CONSOLATIONS DU PEUPLE
A l'ombre de mazarin (i836)
Air: Tant que l'on boira, larirette.
Honneur à ce grand ministre^ A l'étranger Ma^arin^ Jamais d'un arrêt sinistre Il ne frappait un refrain!
Voilà pourquoi l'on enregistre Son nom sur chaque tambourin.
Laisse^ le Français
Chanter en paix
Puisqu'il a
Soif^de la
Chansonnette;
Tant qu'il chantera,
Larirette^
Le peuple paiera,
Larira!,,.
La Chanson est née en France^ Qui donc pourrait le nier?
Préface, xvii
Elle adoucit la souffrance^ Gloire au premier Chansonnier!
Elle va porter l'espérance Dans la chaumière et le grenier.
Laisse!j[ le Français,., etc.
S'il voit le luxe et l'audace De tant dHllustres pieds plats.
S'il voit tant de gens en place Si vains, si gros et si gras, Le pauvre peuple il est cocasse,..
Pour toute plainte, il dit tout bas :
Laisse^ le Français,., etc.
Payer, voilà notre histoire ; Il faut bien s'y conformer.
Notre sang paya la gloire Que l'Autre fit tant aimer ...
A l'octroi nous payons pour boire.
Aux droits réunis pour fumer.
Laisse^ le Français,,, etc.
Le Français d'humeur légère Plaisante sur chaque objet; Mais à maint excès contraire Quelquefois il est sujet.
Ne le mette^ pas en colère^ Surtout quand on vote un budget !
Laisse:^ le Français I. b .
XVIII Petits Théâtres de Paris.
Chanter en paix, Puisqu'il a Soif de la Chansonnette; Quand il se taira y Larirette^ Plus il nepaira^ Larira!.,.
J'arrive à Brasier vaudevilliste. Parmi ses collègues de la Société du Caveau, Armand Gouffé se déclara plus particulièrement son ami et bientôt même son protecteur et son auxiliaire pour faciliter ses premiers pas dans la carrière dramatique. Comme Bra!(ier excellait dans le couplet, et qu* alors personne n'en savait trousser un aussi lestement et aussi ingénieusement que lui, c'est par un vaudeville en un acte qu'il débuta au théâtre et cela sur la petite scène des Délasse^ ments. Il a pour titre Lisette toute seule, et fut joué en x8o3. Braper y avait Simonnin comme collaborateur. Le suc^ ces en fut modéré; mais, dans la même année, sa deuxième pièce /'Ivrogne tout
Préface. xix
seul, vaudeville en deux actes donné au même théâtre, et qu'il écrivit en dehors de toute collaboration, fut beaucoup plus suivi et applaudi par le public et com^ mença à mettre son nom en évidence, A la suite de ce succès, Braper, qui avait une petite place bien modeste et surtout d'un bien modique rapport^ dans les Droits réunis, donna fièrement sa démiS" s'ion pour se consacrer tout à fait au théâtre.
Le lecteur trouvera à la fin de ce volume la nomenclature considérable des pièces que Braper écrivit depuis cette époque : toutes ne sont pas bonnes, il s'en faut même de beaucoup^ mais toutes res^ pirent la belle humeur, et la vivacité et Y ingéniosité de V esprit de leur auteur.
Quelques-unes ont survécu et Von jouait encore ces jours derniers (février i883) Le Philtre Champenois au Théâtre du Palais-Royal où cet amusant vaudeville fut représenté pour la première fois le 1 g juillet iS3i. On se souvient aussi — bien qu'on ne les reprenne plus de nos
XX Petits Théâtres de Paris.
jours, car bon nombre qui étaient des ouvrages d'actualité paraîtraient aujourd'hui bien démodés — des vaudevilles qui avaient pour titre : Salle à vendre; le Marquis de Carabas; M. Cagnard; les Brioches à la Mode; TAuberge Allemande ; les Filets de Vulcain ; les Valets en goguette; les Cuisinières; le Cidevant jeune homme; la Croix d'Or ; Préville et Taconnet; Quinze ans d'absence; Maître André et Poinsinet; le Savetier et le Financier ; sans Tambour ni Trompette.. r etc..
On comprend que pour écrire un aussi grand nombre de pièces — qui se chiffrent à deux cent quinze dont les trois quarts seulement ont été imprimées — Brasier dut prendre des collaborateurs.
Une dizaine de ses pièces, en effet, portent son nom seul ; dans les autres il s'asso^ cia avec les auteurs les plus en vue du temps, Dumersan en tête, avec qui ilfai^ sait commerce d'une très intime amitiéy et qui a signé environ quarante pièces portant leurs deux noms. Elles comptent
Préface. xxi
parmi les meilleures,car tous deux avaient le don particulier du théâtre, une verve égale^ une grande habileté dans le choix et Vagencement des situations et, par^ dessus tout, une bonne humeur et une gaieté intarissables, Merle^ Rougemont, Simonnin, Coupart^ Gouffé, Francis, Théodore, Dubois^ Désaugiers et même Mélesville ont été les autres principaux collaborateurs de Braper.
Je loue ses pièces — dont fai lu un certain nombre et dont V éditeur Tresse^ le libraire théâtral si bien fourni duPalais- Roy al, possède la presque complète collection — je loue ses pièces, ainsi que je l'ai déjà dity surtout pour leur esprit et leur gaieté. Mais il faut avouer que beaucoup se ressentent du travail trop hâtif de leurs auteurs et que leur style est souvent bien étrange. C'est là qu'on peut remarquer en plein l'insuffisance des études premières de Brasier qui, d'ailleurs^ déclarait sans honte^ en réponse aux objections de ses collaborateurs, n'avoir jamais appris la grammaire^ bien que son père en eût
XXII Petits Théâtres de Paris,
composé une,.. Il aurait pu ajouter que ses pièces n'étaient destinées qu'à des théâtres du genre secondaire, n'ayant aucun rapport avec celui qu'exploitent la Comédie-Française et même VOdéon, et que par conséquent la question du grand style et du beau langage ne lui impor" tait guère. Et Braper était dans le vrai!
Ce n'est qu'à la lecture, en effet ^ qu'on s'aperçoit des incorrections de Vau" teur; mais il était bien indifférent au pU' blic devant lequel on jouait ses pièces et qui ne demandait qu'à en rire et à s'en amu^ ser^ qu'elles fussent écrites suivant les règles du susdit « grand style! » Vrai' ment la chose eût-elle été à sa place ! Et les farces des Variétés^ du Palais-Royal ou des Délassements — surtout du temps de Braper — exigeaient-elles tant de cérémonie littéraire et de solennité gram^ maticale?.,. Je donne ici l'excuse proba^ ble qu'a dû donner Brader quand on l'a un peu poussé sur ce point : il ne savait que médiocrement écrire, la chose est
Préface, xxiii
avérée^ mais ses pièces ne s'en sont pas portées plus mal.
Le lecteur pourra précisément juger^ en connaissance de cause^ V esprit et le style de Brasier dans les spirituelles et amusantes chroniques théâtrales que reproduisent les deux présents volumes. Il y trouvera le meilleur spécimen de la simplicité^ de la bonhomie et aussi de la grande facilité d'écrire de son auteur.
On pourrait dire encore que c'est avec une sorte d'amical sans gêne et une f amiliaritéy qui n'est point déplaisante^ qu'il converse ici avec ceux auxquels son livre s'adresse^ toutes circonstances qui caractérisent à la fois son cœur, son esprit et son talent. Cet ouvrage de Braper est^ selon nous, son meilleur titre littéraire ; ses chansons sont maintenant oubliées ; la ^plupart de ses pièces — on pourrait dire presque toutes — sont même inconnues de
la génération actuelle. J'ajouterai, et fen ai déjà donné la raison, qu'à part
quelques-unes, elles ne seraient plusjoua-
l>les aujourd'hui. Le chansonnier et Vau-
XXIV Petits Théâtres de Paris,
teur dramatique^ qu'était Braper^ n'ejcis^ tent donc plus que dans la mémoire des biographes et des annalistes; mais il en est tout autrement de Brasier anecdotier et de son amusant ouvrage Les Chroniques des petits Théâtres de Paris, ici réimprimées pour la troisième fois et dont une deuxième édition a paru un an après la première (î838) sous le titre modifié de Histoire des petits Théâtres de Paris. Ce livre^ d'une véritable impor^ tance pour V histoire de Vart dramatique en France^ fera longtemps survivre le nom de Braper. Il prend à leur origine tous les théâtres secondaires^ depuis les plus minuscules, et il les étudie dans le détail complet de leur personnel et de leur répertoire^ mêlant heureusement Vanecdote à la biographie et faisant^ pour chaque théâtre^ défiler devant nous tout un monde disparu^ bien oublié^ et encore plus inconnu^ hélas! de comédiens et de comédiennes, d'auteurs et de directeurs^ de danseuses et de danseurs et même d'a^ nimaux^ plus ou moins savants^ qui ont
Préface, xxv
ew, eux aussi f leur heure de célébrité sur certaines scènes spéciales.
Je n'ai pas besoin de dire que la plU" part des thédtres dont Braper parle — et il n'en cite pas moins de vingt" trois, sans compter divers théâtres bourgeois, socié-* tés chantantes ou autres, etc.^ — sont presque tous disparus aujourd'hui. Je ne vois^ comme existant encore, que la Gaîté^ r Ambigu, les Folies Dramatiques, le Vaudeville, les Variétés, le Gymnase et le Palais Royal, soit sept seulement sur vingt-trois, c'èst^à-^ire sei^e de moins que dans la nomenclature de Brasier qui donne, lui aussi, Vhistorique de théâtres également disparus à Vépoque oîi il écri»
vait *. Et dans les théâtres, même encore aujourd'hui survivants, que de changetnents, que de modifications survenues.
* Consulter aussi, à ce propos, comme complément de l'ouvrage de Braiçîer, la Physiologie des foyers de tous les théâtres de Paris par Jacques Arago. Petit vol. in-iô très curieux, et devenu rare (1841).
XXVI Petits Théâtres de Pans.
surtout dans le genre exploité par eux !
Celui qui eût dit à Bra^ier^ par exemple^ que plus tard on jouerait exclusive^ ment aux Folies Dramatiques — qui ne donnaient jadis que des vaudevilles ou de petits mélodrames à couplets — un genre nouveau^ inconnu de son temps ^ et qu'on appelle l'opérette, eut certainement bien étonné ce brave homme! sans compter que la plupart des scènes que nous venons de nommer t ont depuis i838, été chassées de l'emplacement qu'elles occupaient alors pour être installées plus luxueuse^ ment ailleurs^ ou bien qu'elles ont telle" ment transformé et rajeuni leur immeu^ ble que ledit Brasier serait sans doute bien empêché pour les reconnaître!,,,
DonCj c'est déjà de l'histoire ancienne que Brasier nous raconte,, bien que ^on époque soit très proche de la nôtre, et c'est précisément ce qui ajoute encore à l'intérêt et à l'utilité de son livre. C'est bien, en effet, un monde tout à fait disparu^ comme je le disais tout à l'heure, aussi bien pour les comédiens que pour les
Préface. xxvii
scènes sur lesquelles ils jouaient^ que l'auteur évoque devant nous. Ainsi^ c'est au boulevard du Temple que se trouvaient réunis^ du temps de Bras[iery et même aussi un peu du nôtre^ plusieurs des petits théâtres dont parle son livre,' de la porte Saint-Martin au La^^ari^ (fêtait alors une suite presque ininterrompue de salles de Spectacles et de Concerts^ de baraques dignes de la foire et de varié' tés amusantes. De cinq heures à minuit, tout un monde d'artistes grouillaient — le mot est exact — dans cette longue échap»
pée du boulevard. Augustin Challamel nous a également restitué^ il y a une à\\aine d'années, toute cette histoire un peu funambulesque dans sa monographie de /'Ancien boulevard du Temple *; on retrouve là des documents complémentaires et plus récents qui viennent très utile'
* Un vol. in-i6, avec deux eaux fortes de Péquégnot. Librairie de la Société des gens de lettres, Paris, 1873» — Lise^ aussi, sur ce même sujet, le curieux article de Delvau, in-
XXVIII Petits Théâtres de Paris.
ment s'ajouter aux récits de Brasier, Rien n*est plus curieux^ en somfhe^ que Vhistoire de ce vieux et populaire boule" vard, si transformé depuis une vingtaine d'années seulement et qui a vu naître^ s'élever^ triompher^ puis s'évanouir tant de grandeurs et d'illustrations du théd" trCi Plus rien^ en effet, des choses que Brapef' aimait n'existe là où // les a vues : des voies nouvelles ont renversé le Cirque et la Gaîté, les Délassements et les Funambules, les Folies-Dramatiques et le Petit'La!(!(ari, et tout le mouvement spécial^ si tumultueux^ si bmjrànt, si curieux qui avait lieu chaque soir âU" tour de cei salles si remplies ei !ii ebrtrues a également disparu à jamaié.
C'est que M, Haussmann a passé par là, et je suis persuadé que le cœur de Braper^ si le vieux vaudevilliste avait
titulé le boulevard du Temple »^ dans le Paris qui s'en va et Paris qui vient, illustré par Flameng, i vol, in-folio, Paris, che^ Cadart, 1860,
Préface* xxrx
jpu voir toutes ces démolitions et toutes ces fmnes^ eut saigné de chagrin et qu'il eût protesté — dans le nde, hélas! et bien inutilement — contre les vandales qui ont détruit son cher boulevard du Temple,
Les renseignements d'après lesquels Braper a écrit son livre, contrôlés par ses contemporains eux-mêmes puisque sa seconde édition a été rectifiée et corrigée par lui, offrent donc un caractère d'authenticité et de certitude qui en fait un document sûr, et que tous ceux qui s'occupent des choses du théâtre doivent connaître, consulter et posséder. Cela est si vrai que mon confrère, le spirituel Buguet qui publie avec moi chej l'éditeur Tresse l'histoire actuelle des Foyers et Coulisses des théâtres de Paris *, . n'a trouvé rien de mieux pour raconter le dé»
* Petits vol, in-iô, avec photographies. *Pai déjà publié dans cette utile collection les notices qui concernent VOpéra {3 vol,) et la Comédie^ Française (2 voL)
XXX Petits Théâtres de Paris.
but et Vorigine de certains de ces théâ^ treSf que d'emprunter textuellement à Braper la partie de son travail qui les concerne. C'est donc bien là, à proprement parler^ de V histoire et de la meil^ leurcy bien qu'elle soit « au petit pied », en déshabillé^ appropriée en somme au su* jet souvent badin et frivole qu'elle traite.
Le recueil de Braper est encore une mine inépuisable d'anecdotes et de récits inti^ mes dont quelques-uns sont tout à fait extraordinaires et réjouissants^ et ont été souvent cités sans que leur source précise ait jamais été indiquée. Que de faits bi^ i^arres^que d'existences tenant véritablement à la Bohême par tous les côtés ^ que de vies étranges de véritables cabotines et cabotins nous expose ce livre si minutieusement et si curieusement informé!...
« Presque tout le monde, nous dit l'éditeur de la deuxième édition de l'ou^ vrage de Braper*, peut apprécier la
* L'éditeur Allardin, — Voye^ la repro^
Préface, xxxi
valeur de cet ouvrage gaiy spirituel^ anec^ dotiqucy amusanty où règne un heureux mélange de malice et de bonhomie : un tableau vivant et très mouvant de tout ce monde des coulisses dont l'auteur a fait^ d'après naturcy une étude approfondie et dont on aime tant à connaître les actions^ le caractère^ les aventures et les caprices; monde à part, mais sujet aux variations sociales; monde dont la vie avait pour Dieu V imprévu.., »
Tel est le jugement d'un contemporain au jour même de la publication d'une se^ conde édition des Chroniques de Braper^ qui n'eut pas le bonheur d'en voir le suc^ ces ; il mourut en effet avant son entier achèvement.
Cette seconde édition corrige et aug" mente asse^ notablement la première.
C'est cependant cette première édition que nous avons choisie de préférence pour
duction de sa préface en tête des notes de notre présent volume.
XXXII Petits Théâtres de Paris,
notre réimpression^ parce qu'elle donne le travail original de V auteur et son premier jet. Elle est à ce point de vue^ doublement intéressante comme édition prin^ ceps, bailleurs nous l'avons avec soin collationnée sur la seconde^ et le lecteur trouvera^ soit dans le corps même des volumes^ soit en variantes finales les corrections de l'auteur^ ainsi que les parties nouvelles de son livre, et en même temps les indications nécessaires pour constater leur origine.
L'ouvrage de Brasier se présente donc ici dans son état et dans son développement complets. Je souhaite maintenant qu'il ait les nombreux lecteurs que son intérêt lui mérite, et je suis persuadé qu* ils prendront à sa lecture le vif plaisir quefy ai moi-même trouvé,
Nicolas Brasier est mortàPassy^ le 22 août i838y âgé seulement de 55 ans. Il était conseiller municipal de cette com»
mune, alors séparée de Paris, et où il avait acheté une petite maison^ en 1828, Il y avait réuni une fort curieuse col-
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lection de pièces de théâtre, composée surtout de vaudevilles du Gymnase^ des Variétés et du Palais-Royal. Il était membre de la Commission des auteurs dramatiques^ dont le bureau tout entier assista officiellement à ses obsèques^ qui furent célébrées à Passy, le 24 août.
Brasier a écrit lui-même son épitaphe^ sous forme de chanson, « gai toute sa vie^a dit un de ses biographes, gai jusques dans la mort^ gai même jusqu'au cimetière,., »