A VIS DE V ÉDITEUR
Si quelque chose est vraiment populaire en France, et surtout à Paris , c'est à coup sûr le spectacle, moins, peut-être, les grands que les petits : ceux, par exemple, où l'on chante le vaudeville. C'est un genre qui nous appartient en propre, sans partage, que l'étranger nous envie d'autant plus qu'il ne possède rien qui y soit analogue. On a donc eu raison de dire, en rapprochant deux extrémités, que deux choses seraient toujours nationales en France : la gloire et le vaudeville. La gloire compte ses historiens par centaines, les petits théâtres ont leur historiographe unique^ ou plutôt leur chroniqueur. Cet historiographe est, on le sait, un ami, un collaborateur et aussi un émule de feu Désaugiers, en un mot, c'est Brazier.
Un an à peine s*est écoulé depuis que Brazier publia son Histoire des petits théd»
treSf en 2 vol. in-8. Cette édition étant épuisée, c'est, ce nous semble, une heureuse idée c|ue d'en publier une bçauçoup plus
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complète et plus populaire par son format et son prix; car la chanson, expression de la gaît^^ descend au lieu de monter Téchelle sociale. Presque tout le monde, maintenant, peut apprécier la valeur de cet ouvrage gai, spirituel, anecdotique, amusant, où règne un heureux mélange de malice et de bonhomie ; un tableau vivant et très mouvant de tout ce monde de coulisses dont Fauteur a tait, d'après nature, une étude approfondie et dont on aime tant à connaître les actions, le caractère, les aventures et les caprices; monde à part, mais sujet aux variations sociales; monde dont la vie avait pour Dieu rimprévu, et qui, aujourd'hui, spécule aussi, peut-être pour ne point se soustraire aux allures de notre siècle bitumineux. Ce contraste du présent avec le passé nous paraît une raison de plus pour faire rechercher VHistoire des petits théâtres; ceux qui vieil* lissent y trouveront des souvenirs, ^t les générations plus jeunes un chapitre complet de notre histoire contemporaine, non moins instructif qu*amusant.
L'auteur, plus sévère pour lui-même que ne Pont été ses lecteurs et les critiques, en revoyant son œuvre, s'est reproché quelques
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erreurs de date, e|les sont rectifiées; quelques lacunes, elles sont comblées; ses souvenirs écrits en réveillant d'autres, i] a considérablement augmenté cette nouvelle édition : de nouvelles chroniques y sont a)outées; enfin quelques fautes typographiques, échappées à des corrections trop rapides, ont disparu, et nous espérons qu^on en trouvera peu. A ce propos, nous ferons observer que, cette fois, la dernière édition sera la bonne, en dépit de la boutade comique dans laquelle Pons, de Verdun, exprimait ainsi la joie d^un bibliomane :
C'est elle!... dieux, que je suis aise!
Oui..., c*est... la bonne édition; Voilà bien, pages neuf et seize, Les deux fautes d'impression Qui ne sont pas dans la mauvaise.
Lorsque nous convînmes, avec notre excellent ami Brazier, de réimprimer ses Souve^ nirs sur tes petits théâtres, et, selon son désir, de leur donner un format populaire, nous étions loin de prévoir que sa nécrologie Templirait la première page de cette nouvelle édition. Quinze jours se sont à peine écoulés depuis le moment où il y mettait la
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dernière main, où il cherchait dans sa prodigieuse mémoire les anecdotes qu'il y a ajoutées; jl corrigeait et revoyait ce livre avec amour. Nous, qui avons connu Brazier, qui l'avons aimé, comme tous ceux qui ont eu avec lui des relations intimes, nous savons mieux que personne combien sa mort laisse de regrets. Il est rare qu'un homme réunisse, à un égal degré, la bonté, Tesprit, Pélévation de l'âme, et cette malicieuse bonhomie qui faisait de Brazier un La Fontaine chan> son nier.
Nicolas Brazier naquit à Paris en 1783.
Son père tenait une maison d'éducation dans le faubourg du Temple. La révolution nuisit à ses premières études; ce fut après avoir commencé, selon le vœu de sa famille, la profession de bijoutier, que se sentant une vocation insurmontable, il abandonna le sertis, la facette, pour s'essayer au couplet et aux tableaux de mœurs. Le vaudeville venait de commencer son règne; Brazier se lia avec tous les joyeux chansonniers qui édifiaient alors le caveau moderne. Dès ce moment, il se livra à l'étude et commença cette série de charmants vaudevilles dont nous donnons la liste à la lin de cet ouvrage.
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Ce n*est point un article nécrologique que nous avons la prétention de consacrer à la mémoire de cet excellent hpmme; ses spirituels amis et collaborateurs, MM. Merle et Dtimersan, 8& sont chargés de cette honorable tâche, que seuls ils étaient aptes à bien remplir; nous avons voulu seulement cons^ tater nos sincères regrets et déposer sur sa tombe un dernier hommage d^amitié.
On fit à Brazier, et il accrédita lui-même, une réputation d'ignorance qu'il était bien loin de mériter; on alla jusqu'à prétendre qu^il avait fait écrire dans son chapeau : Ex libris Brcuçier, M. Dumersan défend ainsi Brazier à ce sujet : « Assurément Brazier n'était pas un savant, il récrivait peut-être trop lui-même; mais quelque peu d'études qu'il eût faites, il savait un peu plus de latin que n'en savent quelques-uns de ses confrères. La plupart de ses fautes provenaient d'étourderie et de distraction. » Il riait lui-> même de cette méchante plaisanterie. Alors le moyen de se fâcher en son nom, à lui, qui ne se fâchait de rien ? non par pusillanimité, mais par un trop-plein de bienveillance qui méritait qu'on inscrivît sur sa tombe : Ci-gtt qui n'eut jamais d'ennemi.
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Brazier est mort le 22 août i83S, à cinquante-cinq ans.
Allardin.