‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 26 sur 38 · LE BOULEVARD DU TEMPLE · texte numérisé non relu

LE BOULEVARD DU TEMPLE

La seul' proiii*nade qu'ait du prix,

La seule dont je suis épris,

La seule où j' m'en donne, où c' que fris,

Cest r bourvard du Temple à Paris.

Dcsauoms.

CHARLES Nodier a dit, en parlant de la route du Siniplon, que Napoléon fît creuser d'une manière si miraculeuse :

Le malheureux!.., il m'a gâté mes Alpes!,,. Ce mot n'a rien d'exagéré. Or, il en est des plus petites choses comme

3oo Petits Théâtres de Paris.

des plus grandes. Moi aussi, j'ai eu mes phrases d'indignation ; et lorsque je me promène aujourd'hui de remplacement où était Paphos au café Turc, et que je reviens de la rue d'Angoulême à l'hôtel Foulon, je m'écrie à mon tour : Les malheureux! ils m'ont gâté mon boulevard du Temple!

Nos pères l'avaient vu commencer, grandir, prospérer, ce fameux boulevard, dont le nom est européen. C'était une kermesse parisienne, une foire perpétuelle, un landit de toute l'année. On y trouvait à rire, à jouer, à se délasser de jour et de nuit ; c'était le rendez-vous de la meilleure société ; une foule de voitures brillantes y stationnaient. On bravait le froid et le chaud pour y entendre un paillasse qui, n'en déplaise à Debureau, avait aussi son mérite. Ce paillasse, qui se nommait le père Rousseau, s'était fait une réputation en chantant en plein air :

C'est dans la ville de Bordeaux Qu^est z*arrivé trois gros vaisseaux.

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Les matelots qui sont dedans, Ce sont, ma foi \ de bons enfants.

J'en ai vu les débris, moi, de ce bon gros paillasse, et je me suis courbé res* pectueusement devant lui.

Je puis affirmer que jamais paillasse ne fut plus drôle, ni plus complet ; ce n'était pas le visage pâle et blême de Debureau^ ce n'était pas son jeu savant et grave, ni ses poses artistiques, ni ses clignements d'yeux si expressifs !•.. c'était une figure pleine, rouge, bourgeonnée ; c'était la gaîté du peuple dans tout son débraillé !...

Impossible de ne pas rire comme un fou du roi, en voyant ses grimaces, en entendant sa voix rauque et brisée ; il jouait ses chansons, comme Debureau ses pantomimes, car mon paillasse était aussi un grand acteur!... Ne croyez pas qu'il répétait comme un élève du Conservatoire ; non, il mettait dans son débit de l'esprit, du mordant; sa physionomie était d'une mobilité surprenante. Je gage que, s'il vivait encore, il serait à la hauteur de

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l'époque, et que la littérature capricieuse qui nous fait un grand homme, chaque matin, en déjeûnant chez Tortoni ou au café de Paris, aurait découvert autant de drame dans mon paillasse, qu'elle en a trouvé dans Debureau.

Combien j'étais heureux... quand, les poches pleines de marrons et de châtaignes, le vieux père Motet, notre bon précepteur, nous conduisait, les quintidis et les décadis, au jardin de T Arsenal, et nous permettait de faire une halte devant le théâtre des Pantagoniens. Nous restions des heures entières à contempler le père Rousseau, ce paillasse classique!...

A peine osions-nous respirer, tant nous avions peur de perdre un de ses gestes, une de ses contorsions. Hommes d'aujourd'hui, respectez les souvenirs des hommes d'autrefois; libre à vous d'adorer César 1 mais permettez-moi d'admirer Pompée 1

Avant la révolution (celle de 1 789, bien entendu), il n'y avait que quatre théâtres sur le boulevard du Temple : le spectacle

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d*Audinot^ les Associés ^ dont un sieur Salé était directeur, les Grands Danseurs du Roi^ fondés par Nicolet, le théâtre dés Délassements Comiques^ et le Salon des Figures du sieur Curtius, qui étair à lia place qu'occupent aujourd'hui les FittiAtit*' bules.

Le boulevard du Temple a eu ses-célë^ brités dramatiques. - J

Une actrice nommée Loidse Miasson, après avoir débuté à la Comédie-Italienne, vint jouer chez Audihot la Belle au ^Bois dormant. Deux cents représentations ne suffirent pas pour rassasier le. public, t^a cour et la ville (comme on disait alors) voulurent voir cette actrice extraoniH naire. Les jôumaujt du temps a&s^^nt que cette demoiseUe Masson était d'une beauté remarquable. Elle reçut 'les hom« mages de to^ut ce qu'il y atnit d'aimable et de riche à Paris. Elle dissipa en folles dépenses des sommes considérable^ ; et, après avoir passé par tous les degrés de rinfortune, je l'ai vue... moi... je l'ai vue, en i8o3, pauvre et misérable, affublée

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d'une robe de gaze ea hiver, chanter avec un ancien comédien de province, sur ce même boulevard, témoin de ses triomphes, les duos du Tableau Parlant et de Biaise et Bahetm Tous deux faisaient des gestes, des agaceries comme s'ils eussent encore été sur un théâtre. Quand la scène était iouée> le vieilja^ Élisait humblement la quête, en disant : « Messieurs, ayez pitié « de mademoiselle Louise Masson,' qui a « fait courir tout Paris chez Audinot, « dans la Belle au Bois dormant! » Ce spectacle faisait peine à voirl .. et )'ai senti mes yeux humides en déposant ma modeste oârande dans la petite tasse de p<>rcelaine.

• Ainsi que; ie l'ai dit, le boulevard du Temple» à cette époque, était une foire perpétuelle ; son aspect était pittoresque.

Outre les quatre théâtres dont j'ai parlé, on y voyait le salon des figures, puis des baraques de bois occupées par des bâte* leurs qui montraient des animaux vivants; deux ou trois estaminets ou cafés borgnes et des maisons isolées et mal bâties. Deux

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modestes restaurants, Bancelin et Henneveu, étaient les seuls établissements où les gens du monde fissent des parties fines. Bancelin et le Cadran-Bleu n'étaient pas, à cette époque, au-dessus de nos plus modestes cabarets d'aujourd'hui. Si les Vadé, les Favart, les Saint-Foix revenaient à présent, ils pourraient chercher longtemps la petite porte par où ils entraient pour faire leurs orgies, après la chute ou le succès de leurs ouvrages.

Une jolie fille, nommée Fanchon, était la bayadère de ces deux cabarets ; elle venait au dessert chanter des couplets de Collé, de Piron, de l'abbé de Lattaignant, et recevait, entre le Champagne et le <;afé, des mstrques de la satisfaction des convives.

MM. Bouilly et Joseph Pain ont, dans une charmante pièce jouée au Vaudeville, il y a trente-deux ans, remis à la mode cette Fanchon la Vielleuse^ si célèbre au boulevard du Temple.

En 1791, un décret de l'Assemblée nationale proclama la liberté des théâtres.

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Le boulevard du Temple ne resta pas en arrière ; aussi, dans Tespace de deux ans, vit-on s'ouvrir sur ce boulevard une foule de nouveaux spectacles : les Elèves de Thalle, les Petits Comédiens Français et le Théâtre Minerve ; le café Godet, le café de la Victoire, où Ton puait la comédie, sans compter des marionnettes, des cabinets de physique, de curiosités, etc., etc.

J'étais enfant... bien enfant, mais )e me rappelle encore combien ce boulevard était animé. A midi, les parades commençaient ; à peine un paillasse avait-il fini, qu'un autre lui succédait deux pas plus loin. On entendait le son aigre d'une clarinette, le bruit sourd de la grosse caisse, les cimbales qui vous brisaient le tympan : et puis, les cris des marchands et des marchandes : < Ma belle orange 1 ma fine « orange! Ça brûle... ça brûle... A la « fraîche, qui veut boire?... » C'était étourdissant, c'était assourdissant... Mais c'était fou... original... varié... c'était palpitant, c'était vivace 1 Les spectacles des boulevards jouaient.

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comme les autres, des pièces révolutionnaires; seulement, lorsque celui du Vaudeville ou des Italiens obtenait un grand succès dans ce genre, il autorisait les petits théâtres à les jouer, afin de répandre plus vite parmi le peuple les sentiments patriotiques. Cest ainsi que j'ai vu représenter à l'Ambigu et aux Délassements V Heureuse Décades la Nourrice Républi^ caine, Encore un Curé, la Fête de V Egalité, et d'autres pièces du répertoire du Vaudeville.

Lorsque l'horizon commença à s'éclaircir,les petits théâtres imitèrent les grands, ils donnèrent aussi des ouvrages de réaction.

De 1800 à 1825, les théâtres du boulevard du Temple subirent de grands changements dans les genres et dans les acteurs.

Que de renommées j'aurais à enregistrer depuis cinquante ans, que de gloires y sont venues naître, briller et s'éteindre 1 ! 1 Les Révalard, les Vicherat, les

Bithmer, les Joigny, les Laffîte^ les Corse,

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les Gougibus, les Rafiile ! que de femmes à talent : les Flore, les Lévêque, les Planté, les Julie Pariset, les Lagrenois, les Bourgeois, les Picard, les Leroi !.,.

Les Picardeaux, les Blondin, les Beaulieu, les Bëville, les Mayeur se retirèrent devant les Marty, les Dumesnil, les Vigneaux, les Lafargue, les Frenoy, les Basnage, les Grévin. La belle Julie Diancourt ce'da le trône à la belle Dumouchel ; la belle Dumouchel abdiqua en faveur de la sensible Hugens ; la sensible Hugens céda sa place en pleurant à la sentimentale Adèle Dupuis. Mesdames Verneuil, Eugénie Sauvage et Lemesnil furent remplacées par mesdames Nougaret, Rougemont, Théodorine, qui suivent les traces de leurs devancières. Ellesplairont comme elles, brilleront comme elles, et passeront comme elles... sic transit gloria mundi I

Une génération nouvelle d'auteurs vint remplacer celle dont Tétoile pâlissait alors; les Arnould, les Pariseau, les Gabiot, lés Dorvigny, les Pompigny, les

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Guillemain, les Beaunoir, les Maillot, les Coffin-Rosny, les Camaille Saint-Aubin, les Aude, abandonnèrent le champ de bataille aux Guilbert Pixérécourt, aux Dubois, aux Hapdé, aux Cuvelier, aux Caignez, aux Villiers, aux Bernos, aux Léopold, aux Frédéric, aux Boirie, etc.

La Forêt d'Hermanstad chassa la Forêt Noire, le Maréchal de Luxembourg tua le Maréchal des Logis^ Pierre de PrO" vence n'osa plus se montrer devant la Femme à deux Maris, la Tête de Bronze écrasa Dorothée^ le Masque de Fer tomba devant V Homme à trois Visages^ et l'Hé^ roïne Américaine battit en retraite devant le Siège du Clocher.

Ce que je regrette le plus aujourd'hui dans le mélodrame, c'est l'absence totale du niais obligé. Les niais du mélodrame étaient, quoi qu'on en dise, une délicieuse création. Je ne sais pourquoi on les a chassés du boulevard ; quand on voudra, on pourra les retrouver; les niais ne meurent jamais en France ! les niais sont morts, vivent les niais 1 jamais la race des

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niais ne se perdra !... Ils changent de tréteaux, voilà tout.

Le boulevard du Temple a eu, dans nos derniers temps, deux niais célèbres, Bobè« che et Galimafré. Bobèche a tenu avec dignité le sceptre de la parade ; sa réputation a été grande, ses succès pyramidaux.

Bobèche était malin, caustique, et sous sa veste rouge, son chapeau gris à cornes, avec un papillon dessus, il a souvent dit de grosses vérités en plein air ; aussi la police a-t-elle été plus d'une fois obligée de le rappeler à Tordre. Bobèche a joui de tous les privilèges accordés aux supériorités ; il a été jouer chez des grands seigneurs, chez des ministres, chez des banquiers ; on avait Bobèche comme on aurait eu un grand acteur. Bobèche a fait aussi des tournées dans les départements, il a donné des représentations extraordinaires. Lassé de travailler pour les autres, il prit la di* rection d'un petit spectacle à Rouen. Depuis longtemps on n'entend plus parler de lui. S'il existe encore, je désire que ces lignes lui parviennent ; s'il est mort, )e

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serai fier d'avoir fourni quelques matériaux qtâi serviront un jour à compléter sa biographie.

Galimafré n'a pas eu autant de renommée que Bobèche ; cependant il a tenu un rang honorable parmi les paillasses ; c'était ce qu'on appelle un niais balourd.

Bobèche était populaire, Galimafré populacier. Il y a tant de nuances dans le talent ! 1 ! Galimafré a quitté le théâtre, sans pour cela quitter les planches. Il s'était fait garçon machiniste à l'Opéra-Comique.

Tel le traitait avec dédain, qui ne savait pas que cet homme, remuant un châssis ou relevant un coulisseau, avait tenu la foule en extase devant lui !... Ainsi le béotien de Paris, qui se promène aux Tuileries le dimanche, ignore, en regardant un bloc de marbre, qu'il vient de passer devant un Spartacus ou un Annibal.

On laissa pourtant subsister, par grâce spéciale, deux ou trois petits spectacles de bamboches, en les obligeant à se renfermer dans des danses de cordes, des

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pantomimes, des tours de forces, «te, etc.

Mais, de même que la goutte d'eau creuse le rocher, que Taraignée refait sa toile, peu à peu les petits théâtres empiétèrent sur leurs voisins. L'empire fermait les yeux, la restauration fut douce à leur égard : déjà depuis longtemps, madame Saqui et les Funambules excitaient les réclamations de la part des autres administrations.

Quand la révolution de Juillet arriva, la liberté fut proclamée, la licence n'était pas loin. Aujourd'hui le boulevard du Temple est dans un état complet d'anarchie; on joue le répertoire de l'Opéra- Comique chez madame Saqui, celui de la Comédie-Française aux Funambules, les vaudevilles du Gymnase au Petit Lazzari.

Me voilà arrivé à l'époque qui a démoÛ de fond en comble le boulevard du Temple.

Le romantisme qui, semblable au ver de la tombe, a rongé sourdement la littérature ancienne, a tenu ce qu'il avait promis. Il a dit : Renversons d'abord les vieilles statues, et nous verrons ce que

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nous mettrons sur les piédestaux. Ainsi, petit à petit, le vieux mélodrame s'est vu déchiqueté par lambeaux; et en quelques années, il a fallu que les tyrans,, les che^ valierSy les enfants de cinq ans muets et courageux, les brigands, les vieillards vénérables, etc., cédassent le pas dux adultères,, aux homicides, aux parricides, aux fratricides, aux infanticides, et à toutes les horreurs en ides. Le moyen-âge a débordé partout comme un torrent, et au lieu de mes bonnes tirades de mélodramesy bien ronflantes, bien sonnantes...

au lieu de: Monstre^ tu recevras le juste châtiment dû à tes horribles forfaits!,,^ Scélérat ! apprends que tôt ou tard le crime est puni, et la vertu récompensée,..

Gardes! qu* il soit chargé de fers, et plongé dans un cachot avec les honneurs dû à son rang,.. Alle^, vous m* en répondre^ sur votre tête ! Vous n'entendrez plus que ces mots : Mignons, compagnons, ma dague^ Truands, Maugruants, souffreteux^ ma^ lédiction!.,, pitié!,., damnation!.,. Ar^ rière, à la hart! à la rescousse, enfer!,,, I. 14

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C'est tout-à-fait uae nouvelle langue, je doute fort que les cuisinières qui mangent des pommes au parterre, que le gamin qui croque des noisettes à Tamphi*' théâtre des troisièmes loges, puissent jamais se fourrer ce vocabulaire dans la tête.

Un seul théâtre sur le boulevard me parait digne des anciens jours ; c'est celui du Cirque-Olympique. Quand on y parie, au moins les spectateurs comprennent, et puis la poudre et les coups de fusils empêchent d'entendre. C'est un établissement bien utile et bien dirigé.

Ofifrir au peuple le tableau de nos fastes militaires, lui montrer en action nos gloires, nos triomphes, nos revers et nos malheurs, c'est lui faire faire, ainsi que je l'ai dit, un cours d'histoire à sa portée, c'est l'instruire en l'amusant : utile dulci!

Le salon des figures du sieur Curtius est le seul établissement qui n'ait pas subi de changements. Depuis soixante ans il est toujours le même, il n*a tii gagné ni perdu.

Il est humble et modeste, avec sa petite

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entrée, son aboyeur à la porte, et ses deux lampions*

Quant à son factionnaire ^n cire, c'est un farceur, voilà pour ma part quarante ans que je le connais.

Je Tai vu soldat aux gardes françaises, hussard Chamborand, grenadier de la Convention , trompette du Directoire , guide consulaire, lancier polonais, chasseur de la garde iippériale, tambour de la garde royale, sergent de la garde nationale; dimanche dernier, il était garde municipal, j'ai manqué de dire gendarme ; j'oubliais qu'ils avaient tous été tués pendant les troiç jours de juillet.

Quand vous entrez dans le salon, vous le trouvez tel qu'il était dans l'origine, noir et enfumé. Les figures nouvelles relèguent par derrière les figures anciennes, comme le roi qui arrive à Saint-Denis fait descendre son successeur dans la tombe, pour prendre sa. place sur la dernière marche du caveau. Cependant vous y retrouvez, comme à la porte, des visages de votre connaissance. Que de

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moiselle Rose, la tête en bas et les pieds en l'air, en équilibre sur un chandelier ; on y voyait mademoiselle^ Malaga à la crapaudine sur un plat d'argent; on y voyait des escamoteurs, des joueurs de gobelets ; on y voyait des curiosités de toutes façons ; on y voyait la passion de Cléopâtre à côté dé celle de Jésus- Christ ; on y voyait des nains, on y voyait des géants, on y voyait des hommes squelettes, des femmes qui pesaient huit cents livres ; on y voyait des gens qui avalaient des serpents, des cailloux, des fourchettes; on y voyait des enfants qui buvaient de Thuile bouillante, d'autres qui marchaient sur des barres de fer rouges... On y voyaitdes phénomènes; j'y ai vu une femme sauvage!!!... Enfin, Munito, ce chien qui calculait aussi bien qu'un ministre des finances, n'a pas rougi d'y donner des représentations.

Pauvre boulevard du Temple 1 tu périras comme le reste !... A chaque mutilation que je te vois subir, je m'écrie avec l'accent de la douleur :

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Encore une pierre qui tombe Du boulevard de la Gaîté !

On aura beau me dire : « Voyez ces « belles maisons à six étages ! regardez « c^s boutiques superbes ! » J'y chercherai longtemps de l'œil mes cafés noirs et borgnes, mes baraques de bois devant lesquelles je m'arrêtais béant l Et mademoiselle Rose ! et mademoiselle Malagal et Bobèche ! et Galimafré ! et mon vieux Paillasse, à moi, qui est-ce qui me les rendra ?...

En sera-t-il plus gai, ce pauvre boulevard, quand vous y aurez enfoui des carrières de moellons ? quand vous en aurez fait une rue de Rivoli ! vous me Téclairez au gaz 111 Welschesl!! Alors, je n'ai plus qu'à dire comme les augures de Rome, aux jours des grandes calamités : les Dieux s'en vont !!!

Oui, je le répète: a Vous m'avez abîmé « mon boulevard du Temple!... »

LES PARADES

LES PARADES

ON vient de lire dans le chapitre précédent, que le boulevard du Temple a été le rendez-vous des parades et des paradistes. Ije père Rousseau, Bobèche, Galimafré et d'autres dont les noms m'échappent, ont amusé pendant un demi-siècle, les cuisinières, les écoliers, les bonnes d'enfants, ainsi que les jeuxtes soldats, qui attendaient béants, devant les notabilités de la farce, que la retraite battît pour re-

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gagner lentement leur caserne du faubourg du Temple, ou celle de ÏAve- Maria.

Je crois que pour compléter, autant que possible, ce volume spécialement consacré aux petits spectacles, les lecteurs ne seront pas fâchés que je leur donne un échantillon de ce qui se disait et de ce qui se dit encore aujourd'hui sur les boulevards et les placée publiques. Une chose à remarquer, c'est que la parade est le seul genre de littérature qui n'ait pas fait de progrès. Ce sont toujours les mêmes bêtises, retournées, arrangées, selon le plus ou moins de génie de celui qui les débite.

Il en est qui sont désespérantes de vieillesse et de nullité. Je le dis à regret, la parade est restée stationnaire au milieu du mouvement général ; il paraît que les révolutions ne sont pas pour elle. Son intellect est borné, elle ne comprend pas le progrès, ou peut-être craint-elle en innovant de perdre sa vieille physionomie...

Voici une parade qui date au moins de

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trente ans; je l'ai entendue dernièrement, à peu près telle que je Tavais ouïe dans mon enfance :

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