‹ Chroniques des petits théâtres de ParisChapitre 30 sur 38 · Pc*//* Théâtres de Paris · texte numérisé non relu

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raient une chambre, battraient des habits ou régleraient une pendule ; ce qui n'empêcherait point Torchestre de jouer.

M. Bouilly a suivi de nos jours les préceptes de Beaumarchais, c'est Fauteur qui indique avec le plus de soin ce que nous appelons la mise en scène»

Un drame allemand, Robert ^ chef de Brigands^ imité des Voleurs de Schiller^ fit grand bruit sur cette scène. Ce drame, à l'époque de son apparition, devait être un excitant. Les têtes étaient exaltées, on en voulait aux nobles, aux riches, et la devise de Robert était formulée par ces mots terribles : Guerre aux châteaux^ paix aux chaumières!,,.

Un journal du temps * s'exprime ainsi en parlant de cette pièce : « L'auteur « allemand a peint des voleurs de grand « chemin dont le chef était un jeune « homme bien né, qui conserve le senti- « ment de la vertu au milieu des crimes « qu'il commet. L'auteur français, au

* Journal de ^aris, 1791.

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« contraire, a fait de ses voleurs des re- « dresseurs de torts qui se comparent sou- « ven^ à Hercule, et qui n'assassinent «c jamais que justement les hommes puis- « sants et pervers que le glaive de la loi a épargnés..... C'est l'héroïsme des bri- « gands ; de tels exemples peuvent donner « lieu à des applications dangereuses.

< Malgré ces observations critiques, que « nous avons cru devoir à l'art drama- « tique et à l'ordre social^ les beautés ré- « pandues dans ce drame annoncent,d'une « manière avantageuse, M. de la Martec lière qui en est l'auteur et que l'on a « demandé. »

Robert, chef de Brigands^ commença à Paris la réputation de Baptiste aîné. La haute stature de ce comédien, sa ligure sévère, sa diction grave, son maintien noble le rendaient propre aux personnages qu'il était chargé de représenter.

Il a fort bien joué le Glorieux. La Martelière, séduit par le grand succès de Ro^ berty voulut lui donner une suite, en composant, peu de temps après, le Tri-*

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bunal redoutable. Mais, comme il n'avait plus Schiller pour guide, et qu'il lui fallait inventer, ce qu'il inventa ne valant pas ce qu'il avait copié, la suite de Robert ne produisit qu'un mince effet.

Ce fut un grand événement littéraire pour ce théâtre que la première représentation de la Mère coupable ou Vautre Tartufe^ qui eut lieu le 26 juin 179a. Ce drame, attendu longtemps, avait été prôné par les amis de Beaumarchais et par luimême aussi, à ce qu'on assure.

Plusieurs théâtres s'étaient disputé cette œuvre tant vantée d'avance. Cette lutte honorable pour l'ouvrage semblait présager un grand succès. On en a dit beaucoup trop de bien et beaucoup trop de mal ; la vérité est que la pièce ne fit point d'argent d'abord, elle est pourtant demeurée au répertoire, grâce au jeu brillant et pathétique de ' plusieurs comédiennes qui y parurent successivement. Après l'illustre Contât, mademoiselle Volney est une de celles qui ont le mieux compris et le mieux joué ce rôle difficile. Toutefois

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mademoiselle Levert le jouait aussi d'une façon fort convenable. Je ne dois point omettre, dans l'histoire du théâtre du Marais, un ouvrage qui y obtint quelque réputation, les Bizarreries de la For-" tune ou le jeune philosophe^ par Loasel Théogate; mais je dois dire aussi qu'il n'eut point beaucoup de peine à le composer, car les Bizarreries de la Fortune ne sont autre chose qu'une comédie polonaise, les Coups du Sort , de Mowinski, auteur à réputation que Ton avait surnommé le Molière de la Pologne. Loasel n'a rien changé à la pièce de Mowinski, il l'a copiée acte par acte, scène par scène, mots pour mots; et, chose extraordinaire! plusieurs journaux que j'ai lus et qui en ont rendu compte ne font aucune mention de l'auteur polonais.

Les Coups du Sort furent composés en 1781, et les Bizarreries de la Fortune furent jouées à Paris le i6 avril 1793. On lit dans une notice mise en tête de la comédie des Coups du Sort : « La pièce « dont nous offrons la traduction nous

« a paru être plutôt une œuvre du génie « de Mowinski que ses autres ouvrages:

« on y remarque surtout le goût et les « nuances du Théâtre-Français^ qui lui c a, sans contredit, donné beaucoup d'ia dées et un vaste champ à glaner. »

Effectivement, en lisant la comédie de Tauteur polonais, on y trouve le goût et les plaisanteries françaises.

Loasel Théogate aurait dû, je pense, annoncer sur la brochure que sa pièce était une traduction de celle de Mowinski; cet acte de modestie ne lui aurait fait aucun tort, a Rendez à César ce qui est à a César, et aux Polonais ce qui est aux « Polonais. »

Un comédien qui a occupé longtemps une place distinguée au théâtre de l'Odéon et à la Comédie-Française, d'où il vient de se retirer, Duparay, remplissait dans les Bizarreries de la Fortune un rôle très minime, celui d'un brigadier de la maréchaussée. Depuis, cet acteur a fait un chemin brillant, et sa retraite' laisse un grand vide à la Comédie— Française. J'ai

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vu peu de comédiens aussi naturellement bons, aussi spirituellement naïfs. Duparay a compris Molière à merveille. Il était parfait dans Orgon du Tartufe^ dans Chrysale des Femmes savantes. Et avec quelle admirable bonhomie ne jouait-il pas le rôle du Drapier, dans Bertrand et Raton ! C'était la nature prise sur le fait.

Ce marchand de draps doit exister quelque part.

L'histoire du théâtre du Marais n'a eu qu'une phase vraiment remarquable, qui embrasse de 1791 à 1795. A partir de cette année, ce spectacle n'aura aucune physionomie particulière; il jouera pêlemêle tous les genres ; tous les comédiens de Paris et beaucoup de la province y défileront comme dans une lanterne magique, mais pas un directeur n'y fixera la fortune.

Pour peindre l'état de misère dans lequel était tombé le plus grand nombre des spectacles de Paris, en i8o5, il suffira de dire que les acteurs, les actrices « les fournisseurs, les ouvreuses de loges, les

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garçons de théâtre se révoltaient tous les jours ; personne n'était payé. J'ai entendu de pauvres comédiens dire devant moi : « Nous ne jouerons pas dimanche « si nous n'avons point d'argent ce soir. »

J'en ai vu qui recevaient trois francs, quarante sous, vingt sous même, à compte sur un mois d'appointements. Pauvres gens! c'était pitié de les voir!., mais il fallait vivre.

Une fois, la misère était si grande au spectacle du Marais, que Ton n'avait pas même de quoi acheter une voie de bois ; mais comme on avait mis sur l'affiche en gros caractères : « La salle sera chauffée de bonne heure^ tous les poêles seront allumes, 9 il fallait bien tenir parole. Les poêles furent donc allumés ainsi que l'affiche l'annonçait. Cependant la salle était toujours comme une glacière, et les spectateurs se plaignaient du froid, un curieux se baisse pour regarder dans un poêle; au lieu d'un bon rondin de bois neuf, on y voit, quoi ?..« un lampion qui brûlait!....

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Le théâtre du Marais ne jouait jamais quinze jours sans être fermé ; j'y ai eu un petit vaudeville en répétition pendant quatre ans ; chaque fois que la pièce était prête à être représentée, le théâtre fermait, la direction changeait, les acteurs aussi ; alors il me fallait attendre une nouvelle administration. Je relisais ma pauvre pièce, elle était reçue, répétée de nouveau, et à la veille de se produire en public, la salle était encore fermée. Mon vaudeville fut donc en répétition depuis le mois de mai i8o3 jusqu'en juillet 1807.

Je Tai retrouvé dans mes cartons, ce malheureux vaudeville ! il s'appelait: VUrne magique ou les Oracles* Je ne l'ai lu depuis, ni ne le lirai à aucun théâtre, à moins qu'on ne rebâtisse tout exprès pour moi la salle du Marais^ rue Culture Sainte-Catherine ; ce qui n'est guère probable.

f^otes et Variantes, 385

Brazier donne, dans la seconde édition de son livre, le curieux renseignement qui suit sur la mort tragique de Tacteur-di recteur Beaulieu :

11 était environ quatre heures de Taprèsmidi; j'allais au théâtre ; Beaulieu logeait au deuxième étage^ sur le devant^ dans la maison du café qui existe encore aujourd'hui. Je débouchais par le Pont-au-Change^ j*étais sur la place du Palais de Justice^ vis-à-vis le théâtre ; j'aperçois Beaulieu à sa fenêtre, je lui fais un signe de loin, il y répond. A peine ai-je fait quelques pas, que j'entends la détonation d'une arme à feu... C'était l'infortuné comédien qui avait cessé de vivre.

Je me rappelai alors qu'il nous avait dit :

« Si je ne réussis pas, je me tue !... »

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LES PARADES

M citant la parade intitulée le Voyage dans sa deuxième édition^ Brazfer en fait

précéder la reproduction de la note suivante :

Cette parade est restée comme une tradition. MM. Cogniard frères, les spirituels pourvoyeurs de tableaux populaires du théâtre du Palais-Royal, viennent de reproduire cette parade dans leur amusant vaudeville Bobèche et Galimafré,

On peut juger, par le rire qui accueille Touzez et Leménil quand ils la jouent, de la gaîté qu'y mettait mon vieux paillasse Rousseau, quand je la lui entendais débiter dans mon enfance.

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THÉÂTRE DU MARAIS

E chapitre ne figurait pas dans la première édition de l'ouvrage de Brazier.

tXiMère Coupable n'eutque quinze représentaiions au théâtre du Marais (du 26 juia

Nota et Variantes. 38?

au 3 août). Voyez au sujet de cette pièce, d'ailleurs médiocre, beaucoup de renseigne' ments documentaires dans notre édition du Théâtre complet de Beaumarchais. (Tome IV, Librairie des Bibliophiles, in-8, 1871].

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