‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 21 sur 38 · P^'*'* Théâtres de Paris · texte numérisé non relu

P^'*'* Théâtres de Paris

ployé aux trognons de pommes pouvait se croiser les bras... Léontine n'était interrompue que par les éclats de rire qui se prolongeaient en échos }usque sous le vestibule.

L'ouverture des Folies eut lieu six mois après la révolution de juillet... Le peuple était encore dans la joie... Il régnait encore... du moins au théâtre... J'ai assisté un dimanche à une représentation extraordinaire... Le peuple a demandé la Parisienne^ puis il a crié vive la Charte... puis vive Léontine !... Je crois que si cette petite actrice l'eût bien voulu, elle aurait fait de l'émeute aux Folies-Dramatiques, et donné du fil à retordre aux sergents de ville... La petite Léontine a changé de théâtre, mais non pas de quartier ; elle continue à la Gaîté ce qu'elle avait commencé aux Folies, et voulant prouver au gamin du boulevard qu'elle sait reconnaître l'enthousiasme qu'il a pour elle, le culte qu'il lui a voué... elle a joué la gamine de Paris avec une verve... un laisser-aller qui feront époque au

Les Folies-Dramatiques, 235

boulevard du Temple... Je ne serais pas surpris que cette petite fille ne devînt un jour une comédiennei et que les Variétés ou le Palais-Royal ne la vît jouer avec succès quelques rôles à la Flore ou à la Déjazet.

Ce théâtre, mené avec intelligence, a réussi ; mais il a été obligé, comme beaucoup d'autres, d'appeler quelquefois à son secours des acteurs de haute lignée ; Frederick Lemaître lui vint un moment en aide ; cet habile comédien, voyant que par un été brûlant, le boulevard du Temple était triste et désert, prit* en pitié le pauvre théâtre, témoin de ses débuts.

Or, il alla trouver M. Mourîer et lui dit :

Vous souffrez... — Qui vous l'a dit ?... — Je le sais. — Encore ? — Je le sais, vous dis-je!... et si vous voulez, je puis amener tout Paris à votre théâtre ?... — Il fait bien chaud, répond le directeur en hochant la tête...' — Bien chaud?... bien chaud?...

tant mieux... répond Frederick...

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

236 Petits Théâtres de Paris.

— Vous croyez ?... — Sans doute, quand on le veut bien...

Vété n'a pas de feuz^ Thiver n*a pas de glace.

Et là-dessus, il lui montra le feuillet d'un manuscrit sur lequel on lisait : Ro^ bert Macaire !!!.., A ces mots magiques, le directeur pétrifié...

Resta comme une pierre.

Ou comme la statue est au Festin de Pierre,

Il ne trouvait rien à répondre, tant sa joie étaitgrande !... Il entraîne le comédien dans son cabinet, lui signe un engagement, met la pièce à Tétude, et voilà que la salle des Polies-Dramatiques n'est plus assez grande pour contenir la foule qui se presse à ses portes. Cent représentations, avec une chaleur du Sénégal !... Ce théâtre ressemblait au tonneau des Danaïdes, toujours vide et toujours plein. Il est vrai de dire que Frederick était vraiment fou dans cette folie ; jamais on n'a vu, et

Les Folies-Dramatiques, 237

jamais peut-être on ne verra chez aucun acteur tant d'audace unie à tant d'originalité.

Robert Macaire a tout re'sumé à lui seul. Dites ?... que n'en a-t-on pas fait?... La poésie, la peinture, la musique ; tous les arts se sont emparés de ce type. Robert Macaire restera comme spécialité. Robert Macaire a détrôné toutes les renommées qui avaient brillé avant lui^ Jeannot briserait sa lanterne en le voyant, Nico^ dême ne ferait plus sa révolution dans la lune. Monsieur Vautour resterait sous les scellés. Cadet Roussel lui dirait : « Maître, veux-tu que je baise la poussière de tes bottes déchirées...» Et Jocrisse.,, ce ravissant Jocrisse!... oubliant que son nom a fait le tour du monde, s'écrierait avec la vieille naïveté de Montaigne : « Que says-je?... »

A Frederick Lemaître a succédé, l'été suivant, Philippe, qui vint aussi braver la zone torride. Philippe y joua une pièce fort amusante de MM. Théaulon et Frédéric de Courcy : les Aventures de Jovial...

238 Petits Théâtres de Paris.

C'était encore cet Huissier-Chansonnier^ qui avait tant fait rire aux Nouveautés...

Ah ! si tous les huissiers étaient aussi bons enfants que M. Jovial, on aurait plaisir à faire des dettes, et Sainte-Pélagie serait un jour fort agréable... On voudrait s'y mettre, rien que pour entendre des couplets écrits sur papier timbré... Philippe attira aussi du monde à ce théâtre. Enfin, pour qu'il fût dit que tous les fous et toutes folles s'étaient donné rendez-vous aux Folies-DramatiqueSy Odry le balourd..

y vint, après Philippe, donner des représentations extraordinaires. MM. Dupeuty et de Courcy se chargèrent de faire un hahit à la taille,,, de ce gros stupide. Or, devinez ce qu'ils firent de ce pataud si divertissant ?... de cette tête de bois, si intelligente?... Vous connaissez tous les bras d'Odry ?... les jambes d'Odry ?... les cheveux d'Odry ?... les yeux d'Odry ?... le nez d'Odry ?... £h 1 bien, devinez ce qu'ils ont fait de toutes ces choses l...Un homme à femmes!... un M. Coquelicot,.. Oui, Odry, un homme à bonnes fortunes ?...

Les FoUes-Dramatiques. 23g

Odry, un mauvais sujet... un roué... Odry, un coureur de ruelles!... c'est drôle, avouons-le !

Malgré le nombre des théâtres et les mauvais jours ; malgré les luttes incessantes qu'il eut à soutenir, ce spectacle s'est maintenu jusqu'à ce jour, avec assez de bonheur, mais non sans faire de grands efforts... Parmi les ouvrages qui ont produit le plus d'effet aux Folies, citons d'abord la Cocarde Tricolore.,, des deux frères Coignard. Cette pièce, indépendemment de la circonstance qui la fit faire, offrait de l'intérêt, de l'esprit et de la gaîté...

C'est depuis l'apparition de la Cocarde Tricolore^ qu'a commencé pour ce théâtre une série d'ouvrages, dont plusieurs auraient pu réussir sur des scènes plus relevées.

Alors des noms déjà connus dans les lettres, paraissent sur les affiches des Folies. On y voit arriver à la file, ceux de M M.Paul de Kock,Rougemont, Alexandre Comberousse, B. Antîer, Francis-Cornu,

240 Petits Théâtres de Paris.

Anicet-Bourgeois, Wanderburck, Le Roi de Bacre, Dumersan, Valory, Simonnin, Masson, de Livry, Maurice, Alhoy, etc.

La Laitière de Belleville^ le Parc aux CerfSy ou la Fiancée de Chevreuse ; mon Oncle Thomas, la Courte Paille, les Cuisinières, r Amour et les Farces, le Marquis d'autrefois ; enfin, le Couvent de Tonningthon, ou l'Amitié d'une Jeune Fille, épisode de la révolution, qui joignait au mérite d'offrir des situations fort attachantes, celui d'être joué par Palaiseau, Rébard, Roger, mesdames Camille et Théodorine ; la petite Léontine y représentait une bouquetière, et faisait beaucoup rire...

M. Mourier vient de s'adjoindre M . Hippolyte Gogniard pour diriger cette entreprise. L'intention de ces Messieurs est de donner plus d'importance à ce théâtre ; déjà des réparations et des embellissements ont été faits à la salle éclairée au gaz ; quelques nouveaux sujets seront engagés, les ouvrages auront plus de portée, la mise en scène sera mieux soignée^ Sou-

Lti Folia-Dramatiques. 241

haitoQs donc que ces projets se réalisent ; le public et les entrepreneurs y trouveront leur compte. On aime à voir grandir et prospérer les entreprises k l'existence desquelles sont attachées tant d'existences.

THÉÂTRE

DES

Page 1