin de se ménager l'indulgence des juges.

Le 3 décembre 1792. La maison et le verger de l'École-Corbin furent vendus nationalement. Leur superficie est de 45 a. 80 c. Le logis a deux grands pignons et sa longue toiture est couverte en tuile. Les anciennes croisées ont fait place à des ouvertures modernes et en rapport avec les modifications apportées dans la distribution. L'escalier, en pierre de Bernay, est placé dans une tour carrée. Tous les angles du bâtiment sont en pierre

de roussard. Un écusson chargé de trois fasces se voit encore sur le linteau de la grande porte.

En 1848, des communs ont été bâtis en face, de manière à laisser une cour spacieuse et bien close ; lejardinaétéemnmraillé en 1872.

§ 3. — Fief et seigneurie de La Chapelle des Chardonnerets. — Chapelle Sainte-Marguerite.

La seigneurie de La Chapelle, appartenant à la fin du xvie siècle à dame Marguerite Corbin de Boispitard, était importante ; sa mouvance comprenait presque tout le territoire de Sougé, sur la rive droite de la Sarthe. On voit encore la maison seigneuriale convertie en habitation de cultivateur. La chapelle Sainte-Marguerite, très-ancienne, possédait une fondation qui permettait d'y dire la messe ; elle était entourée d'un cimetière dont une partie est sur le bord de la route. Le 26 mars 1791, ils furent achetés au district de Fresnay, par S.-P. G., de Sougé, pour la somme de 245 livres.

Aujourd'hui, la chapelle conserve un certain cachet religieux avec sa croisée en trèfle au pignon du nord, ses niches, un bénitier, et la statue de la patronne encore vénérée et visitée. Elle appartient au sieur Lhuissier, et sert de grange à fourrages. Je vois avec tristesse sur un monceau de pierres informes, l'ancienne table du dessus de l'autel conservant encore l'incrustation où se plaçait la pierre sacrée.

Avec un peu de bonne volonté de la part de habitants du lieu et de Sougé, ne serait-il pas possible de rendre au culte cette chapelle, témoin autrefois de la piété de nos ancêtres ? Qui sait, un jour peut-être assez rapproché, la chapelle des Chardonnerets renaîtra au milieu de ses ruines pour voir refleurir le culte de Sainte-Marguerite.

L'ancienne maison seigneuriale du xvne siècle, occupée par un cultivateur, n'a pas une apparence imposante. La porte principale est surmontée d'un écusson portant l'anagramme du

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