LES FOLIES-DRAMATIQUES
LA chronique de ce petit spectacle sera courte et rapide,ses faits et gestes seront bientôt enregistrés, il ne compte aujourd'hui que cinq années d'existence. M. Allaux aîné, qui avait déjà obtenu le privilège du Panorama-Dramatique^ obtint aussi celui des Folies.., C'était, à cette époque, la récompense de travaux importants.
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M . AUaux aîné, frère de celui qui avait remporté le prix de peinture pour aller à Rome, a été, de plus, l'inventeur du Néorama. Son jeune frère en avait exécuté les principaux dessins, avec d'autres lauréats, parmi lesquels il faut placer Thomas, alors jeune peintre plein de sève et d'avenir, qui mourut il y a deux ans.
Il existe entre lui et Carie Vernet un point de douloureuse ressemblance. Carie Vernet venait de recevoir le cordon de commandeur de la Légîon-d'Honneur, lorsque la mort le frappa, et Thomas avait à peine été nommé chevalier du même ordre, lorsqu'il fut atteint d'une cruelle maladie qui l'enleva à son frère * et à ses amis. Il s'éleva d'abord quelques difficultés qui retardèrent l'ouverture des Folies- Dramatiques. Ce théâtre était appelé à remplacer sur le boulevard du Temple,
* Thomas était frère de M. Gabriel, auteur d'un grand nombre de vaudevilles qui ont obtenu beaucoup de succès.
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Tancien Ambigu-Comique, transporté sur le boulevard Saint-Martin.
La salle nouvelle, très bien coupée, ajouta à la réputation que M. AUaux s'était déjà acquise comme peintre et comme architecte, car c'est sur ses plans qu'elle a été construite...
Lors de son ouverture, qui eut lieu le 22 janvier i83i, M. Léopold, homme de lettres, était directeur, mais il ne resta pas longtemps ; il se retira après l'ouverture, et ce fut M. Mourier, homme de lettres aussi, qui lui succéda. M. Porte- Lette, qui, sous le nom de Ponet, a attaché son nom à des ouvrages dramatiques, ayant quitté le Cirque-Olympique, dont il était régisseur, entra en cetts qualité au théâtre des Folies,..
Un prologue en vaudeville, les Fous Dramatiques, de M. Saint-Amand, et un mélodrame intitulé : les Quatre Parties du Monde, d'un ancien comédien du boulevard, nommé Bignon, inaugurèrent le spectacle. La troupe se composait de jeunes acteurs que Ton avait recrutés dans
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la province et la banlieue; quelques-uns se firent remarquer par d'heureuses dispositions. Palaiseau,qui montre du naturel dans les rôles de niais, Dumoulin et Rébard, que le théâtre des Variétés a pris chez lui ; Roger, Millet, Camille, etc. De jeunes actrices, mesdames Elise, Louise, Alphonsine, montrèrent de l'intelligence.
Mais deux comédiennes méritent une mention particulière, d'abord mademoiselle Théodorine, qui a déployé bien vite les germes d'un talent distingué, par sa tenue, sa manière de dire ; aussi depuis un an, elle est placée à l'Ambigu sous les rapports les plus favorables. Nabuchodonosor lui doit une partie de sa vogue, elle s'y montre belle... intelligente, soigneuse, elle y plaît...
Cette jeune personne est engagée, diton, à la Comédie-Française pour Tannée prochaine, ce qui doit encourager les acteurs des petits théâtres ; bien d'autres ont eu cet honneur avant mademoiselle Théodorine, et bien d'autres l'auront encore après elle...
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Quant à M'^® Léontine, c'est bien la petite fille la plus cocasse, l'actrice la plus drôle, la plus boufifonne que je connaisse.
Elle a commencé sa carrière dramatique au théâtre des Nouveautés, elle jouait un jeune élève dans V Ecole de Brienne ou le Petit Caporal. Son allure est franche, hardie, elle ne recule devant rien... elle ne trouve aucune difficulté... Son débit est vif, son œil ardent... sa démarche assurée^ sa mémoire désespérante.. Elle affectionne les rôles les plus longs et porte les jupons les plus courts. Dans Gig-Gig^ elle faisait pâmer les habitués des Folies. Elle s'est acquis une telle réputation au boulevard, que le gamin ne la voit pas passer sans lui retirer sa casquette ; n'ayez pas peur qu'il la tutoyé, il dit : voilà mamselle Léon-»
tine !... Il la regarde béant... il la hume, la respire... Quand elle entrait en scène, un silence religieux régnait dans la salle ; l'amphithéâtre était fasciné par son regard de basilic... On n'y aurait pas entendu casser une noix, croquer une noisette..* et tant que Léontine était en scène, l'em-