‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 1 sur 38 · PARIS ED. ROUVEYRE ET G. BLOND · texte numérisé non relu

PARIS ED. ROUVEYRE ET G. BLOND

9a, Rue de RichfliEu, 9S

vi Ptiits TiMtres de Pans,

//jTtf incompréhensible que le père Bras[ier devint bientôt le directeur de Vlnsii^ tuiion de la rue du faubourg du Temple ou il donnait ses leçons de calligraphie^ et que c'est au milieu des élèves^ ses con^disciples et amis^ que Nicolas Braper passa les premiers temps de sa vie.

Il était né en ij83 e/, au sortir des bancs de l'école^ dès ijgô, son père qui ne prévoyait pas évidemment sa destinée littéraire^ le fit entrer en qualité d'apprenti dans une maison de bijouterie

mersan, cherche à défendre Brasier coniM ' cette accusation d'ignorance que tous les té- i moignages du temps s'accordent pour déda^ rer exacte, mais sans y attacher aucune im- < portance. En effet, c'est par l'esprit naturel, \ par la verve, par la vivacité du caractère que Bra:çier excellait surtout, et &est avec i ces dons si rarement réunis qu'il a su triom- i pher de ceux-là même qui ont parfois contesté ses succès :

« Onjit à Bra:{ier, dit Allardin, et il accrédita lui-même une réputation d'ignorance qu'il était bien loin de mériter; on alla jusqu'à prétendre qu'il avait fait écrire

Préface. vii

Bra\iér interrompit donc ses études^ et il est à croire que c'est par suite du peu de goût et d'aptitudes qu'il montra pour te travail^ que son père le dirigea vers le commerce. Mais le futur vaudevilliste n'y mordit guère : sa vive imagination et

dans son chapeau : Ex libris Brazier. Af. Dumersan défend ainsi Brasier à ce sujet :

« Assurément Braj^ier n*était pas un savant ; il l'écrivait peut-être trop lui-même; mais quelque peu d'études qu'il eût faites, il savait un peu plus de latin que n'en savent quelquesuns de ses confrères. La plupart de ses fautes provenaient d'étourderie et de distraction, 9

Mais Bra:çier a donné lui-même la preuve de l'insuffisance de ses études premières dans une lettre célèbre qu'il adressa à un journal qui l'avait accusé d'ignorance absolue, et dans laquelle, voulant protester contre cette accusation, il avait, sans s'en douter, accumulé fautes d'orthographe sur fautes d'orthographe. Mais qu'importe? Nous revenons nous-même sur ce sujet à la fin de cette notice, et il nous chaut en somme peu ou point que Brasier ait eu une science grammaticale bien étendue, puisqu'il a amusé et intéressé son monde, malgré celai.,.

viii Petits Théâtres de Paris.

son esprit primesautier et plein de natu^ rel l'entraînèrent bientôt vers d'autres pensées. Il faut dire aussi qu'il se lia alors avec plusieurs membres du Ca^ veau^ qui lui ouvrirent les portes de cette célèbre Société chantante et facilitèrent ses heureux débuts dans la chanson.

On était alors en j802^ sous un régime nouveau qui ne badinait guère et qui surtout avait la critique en horreur. Or, le Caveau comptait à cette époque^ parmi ses membreSj des hommes illustres dans le genre léger et badin de la chanson^ tels que Désaugiers et Armand Gouffé, On plaisantait volontiers^ dans la réu^ nion du Caveau, sur les hommes du jour petits et grands et surtout sur le plus grand de tous^ le premier Consul, Les allusions étaient fines et discrètes^ mais cependant suffisamment intelligibles^ à ce point que l'ombrageuse police de Bona^ parte crut devoir intervenir et rappeler aux membres du Caveau^ qui pourtant — c'est le cas de le dire — ne chantaient qu'en chambre, c'est-à-dire entre eux et

Préface. ix

à huis clos, que les murs mêmes des caba* rets les mieux fermés ont cependant des oreilles! Braper^ qui avait comme les autres chansonné les travers du pouvoir^ reçut aussi sa petite admonestation^ et il s'en trouva du coup gagner en impor»

tance et en faveur auprès de ses nou* veaux .amis *.

Cela ne V empêcha paSy quelques années plus tardy de composer ^ en l'honneur des victoires de Napoléon, puis des grands faits pacifiques de son règne^ des couplets non moins successifs que nombreux. Us étaient tous un peu conçus dans le même moule, témoin le couplet suivant qui fait

* L^ Caveau se dispersa à cette époque par suite de cet incident, et ne se reconstitua qu'en 1806 sous l'appellation modifiée, de Caveau moderne. L'éditeur Cappelle et Armand Gouffé eurent l'initiative de cette reconstitution. Les réunions dinatoires du Caveau eurent lieu au Rocher de Cancale et Laujon en fut le premier président, — Voye^ç dans le présent ouvrage, à l'article du Vaudeville, la liste des membres du Caveau donnée par Brasier,

Petits Théâtres de Paris.

partie d'une chanson en l'honneur de la naissance du petit roi de Rome :

Nous faisions tous des vœux Pour demander aux dieux Un prince héréditaire

Quifùt Semblable à son père.

Le sort nous est prospère, Chantons ce prince-là,

Le voilà!,,.

Après avoir chanté Napoléon, Brasier chanta aussi Louis XVIII et même Charles X,

C'était d'ailleurs l'habitude de l'époque : les changements de règne et de régime ont eu lieu si fréquemment de Napoléon /««• à Louis-Philippe, qu'il était tout simple que les gens sans parti pris et sans rancune les célébrassent également tous. C'étaient là des palinodies très excusées et même très permises et qui ne surprenaient personne. La postérité en a fait plus ie bruit que les contemporains, et le trop fameux Dictionnaire des Girouettes

Préface. xi

n'était qu'une amusante plaisanterie.

D'ailleurs les couplets ou chansons de Brasier frétaient jamais bien sévères ni bien sanglants^ et il était difficile de s'en formaliser. D'autre part, ses chansons en l'honneur des Princes et de leurs hauts faits, n'avaient rien d'excessif et se bor^ naient à un compliment d'actualité. Mais il maniait^ en revanche^ asses[ finement l'ironie, et se complaisait aussi à dire leur fait à ceux qui ne le satisfaisaient pas. Je n'en veux pour preuve que sa jolie chanson le Béotien de Paris, composée en i835 et où il plaisante fort agréablement les travers du nouveau règne, qui n'avaient fait, que reproduire ceux du règne précédent, chanson que deux vers d'une opérette contemporaine résument très exactement :

Ce n'était pas la peine, assurément, De changer de gouvernement !

(La fille de MadAïae Aogot.)

Voici cette chanson qui figure dans le

XII Petits Théâtres de Paris.

recueil des Chansons nouvelles de Braper, publié par l'éditeur Rossignol en i836.

LE BEOTIEN DE PARIS (i835)

Air : Faut de la Vertu...

Est-il bien vrai^ mes bons amis^ Qu'on ait détrôné Charles Dix ?

Si j'ai la mémoire présente Je ne dirais ni oui, ni non :

Mais je crois en mil huit cent trente Avoir entendu le canon.

Est-il bien vrai, mes chers amis^ Qu'on ait détrôné Charles Dix?

Préface, xiii

DiteS'tnoi donc où nous en sommes.

Dans les emplois les plus marquants Je vois toujours les mêmes hommes.

J'ai donc dormi pendant cinq ans ?

Est-il bien vrai,,, etc.

On blâmait les anciens systèmes^ Le fisc avait tout encombré; Mes impôts sont toujours les mêmes^ Mon journal est toujours timbré.

Est-il bien vrai,,, etc.

De lire f ai la fantaisie, Babel va me chercher en bas Votre Tribune... elle est saisie^ Mon Figaro... ne parait pas!

Est-il bien vrai,., etc.

Monsieur^ je sors avec Madame Tous les deux en grand décorum , Je la conduis à Notre-Dame Vu qu'on y chante un Te Deum,

Est-il bien vrai,,, etc.

XIV Petits Théâtres de Paris,

Le fils de mon voisin m'assure Qu'il va prendre un cabriolet Afin d'aller à la censure Pour faire approuver,,, un couplet,

Est-'il bien vrai,,, etc.

Mon neveu^le Chef aux finances, Et très libéral, Dieu merci!

Votait contre les ordonnances.

Pour elles il vote aujourd'hui.

Est-il bien vrai... etc.

Quoi! toujours des impôts énormes^ Des timbres et des gros budgets^ Et des cumuls et des réformes.

Et des censeurs et des procès!.,.

Mais pourquoi donc, mes bons amis, Avons^nous détrôné Charles Dix ?,,.

Le recueil y auquel nous avons emprunté cette chanson^ est le dernier qu'ait publié Braper; mais il en avait donné plusieurs autres depuis 1814, époque où parurent ses Premières Chansons (in-S^). Son volume Souvenirs de dix ans (1824) et ses

Préface. xv

Chansons publiées en un beau volume, orné de huit vignettes (i834), ont précédé en effet ce dernier recueil, mais on ne les trouve guère aujourd'hui en librairie. Ses Chansons nouvelles sont beaU" coup plus connues, bien qu'également rares.

En tête du volume figure une Notice sur la Chanson^ que nous donnons au deuxième Tome de la présente réimpres^ sion et qui efit surtout intéressante au point de vue anecdotique. Elle complète très heureusement^ pour P histoire du Cou^ plet cette partie inséparable du genre du vaudeville, la Chronique des petits Théâtres de Braper, mais elle ne figure que dans la seconde édition, ayant été composée 'Spécialement pour le Livre des Cent et un (Tome VII)^ et remise ensuite par Braper comme préface à ses Chansons nouvelles.

C'est aussi dans ce dernier recueil que se trouve la chanson que Brader a composée en l'honneur de la chanson même et qui résume très spirituellement ses ii^ées sur son caract^e et ^on esprit :

XVI Petits Théâtres de Paris,

Page 1