I. II
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Un jeune enfant lui répondit un jour le mot du soldat romain :
« Vous vous plaignez que je ne sache pas votre rôle en huit jours ; vous qui l'avez écrit, je vous en donne quinze. »
Cet auteur a pourtant fait quelques ouvrages, qui eurent de grands succès, entre autres': Les Frères à répreuve et le Mariage du capucin.
Enfin, M. Aude, père des Cadet Roussel^ Moline, Rouhier-Deschamps, Brunot, rédacteur des Petites-Affiches ; Duport , Dufresnoi, Coupart, Décourt, Grétry, neveu du grand compositeur.
Madame Belfort, femme du directeur, y fît représenter le Saut de Leucade et la Famille Portugaise, Madame la comtesse de Beauharnais y donna aussi plusieurs ouvrages.
L'orchestre fut dirigé successivement par les sieurs Raymond, Roselly, Cuisot (père de Tactrice), Arquier, Bianchi et Naudet, actuellement musicien au théâtre des Variétés.
C'est sur le théâtre des Jeunes Elèves
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que fut représenté pour la première fois un ouvrage intitulé ; Gibraltar^ de M. Charles Maurice , rédacteur-propriétaire du Courrier des Théâtres, Cette pièce en cinq actes, était composée ainsi : premier acte, tragédie ; deuxième^ opéra-comique ; troisième, mélodrame ; quatrième^ comédie en vers libres ; et cinquième, en vaudeville. C'était toujours la même action, toujours les mêmes personnages. C'est le premier ouvrage de ce genre d'originalité qui ait été joué.
Firmin a commencé sa carrière dramatique aux Jeunes Elèves. Firmin fut, tout jeune, ce qu'il a toujours été, vif, bouillant, impétueux... C'est l'acteur des sentiments exaltés, des larges passions ; l'acteur qui remue, qui entraîne les masses.
Il a réchauffé parfois des oeuvres un peu froides, et certains auteurs lui ont dû souvent des succès qu'ils n'auraient pas obtenus avec un comédien moins chaleureux et moins emporté que lui.
Fontenay s'est élancé du même théâtre sur la scène du Vaudeville. C*est un co-
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médien plein de tact, de prudence; un acteur aux manières polies, au jeu posé, soignant son costume comme un débit et composant un rôle à merveille. Il s'est fait remarquer dans beaucoup d'ou<yrages.
Une foule de jeunes talents escortaient les notabilités d'alors. Desprez, le fils de l'acteur qui jouait les confidents au Théâtre-Français, se montrait déjà bon comédien dans Soliman des Trois Sultanes, et le chevalier de la Fée Urgèle,
Lemonnier sortit aussi des Jeunes Elèves, pour aller à Rouen, et vint occuper à rOpéra-Comique la place que ses talents, sa bonne tenue l'appelaient à remplir. Guénée qu'on a vu au Vaudeville et aux Nouveautés (il est à Londres), Edouard, Ozannes, Pélissier, qui furent aussi à Louvois et à l'Odéon ; Clément, qui joua longtemps à Versailles; Lepeintre cadet ; puis un enfant qu'on appelait Tourin, et qui jouait le Chaudronnier de Saint'-Flour comme l'acteur le plus exercé.
Les femmes l'ont emporté sur le nom-
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bre, et presque toutes sont devenues des actrices d'une haute portée. Je place en première ligne madame Rose Dupuis, cette belle et bonne comédienne si pleine de grâces, de sensibilité, actrice dont le charme est inexprimable, dont la voix est douce comme la cloche lointaine de Termite quand elle appelle à Vangelus.
Diriez- vous pas que sur la scène elle est chez elle ? qu'elle cause avec ses amis ? qu'elle donne des ordres à sa famille ? C'est encore un dernier parfum qui s'exhale du grand théâtre fondé par Poquelin, valetde-chambre du grand roi.
Madame Régnier, qui jouait les duègnes à douze ans, comme plus d'une comédienne à quarante, actrice au sel fin, au débit vif, pressé, spirituel, au style bien ponctué, bien accentué, possédant, par intuition, Molière, Regnard, Le Sage et tous les grands écrivains.
M"° Motte, qui se fit applaudir comme cantatrice dans toutes les capitales ; elle chantait si bien le bel air de Montana et Stéphanie : Oui c'est demain, demain que
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l* hy menée J qu'on la nomma Montano ; sobriquets d'artistes, vous valez mieux que certains noms 1
Puis venait Henriette Cuisot, cette grande brune à l'œil vif et noir, au regard de feu, à la démarche hardie, chantant le vaudeville avec abandon, enlevant un couplet avec une adresse inconcevable.
Cuisot, bonne camarade, toujours naïve, quelquefois spirituelle, cette pauvre Henriette est morte dans l'isolement ; sa mort fut si spontanée,que ses camarades n'eurent pas le temps d'en être prévenus. Elle s'en alla toute seule, elle qui avait vu tant de fois la foule sur ses pas. C'est amer ! Pauvre femme !
Aldégonde, petite actrice agaçante, mettant beaucoup d'esprit dans son jeu ; elle avait joué la comédie au théâtre Molière, quand il avait pris le nom de Variétés Etrangères, sous la direction de M. Boursault ; elle annonçait tant de dispositions, qu'on l'avait surnommée la petite Mars du quartier Saint-Martin.
Adèle Lemonnier, sœur du comédien.
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dont je viens de parler, épousa M. Boussigne, artiste dramatique ; de cette union naquit madame Thénard du Vaudeville, talent héréditaire l transmission du sang!
Une toute petite fille, entrant à peine dans l'adolescence , portant une jolie figure pâle, mais ronde, mais douce, mais charmante, yeux vifs, sourire gracieux, maintien décent : Pauline était son nom.
La première fois que je la vis, elle jouait l'Amour dans une féerie ; on la retirait d'une corbeille de fleurs. Si bien que d'abord on ne la reconnaissait pas. Mademoiselle Pauline étant encore enfant, apportait déjà ce soin, cette exactitude qu'elle a toujours conservée depuis; peu d'actrices ont porté la cornette avec plus de mignardise, le bavolet avec plus de gentillesse : c'était une charmante laitière suisse^ une suave rosière.
Toujours bien soignée, bien corsée, bien éping^ée, jouant un rôle à la centième représenitatibn comme à la t)remière, espèce de mai'quise en cotillon rouge ; elle aurait mis des mouchesdans Perrette^
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qu'avec sa jolie figure, ça n'aurait pas été un contre-sens.
Puis, une Virginie Legrand, qui plaît en province ; puis une Agathe Martin, qui est devenue une excellente danseuse ; puis une belle personne du nom d'Arsène^ qui se fit distinguer au Vaudeville, à côté de Mademoiselle Betzi, sa )olie sœur.
Mademoiselle Betzi, retirée du théâtre, vient, jeune encore, de succomber à une maladie longue et douloureuse : fosse fraîche ouverte 1.... terre mouvante L...
silence ! et respect !....
Puis une jeune personne du nom de Mitonneau, qui jouait des duègnes, et que l'on applaudissait à la Gaîté il a quelques années ; enfin une autre petite duègne, appelée la petite Bardoux, qui phrasait à merveille. Presque tous ces enfants demandaient à faire les vieux; c'était vraiment original de les voir se grimer la figure avec des épingles noires et du charbon brûlé... Cette petite Bardoux était impayable dans madame Pernelle, quand elle disait: « Marchons, gaupel marchons! •
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Attention, messieurs et mesdames! que la trompette sonne, que le tambour batte au champ ; pavoisez vos fenêtres, sablez le devant de vos portes pour voir passer...
JFretillon!,,. vous ne vous y attendiez point, n'est-ce pas ? Eh ! oui, c'est Virginie Déjazet que je vous annonce, Virginie la spécialité de l'époque, la femme par excellence, la comédienne excentrique oui, Virginie qui est aussi sortie de cette brillante pépinière ! Je la vois encore dans Fanchon toute seule. C'était déjà une actrice. Elle n'était guère plus grande que sa vielle. Après la pièce, on se la passait de mains en mains dans les loges, pour lui donnerdes bonbons. Quand elle entrait en scène, son œil d'aigle mesurait l'espace qui la séparait du public, avec cette assurance que donne un grand courage. Dans le présent elle voyait l'avenir ; rien ne l'effrayait, rien ne l'arrêtait. Elle semblait dire comm« César : A moi le monde !
Virginie est une heureuse exception, elle peut tout dire et tout faire, parce qu'elle ne dit et ne fait rien comme les autres.
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Elle chante le couplet comme Désaugiers le chantait au caveau moderne; elle danse comme Taglioni ; fait des armes comme Grisier, elle est femme, elle est homme, elle est tout ce que vous voulez...
Elle parle toutes les langues, tous les idiomes, tous les baragouins, ça lui est bien égal, à elle... Elle a été tout ce qu'il est possible d'être ; villageoise, grisette, reine,impératrice,page; elle a été Henri IV, Louis XII, Louis XIII, Louis XV ; elle a été J.-J. Rousseau, Voltaire. Virginie a été décorée des ordres de tous les souverains de l'Europe ; elle a porté le bonnet de la liberté et le petit chapeau du grand homme... En voilà des extrêmes 1 elle s'est battue à Wagram, a été blessée à Eylau, a défendu les buttes Chaumont ; )e crois même qu'elle a signé, comme maréchal, de France, les capitulations de i8i4et i8i5 1
. Je l'ai vue dans la même soirée porter la capote de Napoléon et la veste du gamin ; je lui ai entendu dire : « Soldats, votre empereur est content de vous ! »
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Et rinstant d'après s'écrier : « Ah ! c'te tête ! » £h t bien, je puis vous affirmer qu'elle était sublime des deux côtés.
Allons, Virginie, à toi le rire, à toi le théâtre ! sois toujours gaie, bonne, folle, toujours entraînante, toujours délirante !
mousse, mousse comme le Champagne retombe en gerbes éblouissantes! éparpille-toi en bons mots !... Et les générations futures s'écrieront : a II y eut un César, un Capitole, un Alexandre, une Colonne, un Bonaparte et une Virginie péjazet !... »