‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 12 sur 38 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Le public va être surpris, ne me connaissant pas^ à l'ouverture de mon livre, quand il saura qui je suis, et quVn homme de mon talent ait osé entreprendre un ouvrage pareil; mais je le supplie instamment de vouloir m'excuser.

Je suis perruquier, locataire; j'ai passé mes plus tendres années dans les études, et j'aurais été charmé de les continuer , si quelque revers fâcheux de fortune ne m*en eût empêché. Ayant malheureusement été créé sans bien, j*ai été contraint de quitter mes études et d'embrasser l'état de la perruque, qui était celui, disait-on, qui me convenait le mieux. Je n'ai pas laissé de regretter depuis ce temps-là, même je regrette encore tous les jours, mes chers lecteurs, comme Cicéron, Ovide, Horace et Virgile. Je m'appliquais dans ma jeunesse à faire des petites rimes satyriques et des chansons qui n'ont pas laissé que de m*attirer quelques bons coups de bâton, ce qui ne m'a pas empêché de continuer toujours à composer quelques petits ouvrages, mais moins satyriques, mais qui n'ont pas paru. Après deux années d'apprentissage, j'ai quitté mon pays pour voya-

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gcr; et ayant parcouru la terre et un peu la mer, je me suis rendu à Paris, ville célèbre par les beaux-arts et les sciences. Je serais trop long, et je pourrais peut-être ennuyer le lecteur si je lui faisais le récit de toutes les traverses que j'y ai essuyées; je me contenterai seulement de lui dire qu'après bien des peines je me suis marié. Je n'en ai pas été pour cela plus à mon aise ; car, n'ayant point de bien, j*ai trouvé mon égale. J'ai travaillé pendant quatre années sans qualité, et j*ai été saisi plusieurs fois. Bref^ je suis établi, et malgré que je me donne beaucoup de peine^ je né suis pas pour cela bien à mon aise^ étant chargé de famille et de parents. Comme je suis assez pensif de mon naturel, il me venait souvent des idées qui me faisaient souvent tenir le fer à friser d'une main et la plume de l'autre. M'étant trouvé plusieurs fois à accommoder des personnes de goût et d*esprit, et me voyant penser, il m'ont si fort questionné qu'ils m'ont forcé de leur avouer que je pensais toujours à composer quelques vers. Leur ayant fait voir quelques-uns de mes petits ouvrages, ils m'ont persuadé que j'avais des talents pour le genre poétique^ ce qui m'a déterminé à composer une tragédie où le lecteur y verra, à ce que je crois, que je me suis appliqué aux rimes et à la censure exacte de mes

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vers. Je compte qu*il ne sera pas fâché d^y voir la description dVn combat d'animaux, de même qu'une déclaration d'amour; j*ai aussi tâché d'y faire voir la sincérité et la fidélité d'un amant et d'une amante, toutes les traverses qu'ils ont eus^ le désespoir d'une maîtresse et le plaisir de revoir son amant, enfin le fâcheux accident qui est arrivé dans la ville de ces amants où ils ont péri malheureusement.

Je vous prie, mon cher lecteur, en lisant mon ouvrage, de ménager vos satires envers moi, et de vous mettre en idée que c'est un écolier du Parnasse qui ose hasarder de mettre au jour son premier ouvrage.

Je ne comptais pas avoir le plaisir de le finir sitôt, ayant été plusieurs jours auxquels mes occupations m'ont ôté entièrement l'avantage d'y travailler.

Mais ayant été interrompu, sur la fin de septembre, pendant deux nuits consécutives, par ces sortes de gens qui, par leurs odeurs, sont capables d'empestiférer tout le genre humain, j'ai tâché de dissiper leurs odorats en m'appliquant d'un grand zèle à ma tra- ;gédie ; c'est ce qui m'a occasionné, mon cher lecteur,^ vous La mettre plus tôt au jour.

J'espère qu'au cas qu'il y ait quelque chose a redire à ce premier ouvrage, je m'appliquerai, dans mon second, à le rendre plus exact

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et à prouver au public que je suis entièrement dévoué à pouvoir le savoir ; c'est la grâce que j'espère que le public voudra bien m'accorder.

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